Gélimer

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Gélimer
Illustration.
Pièce de 50 deniers avec le profil du roi Gélimer.
Titre
Roi des Vandales et des Alains
Prédécesseur Hildéric
Biographie
Titre complet Rex Wandalorum Et Alanorum
Dynastie Hasdings
Origine Vandales
Lieu de décès Galatie
Père Gélarith
Fratrie Tzazo, Ammatas
Religion Arianisme
Résidence Carthage

Gélimer[note 1] est le dernier roi des Vandales et des Alains, de à . Il devient dirigeant du royaume vandale après avoir déposé son cousin germain pro-byzantin, Hildéric, qui a irrité la noblesse vandale en se convertissant au catholicisme, car la plupart des Vandales à cette époque sont farouchement dévoués à l'arianisme[note 2], et ce malgré les protestations de l'empereur byzantin Justinien. En , Justinien envoie un corps expéditionnaire commandé par Bélisaire pour restaurer Hildéric sur le trône vandale. Le , à la suite d'erreurs tactiques de ses commandants, les Byzantins commandés par Bélisaire débarquent à Carthage et battent l’armée de Gélimer à l'Ad Decimum, près de Carthage, puis occupent la ville. Gélimer est ensuite vaincu de façon décisive le à Tricaméron. Il s'enfuit dans une montagne à la frontière de la Numidie, le Mons Pappua. Mis sous blocus, il est contraint de se rendre en . Le royaume vandale est détruit et l'autorité romaine revient partiellement en Afrique. Après sa défaite, Gélimer est envoyé à Constantinople et Justinien lui offre un domaine en Galatie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gélimer est le fils du prince Gélarith, un membre de la famille royale vandale des Hasdings, et le petit-fils du prince Gento, fils du roi Genséric. Il est à la cour d'Hildéric, un de ses cousins, qui est devenu le roi des Vandales et des Alains en . Ce dernier mène une politique de rapprochement avec l'Église catholique et surtout Byzance, où il a passé près de 40 années. Cette politique pro-catholique lui attire l'opposition de l'aristocratie vandale, arienne. En , il subit un revers assez sérieux face à un groupe de berbères en Byzacène (actuelle Tunisie centrale). Gélimer profite de la situation pour conspirer contre lui. Il engage une armée vandale et le renverse dans la septième année de son règne. Hildéric est emprisonné avec ses deux frères Hoamer et Évagès et Gélimer rompt avec Byzance[1].

L'empereur byzantin Justinien envoie des ambassadeurs en Afrique, demandant à Gélimer de conserver Hildéric sur le trône vandale, mais Gélimer renvoie les ambassadeurs, sans leur donner de réponse, fait crever les yeux d'Hoamer, et resserre dans une prison plus étroite Hildéric et Évagès, sous prétexte qu'ils prévoyaient de s'enfuir à Constantinople. Justinien, apprenant ces actions, lui envoie une nouvelle ambassade, lui sommant de renvoyer Hildéric à Constantinople et ses deux frères, sinon il le menace d'une guerre. Gélimer répond à Justinien que le sort d'Hildéric relève des affaires internes à son royaume. Furieux de cette réponse, l'empereur byzantin conclut rapidement la paix avec les Sassanides et entre bientôt en guerre contre les Vandales, ostensiblement pour restaurer Hildéric sur le trône[2].

En , Justinien envoie une force expéditionnaire commandée par Bélisaire. Pendant ce temps, deux soulèvement éclatent dans les provinces vandales, le premier est mené par un citoyen de Tripoli nommé Pudentius, qui fait soulever cette ville, et, avec des secours de Justinien, s'empare de la province de Tripolitaine et la soumet à l'Empire. Gélimer s'apprête à mâter la révolte, mais choisit finalement de l'ignorer temporairement[note 3], car en Sardaigne, qui fait partie du domaine vandale, le gouverneur Godas, un Goth, se révolte, et commence à traiter comme un souverain indépendant avec Justinien, lui demandant des secours pour maintenir sont indépendance des Vandales. En réponse, Gélimer envoie 5 000 de ses meilleurs soldats, 120 vaisseaux légers, sous le commandement de son frère Tzazo, pour écraser la rébellion[3].

