Ligne de désir

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Ligne de désir à Lisbonne. Le passage « officiel » est contourné par un passage pratique progressivement tracé par la circulation des piétons.

Une ligne de désir est en zone urbaine un sentier tracé graduellement par érosion à la suite du passage répété de piétons, cyclistes ou animaux. La présence de lignes de désir (à travers les parcs ou terrains vagues) signale un aménagement urbain inapproprié des passages existants.

Le sentier créé représente souvent le cheminement le plus court ou le plus commode entre deux points. La largeur et l'ampleur de l'érosion sont des indicateurs de la nature du trafic que le sentier reçoit. Les lignes de désir sont des raccourcis là où les chemins officiels prennent un tracé indirect, sont discontinus ou sont inexistants.

Milieu urbain[modifier | modifier le code]

Ces raccourcis sont invisibles sur le bitume qui constituent l'essentiel de la voirie urbaine. On peut en revanche les observer sur l'herbe ou sur la neige[1].

Parcs et zones naturelles[modifier | modifier le code]

Un sentier créé à partir d'une ligne de désir souligné par des trèfles à travers une zone naturelle protégée à Theydon Bois dans l'Essex, en Angleterre

Les lignes de désir coupent parfois au travers de secteurs sauvages et sensibles, menaçant la faune et la sécurité des parcs. Cependant, ils fournissent également un indicateur pour la gestion du parc et la localisation des cheminements qui s'y font. Le service des parcs nationaux dans le Parc National de Yosemite aux États-unis utilise cet indicateur pour aider à établir son Plan de Gestion Général.[2]

Une ligne de désir (à droite) converge avec un sentier (au centre) à Helsinki, Finlande

Les études du piétinement dû aux cheminements ont largement démontré que les impacts sur les sols et la végétation surviennent rapidement dès les premières utilisations des lignes de désir. Quinze passages peuvent suffire pour voir apparaitre un sentier distinct, apparition qui attire alors d'autres utilisateurs.[3]:27 Cette découverte a contribué à la création du programme éducatif Leave no trace (Ne pas laisser de trace), qui, entre autres choses, enseigne aux personnes cheminant dans les zones naturelles à rester sur les sentiers délimités ou, en dehors, à répartir leurs cheminements de manière à ne pas, par inadvertance, créer de nouveaux sentiers[4].

Les pouvoirs publics ont mis au point de multiples techniques pour bloquer la création de lignes de désir comme des clôtures, des zones de végétation dense, ou de la signalétique. Cependant, les randonneurs continuent de passer outre ces barrières. De ce fait, des tentatives sont faites pour éviter d'avoir besoin de créer des obstacles et des restrictions en faisant converger chemins officiels et lignes de désir, à la fois grâce à des aménagements physiques et par la sensibilisation du public.[3]

Gestion[modifier | modifier le code]

Les paysagistes gèrent parfois les lignes de désir en les pavant et en les intégrant dans le réseau de cheminements officiels plutôt que de les bloquer[5],[6].

Dans certains cas, les pouvoirs publics ont délibérément laissé des secteurs sans chemin officiel, attendant de voir ce que les lignes de désir allaient créer, pour les paver par la suite.[5] En Finlande, les urbanistes visitent les parcs immédiatement après les premières chutes de neige, lorsque les chemins existants ne sont pas visibles.[7] Les gens choisissent naturellement les lignes de désir, clairement identifiées par leurs empreintes, qui peuvent ensuite être utilisées pour guider le tracé de nouveaux chemins.

Dans d'autres cas, l'accès aux lignes de désir peut être bloqué dans une tentative de forcer l'utilisation des chemins officiels. Les solutions utilisées peuvent inclure la pose de clôtures autour des lignes de désir, la pose de panneaux d'interdiction ou la re-végétalisation des sentiers formés.

Une ligne de désir est interdite d'accès pour re-végétalisation dans la région de Brisbane en Australie

D'autres aspects du concept[modifier | modifier le code]

L'image de cheminements créés par l'utilisateur, en quelque sorte bravant les décisions des pouvoirs publics, constitue pour certains une métaphore de la lutte entre la terre et le béton, de l'anarchisme, du design intuitif ou de la sagesse des foules[8],[9],[10],[11],[12].

En planification urbaine, le concept de lignes de désir peut être utilisé pour l'analyse du trafic et des cheminements. Son utilisation a été faite lors de l'étude des transports publics de Chicago en 1959 pour décrire les choix faits entre le chemin de fer et le métro[13].

Dans la conception de logiciels, la notion est utilisée pour décrire les actions réalisées par certains utilisateurs afin de contourner les limitations des logiciels qu'ils utilisent.[14] Un exemple représentatif est Twitter, qui a "pavé" un certain nombre de lignes de désirs en les intégrant dans le service, notamment les mentions @, les hashtags, et les discussions de groupe.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Razemon, « La « ligne de désir », ou la ville inventée par le piéton », sur transports.blog.lemonde.fr,‎ (consulté le 18 janvier 2017).
  2. (en) Mark Lubell, « ESP172 Lecture 9: National Parks », University of California, Davis
  3. a et b (en) Bruce Hampton et David Cole, Soft paths: how to enjoy the wilderness without harming it, Harrisburg, PA, Stackpole Books, (ISBN 0-8117-2234-1)
  4. (en) Jeffrey L. Marion et Scott E. Reid, « Development of the U.S. Leave No Trace Program: An Historical Perspective », sur Leave No Trace: Center for Outdoor Ethics,‎
  5. a et b (en) Kurt Kohlstedt, « Least Resistance: How Desire Paths Can Lead to Better Design », 99% Invisible,‎ (consulté le 3 février 2016)
  6. (en) Bob Spieldenner, « Dirt paths on Drillfield to be paved », Virginia Tech News,‎ (consulté le 3 février 2016)
  7. (en) « Earls Court Project Application 1: The 21st Century High Street »,‎
  8. « {{{1}}} »
  9. (en) William Lidwell, Katrina Holden et Jill Butler, Universal principles of design: 125 ways to enhance usability, influence perception, increase appeal, make better design decisions, and teach through design, Rockport Publishers, (ISBN 1-59253-587-9)
  10. (en) Donald Norman, Living with Complexity, The MIT Press, (ISBN 0-262-01486-6)
  11. (en) James Throgmorton et Barbara Eckstein, « Desire Lines: The Chicago Area Transportation Study and the Paradox of Self in Post-War America », sur The 3Cities Project (consulté le 26 mai 2015)
  12. (en)WGBH: A Cape Cod Notebook - Desire Lines by Robert Finch
  13. (en) State of Illinois. (1959) "Chicago Area Transportation Study" p. 40.
  14. (en) Erin Malone et Christian Crumlish, « Pave the Cowpaths », sur Designing Social Interfaces (consulté le 26 mai 2015)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]