Georges de Scudéry
| Fauteuil 32 de l'Académie française | |
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Marie-Madeleine du Moncel de Martinvast (à partir de ) |
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Lygdamon et Lydias Alaric ou Rome vaincue |
Georges de Scudéry, né le au Havre et mort le à Paris, est un romancier, dramaturge et poète français.
Biographie de Georges de Scudéry
[modifier | modifier le code]Venant d’une famille noble provençale d’Apt, qui se prétendait d’origine sicilienne, son aïeul et son père ont suivi la carrière des armes, et celui-ci a rempli la charge de lieutenant du roi au Havre. Resté orphelin et presque sans fortune, vers l’âge de douze ans, sa sœur Madeleine a été recueillie par un riche oncle[1].
Après avoir achevé ses études, il a fait partie de l’armée du duc de Savoie puis de Louis XIII, et se signale, à l’en croire, sur terre et sur mer. À l’âge de trente ans, il commande le régiment de Scudéry. Ayant connu le poète Théophile de Viau pendant un séjour dans le Midi, il quitte l’état militaire pour se livrer tout entier à la littérature et publie, en , une édition de ses Œuvres, avec une préface pleine de rodomontades, où il prend sa défense contre ses ennemis.
Ses premiers écrits montrent un matamore littéraire, d’une vanité puérile et d’une réjouissante outrecuidance, qui se donne la gloire, sans l’attendre, en faisant sans cesse allusion à la noblesse de sa maison, à ses exploits militaires, et pose sans cesse en gentilhomme et en capitaine qui déroge en consentant à écrire :
« S’il se rencontre quelque extravagant, dit-il dans la préface de Théophile, qui juge que j’offence sa gloire imaginaire, pour luy montrer que je le crains autant comme je l’estime, je veux qu’il sçache que je m’apelle — De Scudéry[2]. »
Dans la préface de Lygdamon et Lydias, son premier ouvrage dramatique, il écrit :
« Ces vers que je t’offre sont, sinon bien faits, au moins composez avec peu de peine […] J’ay passé plus d’années parmy les armes que dans mon cabinet, et beaucoup plus usé de meche en harquehuse qu’en chandelle, de sorte que je sçay mieux ranger les soldats que les paroles, et mieux quarrer les bataillons que les périodes[3]. »
Aujourd’hui, ce théâtre de Scudéry est peu lu, voire presque totalement ignoré[4].
Son ton avantageux et soldatesque, sa présomption, jointe à sa prolixité, ont été cruellement raillés par Nicolas Boileau dans des vers célèbres :
Bienheureux Scudéri, dont la fertile plume
Peut tous les mois sans peine enfanter un volume !
Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants,
Semblent être formés en dépit du bon sens ; […]
Et quand la rime enfin se trouve au bout des vers,
Qu’importe que le reste y soit mis de travers[5] !
Poussé par le besoin, ainsi que les succès qu’il obtenait, il produit de façon incessante, surtout pour le théâtre, ayant soin de dédier ses œuvres aux personnages les plus considérables, particulièrement à Richelieu. Ce fut lui qui donna le signal de la levée de boucliers contre Corneille après la représentation du Cid. Bien que lié d’amitié avec le poète, il publie anonymement des Observations (1637), auxquelles Corneille répond par l’Examen à Ariste, puis par une Lettre apologétique.
Piqué au vif, Scudéry provoque, dans sa Lettre à l’illustre Académie, l’examen de la tragédie attaquée à ce corps savant. Non content d’avoir réussi dans son projet, il tente d’opposer au Cid une de ses propres pièces, l’Amour tyrannique, que son ami Sarrasin a vainement supplié l’Académie de prouver que c’était le chef-d’œuvre de la scène française.
Longtemps bénéficiaire de la protection du cardinal de Richelieu, il adopte, après la disparition de ce ministre, une prudente neutralité à l’égard du cardinal Mazarin, qui le nomme gouverneur du fort de Notre-Dame-de-la-Garde, forteresse située près de Marseille (1644-1647) et lui confère un brevet de capitaine des galères, charge purement honorifique quoique lucrative. Parti, avec sa sœur cadette Madeleine, pour son poste, il n’a eu rien de plus pressé que de chanter sa forteresse en vers ampoulés, qui contrastent singulièrement avec la description railleuse qu’en ont fait Chapelle et Bachaumont. Quelques années plus tard, faute de ressources suffisantes pour entretenir et payer ses soldats, il doit la quitter[6].
Son recueil poétique Le Cabinet de M. de Scudéry, qui décrit une collection imaginaire de tableaux, dessins et gravures, date de ces années marseillaises et présente son auteur comme un grand amateur d’art et un véritable précurseur de la critique d’art[7].