Le , Bélisaire débarque à Caput Vada, sur la côte Est de l'actuelle Tunisie, à 240 kilomètres au sud de Carthage, sans avoir fait face à une force d'opposition. Gélimer, ne soupçonne alors aucun débarquement byzantin et se repose à Hermione, en Byzacène[4]. L'armée byzantine progresse rapidement en direction du nord, le long de la route côtière et prend par surprise Syllectum (actuelle Salakta).

Le , Gélimer apprend le débarquement et la progression des Byzantins et en informe immédiatement son frère Ammatas, resté à Carthage. Il lui demande de rassembler les forces situées aux alentours de la capitale pour se tenir prêt à se porter sur l'Ad Decimum, un défilé étroit dans la banlieue de Carthage et d'exécuter Hildéric et sa famille. Gélimer doit composer sans ses meilleurs hommes, partis avec Tzazo. Pendant ce temps, Gélimer marche derrière l'armée byzantine[5]. Il détache son neveu Gibamund avec 2 000 hommes, et lui ordonne de se porter en avant sur la gauche. Par cette manœuvre il espère envelopper les Romains, qui auraient Ammatas devant eux, Gibamund à leur gauche, et derrière eux Gélimer avec le gros de l'armée[6]

Plan conçu par Gélimer pour vaincre les Byzantins à l'Ad Decimum.

Dans la matinée du , l'armée byzantine s'approche de l'Ad Decimum. Ammatas arrive trop tôt sur le défilé et est tué par les hommes de Jean l'Arménien alors que celui ci procède à une reconnaissance[7]. Peu après, des archers monté Massagètes fédérés interceptent la force de Gibamund et l'écrasent aisément[8]. Gélimer n'a pas conscience de ces revers. Il poursuit sa progression et met en déroute les premiers éléments byzantins qu'il rencontre à l'Ad Decimum, le corps de Massagètes ayant défait Gibamund et les gardes de Bélisaire. La victoire est alors encore possible pour les Vandales qui poursuivent les fuyards, mais Gélimer découvre le cadavre de son frère tué plus tôt dans la journée. Il se détourne alors complètement de la bataille en cours, sans donner d'ordre, permettant à Bélisaire de prendre le temps de rallier ses hommes avec sa principale force de cavalerie, de contre-attaquer et de vaincre les Vandales désorganisés. La bataille de l'Ad Decimum se termine donc par la victoire des Byzantins et la route de Carthage est désormais ouverte[9]. Gélimer et les restes de son armée prennent la direction de Bulla Regia[10]. Le matin du , Carthage est prise sans combat par Bélisaire[11].

Au cours des semaines suivantes, tandis que Bélisaire reste à Carthage pour en restaurer les remparts[12], Gélimer s'assure de la loyauté de la population romaine locale par le versement d'argent et offre des récompenses aux paysans romains locaux pour chaque tête de soldat byzantin qu'ils peuvent rapporter, avant d'envoyer des messages à Tzazo pour lui demander de revenir de Sardaigne avec des renforts et le prévenir de la situation. Pendant ce temps il rassemble à Bulla Regia tous les Vandales qui ont fuit la bataille et les Berbères qu'il peut rallier à sa cause[13].

Dès que Tzazo reçoit le message de son frère, il quitte la Sardaigne et rejoint après trois jours de navigation l'Hippi Promontorium (l'actuelle Ras-el-Hamrah), près d'Hippone, pour retrouver Gélimer à Bulla Regia. Gélimer est désormais déterminé à reprendre sa capitale. Le , en approchant de la ville, les Vandales coupent l'aqueduc d'alimentation en eau et essaient d'empêcher l'arrivée de renforts dans la cité. Gélimer y envoie aussi des espions pour saper la loyauté des habitants envers l'armée impériale et pour négocier le ralliement des fédérés Massagètes.

Néanmoins, Bélisaire s'assure de la loyauté de la population et de son armée et complète la réparation des murailles. Le , il décide d'affronter Gélimer et sort de la cité en direction du camp vandale situé à Tricaméron, à 40 km au sud-ouest de Carthage. Les deux armées passent la nuit à se regarder. Le lendemain, Gélimer ordonne aux Vandales de rassembler au milieu du camp, bien que non-fortifié, les femmes, les enfants, et tout le bagage. Ensuite ayant rassemblé ses soldats, il leur fait un discours pour les encourager à bien combattre, tandis que, non loin du camp, Tzazo exhorte de son côté les Vandales qu'il a ramenés de Sardaigne.

