Jean de Bourbon (1822-1887)

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Jean de Bourbon
Description de cette image, également commentée ci-après
Jean de Bourbon, prétendant aux trônes d'Espagne, de France et de Navarre.

Titres

Prétendant légitimiste aux trônes de France et de Navarre


(4 ans, 2 mois et 25 jours)

Nom revendiqué Jean III
Prédécesseur Henri d’Artois,
comte de Chambord
Successeur Charles de Bourbon,
duc de Madrid

Prétendant au trône d’Espagne


(7 ans, 8 mois et 20 jours)

Nom revendiqué Jean III
Prédécesseur Charles de Bourbon,
comte de Montemolín
Successeur Charles de Bourbon,
duc de Madrid
Biographie
Titulature Comte de Montizón
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Juan Carlos María Isidro de Borbón y Braganza
Naissance
Aranjuez (Espagne)
Décès (à 65 ans)
Hove (Royaume-Uni)
Père Charles de Bourbon,
comte de Molina
Mère Françoise de Portugal
Conjoint Marie-Béatrice de Modène
Enfants Charles de Bourbon Prétendant carliste à la Couronne d’Espagne Prétendant légitimiste à la Couronne de France
Alphonse de Bourbon Prétendant légitimiste à la Couronne de France Prétendant carliste à la Couronne d’Espagne
Religion Catholicisme romain
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Jean de Bourbon, comte de Montizón, né au palais royal d'Aranjuez (Espagne) le et décédé à Hove (près de Brighton), Sussex (Grande-Bretagne) le , est un membre de la branche espagnole de la maison de Bourbon. Il est, de 1861 à 1868, le prétendant carliste à la Couronne d’Espagne sous le nom de Jean III, puis de 1883 à 1887 le prétendant légitimiste au trône de France, également sous le nom de Jean III. La mort du comte de Chambord le , fait de Jean de Bourbon l’aîné des Capétiens et le chef de la maison de France, pour certains légitimistes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il était le deuxième fils de Charles de Bourbon (1788-1855), infant d'Espagne puis comte de Molina, et de sa première épouse l'infante Marie-Françoise de Portugal (1800-1834), fille du roi Jean VI de Portugal. À sa naissance, Jean de Bourbon fut titré infant d'Espagne par son oncle le roi Ferdinand VII.

Devenu adulte, et en exil, Jean de Bourbon prit le titre de courtoisie de comte de Montizón.

Le 6 février 1847 à Modène, Jean de Bourbon épousa la princesse Marie-Béatrice de Habsbourg-Lorraine-Este (1824-1906), fille de François IV (1779-1846), duc souverain de Modène, de la maison de Lorraine, et de son épouse la princesse Marie Béatrice de Sardaigne (1792-1840), de la maison de Savoie. De ce mariage Jean de Bourbon eut deux fils, Charles (1848-1909) et Alphonse (1849-1936). Il aura également deux enfants adultérins, nés d'une liaison avec une Britannique (Ellen Sarah Carter) : Helena Monfort (1859-1947) et John Monfort (1861-1929), lequel a eu huit enfants et quinze petits-enfants, qui laissent une nombreuse descendance de nos jours[1].

Vie politique[modifier | modifier le code]

Prétendant carliste au trône d'Espagne[modifier | modifier le code]

Depuis l'échec de la Deuxième Guerre carliste en 1849, Jean de Bourbon ne croyait guère aux chances de la cause[2]. De plus, ses idées et ses centres d'intérêt l'éloignaient de ses partisans carlistes. Dépourvu d'ambition personnelle, il se passionnait davantage pour les sciences que pour la politique : il avait suivi à Londres les cours de l'école polytechnique et mené des expériences en daguerréotypie puis en photographie ; il réalisa la première photographie d'un hippopotame en Grande-Bretagne, qui fut publiée dans le Times (mais sous son propre nom - ce qui l'obligea à déménager car il était sous protection judiciaire : il avait en effet été exfiltré en Grande-Bretagne sur ordre de la reine Victoria sur un navire de la Royal Navy[3]). Ses photos (sur collodion) des animaux du zoo de Londres furent présentées à l'Exposition universelle de 1855 à Paris[4]. Doté d'un esprit inventif, le comte de Montizón avait mis au point un modèle de bateau en caoutchouc pour la marine préfigurant les zodiacs[5]. Ses réflexions personnelles le conduisaient à adopter des vues libérales et il était favorable à la souveraineté nationale, au suffrage universel, à l'indépendance de la justice, à la liberté d'expression et de culte, à l'égalité devant la loi et comprenait l'aspiration à l'unité italienne[Note 1]. Abhorrant les intrigues, il détestait aussi l'idée de faire couler le sang espagnol[5].

