José Mujica

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José Mujica
Illustration.
Fonctions
40e président de la
République orientale de l'Uruguay
En fonction depuis le
(&&&&&&&&&&&015104 ans, 1 mois et 18 jours)
Élection 29 novembre 2009
Vice-président Danilo Astori
Prédécesseur Tabaré Vázquez
Député
Sénateur de la République
Ministre de l'Élevage, de l'Agriculture et de la Pêche
Président Tabaré Vázquez
Prédécesseur Martín Aguirrezabala
Successeur Ernesto Agazzi
Biographie
Nom de naissance José Alberto Mujica Cordano
Date de naissance (78 ans)
Lieu de naissance Montevideo (Uruguay)
Nationalité Drapeau de l'Uruguay Uruguayenne
Parti politique Front large (Mouvement de participation populaire)
Conjoint Lucía Topolansky
Profession Agriculteur
Religion Athée

Signature

José Mujica
Présidents de la
République orientale de l'Uruguay

José Mujica Cordano, surnommé « Pepe Mujica », est un homme d'État uruguayen, né à Montevideo le . Il a été élu président de la République le .

Ex-guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, il a été détenu en tant qu'otage par la dictature (1973-1985), puis participa à la création du Mouvement de participation populaire (MPP) avec le Mouvement de libération nationale - Tupamaros (MLN-T). Élu sénateur puis nommé ministre de l'Agriculture du gouvernement Vázquez, en 2005, il l'emporta aux primaires de juin 2009, au sein de la coalition de gauche du Front large (Frente Amplio) contre Danilo Astori (Assemblée Uruguay), qui a été son colistier pour la présidentielle et a donc été élu vice-président. Candidat présidentiel du Front large pour la présidentielle d'octobre-novembre 2009, il l'a remporté au second tour contre le candidat du Parti national, Luis Alberto Lacalle, avec 52,9 % des voix contre 42,9 %[1]. Il a pris ses fonctions le . Sa femme, Lucía Topolansky, a été élue sénatrice sur les listes du MPP.

La guérilla des Tupamaros[modifier | modifier le code]

Né du mariage de Demetrio Mujica et Lucía Cordano dans une famille modeste de fermiers d'origines espagnole (Biscaye) et italienne [2], orphelin de père à six ans, José Alberto Mujica Cordano s'est d'abord engagé politiquement aux côtés d'anarchistes et d'autres activistes sociaux, étant proche, à la fin des années 1950, du sénateur blanco Enrique Erro, fondateur de l'Union populaire en 1962 [2].

Il devient ensuite l'un des dirigeants de la guérilla des Tupamaros[3], active dans les années 1960-1970. Selon lui, la création de ce groupe armé était destinée à l'origine autant à se défendre contre les agressions de groupes d'extrême-droite qu'à appuyer les mouvements sociaux et les luttes des cañeros, les travailleurs agricoles de Bella Unión organisés en syndicats avec l'aide de Raúl Sendic, qui devint plus tard la figure emblématique des Tupamaros [2]. En octobre 1969, le jour de la commémoration de la mort de Che Guevara, il participe à la prise de Pando [4]. Arrêté par la suite, il s'évade avec plus d'une centaine de prisonniers politiques de la prison de Punta Carretas le [4], en pleine campagne électorale, avant d'être à nouveau arrêté. Arrêté une autre fois, il s'évada à nouveau avant d'être définitivement arrêté sous le gouvernement de Juan María Bordaberry [2].

Sous la dictature militaire (1973-1985), il fut fait prisonnier-otage de la junte [3], étant détenu dans des conditions sordides (deux ans au fond d’un puits) [3]. Avec d'autres dirigeants des Tupamaros (Sendic, Fernández Huidobro, Mauricio Rosencof, Adolfo Wasem (es), Julio Marenales, Henry Engler (es), Jorge Manera (es), Jorge Zabalza, etc.) il était alors continuellement torturé [3] et menacé d'exécution par les militaires au cas où les Tupamaros décideraient d'agir contre la dictature [3]. Les otages étaient transférés de casernes en casernes pendant toute la durée de la dictature, Mujica restant ainsi aux côtés de Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, avec qui il communiquait en tapant sur les parois [4].

La transition démocratique et la voie parlementaire[modifier | modifier le code]

Le MPP et le Sénat[modifier | modifier le code]

Amnistié au retour de la démocratie, en 1985, il abandonne la lutte armée pour s'engager dans la voie électorale, en cofondant le Mouvement de participation populaire (MPP), qu'il dirige, tout en restant membre de la direction collective du Mouvement de libération nationale - Tupamaros (MLN-T). Le MPP, composé du MLN-T et d'autres partis, devient progressivement la principale composante du Frente Amplio (Front large), la coalition de gauche qui s'oppose aux deux partis traditionnels, le Parti blanco et le Parti colorado. En 1994, il est élu député sur la liste 609 (qui regroupe plusieurs groupes autour du MPP), puis sénateur en 1999[3]. Dans le privé, Mujica vend des fleurs avec sa femme, Lucía Topolansky, tandis que son langage populaire [5], faisant appel à des métaphores issues de l'imaginaire gaucho, ainsi que ses capacités de négociation contribuent à l'imposer sur la scène politique. À la fin des années 90, il est élu président du Congrès uruguayen.

