Paradoxe français

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Le paradoxe français (french paradox en anglais) est l'expression employée par le monde anglo-saxon et les diététiciens pour désigner l'étude épidémiologique d'une importante et étonnante contradiction entre la richesse en matières grasses et en vins français de la cuisine française, en particulier de la cuisine du sud-ouest, et de la cuisine de la Provence méditerranéenne riche en huile d'olive, et la relative bonne santé publique des Français en matière de maladie cardio-vasculaire ou de cancer, en comparaison en particulier avec les mauvais résultats sur la santé publique anglo-saxonne et mondiale en rapport avec l'industrie agroalimentaire moderne américaine et britannique, souvent qualifiée d'importante source de « malbouffe ».

Historique[modifier | modifier le code]

L'expression French Paradox est utilisée pour la première fois pour la singularité culturelle française vis-à-vis d'études sur le vin et la santé en France avec « La Lettre » de 1986 de l'organisation internationale de la vigne et du vin, puis avec « The French Paradox Antioxydants » de 1989 du professeur George Riley Kernodle.

En 1991 le médecin chercheur Serge Renaud, considéré[Par qui ?] comme le père du « paradoxe français », présente les résultats de ses découvertes scientifiques lors de l’émission d'information 60 Minutes de la chaîne de télévision américaine CBS News. Il y affirme que « les Français ont des risques statistiques de maladie cardio-vasculaire 3,5 fois inférieurs aux Américains grâce à leur consommation modérée de un à trois verres de vin rouge par jour, riche en antioxydant, en dépit d'une consommation équivalente de graisses saturées (mauvais cholestérol LDL) ».

Au début des années 1990, Serge Renaud s'associe avec Michel de Lorgeril, cardiologue, et Patricia Salen, diététicienne nutritionniste, tous trois spécialistes français en régime méditerranéen, oméga-3, cholestérol, antioxydant, infarctus et maladie cardio-vasculaire…, pour enrichir la notion de French paradox. Ils mettent à jour et démontrent les vertus préventives et curatives du régime crétois, de la cuisine française du sud-ouest, du bon cholestérol (HDL, opposé au mauvais cholestérol LDL), des antioxydants, des oméga-3, de la « consommation modérée » du vin rouge pour les maladies cardio-vasculaires et pour le cancer

L'équipe étudie le régime méditerranéen (ou régime crétois), classé au patrimoine mondial de l'humanité, riche en huile d'olive, auprès d'un groupe de 600 patients divisé en deux, ayant subi un infarctus du myocarde (crise cardiaque). Ils étudient également la cuisine française du sud-ouest, traditionnellement riche en matière grasse animale non mammifère (foie gras, confit de canard, oie…) et en vins rouges du sud-ouest et boissons alcoolisées, avec un taux de santé globale comparativement assez bon.

Les plus faibles taux statistiques d'infarctus sont obtenus avec la cuisine méditerranéenne avec seulement 38 cas pour 100 000 habitants (8 fois moins que les 315 cas pour 100 000 habitants des Américains / Britanniques), avec une espérance de vie humaine de 10 ans plus élevée que dans le nord-est de la France, et 80 cas pour 100 000 habitants[1] pour la cuisine française du sud-ouest (4 fois moins que les Américains / Britanniques), tout en ayant un taux de cholestérol sanguin équivalent ou plus élevé que ceux-ci, ce qui contredit la théorie communément admise mettant en corrélation directe le taux de cholestérol sanguin avec le risque de maladie cardio-vasculaire (l'infarctus est la première cause de décès prématuré, et les AVC la troisième, avec des taux importants d'hypertension artérielle, diabète, dépression, maladie d'Alzheimer et cancers…).

Tentatives d'explications[modifier | modifier le code]

Verre de vin rouge, riche en antioxydants (œnothérapie)
Vin de Bourgogne.JPG

Plusieurs études et hypothèses non exclusives les unes des autres se concurrencent :

