Guerre des Goths (535-553)

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Guerre des Goths
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Bataille du mont Lactarius

Informations générales
Date 535 - 553
Lieu Péninsule italienne
Casus belli Assassinat d’Amalasonte
Issue Victoire byzantine
Changements territoriaux Annexion de l'Italie
Création de l'Exarchat de Ravenne
Belligérants
Empire romain d'Orient Royaume ostrogoth
Commandants
Bélisaire
Narsès
Thibert
Vitigès
Totila
Teias
Forces en présence
20 000 Romains
15 000 mercenaires principalement des Huns, des Hérules et des Gépides
50 navires
50-55 000 Ostrogoths
20 000 Francs et Alamans
47 navires

Guerre entre Ostrogoths et Byzantins

Batailles

Palerme (535) · Naples (536) · Rome (537-538) · Vérone (541) · Faventia (542) · Mucellium (542) · Naples (542-543) · Rome (546) · Rome (549-550) (en) · Sena Gallica (551) · Taginae (552) · Vésuve (552) · Volturno (554)

La guerre des Goths est un conflit qui opposa les Byzantins et les Ostrogoths en Italie entre 535 et 553. Cette guerre intervient à la suite de la décision de Justinien Ier en 535 de reconquérir les provinces romaines occidentales perdues à la fin du siècle précédent lors de leur conquête par les Hérules d'Odoacre puis les Ostrogoths de Théodoric le Grand.

Contexte[modifier | modifier le code]

La situation de l'Italie sous les Ostrogoths[modifier | modifier le code]

En 476, la déposition de Romulus Augustule marque la fin de l'Empire romain d'Occident. Avec cette disparition, l'Italie, coeur historique de la puissance romaine passe aux mains des Barbares. En l'occurrence, ce sont les Hérules d'Odoacre qui deviennent les nouveaux maîtres de la péninsule. Cependant, en Orient, l'Empire romain d'Orient a survécu et revendique la perpétuation de l'héritage romain, ainsi que la domination des terres anciennement dominées par Rome. Pour contrecarrer les Hérules, l'empereur Zénon charge Théodoric le Grand, chef des Ostrogoths, de les chasser de l'Italie, ce qu'il parvient à faire. C'est un autre royaume barbare qui règne désormais sur l'Italie. Toutefois, les apparences sont sauvées car l'empereur de Constantinople est formellement le suzerain de Théodoric. Celui-ci est nommé Patrice et consul. En quelque sorte, il gouverne l'Italie au nom de l'empereur romain d'Orient mais cette relation est purement juridique. Dans les faits, Théodoric dirige le plus puissant royaume barbare à s'être installé sur les anciennes terres romaines en Occident. Son territoire s'étend en Pannonie, en Septimanie et, en 511, il récupère la suzeraineté sur le royaume wisigoth de la péninsule ibérique. En outre, Théodoric veille à conserver de bonnes relations avec l'aristocratie romaine et avec le Sénat romain, toujours présent. En cela, le royaume ostrogoth se distingue du royaume des Vandales, beaucoup plus hostile aux Romains en général et aux prétentions de Constantinople de poursuivre l'idéal universaliste de l'Empire romain.

Néanmoins, la puissance des Ostrogoths présente des limites certaines. Elle repose grandement sur la personnalité et l'habileté de Théodoric. En outre, la population romaine reste peu enthousiaste à l'idée d'être gouvernée par des Barbares tandis que le pape condamne l'arianisme professé par les Ostrogoths et voit en l'empereur son protecteur naturel. Enfin, l'empire d'Orient reste méfiant envers ce royaume trop puissant avec qui il entretient des frontières communes. Déjà, sous Anastase, des frictions débouchent sur des accrochages en Pannonie avec la prise de Sirmium par les Ostrogoths tandis qu'Anastase noue une alliance avec Clovis, le roi des Francs, qui se pose en concurrent de Théodoric.