À midi, Gélimer et Tzazo conduisent aussitôt leurs troupes contre les Byzantins. Les soldats de Bélisaire ne s'attendent pas à être attaqués, et s'occupent à préparer leur repas. Les Vandales se rangent en bataille à quelque distance du bord d'un ruisseau. Les Byzantins s'étant armés et préparés à la hâte, s'avancent vers l'autre bord du ruisseau, et se disposent pour le combat. Gélimer interdit la lance et le javelot à ses soldats, et leur ordonne de ne se servir que de leurs épées.

Les deux armées sont depuis longtemps en présence, lorsque Jean l'Arménien, par ordre de Bélisaire, passe le ruisseau avec quelques cavaliers d'élite, et attaque le centre des Vandales. Repoussé et poursuivi ensuite par Tzazon, il se replie sur son corps d'armée. Les Vandales, dans leur poursuite, s'avancent jusqu'au ruisseau, mais ne le traversèrent pas. Jean, à la tête d'un plus grand nombre de gardes de Bélisaire, fait une seconde charge contre Tzazo ; il est encore repoussé, et se replie de nouveau sur l'armée byzantine. Enfin, saisissant la bannière impériale, il entraîne à sa suite toute la garde de Bélisaire, s'élance et attaque les Vandales pour la troisième fois. Les Vandales avec leurs seules épées soutiennent vigoureusement le choc, et la mêlée devient terrible. Les Vandales subissent d'importantes pertes, et parmi elles, Tzazo, frère de Gélimer. Alors toute l'armée byzantine s'ébranle, passe le ruisseau, et fond sur l'ennemi. Le centre ayant commencé à plier, tous les Vandales lâchent pied, et sont mis facilement en déroute par les corps qui leur étaient opposés. Les Vandales rentrent dans leur camp. Les Byzantins, n'espérant pas les y forcer, dépouillent les morts, et retournent dans leurs retranchements.

Le soir, Bélisaire se porte rapidement sur le camp des Vandales. Gélimer, instruit de l'approche de l'armée byzantine, s'enfuit à l'Ouest vers la Numidie avec quelques membres de sa famille et serviteurs, sans laisser aucun ordre aux Vandales sur place. Ces derniers seront massacrés et réduits en esclavage par les Byzantins lors de la prise du camp.

Un détachement byzantin de 200 cavaliers conduit par Jean l'Arménien se lance à la poursuite de Gélimer en fuite durant cinq jours et cinq nuits. Le général byzantin est tout proche de Gélimer quand il périt lors d'un accident qui interrompt la poursuite. Bélisaire reprend la poursuite à sa place, et Gélimer s'enfuit d'abord à Hippone, puis dans la ville de Medeus dans les monts Pappua[note 4]. Christian Courtois[14], Ludwig Markus[15] et Henri Fournel[16] ont identifié le mont Pappua avec l'Edough[17]. Là, il peut compter sur le soutien des tribus berbères locales[18].

Arrivé à Hippone en hiver, Bélisaire reconnait l'impossibilité de s'emparer de cette forteresse naturelle, et choisit de laisser quelques troupes d'élite, sous le général Pharas, d'origine hérule, avec pour ordre de bloquer étroitement la montagne.

Alors que ce blocus s'éternise durant l'hiver, Pharas tente deux assauts sur le mont qui sont repoussés avec pertes par les Berbères. À partir de ce moment, il se contente de continuer le blocus, sans tenter d'assaut. Malgré ces succès, la situation de Gélimer est désespérée car le manque de vivres commence à se faire sentir. Pharas lui envoie des messages l'appelant à la reddition et promet d'épargner la vie de ses partisans. Selon l'historien byzantin Procope de Césarée, quand il est convoqué à la reddition, Gélimer a demandé à Pharas de lui envoyer une miche de pain, une éponge et une lyre pour rendre plus supportables les mois d'hiver[19].