Ministre de l'Agriculture (2005-2008)[modifier | modifier le code]

José Mujica reçu par Lula, président du Brésil.

Réélu sénateur en 2004 (liste 609), il est désigné ministre de l'Agriculture du gouvernement de gauche (Frente Amplio) du président Tabaré Vázquez. Mujica est accompagné dans cette tâche par le vice-ministre Ernesto Agazzi, ingénieur agronome chevronné et également ex-guérillero Tupamaro. Il est reconduit en septembre 2006 à la direction collégiale du MPP, obtenant 90 % des votes [6].

En 2007, il échoue à faire admettre par le Congrès du Front large la candidature de Constanza Moreira comme présidente. À l'occasion d'un remaniement ministériel, Vázquez le fait démissionner de son poste le . Il redevient alors sénateur, sans annoncer ouvertement sa candidature [7]. Il rend toutefois visite aux chefs d'État voisins (Kirchner en Argentine, alors en pleine « guerre du papier » contre l'Uruguay; Lula au Brésil, etc.): s'il n'est pas alors véritablement considéré comme présidentiable en Uruguay, les autres présidents américains le considèrent comme tel. En août 2008, il rendit visite au candidat blanco Jorge Larrañaga, ce qui suscita l'agacement de l'électorat blanco de voir leur candidat dialoguer avec un ex-guérillero [8]. Le , il est investi comme « candidat officiel » du Front large pour les prochaines élections primaires au sein de la coalition de gauche.

Vers la présidence de la République[modifier | modifier le code]

Résultats du premier tour de l’élection présidentielle
Candidat Parti Votes Résultat
José Mujica Front large 1 105 262 (47,96 %) Second tour
Luis Alberto Lacalle Parti national 669 942 (29,07 %) Second tour
Pedro Bordaberry Parti Colorado 392 307 (17,02 %)
Pablo Mieres Parti indépendant 57 360 (2,49 %)
Raúl Rodríguez da Silva Assemblée populaire 15 428 (0,67 %)

Il remporte l'investiture du Frente Amplio le , contre Danilo Astori (Assemblée Uruguay), représentant de la tendance centriste de la coalition, pour être candidat à l'élection présidentielle[9],[3]. Astori devient son colistier, tandis que Mujica démissionne en mai 2009 du MPP pour devenir le représentant de l'ensemble du Frente Amplio [10]. Le , il arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle avec 48 % des voix.

Mis en ballotage par son adversaire du Parti national, Luis Alberto Lacalle (néolibéral), Mujica est élu avec 52,9 % des voix lors du second tour, le , contre 42,9 % des voix pour Lacalle [11]; il sera investi le [12].

Le , José Mujica devient officiellement président de l'Uruguay, au cours d'une cérémonie organisée place de l'Indépendance, à Montevideo, au pied de la statue du héros national, José Gervasio Artigas.

Il a d'ores et déjà annoncé qu'il avait l'intention de reverser 87 % des 250 000 pesos mensuels (9 400 euros) de son salaire de chef d'État à des organismes d'aide au logement social.

Mujica au pouvoir[modifier | modifier le code]

Composition du gouvernement Mujica[modifier | modifier le code]

L'épouse de Mujica, Lucía Topolansky, en campagne, septembre 2009. Elle est la sénatrice élue en 2009 avec le plus de voix du pays.
Article détaillé : Gouvernement Mujica.

La composition du gouvernement Mujica a été fixée presque dès la fin décembre 2009, les négociations au sein du Front large ayant été rapides [13],[14],[15]. La composition du gouvernement s'est ainsi faite en coordination avec le Commandement central du Front large [16].

Les ministres du Front Líber Seregni (FLS, l'autre grande composante du Front large) ont été désignés par le vice-président Danilo Astori, qui dirige celui-ci [17].

Politique du gouvernement Mujica[modifier | modifier le code]

Mujica a renouvelé en avril 2010 avec le Venezuela de Chávez l'accord commercial de 2005, signé par Tabaré Vazquez, qui prévoit notamment l'approvisionnement en pétrole de l'Uruguay à des conditions favorables[21].

Il annonce en mai 2010 le dépôt d'un projet de loi devant limiter le secret bancaire et ainsi l'évasion fiscale, conformément aux standards de l'OCDE. Selon la Banque centrale de l'Uruguay, près de 18 % des dépôts appartiendraient à des non-résidents, soit 2 500 millions de dollars, détenus pour la plupart par des Argentins [22].

En octobre 2012, le Parlement vote la légalisation de l'avortement[23]. Contrairement à son prédécesseur, qui avait mis son véto à cette légalisation, Mujica fait approuver la loi[24]. En , les parlementaires approuvent définitivement une loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Mujica est aussi en faveur d'un projet de loi qui placerait la production et la vente de la marijuana sous contrôle de l'État[25].