L'arrivée au pouvoir de Justinien[modifier | modifier le code]

Quand Justinien arrive au pouvoir en 527, cela fait un an que Théodoric est mort. Son héritier et petit-fils, Athalaric, est trop jeune pour lui succéder et c'est sa mère Amalasonthe qui agit comme régente. En tant que femme, elle fait face à une hostilité d'une partie de l'élite ostrogothe. Plus encore, celle-ci lui reproche ses liens trop étroits avec Constantinople. Elle permet notamment à Bélisaire de faire étape en Sicile lors de son expédition qui mène à la destruction du royaume des Vandales en 533. Une partie des Ostrogoths craignent que les visées expansionnistes de Justinien ne le conduisent bientôt à jeter son dévolu sur l'Italie, que l'Empire romain d'Orient n'a jamais renoncé à reconquérir. La position d'Amalasonthe se fragilise quand Athalaric décède car elle ne peut plus agir comme régente légitime. Elle doit prendre un époux. Elle choisit Théodat à qui elle fait promettre de n'agir comme roi que de manière nominale. Toutefois, il ne tarde pas à se retourner contre elle et l'exile avant de la faire assassiner en 535. En effet, il est bien moins favorable aux Romains qu'elle. À Constantinople, cette nouvelle constitue le prétexte idéal pour intervenir dans les affaires ostrogothiques.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

L'attaque du royaume ostrogoth constitue la deuxième étape des menées expansionnistes de Justinien. Celui-ci, par l'intermédiaire de son général Bélisaire, vient de détruire en quelques mois le royaume vandale. Néanmoins, le royaume ostrogoth constitue une cible autrement plus dangereuse. Son territoire s'étend sur toute l'Italie, y compris la Sicile mais aussi une partie de la Pannonie, la barrière alpine et mord sur le sud-ouest de la Gaule. L'armée ostrogothe est solide et peut s'appuyer sur des forces de cavalerie mobiles, promptes à tendre des embuscades à ses adversaires. En outre, la population romaine est partagée à l'idée d'une intervention de Justinien. Une partie de l'aristocratie est jalouse de son autonomie qu'elle a conservé sous les Ostrogoths, même si ses pouvoirs sont symboliques. De même, la papauté entretient une position ambiguë. Elle s'est construite sur le principe d'une dualité entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, incarné par l'empereur. Celui-ci est le protecteur naturel du pape depuis que l'Empire d'Occident s'est effondré. Toutefois, les relations avec Constantinople sont parfois tendues, comme en témoigne les atermoiements à propos de la politique favorable au monophysisme menée par Anastase. Si les liens ont été rétablis depuis l'arrivée sur le trône de Justin Ier, une méfiance demeure. Le pape désire conserver son indépendance par rapport à l'empereur. Néanmoins, depuis que l'Empire d'Orient est revenu aux principes du concile de Chalcédoine, une même conception doctrinale unit Rome et Constantinople alors que les Ostrogoths sont ariens.

Les motivations des Byzantins à envahir l'Italie sont nombreuses. Tout d'abord, l'Italie reste le foyer traditionnel de la romanité. En toute logique, elle doit donc être gouvernée par un empereur romain. En outre, sa conquête permettrait de renforcer l'emprise byzantine dans l'Afrique nouvellement reconquise, en contribuant à refaire de la mer Méditerranée une mare nostrum. Dès l'annonce de la mort d'Amalasonthe connue, Justinien met en branle ses armées. L'ambassadeur byzantin à Ravenne, capitale des Ostrogoths, fait part à Théodat des intentions guerrières de Justinien, tandis que le roi ostrogoth se défausse de sa responsabilité dans la mort d'Amalasonthe. Dans le même temps, l'empereur continue d'agir par la voie diplomatique, soufflant le chaud et le froid, en espérant provoquer des dissensions parmi les Ostrogoths. Sur le plan militaire, l'action byzantine passe par une attaque en tenaille. Au nord, Mundus doit attaquer les possessions ostrogothes sur la côte dalmate avant de progresser au nord de l'Italie. C'est la route la plus courte vers Ravenne. Au sud, Bélisaire, tout juste enorgueillit de son succès en Afrique, doit prendre la Sicile et remonter vers Rome. Ce plan a pu susciter l'étonnement en ce qu'il confie au meilleur général, Bélisaire, le commandement sur le front apparemment secondaire. Une telle décision pourrait s'expliquer par la volonté de Justinien de conquérir rapidement la Sicile, pivot stratégique de la Méditerranée, dont la possession éloignerait le risque de troubles en Afrique provoqués par les Ostrogoths. De surcroît, une offensive par le sud permet d'atteindre Rome rapidement. Si cette cible présente un intérêt limité sur le plan militaire, il en est tout autrement d'un point de vue politique. La conquête de Rome doit être l'élément central du projet impérial de rénovation de la puissance romaine.