Ses idées étaient en opposition à celles de son épouse. Il refusa que l'éducation de ses enfants fût confiée aux jésuites et ceci entraîna la séparation des époux. Jean s'installa à Brighton et son épouse et ses deux fils partagèrent leur vie entre Modène et Venise. Le comte de Chambord envoya une garde hongroise pour veiller sur sa belle-sœur et ses neveux[6].

Au décès de son frère aîné le comte de Montemolín à Trieste le , le prince Jean devint pour les carlistes roi des Espagnes et des Indes sous le nom de Jean III.

Ayant refusé le trône de l'empire du Mexique que lui proposa Napoléon III, il fit sa soumission à Isabelle II en juillet 1862 et ne voulut plus porter que le titre de courtoisie de comte de Montizón, du nom d'une ancienne seigneurie andalouse fondée par Charles III en 1767[7].

Déçus par l'inaction de Jean de Bourbon, les carlistes se tournèrent vers son fils aîné, qu'ils proclamèrent roi des Espagnes et des Indes sous le nom de Charles VII, à Londres le .

En conséquence de quoi, à la demande de son fils aîné, Jean de Bourbon abdiqua ses droits au trône d'Espagne, à Paris le .

Prétendant légitimiste au trône de France[modifier | modifier le code]

Puis au décès de son cousin le comte de Chambord (dit Henri V) à Frohsdorf (Autriche) le , Jean de Bourbon devint l'aîné des descendants d'Hugues Capet, de saint Louis, d'Henri IV et de Louis XIV. Une partie des légitimistes français le reconnurent alors comme roi de France et de Navarre sous le nom de Jean III.

Le 3 septembre 1883 à Gorizia, le nouvel aîné des Bourbons, ceint du cordon bleu[8],[9],[10] de l'ordre du Saint-Esprit d'Henri V, que lui avait remis la comtesse de Chambord, présida les obsèques du défunt prétendant : il fut le premier Capétien venant juste après le représentant (neveu (de)) de l'empereur d'Autriche, tant pour suivre le convoi funèbre depuis la gare jusqu'à la cathédrale de Gorizia, que pendant la cérémonie des obsèques dans la cathédrale. À la suite de Jean de Bourbon, se tenaient ses deux fils — l'aîné, le duc de Madrid, étant le prétendant carliste au trône d'Espagne, et le nouveau dauphin des légitimistes français — et son petit-fils, puis le duc déchu de Parme (qui passera ensuite devant[8] le petit-fils et le fils cadet de Jean III, donc à la quatrième place), le grand-duc déchu de Toscane, le prétendant migueliste au trône de Portugal (Michel de Bragance), et le prince royal Louis-Ferdinand de Bavière[Note 2]. Le roi déchu des Deux-Siciles et le comte de Paris (prétendant orléaniste au trône de France) avaient refusé d'assister aux obsèques (bien qu'ils fussent présents l'avant-veille, à l'office funèbre qui eut lieu à Frohsdorf), ce dernier n'ayant pu jouir de la première place qu'il convoitait. Le comte de Chambord sera ensuite inhumé en dehors de la ville, au couvent de Kostanjevica (auprès de Charles X, du dauphin, de la dauphine, et de la duchesse de Parme), situé depuis 1947 à deux cents mètres derrière la frontière italo-slovène.

Jean de Bourbon déclara :

« Devenu le chef de la Maison de Bourbon par la mort de mon beau-frère et cousin M. le comte de Chambord, je déclare ne renoncer à aucun des droits au trône de France que je tiens de ma naissance. »

Le texte avait été rédigé par Maurice d'Andigné (ancien secrétaire du comte de Chambord) au début de l'année 1886, à la demande du prétendant Jean III, qui souhaitait protester solennellement contre l'usurpation de la succession dynastique d'Henri d'Artois par les Orléans. Mais bien que satisfait du texte écrit par d'Andigné, le comte de Montizón en ajourna la publication pour des raisons extérieures[11]. Finalement, ce n'est qu'en , un mois après la mort du prétendant, que d'Andigné publia la déclaration de Jean de Bourbon dans Journal de Paris.

