Phalaris arundinacea

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Baldingère faux-roseau

Phalaris arundinacea
Description de cette image, également commentée ci-après
Phalaris arundinacea, illustration botanique, Jan Kops, Flora Batava, volume 7 (1830).
Classification APG III (2009)
Règne Plantae
Clade Angiospermes
Clade Monocotylédones
Clade Commelinidées
Ordre Poales
Famille Poaceae
Sous-famille Pooideae
Super-tribu Poodae
Tribu Poeae
Sous-tribu Phalaridinae
Genre Phalaris

Nom binominal

Phalaris arundinacea
L., 1753[1]

Statut de conservation UICN

( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Phalaris arundinacea, la baldingère faux-roseau ou alpiste faux-roseau, est une espèce de plantes monocotylédones de la famille des Poaceae (graminées), sous-famille des Pooideae, originaire des régions tempérées de l'hémisphère nord, plus vraisemblablement d'Eurasie. Ce sont des plantes herbacées vivaces rhizomateuse, aux tiges (chaumes) dressées de 80 à 200 cm de long, aux inflorescences en panicules contractées.

L'espèce est cultivée comme plante fourragère et comme plante ornementale. Elle s'est répandue en Amérique du Nord et dans l'hémisphère sud où elle est parfois considérée comme une mauvaise herbe envahissante.

Noms vernaculaires 
aiguillette d'armes, alpiste, alpiste faux-roseau, alpiste roseau, baldingère, baldingère faux-roseau, chiendent, chiendent-ruban, fromenteau, herbe ruban, herbier, phalaris-roseau, roseau panaché, roseau-ruban, ruban, ruban de la Vierge[2],[3],[4].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom générique « Phalaris », dérive d'un terme latin, phaleris, -idos, transcription du grec Φάληρίς, dérivé de Φάλός, « blanc », qui désignait une plante à la panicule vert-blanchâtre, vraisemblablement Phalaris canariensis, l'alpiste des Canaries, attesté chez Pline[5]. C'est une allusion aux épillets argentés et luisants. Selon l' Etymological Dictionary of Grasses[6] , le terme grec dériverait de φαλαρός (phalaros) désignant la foulque macroule (Fulica atra) qui porte une tache frontale blanche sur la tête.

L'épithète spécifique « arundinacea » est un adjectif latin signifiant « semblable au roseau » qui fait référence à la ressemblance des chaumes de grande taille de cette plante avec ceux du roseau[7],[8].

Description[modifier | modifier le code]

Phalaris arundinacea.

Phalaris arundinacea est une plante herbacée vivace aux rhizomes allongés, écailleux, et aux tiges dressées, fortes, de 80 à 200 cm de long, qui fleurit de mai à juillet (dans l'hémisphère nord). Toute la partie aérienne de la plante est verte, ses rhizomes, noirs, sont longuement rampants. Elle se présente souvent en touffe, dont les tiges dressées sont fortes aux feuilles au limbe large de 8-20 mm sur 10 à 20 cm de long, scabres vers l'apex. La ligule est large, de forme ovale et obtuse, longue de 2,5 à 16 mm généralement non-déchirée[9].

L'inflorescence est une panicule ramifiée, contractée, vert blanchâtre à violacée, aux ramifications primaires appressées, de 7 à 40 cm de long sur 1 à 4 cm de large. Les épillets fertiles, ovales, fortement comprimés latéralement, pédicellés, ont de 3,5 à 7,5 mm de long et comprennent 2 fleurons stériles à la base et un fleuron fertile, sans extension du rachillet. A maturité, les épillets se désarticulent sous chaque fleuron fertile. Les glumes qui sous-tendent les épillets sont persistantes, similaires, de forme elliptique ou lancéolée, à l'apex aigü, de 3,5 à 7,5 mm de long, dépassent en longueur l'apex des fleurons. Elles sont de consistance cartacée, aspéruleuses en surface, et présentent 3 nervures. Les glumelles sont glabres et luisantes. Les fleurons comptent 2 lodicules membraneuses ciliées, 3 anthères de 2,5 à 3 mm de long et un ovaire glabre[9].

Le fruit est un caryopse au péricarpe adhérent, avec un hile linéaire[9].

Il est possible de confondre[7] Phalaris arundinacea avec Phragmites australis à ligule remplacée par des poils ou Calamagrostis arundinacea et Calamagrostis epigejos, toutes deux à feuilles moins larges et à panicule dressée (jamais étalée).