Phases de la guerre[modifier | modifier le code]

Première phase : une progression triomphale[modifier | modifier le code]

Les premiers mois de la guerre sont particulièrement favorables aux Byzantins. En Dalmatie, Mundus prend Salone et s'assure le contrôle de la Dalmatie. Au sud, Bélisaire s'empare presque sans combattre de la Sicile. Seule la ville de Palerme, où se sont réfugiés les Goths, lui résiste quelque temps mais finit par tomber. Le dernier jour de l'année 535, Bélisaire peut célébrer son nouveau succès à Syracuse. Pour capitaliser sur son avantage, Justinien tente de s'allier aux Francs en leur offrant d'importantes sommes d'argent mais Théodat leur a aussi versé 30 000 pièces d'or, ce qui les décide à rester à l'écart. De son côté, le roi ostrogoth tente de négocier alors que les premiers revers ont fragilisé sa position. Il est prêt à céder une partie de la souveraineté sur l'Italie à l'Empire. C'est toujours Pierre qui joue les intermédiaires mais il est rappelé par Théodat qui décide d'aller plus loin. Il pourrait aller jusqu'à s'engager à céder ses droits sur son royaume, en échange d'un droit à l'exil à Constantinople et 200 000 pièces d'or. Justinien accepte cette proposition qui correspond ni plus ni moins qu'à une capitulation mais c'est un faux semblant. Si Théodat est prêt à abandonner l'Italie, il n'en est pas de même des Ostrogoths qui ne manqueraient pas de résister et de s'opposer à la décision de leur roi. En outre, en avril 536, Théodat lui-même revient en arrière. En effet, les Goths ont lancé une contre-offensive en Dalmatie et ont vaincu une force byzantine conduite par Maurice, le fils de Mundus. Celui-ci, aveuglé par le chagrin, se précipite à la rencontre de ses adversaires. S'il les met en fuite, il est tué lors de l'affrontement. Si Salone est conservée, un précieux général a été perdu, de même que toute perspective de reddition des Ostrogoths. Il est probable que Théodat a reculé face à l'évidence qu'une reddition conduirait à son renversement.

C'est par la voie des armes que doit se faire la conquête de l'Italie. Constantianus remplace Mundus et se rend à Epidamme pour constituer son armée. En face, les Ostrogoths en profitent pour prendre Salone. Constantianus réagit en progressant méthodiquement vers Salone. Après avoir envoyé Siphilas prendre possession du défilé conduisant à la ville, il y pénètre par terre et par mer alors que les Ostrogoths l'ont déjà évacuée. De nouveau, la Dalmatie est sous le contrôle des Byzantins. Cependant, c'est au sud que la progression des Byzantins est la plus décisive. Là encore, c'est Bélisaire qui s'illustre. En mai 536, de retour d'une expédition africaine visant à réprimer un soulèvement, il débarque en italie continentale à la tête de 10 000 hommes, dont beaucoup de ses buccelaires, des soldats constituant sa garde privée. Il avance rapidement et sans difficultés, couvert par la flotte. La population est favorable aux troupes impériales tandis que les forces ostrogothes se rendent sans combattre, certains de ses éléments renforçant la propre armée de Bélisaire. En octobre 536, il arrive devant Naples, une place-forte des Ostrogoths que ces derniers sont déterminés à défendre. Il tente d'abord d'obtenir la reddition de la ville et joue sur l'hostilité de la population envers la garnison ostrogothe. Toutefois, celle-ci ne cède pas. Un premier assaut est repoussé et Bélisaire décide de couper l'approvisionnement en eau de la cité, sans provoquer de pénuries. Pourtant, ce sont bien les aqueducs qui vont décider du sort de la bataille. L'un d'eux permet à une petite troupe byzantine de pénétrer discrètement dans la cité et de s'emparer des murailles de l'intérieur. Le siège n'a duré qu'une vingtaine de jours et les Ostrogoths commencent à paniquer face à la facilité de la progression des Byzantins. De plus en plus, le doute s'installe sur la capacité de Théodat de mener cette guerre. Une partie de leur armée finit par proclamer roi Vitigès, un personnage qui s'est illustré par ses succès militaires. Rapidement, le nouveau monarque rassemble ses forces pour passer à l'offensive.

Rome : enjeu cardinal de la guerre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Siège de Rome (537-538).

