Siège de Rome (537-538)

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Siège de Rome
Description de cette image, également commentée ci-après

La Porta Asinaria à travers laquelle l'armée byzantine entra à Rome.

Informations générales
Date 537-538
Lieu Rome
Issue Victoire Byzantine
Belligérants
Labarum.svg Empire byzantin Royaume ostrogoth
Commandants
Bélisaire Vitigès
Forces en présence
5 000 hommes (initialement)
10 600 hommes (après renforts)
nombre inconnu de conscrits
45 000 hommes

Guerre des Goths (535-553)

Batailles

Palerme (535) · Naples (536) · Rome (537-538) · Vérone (541) · Faventia (542) · Mucellium (542) · Naples (542-543) · Rome (546) · Rome (549-550) (en) · Sena Gallica (551) · Taginae (552) · Vésuve (552) · Volturno (554)
Coordonnées 41° 54′ nord, 12° 30′ est

Le siège de Rome de 537 à 538 est un siège ayant duré 1 an et 9 jour du 2 mars 537 au 12 mars 538 durant la Guerre des Goths de 535 à 553. Le siège est le lieu de confrontation entre les forces de l'empire byzantin défendant la ville et dirigés par Bélisaire et les Ostrogoths dirigés par Vitigès.

Il eut un impact décisif sur le cours de la guerre et vit la victoire des Byzantins qui parviennent à repousser les Ostrogoths.

Contexte[modifier | modifier le code]

En 527, Justinien arrive à la tête de l'Empire byzantin. Après quelques années de règne, il décide de lancer une politique expansionniste pour conquérir d'anciennes terres de l'Empire romain d'Occident. Il s'empare d'abord de l'Afrique du nord en renversant le royaume vandale, grâce à l'action de son général Bélisaire. En 535, il décide de s'attaquer au royaume ostrogoth qui domine l'Italie et la Dalmatie. L'offensive se fait de deux côtés. Bélisaire conquiert d'abord la Sicile avant de progresser depuis le sud de l'Italie tandis que Mundus s'empare de la côte dalmate. Bélisaire progesse facilement, d'autant que Théodat, le roi des Ostrogoths, tergiverse quant à la marche à suivre face à cette invasion.

Le 9 décembre 536, Bélisaire pénètre dans Rome sans combattre. En effet, le pape Silvère a négocié le départ des 4 000 soldats ostrogoths. Symboliquement, c'est un succès crucial. Toutefois, les Ostrogoths sont désormais conduits par Vitigès, décidé à repartir à l'offensive. Alors qu'il combat en Dalmatie, il dirige le gros de son armée vers Rome pour l'assiéger. Dans le même temps, Bélisaire s'emploie à restaurer les fortifications alors qu'il n'a que 5 000 hommes à sa disposition et 19 kilomètres de remparts à couvrir.

Le siège[modifier | modifier le code]

Vitigès arrive aux environs de Rome en février 536 et l'avant-garde byzantine, probablement positionnée au niveau du pont Salarius ou du pont Milvius, s'enfuit devant l'armée ostrogothe. Bélisaire perturbe l'arrivée de cette dernière en accomplissant une sortie avec un millier de ses soldats. Particulièrement risquée, l'opération aurait pu mal se terminer pour les Byzantins mais Bélisaire parvient à rétablir la situation. Le 21 février marque le début du siège. Vitigès installe sept camps devant sept des portes de la ville et coupe les approvisionnements, notamment les aqueducs.

Le 21 mars, les Ostrogoths lancent un assaut général sur différents points de la muraille. Ils sont alors équipés d'armes de siège, dont des tours de siège. Bélisaire organise la défense au niveau de la porte Salaria et fait abattre les bœufs transportant les quatre tours, empêchant l'offensive adverse de progresser[1]. Une autre attaque se déroule près du tombeau d'Hadrien, l'actuel château Saint-Ange. Les Byzantins vont jusqu'à se servir des statues du monument comme projectiles et parviennent à tenir leurs positions. Une brèche est toutefois percée dans la muraille, au niveau de la Porta Maggiore défendue par Bessas et Péranius d'Ibérie mais Bélisaire réagit en concentrant ses forces sur ce point précis et bloque la progression ennemie. Au cours de leur retraite, les Ostrogoths perdent de nombreuses armes de siège, détruits par les Byzantins, d'autant que ceux-ci opèrent une autre sortie via la porte Salaria. Au total, ce premier assaut est particulièrement coûteux en hommes pour les assiégeants sans résultats concrets[2].

