Philippe Quinault

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Philippe Quinault

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Portrait anonyme, 1670.[réf. nécessaire]

Nom de naissance Philippe Quinault
Naissance
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès (à 53 ans)
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Nationalité Royaume de France
Profession

Philippe Quinault, né le à Paris[1] où il est mort le , est un poète, auteur dramatique et librettiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un boulanger, il fut pris en affection par Tristan L'Hermite, qui lui donna la même éducation qu’à son propre fils. Il n’avait que dix-huit ans lorsqu’on joua à l’hôtel de Bourgogne sa première comédie, les Rivales, en cinq actes (1653). Tristan la lut, comme de lui, aux acteurs, qui lui en offrirent cent écus. Quand ils connurent l’âge de l’auteur, ils retirèrent leur proposition, mais ils consentirent à accorder le neuvième de la recette, tous frais déduits. Ce fut l’origine de la « part d’auteur ». La pièce réussit, et Quinault donna l’année suivante deux comédies et une tragi-comédie.

Cependant, jugeant sage de ne pas se limiter au théâtre, Quinault étudia le droit, de telle sorte qu’il put se donner le titre d’avocat au Parlement, lors de son mariage, en 1660, avec une riche veuve. La dot de sa femme lui servit à acheter une charge d’auditeur à la Cour des comptes.

Le succès de la tragédie d’Agrippa ou le faux Tibérinus (1660), et surtout celui de la tragédie d’Astrate (1663), ainsi que de la comédie intitulée la Mère coquette (1665), établirent sa réputation. Le roi lui fit une pension de deux mille livres. L’Académie française l’admit en 1670. Il devint aussi membre de l’Académie des inscriptions en 1674.

C’est seulement en 1671 que Quinault débuta dans le genre qui devait l’illustrer, par les intermèdes de Psyché. À partir de cette époque jusqu’en 1686, il fut le collaborateur de Lully à la demande de qui il écrivit plusieurs livrets d'opéra créant avec celui-ci le genre spécifiquement français de la tragédie lyrique. Cette collaboration ne fut interrompue que pendant deux ans (1677-1678), Madame de Montespan humiliée d'avoir été comparée à la jalouse Junon dans l'opéra Isis, obtint du Roi la mise à l'écart temporaire du librettiste[2]. Quinault, arrivé au moment exact où l’opéra devenait à la mode hors d’Italie, n’a pas peu contribué à l’établir définitivement comme genre artistique européen[3]. Lully lui payait quatre mille livres pour chaque pièce, disant que Quinault était « le seul qui pût l’accommoder, et qui sût aussi bien varier les mesures et les rimes dans la poésie, qu’il savait lui-même varier les tours et les cadences en musique[4]. » Le poète sut sans doute plier ses vers aux caprices du musicien et les transformer suivant les besoins de la mélodie, ce à quoi La Fontaine faisait allusion, lorsque, s’étant décidé à écrire un opéra pour Lully, il dit de ce dernier : « Bref, il m’enquinauda. »

Après la mort de Lully en 1687, Quinault, pris de scrupules religieux, renonça au théâtre et se livra à la composition d’un poème intitulé l’Hérésie détruite[5], qu’il n’eut pas le temps d’achever, et qui commençait par ces vers :

Je n’ai que trop chanté les jeux et les amours ;
Sur un ton plus sublime il faut nous faire entendre :
Je vous dis adieu, muse tendre,
Et vous dis adieu pour toujours.

Contesté par Boileau, La Fontaine et Racine, seul Charles Perrault l’a soutenu. Quand Boileau lança ses traits contre Quinault, celui-ci n’avait fait encore aucun de ses opéras. C’est à l’auteur tragique que s’adresse le fameux vers de la deuxième satire :

La raison dit Virgile, et la rime Quinault.