La prise du pouvoir par Vitigès n'empêche pas Bélisaire de continuer sa marche en avant vers Rome. Les habitants de la cité informent Bélisaire de leur intention de se rendre tandis que la garnison ostrogothe, consciente de l'absence de soutien de la population, décident de se retirer. Le 9 ou le 10 décembre 536, Bélisaire pénètre dans la cité impériale par la porte Asinaria alors que les Goths la quittent par la porte Flaminia. Symboliquement, le succès est d'une ampleur considérable. Toutefois, une fois la ville prise, encore faut-il la défendre. Bélisaire n'a sous ses ordres que 5 à 10 000 hommes, ce qui est très peu pour défendre les vingt kilomètres de muraille de la ville. Toute progression supplémentaire vers le nord lui est interdite, au risque de disperser excessivement ses forces entre la défense de Rome et la poursuite de l'offensive. Dès lors, il décide de se préparer à soutenir un siège. Il fait renforcer les fortifications de la cité et s'assure d'un approvisionnement suffisant en vivres. Dans le même temps, il confie à Constantinos la mission de s'emparer de quelques places-fortes en Toscane pour gêner la progression et le siège à venir des Ostrogoths. Il s'empare ainsi de Pérouse et de Spolète, tandis que Bessas pend Narni. De son côté, Vitigès met le siège devant Salone pour prévenir toute offensive byzantine depuis la Dalmatie et, en février 537, il se tourne avec le gros de ses forces vers Rome. Procope de Césarée assure qu'il a sous ses ordres 150 000 hommes, ce qui est une grossière exagération. Toutefois, il pourrait bien avoir jusqu'à 30 000 hommes dans son armée, ce qui lui confère déjà une confortable supériorité numérique.

Conscient de son infériorité, Bélisaire prépare le siège du mieux possible. Il s'assure de l'approvisionnement de la ville et tente de barrer la route à l'armée adverse en faisant fortifier un pont sur le Tibre. Toutefois, sa garnison est dispersée par les Ostrogoths et Bélisaire doit intervenir avec un millier d'hommes pour les empêcher d'aller plus loin et de risquer de prendre la ville. Cette intervention décisive, dans laquelle Bélisaire s'engage directement dans les combats, participe à renforcer notablement la confiance de la garnison byzantine. Elle marque aussi le début du siège de Rome, qui s'étale de mars 537 à mars 538. Parmi les habitants, le moral est plus contrasté. L'aristocratie romaine est peu favorable à l'idée de subir un siège prolongé. De même, le pape Silvère, qui pourrait avoir convaincu les Goths d'évacuer la ville pour éviter un bain de sang, tient une position ambiguë, contraignant Bélisaire à le renverser et à le remplacer par Vigile. Malgré ces difficultés, les Byzantins résistant aux assauts de leurs adversaires, peu à l'aise dans l'art de la poliorcétique. Cela n'empêche pas la situation des assiégés de se tendre au fur et à mesure que le siège dure. Bélisaire doit envoyer des demandes pressantes de renforts à Justinien, qui lui répond favorablement. En effet, les Ostrogoths ne peuvent empêcher toutes les communications entre Rome et l'extérieur et des troupes parviennent à pénétrer à l'intérieur de la ville pour renforcer la garnison. Face au risque de famine, Bélisaire décide dès les premiers jours du siège d'évacuer une partie de la population civile. Il mène ensuite régulièrement des raids pour récupérer tout ce qui pourrait être utile, parfois au détriment de l'approvisionnement des Goths. Depuis Ostie, le port romain, des vivres peuvent être envoyés dans la ville. Pour Vitigès, la situation se complexifie. Plus le siège dure et plus sa position se fragilise, tandis que le moral de ses troupes faiblit. Il tente de négocier directement avec Bélisaire, promettant de céder à l'Empire la Sicile puis Naples et la Campanie mais le général byzantin reste inflexible. Profitant d'une trêve, il s'empare de Porto puis Civitavecchia. Ces deux succès lui assurent un ravitaillement maritime régulier et il peut même prendre position dans le Latium, prenant à revers Vitigès.

Les Ostrogoths ne sont alors plus en mesure de prendre Rome car l'équilibre des forces est de plus en plus en leur défaveur. Plus encore, les Byzantins sont capables d'attaquer d'autres positions en Italie. Le général Jean est chargé par Bélisaire de réduire la pression sur Rome. Il s'empare successivement d'Auximum, d'Urbino puis de Rimini. En mars 538, il est aux portes de Ravenne et Vitigès doit renoncer au siège pour se précipiter au secours de sa capitale. Lors de la retraite sur le pont Milvius, Bélisaire attaque l'arrière-garde des Ostrogoths, leur infligeant des pertes importantes même si ses propres forces souffrent aussi sensiblement. Quoi qu'il en soit, son succès est complet. En dépit d'effectifs réduits, il est parvenu à tenir la cité romaine durant plus d'un an. La prise de la ville aurait sûrement eu des conséquences importantes sur la suite des événements, compromettant la poursuite de la conquête italienne. Désormais, Bélisaire peut s'appuyer sur cette victoire pour affermir son contrôle sur l'Italie centrale et se diriger vers l'Italie du nord, où des forces byzantines sont déjà à l'œuvre.