Style présidentiel[modifier | modifier le code]

Mujica se distingue par son mode de vie, très éloigné du faste habituel de la fonction présidentielle. Délaissant le palais présidentiel, il habite la petite ferme de son épouse, « au bout d'un chemin de terre » en dehors de Montevideo. Il continue à y cultiver des fleurs avec son épouse, Lucía Topolansky, à des fins commerciales, et donne environ 90 % de son salaire présidentiel à des organisations caritatives ou pour aider des « petits entrepreneurs », conservant pour lui-même l'équivalent du salaire moyen en Uruguay (environ 900 € par mois). Le couple présidentiel bénéficie de la protection de deux policiers à la ferme[24]. Il est végétarien[26]. Le patrimoine du couple présidentiel provient pour la majeure partie de son épouse (Mujica n'ayant comme seul bien qu'une Coccinelle de 23 ans) et est évalué en 2012 à 4,2 millions de pesos uruguayens (environ 170 000 €)[27].

Son engagement va encore beaucoup plus loin : lors de la vague de froid qu'a subi le pays en juin 2012, il a immédiatement inscrit la résidence présidentielle sur la liste des refuges pour les sans-abris[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christine Legrand, Un ancien guérillero va devenir président en Uruguay, Le Monde, 30 novembre 2009
  2. a, b, c et d Hugo Acevedo, La vida y lucha de un idealista enamorado de la justicia social, La Republica, 12 avril 2009 (compte-rendu de la biographie de Miguel Ángel Campodónico, intitulée Mujica et publiée en 1999)
  3. a, b, c, d, e, f et g Christine Legrand, « En Uruguay, l’ancien dirigeant des Tupamaros, José Mujica, brigue la présidence », Le Monde, 2 juillet 2009, p. 6
  4. a, b et c Pauline Damour, L'ex-rebelle «Pepe» Mujica élu à la tête de l'Uruguay, Le Figaro, 1er décembre 2009
  5. Hugo Acevedo, El insoslayable compromiso con el cambio y el humanismo ético, La Republica, 27 septembre 2009 (au sujet du livre d'Alfredo García, Pepe Coloquios)
  6. Óscar Bottinelli, Los cambios al interior del Movimiento de Participación Popular, Radio El Espectador, 29 septembre 2006
  7. Voir l'encadré Ni en pedo, pero si me obligan de La Diaria, 6 février 2008
  8. Federico Castillo, Mujica y Larrañaga hablan de acuerdos tras las elecciones: "Se terminó el tiempo de las familias ideológicas", El País, 10 août 2008
  9. « Un ancien guérillero tupamaro va briguer la présidence », Le Monde, 29 juin 2009
  10. Mujica renunció al Movimiento de Participación Popular (MPP), La Republica, 25 mai 2009
  11. " Jose Mujica remporte la présidentielle en Uruguay ", Le Nouvel Observateur, 30 novembre 2009
  12. " Un ancien guérillero va devenir président en Uruguay ", Le Monde, 30 novembre 2009
  13. a et b El FA comienza contactos con la oposición por grupos de trabajo, La República, 14 décembre 2009
  14. Posibles ministros de Mujica, La República, 7 décembre 2009
  15. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Mujica anuncia a sus trece ministros, La República, 18 décembre 2009
  16. Mujica oficializa hoy el futuro gabinete, La República, 22 décembre 2009
  17. a, b et c Mujica convocó a cumbre de líderes por crisis de gabinete, El País, 11 décembre 2009
  18. a et b CAP-L aceptó: Rosadilla y Salsamendi asumirán cargos en gobierno de Mujica, La República, 28 décembre 2009
  19. Agazzi dijo no; Ehrlich lo va a pensar, La República, 16 décembre 2009
  20. Novedosa experiencia, La República, 16 décembre 2009
  21. Mujica volvió de Venezuela cargado de energía, Pagina/12, 7 avril 2010
  22. La apertura uruguaya, Pagina/12, 25 mai 2010
  23. (en) "Uruguay legalises abortion", BBC, 17 octobre 2012
  24. a et b (en) "Jose Mujica: The world's 'poorest' president", BBC, 15 novembre 2012
  25. (es) El Pais, 2 juin 2013, El radicalismo de baja intensidad de Mujica
  26. (en) "Former guerrilla José Mujica favourite in Uruguay election", The Guardian, 25 octobre 2009
  27. (fr) « Uruguay : José Mujica, le "Président le plus pauvre du monde" », Chloé De Geyer, Le Journal International, 18 juillet 2013
  28. « Mujica, le président de l’Uruguay, transforme le palais présidentiel en refuge pour sans-abris », Express, 7 juin 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Miguel Ángel Campodónico, Mujica, Ed. Fin de Siglo, Montevideo, 2005, 260 p. (ISBN 9974-49-333-1)
  • (es) María Noel Domínguez (dir.), José Mujica : la realidad, la angustia, la esperanza, Ediciones de la Banda Oriental, Montevideo, 2005, 196 p. (ISBN 9974-1-0390-8)
  • (es) María Esther Giglio et José Alberto Mujica Cordano, Pepe Mujica : de tupamaro a ministro : (el loco encanto de la sensatez) (interview de Mujica par M. E. Giglio), Capital Intelectual, Buenos Aires, 2005, 91 p. (ISBN 987-118128-0)