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

L'aire de répartition de Phalaris arundinacea se déploie sur la totalité de l'hémisphère nord, plus précisément en Europe, en Asie, Afrique du Nord et Amérique du Nord. L'alpiste faux-roseau est commun dans presque toute la France, Corse comprise mais plus rare en région méditerranéenne. Sa distribution s'élève jusqu'à 1500 m d'altitude, de l'étage collinéen à montagnard et à la base de l'étage sub-alpin[7].

La Baldingère faux-roseau est une espèce héliophile, voire de demi-ombre. Elle affectionne les sols riches en bases et en éléments nutritifs dont le pH est neutre à légèrement acide. Elle apprécie les sols assez humides à mouillés[7] .

Phalaris arundinacea se plait au sein des rives d'étangs, de lacs et de rivières en particulier au sein des phragmitaies, des cariçaies. Elle apprécie également les ripisylves (les saulaies blanches et autres saulaies arbustives, les aulnaies et les aulnaies-frênaies)[7],[10].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Phalaris arundinacea est cultivée comme plante ornementale, il existe des variétés au feuillage panaché de blanc, comme la variété 'Picta', appelée aussi « ruban de la Vierge »[3]. L'espèce est aussi est aussi cultivée en tant que plante fourragère.

La plante peut aussi facilement être transformée en briques ou en granulés pour être brûlée dans les centrales à biomasse[11]. En outre, elle fournit des fibres utilisées dans la fabrication de pâte à papier[12].

Des études ont montré que cette espèce offrait présentait un intérêt pour la conservation des sols dans des zones fortement érodées[13].

Toxicité[modifier | modifier le code]

Toute la plante contient des alcaloïdes indoliques très variables selon le lieu et le moment de la récolte. Il s'agit surtout de DMT (diméthyltryptamine) et 5-MeO-DMT (5-méthoxy-diméthyltryptamine)[14], toutes deux étant des substances psychédéliques. On trouve parfois un taux élevé de gramine, alcaloïde très toxique.

On a isolé au moins huit alcaloïdes présents chez Phalaris arundinacea. La teneur totale en alcaloïdes est corrélée négativement avec l'appétence de cette plante pour les ruminants. Parmi ces substances certaines (les tryptamines) sont potentiellement toxiques pour les ovins et les bovins. Ces alcaloïdes sont en particulier un alcaloïde phénolique (l'hordénine), cinq alcaloïdes indoliques (la gramine et quatre dérivés de la tryptamine) et deux dérivés de la β-carboline (2,9-diméthyl-6-méthoxy-1,2,3,4-tétrahydro-β-carboline et 2-méthyl-6-méthoxy-1,2,3,4-tétrahydro-β-carboline)[15].

On a signalé en 2009 aux États-Unis des cas de « tournis » (staggers) dus à une intoxication à Phalaris arundinacee, affectant des vaches adultes ayant fréquenté des pâturages contenant cette espèce de graminées. Les vaches atteintes présentaient des symptômes de faiblesse, ataxie, parésie des membres postérieurs évoluant vers un couché en décubitus latéral et la mort dans un délai de 2 à 3 jours. Sur le plan histologique, on a constaté une accumulation de pigment granulaire brun clair dans les neurones des cornes grises ventrales de la moelle épinière, le tronc cérébral et le pont, entraînant une distorsion et un gonflement du corps cellulaire, et un déplacement de la substance de Nissl, signe d'une intoxication due à Phalaris spp. L'alpiste roseau identifié dans les pâturages présentait une concentration de tryptamine dans les nouvelles feuilles d'environ 0,2 % en poids frais. Cet alcaloïde, agoniste des récepteurs sérotoninergiques, est le responsable des « tournis » d'origine neurologique chez les ruminants[16].

L'alpiste faux-roseau[17] était vraisemblablement déjà connue dans la Grèce antique, mais on ne sait rien d'un usage traditionnel comme psychotrope. C'est l'analyse phytochimique à l'usage de l'agriculture moderne qui a révélé le caractère psychotrope de Phalaris arundinacea. Depuis quelques années les « chamanes des caves » essaient de concocter des analogues de l'ayahuasca, breuvage fort psychotrope d'Amazonie créé à partir d'espèces du genre Banisteriopsis. Un extrait de feuilles et de racines de Phalaris arundinacea combiné avec le Peganum harmala aurait, une fois bu, des effets hallucinogènes similaire à ceux de l'ayahuasca.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

L'espèce Phalaris arundinacea a été décrite en premier par Linné et publiée en 1753 dans son Species plantarum 1: 55. 1753[18].