L'Italie presque conquise[modifier | modifier le code]

En défendant victorieusement Rome, Bélisaire s'offre la possibilité de poursuivre la conquête du nord de l'Italie, ce qui s'annonce plus difficile car c'est là que les Ostrogoths sont les plus nombreux. Toutefois, le reste de la population perçoit de plus en plus les Byzantins comme des libérateurs et sont prêts à ouvrir leurs portes. C'est le cas de Milan, dont la possession revêt une grande importance stratégique, étant donné son positionnement géographique au carrefour de plusieurs routes importantes. Une armée de mille hommes commandés par Mundilas et Fidélis, le préfet du prétoire d'Italie, débarque à Gênes, progresse vers Milan où elle défait une armée ostrogothe et pénètre dans Milan. Néanmoins, cette petite force a du être divisée en plusieurs garnisons pour assurer la défense des positions acquises au cours de cette avancée (Bergame, Côme, Novare) et seuls trois cents hommes suivent Mundilas à Milan. Vitigès ne tarde pas à réagir. Il est soutenu par 10 000 Burgondes envoyés en Italie par les Francs. Ces derniers ont toujours une attitude ambiguë. Refusant de rompre tous les liens avec l'Empire d'Orient, ils ne peuvent soutenir directement les Ostrogoths et passent par l'intermédiaire des Burgondes. De son côté, Mundilas ne peut compter que sur la participation de Milanais à la défense de la ville.

Dans le même temps, les Byzantins sont engagés sur d'autres parties du territoire italien. A Rimini, Jean dit « le Sanguinaire » en raison de la violence dont il fait preuve, est assiégé à Rimini avec 2 000 cavaliers. Bélisaire lui porte secours en envoyant une force commandée par Ildiger et Martin, qui suivent la voie Flaminia. Néanmoins, de premières dissensions apparaissent dans le commandement byzantin. Jean persiste à rester à Rimini alors que les cavaliers ne sont pas les troupes les plus adaptées à la défense d'une place fortifiée. Il en garde quatre cents avec lui, renforcés de soldats thraces et isauriens. Quant à Ildiger et Martin, ils n'insistent pas et quittent la ville. Vitigès peut rapidement l'assiéger. Dans un premier temps, il essaie de la prendre de force au moyen d'une tour de siège, sans réussite. Il décide alors de réduire Rimini par la famine.

En mai 538, Bélisaire quitte enfin Rome pour secourir Rimini. Il prend possession de plusieurs villes en Toscane et continue d'enrichir son armée de contingents goths qui se sont rendus. Dans le même temps, des renforts arrivent de l'Empire, commandés par Narsès. Celui-ci est encore un général expérimenté mais il jouit des faveurs de la cour et de l'empereur. De ce fait, il représente un rival potentiel pour Bélisaire, dont les victoires commencent à susciter la jalousie et, peut-être, de la crainte chez Justinien qui pourrait s'inquiéter de volontés de rébellion de son meilleur général. En plus de ces 5 000 hommes, un autre Narsès dirige une force moins nombreuse et 2 000 Hérules sont aussi envoyés en Italie pour en compléter la conquête. Ces armées se rejoignent à Fermo mais rapidement, des divisions apparaissent au plus haut niveau du commandement. Plusieurs positions byzantines sont alors assiégées (Milan, Rimini...) et l'enjeu est de savoir laquelle secourir en premier. De nombreux généraux estiment qu'il faut s'attaquer à Auximum plutôt que de se porter à l'aide de Jean le Sanguinaire, jugé coupable de s'être mis dans une situation délicate par ses mauvaises décisions. Toutefois, Narsès est un proche de Jean et refuse de l'abandonner à son sort, rajoutant que la perte de Rimini aurait un impact symbolique néfaste. Bélisaire finit par accepter cette option quand il reçoit une lettre de Jean l'appelant à l'aide de toute urgence et ne laisse qu'un millier d'hommes à proximité d'Auximum.

Chute de Milan et conquête de Ravenne[modifier | modifier le code]

Quand les renforts venus de Byzance et dirigés par Narsès arrivent, Bélisaire organise une nouvelle offensive : il envoie Narsès libérer Ariminum (Rimini) assiégé et Mundila, un autre lieutenant, conquérir Mediolanum (Milan) au nord. Mais il ne se passe pas beaucoup de temps avant que des différends entre Narsès (dont le rôle est probablement de surveiller Bélisaire) et celui-ci se fassent jour : ceux qui en supportent les conséquences sont les habitants de Milan qui, assiégés par 30 000 Goths commandés par Uraia et défendus par une garnison de seulement 800 hommes sous le commandement de Mundila, sont contraints de capituler : Mundila est envoyé à Rimini, mais les habitants sont passés au fil de l’épée et la ville rasée jusqu'au sol (539).

En 539, les Francs, sous le commandement de Thibert, interviennent temporairement dans le conflit. Ils réussissent à prendre et à saccager Milan alors que Narsès est rappelé à Byzance. La manœuvre conçue par Bélisaire est de mettre le siège devant Ravenne, capitale des Ostrogoths, et de capturer Vitigès.

Les Ostrogoths offrent alors à Bélisaire la couronne royale à condition qu’il leur laisse la vie et leurs terres. Bélisaire accepte ou feint d’accepter et rentre dans Ravenne où il signe un traité avec Vitigès. Bélisaire, rappelé par Justinien, doit partir à la frontière Perse. Vitigès et de nombreux Goths l’accompagnent et participeront aux guerres contre les Perses.

Les Ostrogoths du Nord de l’Italie considèrent ce départ, qui amène en Italie un préfet du prétoire et le gouvernement régulier de Rome, comme une trahison et se soulèvent, offrent la couronne à Uraia, qui la refuse, puis à Ildibald, neveu du roi Wisigoth Theudis. Ildibald part de Pavie avec 1000 hommes et remporte un sérieux succès auprès de la population écrasée d’impôts. Il triomphe de l’armée romaine à Trévise mais est assassiné en mai 541. Éraric, un Ruge, lui succède, négocie avec Justinien, lui offrant de trahir son armée contre le titre de Patrice. Il est assassiné avant d’avoir pu mener à bien son projet en septembre 541.

Ascension et victoires de Totila[modifier | modifier le code]

L’absence en Italie de Bélisaire et les dissensions entre les généraux byzantins permettent aux Goths de réorganiser leurs forces dans le nord de la péninsule, forts de leur succès à Milan. Par ailleurs, Procope souligne que Bélisaire s’est contenté de la prise de Ravenne en estimant qu’aucun danger ne pourrait venir d'au-delà du Pô. Il se trompait : en 541, les Ostrogoths acclament Badùila (passé dans les chroniques comme Totila, l’Immortel), chef de la garnison de Trévise, comme leur nouveau chef après que celui-ci a assassiné son prédécesseur, coupable d’avoir négocié avec l’empereur.

Totila tire tout de suite les leçons des erreurs commises par Vitigès : il évite de s’épuiser en d’incessants sièges où les Byzantins peuvent avoir l’avantage et profite de sa supériorité numérique en contraignant Bélisaire à l’affronter en venant par la mer.

Il comprend aussi que la guerre ne peut pas être gagnée sans le soutien des Italiens, majoritairement favorables aux Byzantins. Comme il ne parvient pas à gagner le soutien des propriétaires terriens et des patriciens (tous, peu ou prou, fidèles à l’empereur), il cherche à obtenir celui de la population rurale en mettant en place une réforme agraire de type égalitaire. Du point de vue militaire, il s’engage avec succès dans une campagne contre les Byzantins et reconquiert toute l’Italie septentrionale, descendant le long de la via Flaminia (laissant aux mains des Grecs quelques forteresses comme Spolète et Pérouse), évitant Rome et attaquant et prenant Naples (543).

Il ne faut donc pas s’étonner si Totila, roi d’un peuple arien, décidé et cruel ennemi des propriétaires terriens (entre autres les ecclésiastiques), est décrit sous des couleurs sombres par les membres de l’Église en Italie, y compris lorsque Justinien a brutalement remplacé (et fait assassiner, comme l’insinue perfidement Procope) le Saint-Père Silvère par le bien plus « doux » pape Vigile : le pape Grégoire Ier présente Totila comme un Antéchrist et Saint Benoît qui, selon la légende, a reçu à Montecassino la visite du roi goth peu de temps avant la prise de Naples, lui prédit la conquête de Rome suivie de sa chute s’il ne revient pas sur ses « propositions criminelles » (parmi lesquelles, peut-être, la réforme agraire).