Le 22 mars, Bélisaire décide d'envoyer les femmes, les enfants et les esclaves à Naples. Il demande aussi des renforts à Justinien. Il doit faire face à une population peu enthousiaste à l'idée de soutenir un siège et prête à accepter les propositions de Vitigès d'une reddition. Toutefois, le général byzantin s'y oppose et décide de continuer la lutte. En outre, il dépose le pape Silvère qu'il soupçonne de complicité avec l'ennemi et fait convoquer le clergé romain pour qu'il élise son successeur, Vigile, le 29 mars. Les circonstances de cet événement ne sont pas connus avec certitude. Procope de Césarée rapporte que Bélisaire agit en raison de l'hostilité que sa femme manifeste à l'endroit du pape. Le Liber Pontificalis corrobore cette version des faits. Pour autant, la raison réelle réside sûrement dans l'opposition manifestée par Silvère à reconnaître le nouveau patriarche de Constantinople, Anthime. Quoi qu'il en soit, il est envoyé sur la côte sud de l'Asie Mineure[3].

Dans le même temps, Vitigès s'impatiente face à la résistance de Rome. Il envoie des hommes à Ravenne pour tuer les sénateurs romains, en guise de représailles. En outre, il prend la cité de Porto, située à l'embouchure du Tibre, de manière à renforcer l'encerclement de Rome en bloquant l'arrivée de ravitaillement par voie maritime. Toutefois, cela n'empêche pas la venue de renforts par la terre, en l'occurrence 1 600 cavaliers huns et slaves. De son côté, Bélisaire harcèle son adversaire, en faisant sortir quelques centaines d'archers puis, en couvrant leur retour grâce à des armes de siège disposées sur les murailles, parvenant apparemment à tuer 4 000 Ostrogoths. Il va jusqu'à lancer une grande sortie, réussissant un temps à prendre l'avantage avant de revenir à l'abri des murailles. Au total, près de 70 affrontements ont lieu tout au long du siège, souvent de faible envergure.

Vitigès persiste pourtant dans sa volonté de prendre la ville. Il installe une garnison de 7 000 soldats au croisement de deux aqueducs, coupant la route de la Campanie. Face à la famine naissante, Bélisaire fait des incursions pour subtiliser des convois de ravitaillement de l'ennemi, lequel en vient aussi à manquer de vivres. Au fur et à mesure, la situation des Ostrogoths se complique. La durée du siège mine le moral des soldats tandis que les Byzantins arrivent sans cesse à faire parvenir de nouveaux renforts. En novembre 537, ce sont 1 000 hommes qui viennent soutenir les assiégés. Plus encore, des troupes sont envoyées dans d'autres régions de l'Italie pour réduire la pression sur Rome. A Naples, Antonina et Procope de Césarée rassemblent du ravitaillement qu'ils font parvenir à Ostie. Là, il est placé sur des navires qui remontent le Tibre, sans recevoir d'opposition des Ostrogoths. La situation de ces derniers est alors difficile et ils tentent de négocier avec Bélisaire car ils savent qu'il a reçu de nouveaux renforts. Ils proposent notamment de céder le sud de l'Italie et la Sicile à l'Empire byzantin, ainsi qu'à lui verser un tribut. Tout ce que Bélisaire accepte est une trêve de trois mois, le temps que des négociations soient menées à Constantinople.

Loin de respecter la trêve, Bélisaire envoie des troupes reprendre Porto et Civitavecchia, ainsi que dans le Picenum. Les Ostrogoths tentent de nouveau de s'emparer de Rome par la ruse. Ils essaient ainsi de passer par l'aqueduc de l'Aqua Virgo mais ils sont repérés et l'aqueduc est bouché. Finalement, ce sont les succès des Byzantins hors de Rome qui alarment Vitigès. Les succès de Jean, qui commande la troupe envoyée dans le Picenum, contraignent les Ostrogoths à redéployer leurs forces. En effet, Rimini vient de tomber et Ravenne, la principale cité de l'Italie à l'époque, est menacée. En mars 538, Vitigès doit abandonner le siège de Rome. Lors de leur retraite, les Ostrogoths sont attaqués au pont Milvius et souffrent de nombreuses pertes.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John B. Bury, History of the Later Roman Empire: From the Death of Theodosius I to the Death of Justinian, Volume 2, Mineola, Dover Publications, (ISBN 0-486-20399-9)
  • Pierre Maraval, Justinien, le rêve d'un empire chrétien universel, Paris, Tallandier, (ISBN 9791021016422)
  • Georges Tate, Justinien. L'épopée de l'Empire d'Orient (527-565), Paris, Fayard, (ISBN 2213615160)
  • (en) Procope de Césarée (trad. H.B. Dewing), The Gothic War, Harvard University Press, (lire en ligne)

Lien externe[modifier | modifier le code]

Le mausolée d'Hadrien fut le théâtre de combats féroces entre les Byzantins et les Ostrogoths.