Synonymes[modifier | modifier le code]

Catalogue of Life (8 avril 2018)[19] :

  • Arundo colorata Aiton, nom. superfl.
  • Arundo riparia Salisb., nom. superfl.
  • Baldingera arundinacea (L.) Dumort.
  • Baldingera arundinacea var. picta (L.) Nyman
  • Baldingera arundinacea var. rotgesii Husn.
  • Baldingera arundinacea f. umbrosa Peterm., nom. nud.
  • Baldingera arundinacea var. variegata Coss. & Germ.
  • Baldingera colorata (Sibth.) G.Gaertn., B.Mey. & Schreb., nom. superfl.
  • Calamagrostis colorata Sibth.
  • Calamagrostis variegata With.
  • Digraphis americana Elliott ex G.Don, nom. nud.
  • Digraphis arundinacea (L.) Trin.
  • Digraphis arundinacea var. picta (L.) Pacher
  • Endallex arundinacea Raf. ex B.D.Jacks.
  • Phalaridantha arundinacea (L.) St.-Lag.
  • Phalaris americana var. picta Eaton & Wright
  • Phalaris arundinacea var. colorata (Sibth.) Hartm.
  • Phalaris arundinacea var. genuina Hack.
  • Phalaris arundinacea var. glauca Gray
  • Phalaris arundinacea subsp. hispanica (Coincy) Kerguélen
  • Phalaris arundinacea var. japonica (Steud.) Hack.
  • Phalaris arundinacea var. leioclada Maire
  • Phalaris arundinacea f. luteopicta Voss.
  • Phalaris arundinacea f. minor Jansen & Wacht.
  • Phalaris arundinacea subsp. oehleri Pilg.
  • Phalaris arundinacea f. pallens Stebler ex Hegi
  • Phalaris arundinacea f. pallida A.F.Schwarz
  • Phalaris arundinacea subsp. picta (L.) Arcang.
  • Phalaris arundinacea f. picta (L.) Asch. & Graebn.
  • Phalaris arundinacea var. picta L.
  • Phalaris arundinacea f. ramifera Junge
  • Phalaris arundinacea var. ramosa Gaudin
  • Phalaris arundinacea subsp. rotgesii (Husn.) Kerguélen
  • Phalaris arundinacea var. rotgesii (Husn.) Litard.
  • Phalaris arundinacea f. thyrsoidea (Willk.) Paunero
  • Phalaris arundinacea var. thyrsoidea Willk.
  • Phalaris arundinacea subsp. typica Paunero
  • Phalaris arundinacea f. variegata (With.) Druce
  • Phalaris arundinacea var. variegata (With.) Parn.
  • Phalaris caesia Nees
  • Phalaris colorata P.Beauv., nom. nud.
  • Phalaris hispanica Coincy
  • Phalaris japonica Steud.
  • Phalaris monspeliensis Daveau
  • Phalaris picta (L.) Sloboda
  • Phalaris rotgesii (Husn.) Litard.
  • Phalaris tuberinacea Coville & Ciald.
  • Phalaroides arundinacea (L.) Rauschert
  • Phalaroides arundinacea subsp. caesia (Nees) Tzvelev
  • Phalaroides arundinacea subsp. japonica (Steud.) Tzvelev
  • Phalaroides arundinacea var. kuzenevae Tzvelev
  • Phalaroides arundinacea subsp. oehleri (Pilg.) Valdés & H.Scholz
  • Phalaroides arundinacea var. picta (L.) Tzvelev
  • Phalaroides arundinacea subsp. rotgesii (Husn.) Valdés & H.Scholz
  • Phalaroides caesia (Nees) Holub
  • Phalaroides hispanica (Coincy) Holub
  • Phalaroides japonica (Steud.) Czerep.
  • Phalaroides picta (L.) Prob.
  • Phalaroides rotgesii (Husn.) Holub
  • Typhoides arundinacea (L.) Moench
  • Typhoides arundinacea f. colorata (Sibth.) Soó
  • Typhoides arundinacea var. japonica (Steud.) Tzvelev
  • Typhoides arundinacea subsp. rotgesii (Husn.) Gamisans
  • Typhoides arundinacea f. schwarzii Soó
  • Typhoides arundinacea f. umbrosa (Peterm.) Soó

Liste des sous-espèces et variétés[modifier | modifier le code]

Selon Catalogue of Life (8 août 2014)[20] :

  • variété Phalaris arundinacea var. picta

Selon Tropicos (8 avril 2018)[21] (Attention liste brute contenant possiblement des synonymes) :