Compte tenu de sa situation désespérée, Bélisaire est rappelé en Italie en 544 et essaie en 545 (la deuxième fois depuis le début de la guerre) de défendre Rome contre Totila qui en installe le siège après la prise d’Assise et de Spolète. Rome est conquise le 17 décembre 546 par les Goths dont les offres de paix, transmises par l’intermédiaire du prélat Pélage (futur pape Pélage Ier), sont refusées par Justinien qui leur répond de « traiter directement avec Bélisaire », en enjoignant de ne pas porter préjudice à la beauté de Rome. Totila, magnanime, épargna la ville et s’en retire momentanément. Ceci lui coûte le siège (le troisième) et la prise de Rome par Bélisaire en 547 qui envoie les clés de la ville à Constantinople. Justinien, jaloux et effrayé par les succès de Bélisaire (d’après les écrits de l’historien Procope, secrétaire du général), se fait prier pour envoyer des renforts supplémentaires. Bélisaire cherche alors l’appui de l’impératrice Théodora en se servant de sa femme Antonina, une de ses proches. Mais, le 1er juillet 548, Théodora meurt et Justinien rappelle définitivement Bélisaire à Constantinople. Le départ de Bélisaire provoque la reconquête immédiate de Rome par Totila (pour la quatrième fois, 549).

Pendant ce temps, Bélisaire est envoyé sur les bords du Danube combattre les Bulgares.

Mort de Totila et victoire des Byzantins[modifier | modifier le code]

Principales opérations de la guerre des Goths

Justinien lance une nouvelle campagne pour la conquête de l’Italie. À la tête des troupes, il nomme son neveu Germanus. Il envoie également une autre armée commandée par Liberius attaquer les Wisigoths en Espagne.

Après la mort de Germanus, en 551, Narsès obtient de nouveau le commandement des opérations en Italie. Il rassemble une armée importante sans témoigner beaucoup de scrupules pour enrôler dans ses troupes (en se montrant généreux) des barbares slaves, des Lombards et des Francs, avec lesquels il se dirige directement vers Rome. Comme il ne peut traverser la Via Flaminia à Fano, à cause de la forteresse de la gorge du Furlo, il prend probablement la route de Sassoferrato et Fabriano, et vainc Totila à la bataille de Taginae (Gualdo Tadino), bataille dite des Busta Gallorum. Totila, blessé, réussit à fuir mais meurt peu de temps après à un endroit appelé Caprae, correspondant à l’actuelle frazione de Caprara (où est situé un « tombeau de Totila »). Après ce combat décisif, Narsès contraint les Goths à la reddition en occupant encore Rome.

C'est ici que Procope place son fameux commentaire qui voit dans la victoire byzantine un malheur pour les habitants de Rome. En effet, les barbares enrôlés dans les troupes de Narsès se sont livrées au saccage de la ville (au point de « violer les femmes dans les églises »), tant et si bien que le général s’est hâté de les renvoyer dans leurs foyers (en particulier les Lombards : Paolo Diacono, Lombard, a évité dans son Historia Langobardorum de parler de cet épisode).

Lors de la bataille suivante, la Bataille du Mont Lactarius, Narsès a raison de Teias (successeur de Totila) et de ce qui reste de l’armée des Goths en Italie. Teias est ainsi le dernier des rois goths.

Une partie des Ostrogoths survivants aurait quitté l'Italie. Au Moyen Âge et jusqu'au XVIIIe siècle au moins, les habitants du canton d'Uri en Suisse, et particulièrement ceux de la vallée d'Urseren, se disaient descendre des Ostrogoths contraints de quitter l'Italie dans les années 550, lorsque leur royaume fut définitivement détruit par Narsès[1].

La Pragmatique Sanction de 554 remet tous les territoires de l’Italie sous la législation de l’Empire byzantin et redonne aux propriétaires terriens les terres qui avaient été aliénées par l’« immonde » Totila en faveur des paysans. Ceci aggravera par la suite les conditions déjà précaires des Italiens. Comme conséquence de la guerre, des privations et des taxes, une terrible épidémie de peste s’abat sur l’Italie de 559 à 562.