Revenu à Paris, au moment de la Fronde, il s’attache au parti du Grand Condé et fut exilé en Normandie. Il publia des Poésies diverses puis, à la mort de Vaugelas, il parvient, grâce à ses protecteurs, à se faire élire à l’Académie, en 1650.
C’est surtout à partir de ce moment qu’ont paru sous son nom les grands romans qui ont fait les délices des ruelles et lui ont valu la meilleure part de sa réputation, bien que ces romans aient été, en réalité, écrits par sa sœur Madeleine, et qu’il n’y fût lui-même que pour fort peu de chose. Cela ne le dérangeait pas outre mesure de s’attribuer les travaux de sa sœur. La part respective des deux auteurs peut néanmoins se déduire de la prédominance des aventures guerrières ou des conversations galantes. Ainsi, on peut penser que Almahida est presque entièrement dû à Georges, tandis que la part de Madeleine est évidente dans Clélie, mais également à partir du cinquième volume d'Artamène ou le Grand Cyrus.
Installé à Rouen, il épouse, en 1655, la riche Marie-Madeleine de Martinvast, belle personne et d’esprit distingué, qui entretiendra une longue correspondance avec Roger de Bussy-Rabutin[8]. Il publie, à cette époque, le poème d’Alaric.
La reine Christine lui avait promis pour la dédicace du livre une chaîne d’or de mille pistoles, mais elle lui fait demander par Urbain Chevreau de rayer les vers où il parlait du comte de La Gardie, qui était tombé dans sa disgrâce : « Quand la chaine d’or, répondit Scudéry, serait aussi grosse que celle dont il est question dans l’histoire des Incas, je ne détruirai jamais l’autel où j’ai sacrifié[9]. » La reine ayant reçu le poème imprimé tel qu’il avait été écrit et n’envoya rien. Scudéry n’eut pas même un remerciement du comte de la Gardie[10].
Malgré son riche mariage, la pauvreté le force d’aller passer plusieurs années en Normandie. Il finit par obtenir du roi une pension de quatre cents écus, par l’intermédiaire du duc de Saint-Aignan, qui voulut, avec Mlle de Montpensier, présenter son premier enfant au baptême, en 1662. Sur la fin de sa vie, devenu dévot, il meurt d’apoplexie, et repose à Saint-Nicolas des Champs[1].
Œuvre
[modifier | modifier le code]- Romans
- Avec Madeleine de Sucdéry, Ibrahim ou l’Illustre Bassa, 1641. Repris au théâtre en tragi-comédie en 1643 par Georges. — Les bibliographes s'accordent à dire que ce roman est entièrement de Madeleine et que Georges ne signe que la préface..
- Avec Madeleine de Sucdéry, Artamène ou le Grand Cyrus, 10 vol., 1649-1653.
- Avec Madeleine de Sucdéry, Clélie, histoire romaine, 10 vol., 1654-1660.
- Avec Madeleine de Sucdéry, Almahide, 8 vol., 1660-1663.
- Théâtre
- Annibal, 1631.
- Ligdamon et Lidias ou la ressemblance, tragi-comédie, Paris, F. Targa, , 264 p. (OCLC 504524019, BNF 31341750, lire en ligne sur Gallica).
- Le Trompeur Puny, ou L'Histoire Septentrionale: tragi-comédie., Paris, A. de Sommaville, , 168 p. (OCLC 504594961, BNF 31341761).
- La comédie des comédiens, poème de nouvelle invention, Paris, Augustine Courbé, , 108 p. (OCLC 763226627, BNF 31341740, lire en ligne sur Gallica).
- Le Vassal généreux, 1635.
- Orante, tragi-comédie, Paris, Augustine Courbé, , 120 p. (OCLC 829612458, BNF 36039845, lire en ligne sur Gallica).
- le Fils supposé, 1636.
- La Mort de César, tragédie, Paris, Augustine Courbé, , 86 p. (OCLC 459209957, BNF 31341752, lire en ligne sur Gallica).
- Le prince déguisé, tragédie, Paris, Augustine Courbé, , 116 p. (OCLC 474332990, BNF 31341757, lire en ligne sur Gallica).
- Didon, 1637.
- L'amour tyrannique : tragi-comédie, Paris, Augustine Courbé, , 112 p. (OCLC 763194550, BNF 36044190, lire en ligne sur Gallica).
- L'amant libéral, tragi-comédie, Paris, Augustine Courbé, , 131 p. (OCLC 763283471, BNF 31341721, lire en ligne sur Gallica).
- Eudoxe , tragi-comédie, Paris, Augustine Courbé, , 124 p. (OCLC 944778067, BNF 31341744, lire en ligne sur Gallica).