Finalement, en , avec ses partisans et leurs enfants affamés, et réalisant qu'il n'avait aucune chance de regagner son royaume, Gélimer finit par céder et accepte de se rendre à Bélisaire après avoir reçu des garanties de garder la vie sauve. Il est emprisonné à Carthage puis est convoyé à Constantinople où il est paradé. L'empereur Justinien et l'impératrice Théodora lui offrent de vastes domaines en Galatie, où il lui est permis de se retirer avec ses parents, mais il n'est pas élevé au titre de patrice, car il refuse d'abjurer l'arianisme[20]. Selon Procope, quand Gélimer est entré dans le cirque pendant le triomphe de Justinien, qu'il vit l'empereur assis sur un trône élevé, et tout le peuple debout alentour, il aurait crié le verset anecdotique de l'Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité »[21].

Référencement[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La forme originale de son nom est probablement Geilamir. Le nom est attesté dans cette forme sur des pièces et sur une inscription ; voir : (en) J. B. Bury, History of the Later Roman Empire, vol. II, London, Macmillan & Co., Ltd., (lire en ligne), chap. XVII (« The Reconquest of Africa »), p. 126, note. 9
  2. L'introduction de l'arianisme à la noblesse vandale est débattue dans H.E. Gieseche, Die Ostgermanen und Arianismus., 1939, p. 167-99 ; les célèbres persécutions vandales des catholiques, comtés par l’évêque catholique, Victor de Vita, et traduite par John R. C. Martyn, « Arians and Vandals of the 4th–6th centuries: annotated translations of the historical works by bishops Victor de Vita (Historia persecutionis Africanæ provinciæ) and Victor de Tonnena… », Cambridge, 2008, revue dans The Journal of Ecclesiastical History 61, p. 579f.
  3. D'après l'historien byzantin Procope de Césarée, Gélimer n'espérait plus récupérer la Tripolitaine car cette province est trop éloignée du noyau vandale, et que les rebelles ont reçu un renfort de troupes romaines. Il juge convenable de différer l'expédition contre Tripoli, et de se hâter d'attaquer la Sardaigne avant qu'elle ne reçoive des secours de l'empereur byzantin Justinien.
  4. Pour la localisation possible du Mons Pappua, voir : Jehan Desanges, « La dernière retraite de Gélimer », Cahiers de Tunisie, no 7,‎ , p. 429-435

Références[modifier | modifier le code]

  1. Procope de Césarée 1852, p. I.IX.1-2.
  2. Procope de Césarée 1852, p. I.IX.4-3.
  3. Procope de Césarée 1852, p. I.X.4.
  4. Procope de Césarée 1852, p. I.XIV.2.
  5. Procope de Césarée 1852, p. I.XVII.3.
  6. Procope de Césarée 1852, p. I.XVIII.1.
  7. Procope de Césarée 1852, p. I.XVIII.1-2.
  8. Procope de Césarée 1852, p. I.XVIII.3.
  9. Procope de Césarée 1852, p. I.XIX.2-3.
  10. Procope de Césarée 1852, p. I.XIX.3.
  11. Procope de Césarée 1852, p. I.XX.3.
  12. Procope de Césarée 1852, p. I.XXI.2.
  13. Procope de Césarée 1852, p. I.XXV.1.
  14. Christian Courtois, Les Vandales et l'Afrique, Paris, Arts et métiers graphiques, , 457 p., p. 184.
  15. Ludwig Markus, Histoire des Wandales depuis leur première apparition sur la scène historique jusqu'à la destruction de leur empire en Afrique, Paris, Roret, , 518 p. (lire en ligne), p. 389.
  16. Henri Fournel, Richesses minérale de l'Algérie, Tome Premier, Paris, Imprimerie Nationale, , 476 p. (lire en ligne), p. 31.
  17. D'autres lieux ont été proposés comme le mont Babor, et le Djebel Nador, situé près de Hammam N'Bail.
  18. Procope de Césarée 1852, p. II.IV.4.5.
  19. Procope de Césarée 1852, p. II.IV.6.4.
  20. Procope de Césarée 1852, p. II.IV.6.3.
  21. Procope de Césarée 1852, p. II.IV.9.3.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

  • Procope de Césarée, Histoire de la guerre des Vandales, Paris, Firmin-Didot, (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]