Conquête éphémère[modifier | modifier le code]

La reconquête italienne est éphémère pour les Byzantins. Selon les écrits de Paul Diacre, les dissensions entre Narsès et le nouvel empereur Justin II (ou plus exactement, comme l’indique Paul Diacre avec ironie, les insultes continuelles de l’impératrice Sophie) poussent le général à appeler en Italie le roi des Lombards Alboïn. Selon des recherches historiques récentes, il s'agit peut-être d'une exagération : la présence de Lombards commandés par Alduin (le père d’Alboïn) est déjà attestée par Procope à la bataille de bataille de Taginae.

Selon la tradition rapportée par Paul Diacre, le jour de Pâques 568 Alboïn entre en Italie. Les Byzantins sont contraints de se retirer face à l’avance des Lombards, si bien qu’en 571, l’exarchat de Ravenne ne contrôle plus en tout et pour tout que quelques centres côtiers. La brève domination byzantine a été particulièrement dure, d’une part par la levée de taxes exorbitantes aux Italiens, et d’autre part parce que les violences qui ont suivi le conflit ont prélevé des caisses de l’Empire romain d’Orient des fonds qui auraient été plus utiles pour contrer les menaces apparues alors à l’Est.

Conséquences de la guerre[modifier | modifier le code]

Les conséquences de la guerre se feront sentir sur l’Italie pendant très longtemps après la fin de la guerre. La population, pour ne pas être impliquée, a abandonné les villes pour se réfugier dans les campagnes, rompant ainsi d’un coup le processus d’agrégation et d’urbanisation. Même si les chiffres rapportés par Procope sont probablement exagérés, on peut estimer qu’à peu près la moitié de la population d’Italie a été décimée lors des batailles ou des sièges, par les famines et par la peste. Les détails, relatés par Procope, des souffrances subies par la population de Milan durant le siège de 539 sont particulièrement horribles. On ne pourra parler d’un renouveau de l’Italie qu’avec la naissance des « communes », au cœur du Moyen Âge.

D’autre part, la différence entre les domaines lombards en pleine terre, typiquement organisés en duchés (Cividale, Vérone, Pavie, Milan, Spolète, Bénévent), et les domaines byzantins sur la côte (Venise, Naples, Ravenne, la Pentapole byzantine) initie le processus de fragmentation politique qui sera la caractéristique de l’Italie au cours des mille ans qui suivront.

Fonds historiques[modifier | modifier le code]

La plupart des informations aujourd’hui disponibles sur la guerre des Goths ont été transmises par Procope de Césarée, le secrétaire de Bélisaire, qui les relate dans quatre des huit livres composant son Histoire de la guerre. Procope a participé directement aux premières phases des opérations, en particulier durant le premier siège de Rome (537-538). Mais Procope n’était pas un ami de Justinien et pour cette raison, selon certains historiens, ses affirmations et ses commentaires sont à prendre avec réserve.

Un témoignage important est fourni par l’ouvrage De origine actibusque Getarum, de l’historien Jordanès, lequel, Goth d’origine, donne une vision complémentaire de celle de Procope.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Johann Georg Altmann, État et délices de la Suisse ou Description historique et géographique des treize cantons suisses et de leurs alliés, S. Fauche, 1778. Extrait

Sources[modifier | modifier le code]

  • (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Guerra gotica (535-553) » (voir la liste des auteurs).
  • (en) John B. Bury, History of the Later Roman Empire: From the Death of Theodosius I to the Death of Justinian, Volume 2, Mineola, Dover Publications, (ISBN 0-486-20399-9)
  • Robert Graves, Count Belisarius, traduction en français par Michel Courtois-Fourcy: Le comte Bélisaire, Paris, Flammarion, 1987, réédition 2002.
  • (en) Ian Hughes, Belisarius:The Last Roman General, Yardley, PA, Westholme Publishing, LLC, (ISBN 978-1-59416-528-3).
  • (en) Roy Boss, Justinian's Wars: Belisarius, Narses and the Reconquest of the West, Stockport, 1993.
  • Pierre Maraval, Justinien, Le rêve d'un empire chrétien universel, Paris, Tallandier, (ISBN 9791021016422) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Procope de Césarée (trad. Denis Roques et Janick Auberger), Histoire des Goths, Les Belles Lettres, coll. « La Roue à livres », (ISBN 978-2-2513-3976-4)
  • Georges Tate, Justinien. L'épopée de l'Empire d'Orient (527-565), Paris, Fayard, (ISBN 2213615160) Document utilisé pour la rédaction de l’article