En le répétant dans la satire du Repas ridicule, qui est de 1665, Boileau se moque d’Astrate qui se caractérise par la faiblesse des caractères et la langueur du dialogue. Cette tragédie qui n’est pas la meilleure de l’auteur eut pourtant un succès extraordinaire. Ses comédies furent aussi d’une grande faiblesse jusqu’à la Mère coquette, qui, sans s’élever beaucoup, offre des détails agréables, une touche naturelle, et s’est soutenue longtemps au théâtre. Du reste, Boileau, dans la préface de plusieurs éditions de ses œuvres (1683, 1694), est revenu sur ses attaques en disant : « J’étais fort jeune quand j’écrivis contre M. Quinault, et il n’avait fait aucun des ouvrages qui lui ont fait depuis une juste réputation. » En 1687, il écrit à Racine : « Dites bien à M. Quinault que je lui suis infiniment obligé de son souvenir. Vous pouvez l’assurer que je le compte présentement au rang de mes meilleurs amis et de ceux dont j’estime le plus le cœur et l’esprit[6]. » Ce n’est donc plus à Quinault, mais à l’opéra, genre peu goûté de Boileau, que se rapportent, en 1693, les sévérités de la dixième satire contre

… ces lieux communs de morale lubrique.
Que Lully réchauffa des sons de sa musique.

De tous les poètes qui ont composé des opéras, sans en excepter Métastase, Quinault est peut-être celui qui fut le mieux doué pour ce genre et ses pièces restent les modèles d’un genre[7].

« Quinault n’a sans doute, écrit La Harpe, ni cette audace heureuse des figures, ni cette éloquence de passion, ni cette harmonie savante et variée, ni cette connaissance profonde de tous les effets du rythme et de tous les secrets de la langue poétique : ce sont là les beautés du premier ordre, et non seulement elles ne lui étaient pas nécessaires, mais, s’il les avait eues, il n’eût point fait d’opéra, car il n’aurait rien laissé à faire au musicien ; mais il a souvent une élégance facile et un tour nombreux ; son expression, est aussi pure et aussi juste que sa pensée est claire et ingénieuse. Ses vers coulants, ses phrases arrondies, ont l’agrément qui naît d’une tournure aisée et d’un mélange continuel d’esprit et de sentiment. Il n’est pas du nombre des écrivains qui ont ajouté à la richesse et à l’énergie de notre langue ; il est un de ceux qui ont le mieux fait voir combien on pouvait la rendre souple et flexible. Si les vers de Quinault sont toujours harmonieux, il en a beaucoup de faibles et de prosaïques et que s’il trouve des situations dramatiques, il ne fait guère que les effleurer. »

Le premier de ses opéras fut les Fêtes de l’Amour et de Bacchus (1672). Cadmus (1674), la première pièce qu’on ait appelée « tragédie lyrique » est une comédie mythologique. Dans Alceste (1674) suivi de Thésée (1675), Atys (1676), celui des opéras de l’auteur que préférait Françoise de Maintenon[8], est celui où l’amour est le plus intéressant et le dénouement le plus tragique. Dans l’opéra d’Isis (1677), où la plupart des détails ont beaucoup d’agrément, les deux derniers actes languissent par l’uniformité d’une situation trop prolongée. Proserpine (1680) est un des poèmes de Quinault les mieux coupés. C’est aussi celui où il s’est le plus élevé dans sa versification. Voltaire en cite avec admiration les vers suivants :

Ces superbes géants, armés contre les dieux,
Ne nous donnent plus d’épouvante.
Ils sont ensevelis sous la masse pesante
Des monts qu’ils entassaient pour attaquer les cieux ;
J’ai vu tomber leur chef audacieux
Sous une montagne brûlante.
Jupiter l’a contraint de vomir à nos yeux
Les restes enflammés de sa rage mourante.
Jupiter est victorieux,
Et tout cède à l’effort de sa main foudroyante.

Le Triomphe de l’Amour (1681), ballet fait pour la cour, est disposé de manière à adresser des compliments en vers aux princes et aux dames. Dans Persée (1682) on cite, comme le morceau le plus énergique, le monologue de Méduse :

J’ai perdu la beauté qui me rendit si vaine…

Phaéton (1683) est une des œuvres les moins intéressantes de l’auteur[9]. Le plan et les détails d’Amadis (1684) sont ingénieux et attachants. Roland (1685), dont le sujet est puisé dans l’Arioste, tiendrait le premier rang parmi les œuvres de Quinault, s’il n’avait fait Armide (1686), dont il emprunta le sujet au Tasse. Ce dernier poème, par l’intérêt des situations, par la beauté des sentiments, par l’élégance continue du style, peut être regardé comme le chef-d’œuvre de l’opéra. Le Temple de la Paix (1686) n’a pas d’autre mérite que d’être un ballet assez bien disposé. On lui doit encore l’Amant indiscret ou le Maître étourdi, comédie (1654), qui a des rapports avec l’Étourdi de Molière ; la Comédie sans comédie (1654), qui contient une pastorale, une comédie, une tragédie et une tragi-comédie ; la Généreuse ingratitude, tragi-comédie (1654) ; la Mort de Cyrus, tragédie (1656) ; le Mariage de Cambyse, tragi-comédie (1656) ; Stratonice, tragi-comédie (1657) ; les Coups de l’Amour et de la Fortune, tragi-comédie (1657) ; Amalasonte, tragédie (1658) ; le Feint Alcibiade, tragi-comédie (1658) ; le Fantôme amoureux, comédie (1659) ; Bellérophon, tragédie (1665) ; Pausanias, tragédie (1666).

Les Œuvres de Quinault ont été réunies (Paris, 1739, 1778, 5 vol. in-12). On a publié ses Œuvres choisies (Paris, 1842, 2 vol. in-8).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Monument à Philippe Quinault (1851), d'après Jules Salmson à Felletin.

Comédies[modifier | modifier le code]

  • L’Amant indiscret ou le Maître étourdi, 1654
  • La Comédie sans comédie, 1654
  • La Mère Coquette ou les Amants brouillés, 1665
  • Le Fantôme amoureux, 1659

Tragi-comédies[modifier | modifier le code]

  • La Généreuse ingratitude, 1654
  • Le Mariage de Cambyse, 1656
  • Stratonice, 1657
  • Les Coups de l’Amour et de la Fortune, 1657
  • Amalasonte, 1658
  • Le Feint Alcibiade, 1658
  • Les Rivales 1653

Tragédies[modifier | modifier le code]

  • La Mort de Cyrus, 1656
  • Bellérophon, 1665
  • Pausanias,
  • Astrate roi de Tyr, 1664

Livrets[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 1674.
  • Buford Norman‬, Quinault, librettiste de Lully : le poète des grâces‬, Paris, Mardaga, collection Études du Centre de musique baroque de Versailles‪‬, 2009‬, (ISBN 978-2-87009-995-7).

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Remarque : On trouve un monument en hommage à Philippe Quinault à Felletin sur lequel il est indiqué qu'il est né dans cette ville, à tort. Cette légende serait dû à un texte autobiographique, aujourd'hui perdu, L'Amour sans faiblesse, d'après lequel Boscheron le décrit natif de Felletin dans une version manuscrite. La découverte de l'acte de baptême à Paris a fait cesser cette légende.
  2. Revue Diapason, février 2008, p. 27.
  3. Buford Norman‬, Quinault, librettiste de Lully : le poète des grâces‬, Paris, Mardaga, coll. Études du Centre de musique baroque de Versailles‪‬, 2009‬, 383 p., (ISBN 978-2-87009-995-7), p. 18.
  4. ‪Répertoire de la littérature ancienne et moderne‬‪, Paris, Castel de Courval, 1827‬, p. 9.
  5. Luigi De Anna‬, ‪Histoire de la littérature française‬‪, Marzocco, 1953‬, 687 p., p. 183.
  6. Étienne Gros, Philippe Quinault : sa vie et son œuvre, Paris, É. Champion, 1926, p. 173.
  7. Charles Théodore Beauvais, ‪Biographie universelle, ou Dictionnaire historique : contenant la nécrologie des hommes célèbres de tous les pays‪, t. 4, Paris, Furne, 1833‬, p. 2489.
  8. Théophile Sébastien La Vallée, Correspondance générale de Madame de Maintenon, t. 1, Paris, Charpentier, 1865, p. 295.‬
  9. Joseph-François Michaud, Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, t. 25, Paris, Desplaces, [s.d.], p. 472.
  10. Notice sur la base Mistral

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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