Mesirah

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La messira (hébreu : מסירה « livrer », var. Mesirah) désigne dans la loi juive l’acte de livrer un Juif ou ses avoirs aux autorités temporelles. L’interdiction de se livrer à la messira est promulguée dans le Talmud pour combattre la délation ou la vengeance entre les membres de la communauté juive, et sous-entend l’incompétence voire la cruauté des tribunaux non-rabbiniques qui pourraient infliger une peine jugée excessive aux yeux du droit rabbinique (l’application d’une peine « excessive » infligée par des non-juifs peut être tolérée si un précepte de la Torah a été violé[1]). Un Juif faisant appel aux autorités non-juives est appelé mosser (hébreu : מוסר, prononcé mossère ou mossœur en yiddish) ; considéré comme aussi dangereux pour la société juive qu’un meurtrier, il est passible d’exécution parfois sans avertissement[2].

Promulgué en des temps où les Juifs ne jouissaient pas de l’égalité civique, l’interdit de messira demeure d’application dans les sociétés qui les ont émancipés, et a notamment été invoqué dans des affaires de scandales financiers ou de pédocriminalité[3].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Le rabbin Michael Broyde fait état de beaucoup d'opinions différentes parmi les rabbins du vingtième siècle sur la mesure et les circonstances dans lesquelles le châtiment de la mesirah est encore d'application[2].

Selon The Times of Israel et une enquête de Channel 4, la notion de mesirah a été utilisée par un dirigeant Haredi pour empêcher que des membres de la communauté ne fassent l'objet d'enquêtes de police du chef de pédocriminalité[4],[5].

Le principe de la mesirah a également été utilisé pour dissuader des contrôleurs fiscaux juifs de dénoncer à l'IRS des juifs coupables de fraude fiscale[6].

En Israël, des tribunaux rabbiniques ont ordonné l'exclusion sociale des juifs qui portent des litiges devant les tribunaux civils israéliens[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Jacobs et Meyer Kayserling, article « Moser » dans la Jewish Encyclopedia de 1906, en ligne.
  • (en) Michael Lesher, Sexual Abuse, Shonda and Concealment in Orthodox Jewish Communities, McFarland, 2014. Partiellement consultable sur Google livres.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Alfred S. Cohen, Halacha and Contemporary Society, KTAV Publishing House, Inc., , 100– p. (ISBN 978-0-88125-042-8, lire en ligne).
  2. a et b (en) Rabbi Michael J. Broyde, « Informing on Others for Violating American Law: A Jewish Law View » (consulté le ).
  3. (en) Miriam Shaviv, « UK Haredi chief caught telling alleged victim not to tell police about abuse », The Times of Israel,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Miriam Shaviv, « UK Haredi chief caught telling alleged victim not to tell police about abuse », The Times of Israel,‎ (lire en ligne).
  5. (en) Dr. Ruchama Weiss et Rabbi Levi Brackman, « Parents ignore child abuse at rabbi's advice », Ynet News,‎ (lire en ligne).
  6. (en) Joshua Hammerman, « Sex-Abuse Cover Ups: The Mesirah Mess », The Jewish Week.
  7. (en) Jeremy Sharon, « Court to review rabbinical court's social exclusion order », The Jerusalem Post,‎ (lire en ligne) : « Many ultra-Orthodox rabbis view use of state courts, in Israel and in the Diaspora, as a violation of a principle of Jewish law. ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]