  • sous-espèces :
    • Phalaris arundinacea subsp. bulbosa Paunero
    • Phalaris arundinacea subsp. hispanica (Coincy) Kerguélen
    • Phalaris arundinacea subsp. oehleri Pilg.
    • Phalaris arundinacea subsp. picta (L.) Arcang.
    • Phalaris arundinacea subsp. rotgesii (Foucaud & Mandon ex Husn.) Kerguélen
  • variétés :
    • Phalaris arundinacea var. arundinacea
    • Phalaris arundinacea var. colorata Hartm.
    • Phalaris arundinacea var. japonica (Steud.) Hack.
    • Phalaris arundinacea var. latifolia Henrard ex Jansen
    • Phalaris arundinacea var. leioclada Maire
    • Phalaris arundinacea var. minor (Retz.) Paunero
    • Phalaris arundinacea var. picta L.
    • Phalaris arundinacea var. rotgesii (Foucaud & Mandon ex Husn.) Litard. ex Briq.
    • Phalaris arundinacea var. thyrsoidea Willk.
    • Phalaris arundinacea var. variegata Parn.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Plant List, consulté le 8 avril 2018
  2. « Phalaris arundinacea (TYPAR)[Overview] », sur EPPO Global Database, Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP) (consulté le 8 avril 2018).
  3. a et b « Ruban de la vierge 'Picta' - Phalaris arundinacea 'Picta'  », sur Le Jardin du Pic Vert, (consulté le 9 avril 2018).
  4. (en) « Taxon: Phalaris arundinacea L.  », sur Germplasm Resource Information Network (GRIN) (consulté le 9 avril 2018).
  5. Jacques André, Les noms de plantes dans la Rome antique, Les Belles Lettres, coll. « Études Anciennes / publiée sous le patronage de l'Association Guillaume Budé », , 332 p. (ISBN 9782251328560), p. 195.
  6. (en) Harold T. Clifford, Peter D. Bostock, Etymological Dictionary of Grasses - volume 86 de GeoJournal library, SpringerLink: Springer e-Books, , 320 p. (ISBN 9783540384342), p. 251.
  7. a b c d et e Flore forestière française Plaine et Colline ; JC Rameau, D. Mansion G. Dumé, IDF, 1989.
  8. (en) Harold T. Clifford, Peter D. Bostock, Etymological Dictionary of Grasses - volume 86 de GeoJournal library, SpringerLink: Springer e-Books, , 320 p. (ISBN 9783540384342), p. 44.
  9. a b et c (en) W.D. Clayton, M. Vorontsova, K.T. Harman & H. Williamson, « Phalaris arundinacea », sur GrassBase - The Online World Grass Flora (consulté le 9 avril 2018).
  10. Guide des groupements végétaux de la région parisienne ; M. Bournérias, G. Arnal, C. Bock, Belin, 2001.
  11. (en) Sam Bond, « Candidate crops for contaminated land biofuels crop considered », edie.net/crc, (consulté le 17 avril 2010).
  12. (en) B. Andersson & E. Lindvall, « Use of biomass from reed canary grass (Phalaris arundinacea) as raw material for production of paper pulp and fuel », sur Internationalgrasslands.org.
  13. (en) « Phalaris arundinacea (reed canary grass) », sur Invasive Species Compendium (ISC), CABI (consulté le 8 avril 2018).
  14. (en) S. Wilkinson, « 428. 5-Methoxy-N-methyltryptamine: a new indole alkaloid from Phalaris arundinacea L. », Journal of the Chemical Society (Resumed),‎ , p. 2079 (DOI 10.1039/jr9580002079).
  15. (en) J.E. Gander, P. Marum, G.C. Marten & A.W. Hovin, « The occurrence of 2-méthyl-1,2,3,4-tétrahydro-β-carboline and variation in alakaloids in Phalaris arundinacea », Phytochemistry, Pergamon Press, vol. 15,‎ , p. 737-738 (lire en ligne [PDF]).
  16. (en) Binder EM, Blodgett DJ, Currin JF, Caudell D, Cherney JH, LeRoith T., « Phalaris arundinacea (reed canarygrass) grass staggers in beef cattle », Journal of Veterinary Diagnostic Investigation, vol. 22, no 5,‎ , p. 802-805 (PMID 20807948, DOI 10.1177/104063871002200529 ., résumé).
  17. Les plantes des Dieux, botanique et ethnologie : les plantes hallucinogènes, Richard Evans Schultes et Albert Hofmann, Ed. du Lézard, 2000
  18. « Phalaris arundinacea », sur Tropicos.org. jardin botanique du Missouri. (consulté le 8 avril 2018)
  19. Catalogue of Life, consulté le 8 avril 2018
  20. Catalogue of Life, consulté le 8 août 2014
  21. Tropicos, consulté le 8 avril 2018

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :