Guy Hocquenghem

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Guy Hocquenghem
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Père-Lachaise - Division 87 - Hocquenghem 01.jpg
Vue de la sépulture.

Guy Hocquenghem, né le à Boulogne-Billancourt et mort le à Paris[1], est un journaliste, essayiste, romancier et militant homosexuel français.

Aperçu biographique[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'Alexis Hocquenghem (1908-1990), professeur de mathématiques au Conservatoire national des arts et métiers, et de Madeleine Deschênes (1906-1999), professeur de lettres au lycée Marie-Curie de Sceaux. Son grand-père, Gustave Joseph Hocquenghem, époux d'Alice Meyer, fille de Charles Meyer et de Rosalie Lévy, né à Bruxelles (Belgique) le 30 août 1882, était électricien.

Guy Hocquenghem a été élève au lycée Lakanal de Sceaux puis au lycée Henri IV à Paris[2]. Sa famille habitait alors Châtenay-Malabry[3]. À Henri IV, il suit les cours de philosophie de René Schérer, avec qui il entretient sa première relation amoureuse, à l'âge de quinze ans, en 1962[4]. Normalien comme ses parents, il entre à la rue d'Ulm en 1966[1].

D'abord militant à l'Union des étudiants communistes, il rejoint la Jeunesse communiste révolutionnaire à sa création, groupe "trotskiste" principalement composé d'exclus de l'UEC, contestant la ligne du Parti communiste français. Hocquenghem écrit dans le journal du groupe, Avant-garde jeunesse. Il participe à l'occupation de la Sorbonne en mai 1968, ainsi qu'à la rédaction du journal Action et, plus généralement, au mouvement de Mai 68. Alors qu'il assume son homosexualité, plusieurs de ses camarades refusent qu'il participe à des opérations de propagande à l'usine Renault de Flins, craignant que cela « ne choque les ouvriers »[5].

Exclu de la Ligue communiste à sa fondation en 1969, Hocquenghem participe à plusieurs expériences politiques se réclamant du maoïsme et de la révolution culturelle et dites "mao-spontex". En 1971, il devient un des leaders du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR)[6], mouvement homosexuel radical qui, non seulement, dénonce la domination subie par les minorités sexuelles au sein de la société mais, surtout, dénonce l'homophobie de la gauche radicale et affirme la place des luttes homosexuelles au sein des luttes révolutionnaires. Dans plusieurs récits (notamment L'Amphithéâtre des morts, ouvrage autobiographique inachevé et publié en 1994 à titre posthume), Hocquenghem a insisté sur les insultes et les brimades qu'il avait subi, à l'intérieur de la gauche radicale, du fait de son homosexualité.

Le 10 janvier 1972, il publie un autoportrait dans le Nouvel Observateur dans laquelle il annonce publiquement qu'il est homosexuel. Il est ainsi, après Paul Verlaine (dans La Cravache parisienne : journal littéraire, artistique et financier, du 29 septembre 1888), le deuxième homosexuel à faire dans la presse française son coming out et afficher publiquement son orientation sexuelle. Sa mère répond par un courrier dans le même magazine le 17 janvier 1972. C'est cette même année qu'il publie Le Désir homosexuel, livre-manifeste de la « révolution » homosexuelle et aujourd'hui considéré comme un des textes fondateurs de la théorie queer. Hocquenghem coordonne en 1973, sous la direction de Félix Guattari, un numéro de la revue Recherches intitulé Trois milliards de pervers : grande encyclopédie des homosexualités[7] (qui vaudra à Guattari une condamnation en justice).

De 1975 à 1982, il collabore au quotidien Libération[8]. Il est également chargé de cours de philosophie à l'université de Vincennes-Paris-VIII, aux côtés de René Schérer, Gilles Deleuze et François Châtelet, au sein du département fondé par Michel Foucault. Il a également soutenu en 1974, à l'Université de Vincennes, une thèse de philosophie intitulée Volutions. La révolution culturelle en Europe. Cette thèse comporte, d'une part, le livre Le Désir homosexuel, d'autre part un ensemble de textes inédits qui seront ensuite publiés chez Grasset en 1974 sous le titre L'Après-mai des faunes (avec une préface de Gilles Deleuze).

Dans les années 1980, il est l'auteur d'une oeuvre romanesque qui remporte un vif succès critique. Pamphlétaire, il est aussi l'auteur de La Beauté du métis en 1979, ainsi que de la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, dans laquelle il pourfend le reniement de leurs idées par ses anciens compagnons de militantisme.

Guy Hocquenghem meurt des suites du sida en 1988, à l'âge de quarante et un ans. Ses cendres sont conservées au colombarium du cimetière du Père-Lachaise.