Mort[modifier | modifier le code]

Jean de Bourbon mourut dans sa maison sise au n° 25, Seafield Road, à Hove, près de Brighton, dans le Sussex (Angleterre), où il vivait incognito sous le nom de Mr Charles Monfort. Son acte de décès britannique le mentionne comme don Juan de Bourbon, male, 65 years, of Royal Rank.

Ses obsèques furent célébrées le 24 novembre 1887 dans l'église du Sacré-Cœur de Brighton. L'office fut chanté par le révérend père Hayes, ancien précepteur du petit-fils de Jean de Bourbon, Jacques de Bourbon, futur duc d'Anjou et de Madrid. Ses fils légitimes assistèrent aux obsèques. Son corps fut conservé dans un catafalque pendant plusieurs mois, avant d'être transporté à Londres. Là, le sien et celui de sa mère qui reposait à Gosport, mais qui fut exhumée sur ordre de la reine Victoria, furent placés avec les honneurs militaires sur un navire d'une compagnie maritime britannique afin de rejoindre l'Italie pour être enterrés à Trieste.

Le 27 novembre, l'hebdomadaire français Journal de Paris parut bordé de noir avec comme grand titre « MORT DU ROI JEAN III ». Le même jour, l'hebdomadaire Avranchin rappela que « le roi Jean [...] était, par la loi salique, le successeur d'Henri V au trône de France »[12].

Le 29 novembre les légitimistes français firent célébrer une messe de requiem à Paris en l'église Notre-Dame des Victoires.

Jean de Bourbon est inhumé[13] à Trieste, dans la cathédrale Saint-Just, en tant que « Jean III, roi d'Espagne » (Ioannes III Hispan Rex).

Le légitimiste français Maurice d'Andigné déclara :

« Le roi Jean III nous avait donné l'assurance que s'il s'asseyait un jour sur le trône de France, son programme et son drapeau seraient ceux de monseigneur le comte de Chambord. »

Le photographe[modifier | modifier le code]

Les œuvres photographiques de Jean de Bourbon sont notamment présentes dans la collection de la Royal Photographic Society.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il était aussi hostile au pouvoir temporel du pape.
  2. Récemment marié (avril 1883) à l'infante Marie de la Paix de Bourbon, sœur du roi d'Espagne Alphonse XII.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Richard Thornton, La esposa y la familia británicas desconocidas del pretendiente carlista don Juan de Borbón : Anales de la Real Academia Matritense de Heráldica y Genealogía, vol. XII, année 2009, p. 421-441, lire en ligne, (ISSN 1133-1240).
  2. Montplaisir 2011, p. 198.
  3. tel que confirmé par son arrière-petit fils[Lequel ?][réf. nécessaire]
  4. Les arts chimiques à l'Exposition universelle de 1855, Paris, Napoléon Chaix et Cie, 1856, 456 p.  (notice BnF no FRBNF33247984), p. 279, lire en ligne.
  5. a et b Montplaisir 2011, p. 199.
  6. Montplaisir 2011, p. 200.
  7. Montplaisir 2011, p. 201.
  8. a et b François Bourdaloue (1814-1895), « Journal de mon voyage à Frohsdorff et Goritz : 29 août – 6 septembre 1883 », Le lien légitimiste, no 18,‎ novembre-décembre 2007, p. 11 (et aussi no 16, juillet-août 2007, p. 7, pour la visite du comte de Montizón à la comtesse de Chambord).
  9. Hervé Pinoteau et Patrick Van Kerrebrouck, Clefs pour une somme, La Roche-Rigault, PSR éditions, , 294 p. (ISBN 2-908571-61-7), p. 83.
  10. « Légitimoscopie VII - Hervé Pinoteau : premières notions sur l'ordre du Saint-Esprit (34e minute de la vidéo) », sur Les Rois Souterrains, (consulté le 23 février 2017).
  11. Pinoteau 2001.
  12. Avranchin du 27 novembre 1887
  13. http://www.royaltyguide.nl/images-countries/italy/trieste/duomosangiusto/1822%20Juan.JPG

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]