Ibn Nafis

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Ala-al-din abu Al-Hassan Ali ibn Abi-Hazm al-Qarshi al-Dimashqi (علاء الدين أبو الحسن عليّ بن أبي حزم القرشي الدمشقي) s(1210-1288), né près de Damas et mort au Caire, plus connu sous le nom Ibn Nafis (ابن النفيس), était un médecin arabe qui exerça et enseigna dans les hôpitaux de Damas et du Caire.

Il est connu pour avoir été le premier à décrire, avec exactitude, la petite circulation sanguine ou circulation pulmonaire, au Caire en 1242.

Ses écrits[modifier | modifier le code]

La page d'ouverture des travaux médicaux d'Ibn Nafis

Le plus volumineux de ses livres est Al-Shamil fi al-Tibb (Commentaires sur l'Anatomie du Canon de la médecine d'Ibn Sina), une encyclopédie prévue de 300 volumes, mais inachevée en raison de sa mort. Le manuscrit en est disponible à Damas.

Il a également écrit  :

  • un livre sur l'ophtalmologie, Mujaz al-Qanun (Abrégé sur la loi),
  • un livre, Kitab al-Mukhtar fi al-Aghdhiya, relatif aux effets du régime sur la santé,
  • un Al-Risalah al-Kamiliyyah fil Siera al-Nabawiyyah, édité eu Europe chrétienne sous le nom Theologus Autodidactus, considéré parfois comme le premier roman théologique, et même comme un exemple précoce de science-fiction.

Il a également écrit de nombreux « commentaires » en matière de loi et de médecine, particulièrement sur des livres d'Hippocrate et d'Avicenne, ainsi que dans les domaines de la théologie, de la grammaire et de la logique[1].

Découverte de la circulation pulmonaire[modifier | modifier le code]

En 1924 un médecin égyptien, le docteur Muhyo Al-Deen Al-tatawi, qui était intéressé par l'histoire de la médecine arabe, découvre un manuscrit d'Ibn-Nafis intitulé « Commentaires sur l'Anatomie du Canon d'Ibn Sina (Avicenne) » dans la librairie nationale berlinoise de Prusse.

Dans cet ouvrage, Ibn-Nafis interprète de façon critique les descriptions anatomiques d' Avicenne pour les relier à des théories physiologiques, celles d'Hippocrate et de Galien (galénisme arabe). Toutefois, il se situe dans un courant hippocratique particulier, celui du pneumatisme (le corps est animé par des « souffles »), alors qu'Avicenne est plutôt aristotélicien (le corps est animé par des « âmes »).

Cette importance accordée aux souffles peut expliquer l'intérêt porté par Ibn-Nafis à ce qui se passe entre le coeur et les poumons[1]. Selon le pneumatisme, les vaisseaux sanguins ne contiennent pas que du sang, ils transportent aussi (surtout les artères) des souffles ou pneumas[2], le souffle respiratoire étant à la source du pneuma vital qui maintient la vie organique et la vie psychique. Selon le modèle galénique classique, repris par Avicenne, il existe un passage direct du sang entre les deux ventricules du cœur, avec circulation à double sens dans la veine pulmonaire.

Ibn--Nafis innove, en réfutant le modèle galénique classique, pour expliquer dans son livre :

"Quand le sang a été raffiné dans cette cavité (le ventricule droit du cœur), il est indispensable qu'il passe dans la cavité gauche où naissent les esprits vitaux. Mais il n'existe pas de passage direct entre ces dernières. L'épais septum du cœur n'était nullement perforé et ne comportait pas de pores visibles ainsi que le pensaient certains, ni de pores invisibles tels que l'imaginait Galien. Au contraire les pores du cœur y sont fermés. Ce sang de la cavité droite du cœur devait circuler, dans la veine artérieuse (notre artère pulmonaire), vers les poumons. Il se propageait ensuite dans la substance de cet organe où il se mêlait à l'air. Afin que sa partie la plus fine soit purifiée et passe dans l'artère veineuse (nos veines pulmonaires) pour arriver dans la cavité gauche du cœur et y forme l'esprit vital."

