Les Amours d'Astrée et de Céladon

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Les Amours
d'Astrée et de Céladon
Description de cette image, également commentée ci-après

La plaine du Forez aujourd'hui
Saint-Georges-en-Couzan (Loire)

Titre original Les Amours d'Astrée et de Céladon
Réalisation Éric Rohmer
Scénario Éric Rohmer
Acteurs principaux
Sociétés de production Rezo Productions
Compagnie Éric Rohmer
Bim Distribuzione
Alta Producción
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Drapeau de l'Espagne Espagne
Genre Comédie dramatique
Conte romantique
Durée 109 min
Sortie 2007

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Amours d'Astrée et de Céladon est un film franco-italo-espagnol réalisé par Éric Rohmer et sorti en 2007.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Céladon est le fils d'une famille de petite noblesse d'une communauté gauloise du Ve siècle vivant à l'écart de la civilisation romaine. Il aime une bergère nommée Astrée et vit tel un berger pour être auprès d'elle. Les amants sont contraints de passer de multiples épreuves avant de pouvoir goûter en toute quiétude à leurs amours.

Thèmes et contexte[modifier | modifier le code]

Le conte pastoral d’Urfé revu par un conteur moderne et poétique, Éric Rohmer, dans un contexte contemporain du roman, le XVIIe siècle. L'action se situe dans le Forez, où subsisterait une civilisation gauloise, telle qu'on pouvait l'imaginer au XVIIe siècle. Eric Rohmer indique pourtant qu'il n'a pu filmer dans le Forez, cette région « étant maintenant défigurée par l'urbanisation ».

À l'opposé des productions à grand spectacle, numérisées ou avec une pléthore de stars à l'affiche, réalisées par les plus célèbres cinéastes actuels, Éric Rohmer, à quatre-vingt-sept ans, s'octroie le privilège de filmer, fidèle à sa technique minimaliste, une adaptation de L'Astrée : presque un hapax dans le cinéma.

Comme toujours, filmée sans réflecteur, sans stars (les acteurs les plus connus sont Jocelyn Quivrin, Cécile Cassel et deux fidèles actrices rohmériennes, Rosette ainsi que Marie Rivière que l’on aperçoit un instant au début du film), l’histoire est contée (ou plutôt commentée) à l’ancienne par Alain Libolt en voix off. Cela donne une image peu contrastée, presque ultra pastel et, avec les costumes masculins d’inspiration médiévale et féminins (telles les robes des dames peintes sur les murs de l’antique Pompéi), se dégage parfois l’impression de scènes de chefs-d'œuvre de la peinture des XVIIe siècle et XVIIIe siècle, de Poussin à Fragonard.

Tout est transposé dans l'esprit des « bergeries » du XVIIe siècle : monde imaginaire et codifié, scènes bucoliques idéalisées, Astrée (Stéphanie Crayencour), proprement vêtue en camaïeu, avec son bâton enrubanné de bergère, Céladon (Andy Gillet) travesti en fille (ce qui peut prêter un peu à sourire, car l’acteur est grand et solidement bâti, il n’y a vraiment qu’Astrée qui puisse se méprendre), femmes alanguies aux chemises chiffonnées ou encore sein dénudé d’Astrée endormie (les vues coquines du XVIIe siècle). Toutes ces images resurgissent de notre mémoire collective française, voire gauloise : sous le grand chêne, cérémonies des druides et de leurs ouailles bardés de branches de gui, évocations et fusions entre dieux romains et magiciens…

Le film fait en quelque sorte écho au Perceval le Gallois de 1978, où les personnages sont pareillement hiératiques, quoiqu'il ne soit pas tourné comme celui-ci dans la nature, mais dans des décors de carton enluminé. Ces visions peuvent autant déconcerter (et irriter) que séduire (et enchanter). Les Amours d’Astrée et de Céladon représente l’amour immuable de Rohmer pour un cinéma littéraire, artistique et raffiné.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

« Si j’ai eu envie d’adapter ce texte, c’est bien sûr que j’y ai retrouvé de nombreux motifs de mes films précédents. Par exemple, le motif central de la fidélité. Le thème est quasi constant dans Ma nuit chez Maud aussi bien que dans Conte d’hiver, dans La Collectionneuse comme dans Les Nuits de la pleine lune. Mon unique pièce de théâtre, Le trio en mi bémol, est construite sur un suspens analogue à celui de L’Astrée. On y voit le personnage s’obstiner, de façon aussi folle que Céladon, à ne pas prononcer le mot qui déclencherait la phrase qu’il attend de son amie. Car cette phrase ne doit venir que d’elle »

— Éric Rohmer dans le dossier de presse[2]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le film est précédé de l'avertissement suivant :« Malheureusement, nous n'avons pas pu situer cette histoire dans la région où l'avait placé l'auteur, la plaine du Forez étant maintenant défigurée par l'urbanisation, l'élargissement des routes, le rétrécissement des rivières, la plantation de résineux. Nous avons dû choisir ailleurs en France, comme cadre de cette histoire, des paysages ayant conservé l'essentiel de leur poésie sauvage et de leur charme bucolique. » Ce texte de présentation a entraîné une plainte du conseil général département de la Loire contre Éric Rohmer[3] et les sociétés distribuant le film, pour obtenir le retrait de ces affirmations. Le conseil général arguait en effet que la plaine du Forez n'était pas défigurée par l'urbanisation et que ses 90 communes étaient inscrites en zone Natura 2000. Les repérages n'avaient pas été effectués par Éric Rohmer lui-même mais par une de ses collaboratrices[4]. Le conseil général de la Loire est finalement débouté de sa plainte contre le réalisateur en septembre 2007[5], le tribunal de grande instance de Montbrison estimant ne pas avoir été valablement saisi, sans examiner l'affaire sur le fond. Le conseil général dépose alors une nouvelle plainte : en octobre, celle-ci est finalement jugée, en octobre, irrecevable pour des raisons de procédure. Éric Rohmer et sa production ne sont donc finalement pas poursuivis[6].
  • L'expérience du tournage a inspiré à l'acteur Jocelyn Quivrin le projet du film Maestro, qu'il comptait réaliser lui-même. Finalement réalisé par Léa Fazer après le décès accidentel de Jocelyn Quivrin, Maestro (sorti en 2014) se déroule sur le tournage d'un film adapté de L'Astrée : Michael Lonsdale y interprète le rôle du réalisateur « Cédric Rovère », hommage direct à Éric Rohmer[7].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éric Rohmer a fait appel aux équipes de l'IRCAM pour « féminiser » la voix de l'acteur Andy Gillet. Lire l'entretien avec Éric Rohmer, réalisé par Frank Madlener et Gabriel Leroux pour la revue L'Étincelle (IRCAM) de juin 2008.
  2. [PDF] Dossier de presse sur Unifrance, consulté le 11 octobre 2013
  3. Le conseil général de la Loire attaque le cinéaste Éric Rohmer, article paru sur lemonde.fr du 22 septembre et dans l'édition papier du .
  4. Communiqué de l'AFP : « Selon l'entourage du cinéaste âgé de quatre-vingt-sept ans, Rohmer ne se serait pas lui-même déplacé jusque dans le berceau de l'Astrée, se contentant de confier une mission de repérage à l'une de ses collaboratrices. »
  5. Communication publiée par le nouvelobs.com du .
  6. 20 Minutes.fr, édition du 31 octobre 2007.
  7. Maestro, le film posthume de Jocelyn Quivrin, L'Express, 24/07/2014

Liens externes[modifier | modifier le code]