  • vin rouge : riche en antioxydants, sa consommation à dose raisonnable modérée (un à trois verres par jour) préviendrait le développement des maladies cardio-vasculaires. Une hypothèse affirme que le resvératrol, un des nombreux polyphénols contenus dans certains vins, est un puissant antioxydant protecteur. Cette hypothèse a été prouvée par une équipe de l'INRA en janvier 2010[2]. Plus généralement, l'action potentiellement bénéfique des polyphénols contenus dans le vin rouge (peau et pépins du grain de raisin) est régulièrement mise en avant, bien qu'il s'agisse plutôt de l'action de leurs métabolites et leurs polymères (tel le trans-resvératrol, polymère actif du resvératrol) liés aux interactions avec les enzymes digestives, la majorité des polyphénols des vins ne passant pas la barrière intestinale[3]. De fait, la courbe indiquant le taux de consommation de vin rouge et celui des maladies cardio-vasculaires dans les pays occidentaux a une allure bien linéaire régressive (il est dit par humour qu'il faudrait corriger ces statistiques des personnes qui n'ont pas pu avoir une maladie cardio-vasculaire parce qu'une cirrhose les a tuées avant, mais l'augmentation de longévité ne témoigne pas dans ce sens). Cependant cette théorie fait débat et ce d'autant que d'énormes intérêts économiques viticoles sont en jeu et que des études in vivo complémentaires sont nécessaires pour mettre surtout en évidence la synergie des différents polyphénols, l'action d'un seul étant insuffisante selon des études sur des modèles animaux[4]. Notamment, la plupart des études qui concluent à un effet protecteur de la consommation d'alcool souffrent d'une erreur méthodologique sérieuse, puisque sont rangés dans la catégorie des abstinents les anciens alcooliques devenus abstinents (cela dit, un alcoolique, par définition, ne fait pas une consommation de vin « à dose raisonnable », ce qui explique que les anciens alcooliques soient classés parmi les abstinents)[5]. Quelques études limitent la catégorie des abstinents aux abstinents de toujours, relativement rares dans la population concernée, et ne retrouvent pas cet effet protecteur. Le petit nombre d'études reposant sur une méthodologie correcte ne permet pas de porter une conclusion définitive sur cette question. Certains craignent par ailleurs que défendre la thèse d'un effet positif du vin encourage une consommation régulière, alors que l'alcool est responsable de nombreuses autres pathologies ;
  • huile d'olive : avec un effet bénéfique sur la santé grâce à ses molécules o-diphénols, oleuropéine, tyrosol, hydroxytyrosol, tyrosols et hydroxytyrosols aglycones, tocophérols, dont les propriétés contre les maladies cardio-vasculaires ont été scientifiquement démontrées en particulier dans l'huile vierge de première pression à froid. Ces composés phénoliques sont aussi présents dans les olives de table[6] ;
  • oméga-3 : importants effets antioxydants : poisson gras, huile de colza froide, huile de pépins de raisin froide, etc.
  • volaille (canard, oie, poule…) « viande non mammifère » : plus riche en bon cholestérol (HDL) qu'en mauvais (LDL)[réf. nécessaire] ;
  • poissons : dont les poissons gras, comme la truite, avec les acides gras qu'ils contiennent sont considérés très favorables et indispensables à la santé, avec un taux de consommation supérieur dans le sud de la France. Le poisson est pauvre en LDL et autres hydrates saturés (point commun avec l'alimentation japonaise, riche en poisson, à bonne longévité) ;
  • fruits et légumes frais : leur consommation est supérieure dans le sud de la France, avec un apport d'antioxydants bénéfiques à la préservation de la santé ;
  • glucides (et non pas les lipides) : ils seraient responsables du surpoids et des maladies cardio-vasculaires, comme le suggère déjà le gastronome Brillat-Savarin dans son ouvrage Physiologie du goût de 1825. L'hypothèse lipidique, communément admise, selon laquelle l'excès de consommation de graisses (et le cholestérol) serait le responsable principal des maladies cardio-vasculaires[7] est régulièrement remise en question ;
  • pourpier : plante sauvage prolifique dans les pays du bassin méditerranéen, riche en oméga-3, qui pourrait contribuer à baisser le risque cardio-vasculaire « les poules s'en régalent, comme s'en régalent aussi limaces et autres animalcules, dont les poules en liberté se régalent aussi[1]… »
  • pollution de l'air : moins élevée dans l'ouest de la France, mieux exposé au vent, et avec une concentration urbaine moins élevée, ce qui diminue l'incidence des maladies respiratoires. La plus grande douceur du climat permet aussi une meilleure ventilation des lieux de travail et de vie durant une grande partie de l'année ;
  • qualité de vie et bien-être : le stress est statistiquement reconnu comme facteur aggravant en matière de maladie cardio-vasculaire, hypertension artérielle, dépression, cancer

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le "French Paradox", Maurice Legoy
  2. http://www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0008554
  3. Pascale Sarni-Manchado, Véronique Cheynier Les polyphénols en agroalimentaire, Tec & Doc Lavoisier, 2005, 398 p. (ISBN 2743008059)
  4. (en) NA Al-Awwadi,A Bornet, « Red wine polyphenols alone or in association with ethanol prevent hypertension, cardiac hypertrophy, and production of reactive oxygen species in the insulin-resistant fructose-fed rat », Journal of Agricultural and Food Chemistry, vol. 52, no 18,‎ , p. 5593-7.
  5. (en) Kaye Middleton Fillmore, William C. Kerr, Tim Stockwell, Tanya Chikritzhs, Alan Bostrom « Moderate alcohol use and reduced mortality risk: Systematic error in prospective studies » Addiction Research & Theory 2006;14(2):101-132.
  6. « Vin et Santé » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-05-02
  7. « Le cholestérol n'a rien à voir avec le développement de l'athérosclérose » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-05-27

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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