- Andromire, tragi-comédie, Paris, A. de Sommaville, , 128 p. (OCLC 474333003, BNF 31341735, lire en ligne sur Gallica).
- Ibrahim ou l’Illustre Bassa, 1642), tirée du roman éponyme.
- Arminius, 1643.
- Axiane, 1643.
- Autres
- Observations sur « Le Cid », 1637.
- Preuve de passages allégués dans les « Observations sur « Le Cid », 1637.
- Le Cabinet de M. de Scudéry : Gouverneur de Nostre Dame de La Garde, Paris, Augustine Courbé, , 229 p. (OCLC 797993003, lire en ligne sur Gallica).
- Poésies diverses : dédiées a Monseigneur le Duc de Richelieu, Paris, Augustine Courbé, , 328 p., 23 cm (OCLC 15732538, lire en ligne sur Gallica).
- Alaric ou Rome vaincue : poème héroïque, Paris, Augustine Courbé, , 426 p. (OCLC 763208017, lire en ligne sur Gallica).
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Charles-Louis Livet, « Georges de Scudéry », dans Précieux et Précieuses : caractères et mœurs littéraires du XVIIe siècle, paris, Didier et Cie, , xxxvi, 442, [1] p., in-8º (OCLC 1014542979, lire en ligne), p. 207-59.
- ↑ « Préface », dans Théophile de Viau, Les Œuvres de Théophile : divisées en trois parties : première partie contenant "l'immortalité de l'âme", avec plusieurs autres pièces : la seconde, les tragédies : et la troisième, les pièces qu'il a faites pendant la prison : dédiées aux beaux esprits de ce temps, Paris, Edmée Pepingue, , 303 p., 3 parties en 1 vol. ; in-12 (OCLC 470092422, lire en ligne sur Gallica), p. 4.
- ↑ Pierre-Louis Rosenfeld, « La Frontière et sa traversée dans les tragi-comédies de Georges de Scudéry », Biblio 17, Tübingen, no 227, , p. 323-34 (ISSN 1434-6397, lire en ligne).
- ↑ Éveline Dutertre, Scudéry dramaturge, Genève, Droz, , 586 p., ill. ; in-8º (OCLC 1035581221, lire en ligne), p. 13-60.
- ↑ Satire II.
- ↑ Charles Clerc, « Georges de Scudéry : gouverneur de N.-D. de La Garde », Revue des Deux Mondes, Paris, vol. 50, no 2, , p. 186-202 (ISSN 0035-1962, lire en ligne).
- ↑ Rosa Galli-Pellegrini, « L’Épître en vers chez Georges de Scudéry », Littératures classiques, Paris, no 18, , p. 123-34 (ISSN 2260-8478, lire en ligne).
- ↑ Roger de Bussy-Rabutin, Marie-Madeleine de Scudéry, Correspondance, Éd. Christophe Blanquie, Paris, Classiques Garnier, 2019.
- ↑ Frédéric Lachèvre, Le Libertinage devant le Parlement de Paris, t. 1, Paris, Honoré Champion, , 596 p., 2 vol. fronts., ports., facsims. 29 cm (OCLC 3174969, lire en ligne), p. 342.
- ↑ Émile Faguet, Histoire de la poésie franc̜aise : de la renaissance au romantisme, t. 3, Paris, Boivin, , 368 p., 19 cm (OCLC 2813292, lire en ligne), p. 339.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- E. Angot, « Les Discours politiques des rois de Georges de Scudéry », Revue d’Histoire littéraire de la France, vol. 31, no 1, , p. 100-08 (ISSN 2105-2689, lire en ligne).
- Christian Biet et Dominique Moncond’huy, Le Cabinet de M. de Scudéry. Édition critique, Paris, Klincksieck, 1991.
- Gédéon Tallemant des Réaux, Historiettes t. 2, texte intégral établi et annoté par Antoine Adam, Paris, Gallimard, 1970, p. 684-696.
- Charles Clerc, Un matamore des Lettres : la vie tragi-comique de Georges de Scudéry, Paris, Spes, , 257 p. (OCLC 940426613, lire en ligne).
- Georges de Scudéry et le théâtre, Jörn Steigerwald, Hendrik Schlieper (éds.), Tübingen, Papers on French Seventeenth Century Literature XLVI, 91, 2019.
- Philippe Chométy, « Du poème épique à la poésie d’idées », dans Francine Wild (dir.), Épopée et mémoire nationale au XVIIe siècle : philosophie, science et morale dans Alaric, ou Rome vaincüe (1654) de Georges de Scudéry, Caen, Presses universitaires de Caen, , p. 103-14.
Liens externes
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