Il dit ailleurs dans son livre :

"Le cœur ne possède que deux ventricules et il n'y a absolument aucune ouverture entre ces derniers. De même, la dissection s'oppose à ce qu'ils prétendaient puisque le septum entre ces deux cavités est beaucoup plus épais que nul autre. L'intérêt de ce sang (qui se trouve dans la cavité droite) est de rejoindre les poumons, de se mélanger avec l'air qui s'y trouve, puis de cheminer au travers des veines pulmonaires pour gagner la cavité gauche du cœur."

En décrivant l'anatomie des poumons il indique :

"Les poumons sont constitués de diverses parties, l'une d'entre elles est les bronches, la seconde correspond aux branches de l'artère pulmonaire et la troisième aux branches des veines pulmonaires. Toutes sont reliées au moyen d'un parenchyme lâche et poreux"

Il ajoute :

"Les poumons exigent une artère pulmonaire car celle-ci leur apporte le sang qui a été aminci et réchauffé dans le cœur afin que ce qui suinte au travers des pores des branches de ce vaisseau vers les alvéoles pulmonaires puisse se mélanger avec l'air qui s'y trouve et se combiner avec lui, la substance obtenue étant alors en mesure de devenir l'esprit après que ce mélange a gagné la cavité gauche du cœur. Le mélange est conduit vers la cavité gauche par les veines pulmonaires."

Il explique également le rôle des artères coronaires dans l'irrigation du cœur :

"En outre, le postulat [d'Avicenne] qui voudrait que le sang du côté droit serve à nourrir le cœur n'est absolument pas vrai, en effet la nutrition du cœur provient du sang circulant dans les vaisseaux qui pénètrent le corps du cœur."

Conséquences[modifier | modifier le code]

Selon D. Jacquart, il n'est guère possible, d'après les données disponibles, de dire si la découverte d'Ibn-Nafis relève de l'observation ou d'un raisonnement logique (basé sur l'utilité et les causes finales). En tout cas, Ibn-Nafis reste dans son cadre conceptuel de départ  : le souffle respiratoire des poumons aboutissant à la formation d'un pneuma vital dans le coeur.

Sa découverte, présentée comme une simple affirmation (dans le cadre d'un ensemble d'autres opinions personnelles), est passée inaperçue dans le monde arabe. En Europe, un de ses ouvrages "Commentaires du Canon d'Ibn Sina" a été tardivement traduit en latin et publié à Venise, en 1527, par Andrea Alpago, qui avait été médecin du Consulat de Venise à Damas, en contact avec l'éminent médecin Ibn Makkî. Toutefois, cet ouvrage de 1527 ne contient pas le texte sur la circulation pulmonaire, mais une transmission orale d'Alpago en Italie reste possible[1].

A partir du XIVe siècle, en Europe, l'existence du passage entre les deux ventricules fait l'objet d'un débat fourni. Il est possible que ceux qui nient ce passage, comme Michel Servet, aient eu l'écho d'Ibn-Nafis, mais « aucune preuve ne vient le confirmer aux yeux de l'historien »[1]. A l'instar d' Ibn-Nafis, les médecins européens reconnaissant la circulation pulmonaire restent dans leur cadre conceptuel initial.

Finalement, au XVIIe siècle, les travaux de William Harvey établissent la grande circulation sanguine comprenant la circulation pulmonaire d'Ibn-Nafis, mais dans un cadre conceptuel différent, en dehors de la théorie des humeurs et de la formation d'un pneuma vital dans le coeur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Danielle Jacquart, « Ibn an-Nafîs, premier découvreur de la circulation pulmonaire », La Revue du Praticien, vol. 57,‎ , p.110-113
  2. cette théorie a longtemps laissée sa trace dans le langage médical avec le terme trachée-artère.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bayon, H. P. (1941). Significance of the demonstration of the Harveyan circulation by experimental tests. Isis 33, 443-453.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notice d'autorité d'Ibn Nafis