Écrits principaux[modifier | modifier le code]

L'Amour en relief (1982)[modifier | modifier le code]

Hocquenghem pousse la logique d'un relativisme social et historique de l'homosexualité, ce qui revient à une analyse de civilisation plutôt qu'à une analyse politique des années 1970 et 1980. Il fallait découvrir des pistes menant hors des impasses léguées par la modernité et ses catégories du soi, du sujet, de l'identité, de la raison et de la nation. Ses plus beaux romans suivent cette logique. L'Amour en relief (1982) remet en question une société occidentale dominée par l'image et par le culte du visuel et de la visibilité en créant un conte philosophique autour des aventures intercontinentales d'un jeune Tunisien aveugle.

La Colère de l'Agneau (1985)[modifier | modifier le code]

La Colère de l'Agneau est une vie de saint Jean, une épopée du monde méditerranéen du premier siècle de l'ère chrétienne.

Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary (1986)[modifier | modifier le code]

Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary (1986) retrace avec ironie la carrière, jusqu'en mai 1986, des gauchistes de Mai 68 qui ont trahi, par opportunisme, l'idéal de leur jeunesse.

L'Âme atomique : pour une esthétique d'ère nucléaire (1986)[modifier | modifier le code]

Dans L'Âme atomique, coécrit avec René Schérer en 1986, le baroque, et surtout l'allégorie baroque, se montre capable de dépasser le spectacle postmoderne en y réinsérant un sens (non linéaire) de l'histoire, ainsi qu'une nouvelle croyance dans le monde.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Désir homosexuel, Paris, Éditions universitaires, 1972.
  • L'Après-mai des faunes : volutions, préface de Gilles Deleuze, 1974 [recueil de textes parus entre 1968 et 1973][9].
  • Fin de section, Paris, Christian Bourgois, 1975 [recueil de nouvelles].
  • (Avec René Schérer), Co-ire : album systématique de l'enfance, revue Recherches, no 22, 1976. 2e éd. revue et corrigée en 1977.
  • (Avec Jean-Louis Bory), Comment nous appelez-vous déjà ? : ces hommes que l'on dit homosexuels, Paris, Calmann-Lévy, 1977.
  • La Dérive homosexuelle, Paris, J.-P. Delarge, 1977 [recueil de textes parus entre 1972 et 1977].
  • La Beauté du métis : réflexions d'un francophobe, Paris, Ramsay, 1979.
    • Réédité en 2015 par les éditions Serge Safran, avec une préface de René Schérer.
  • Race d'Ep ! : un siècle d'images de l'homosexualité (1979) [ouvrage accompagnant le film de Lionel Soukaz portant ce titre[10]].
  • Le Gay voyage : guide et regard homosexuels sur les grandes métropoles (1980).
  • L'Amour en relief : roman (1981).
  • Les Petits garçons : roman (1983) [texte inspiré par l'affaire du Coral].
  • La Colère de l'Agneau : roman (1985).
  • Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Paris, Albin Michel, 1986.
  • Vienne (1986).
  • (Avec René Schérer), L'Âme atomique : pour une esthétique d'ère nucléaire (1986).
    • Réédité en 2013 par les Éditions du sandre, avec un avertissement de René Schérer.
  • Ève : roman (1987).
  • Les Voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo : roman (1988).
  • L'Amphithéâtre des morts : mémoires anticipées (1994) [posthume].
  • Oiseau de la nuit : nouvelles (1998) [reprend la nouvelle de l'auteur publiée initialement dans Comment nous appelez-vous déjà ?].
  • Un journal de rêve : articles de presse (1970-1987), postface d'Antoine Idier, Paris, Éd. Verticales, 2017.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Antoine Idier, Les Vies de Guy Hocquenghem, Paris, Fayard, .
  2. Une photo de classe de 4e le montre à l'âge de douze ou treize ans. Il est au centre de la photo, au 2e rang en partant du haut.
  3. Non loin de la Vallée-aux-Loups, la demeure de Chateaubriand.
  4. Julian Bourg, French pedophiliac discours of the 1970s, in Between Marx and Coca-Cola : youth cultures in changing European, societies, 1960-1980, Berghahn Books, 2005, p. 208-209.
  5. Antoine Bourguilleau, « 1968-1986 : "dix-huit ans d'ex-gauchisme" dénoncés par Guy Hocquenghem », slate.fr, 9 mai 2018.
  6. Le film Ma saison super 8 d'Alessandro Avellis (France, 2005) lui est dédié. Le même auteur a réalisé en 2006 le documentaire La Révolution du désir. Ce dernier film trace un portrait de Guy Hocquenghem, montrant son rôle à l'intérieur du FHAR et l'influence qu'a exercée ce mouvement révolutionnaire sur son propre parcours.
  7. Version éditoriale numérique de Trois milliards de pervers, 2002.
  8. Où il peut dire des choses qu'il « ne pourrait pas dire autrement » (voir sa présentation lors de l'émission littéraire Apostrophes).
  9. Préface de Gilles Deleuze à L'Après-mai des faunes.
  10. Guy Hocquenghem joue dans la séquence 4 Royal Opéra.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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