Jeu de mail

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Pall Mall - Project Gutenberg eText 14315.jpg

Le jeu de mail est un ancien jeu sportif français[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot mail vient du latin malleus, en français, maillet. Il est aussi appelé pail-mail ou pale-mail, de pila, boule, et mail, maillet.

Historique[modifier | modifier le code]

La plus ancienne trace écrite liée au jeu de mail est un texte en latin datant de 1416[2]. Très pratiqué en France et en Italie dès le Moyen Âge, le jeu atteint sous le nom de Pall Mall l'Angleterre au XVIIe siècle, époque à laquelle il est à son apogée en France. Ce nom est dérivé probablement du terme français palemail ou paille-maille (la maille étant un petit maillet envoyant une balle sous un arceau de paille), autre nom donné au jeu en France aux XVIe et XVIIe siècles. Le terme mail provient quant à lui du latin malleus : marteau, maillet[3]. L'Écosse est touchée plus tôt que l'Angleterre[4]. À l'origine du golf, du croquet et même du billard, ce sport pouvait se pratiquer en individuel ou par équipes. Le nom de mail désigne à l'origine le maillet à manche flexible utilisé pour pousser la boule de buis

Selon Brantôme, le roi de France Henri II était excellent en jeu de paume et au jeu de mail[5]. Louis XIV, qui détestait la paume, raffolait en revanche du mail. Le terrain de jeu de mail du jardin des Tuileries fut même agrandi pendant son règne. Le jeu se pratique encore en France dans les régions de Montpellier et d'Aix-en-Provence avant la Première Guerre mondiale[5].

Le jeu[modifier | modifier le code]

Il existe quatre façons de jouer : rouët, partie, chicane ou grand coup[1].

La chicane est semblable au golf actuel. Le vainqueur était, comme au golf, celui qui atteignait un objectif fixé à l'avance en moins de coups.

Le grand coup consistait à frapper la balle le plus loin possible. Certains joueurs dépassaient la marque des 200 pas.

Le rouët se joue avec plusieurs balles tandis que la partie se joue par équipes.

La balle est en bois, généralement en buis, mais les meilleurs balles étaient celles en bois de néflier.

Extraits[modifier | modifier le code]

« Le 7 août 1698, (Louis XIV) venait de faire faire un mail à Marly, et Monseigneur en avait fait faire un à Meudon ; de sorte que ce fut une mode qui alla jusqu'à la fureur, et on ne vit plus que des gens de toutes espèces jouer au mail, grands et petits, jeunes et vieux, hommes et femmes. Il n'y eut personne qui ne s'en voulût mêler, parce que le Roi témoignait s'y affectionner, et qu'il y faisait même jouer la duchesse de Bourgogne et les dames de sa cour. Le fils de Cambray, maître d'hôtel du Roi, qui était page de la grande écurie, y reçut à Versailles un grand coup de mail par la tête, dont on crut qu'il mourrait; mais il s'en tira heureusement, tant les pages ont la tête dure. »

— Gabriel-Jules de Cosnac, Mémoires du marquis de Sourches

« Le 19 octobre 1698, Monseigneur jouant au mail, et plusieurs personnes de qualité étant avec lui, les unes pour jouer et les autres pour lui faire leur cour, le marquis d'Alègre, qui était du nombre des derniers, reçut un coup d'une boule de lève poussée par le duc de Berwick, au-dessus de l'œil, de laquelle il fut fort blessé. »

— Gabriel-Jules de Cosnac, Mémoires du marquis de Sourches, p. 82

« Le 20 novembre 1698, on parla beaucoup de l'accident du marquis de Liancourt, lequel étant à Meudon avec Monseigneur, et jouant sur la grande terrasse à la chicane (C'est-à-dire au mail quand ce n'est pas dans un mail réglé.), sa boule alla frapper contre une barrière et revint lui donner auprès de l'œil droit, de sorte que, si elle l'avait frappé sur l'œil, elle le lui aurait crevé, et, si elle l'eût frappé à la tempe, elle l'aurait tué tout raide. On disait pourtant que ce ne serait rien, et cela se trouva véritable dans la suite. »

— Gabriel-Jules de Cosnac, Mémoires du marquis de Sourches, p. 91

Lieux qui portent ce nom[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, certaines villes gardent trace de cette pratique dans le nom de certaines rues, les mails, ou la rue du mail :

Note et référence[modifier | modifier le code]

  • Divertissemens innocens, contenant les règles du jeu echets, du billard, de la paume, du palle-mail et du trictrac. La Haye, A. Moetjens, 1696
  1. a et b Wojciech Liponski (s.d.), L'encyclopédie des sports, Poznan, Atena, 2003 (éd. fra., Paris, Grund et UNESCO, 2005), p. 256.
  2. JJ Jusserand, Les sports et jeux d'exercice dans l'ancienne France, Paris, 1901 (rééd. 1996), p. 306
  3. Définitions lexicographiques et étymologiques de « mail » (sens B) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  4. JJ Jusserand, op. cit., p. 308
  5. a et b Bernard Merdrignac, Le sport au Moyen Âge, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002, p. 236