Grenier d'abondance

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Grenier d'abondance
Greniers d'Abondance 01.jpg
Présentation
Type
Architecte
Construction
Entre 1722 et 1728
Destination initiale
Stockage de grains
Destination actuelle
Statut patrimonial
Géographie
Pays
Région
Commune
Adresse
Localisation
Coordonnées
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Établi dans le nord-ouest de la ville de Lyon, dans le département français du Rhône et la région Rhône-Alpes, sur la rive gauche de la Saône, immédiatement à l'arrière des fortifications de La Croix-Rousse et de la porte d'Hallincourt construite sous le bastion Saint-Jean en 1639, le grenier d'abondance se trouve idéalement placé à l'entrée de la ville, en bordure de la voie d'eau qui transporte l'essentiel du blé récolté dans la plaine de la Bresse et le Val de Saône. Un quai sera construit en 1732 ainsi qu'un pont de bois, juste en amont, le pont d'Hallincourt, en 1749. L'actuel pont Kœnig se trouve à peu près au même emplacement.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce grenier a été construit entre 1722 et 1728[1],[2] par l'architecte Claude Bertaud de la Vaure[3]. Il fut construit pour répondre, en cas de disette, à la consommation des Lyonnais pour une année. Jusque là les édiles stockaient les blés dans des maisons peu adaptées, louées puis achetées sur la rive droite de la Saône. Avec ses 4 278 m2 de surface de stockage sur les 3 étages, le grenier pouvait contenir 16 200 tonnes de blés. Il s'avéra très vite surdimensionné. Le rez-de-chaussée et le premier étage furent presque immédiatement loués à des marchands de blés. Puis le premier étage servit rapidement de salle d'arme puis d'arsenal pour le roi. La libre circulation des grains, l'amélioration du réseau routier, l'évolution des techniques de stockages (criblage et étuvage) eurent raison de ce grenier qui constituait par ses dimensions un des derniers témoins des immenses greniers urbains conçus depuis l'antiquité dans certaines ville particulièrement bien organisées. Après la libéralisation du commerce des grains sous l'Ancien Régime, le bâtiment est rapidement affecté à des usages militaires : magasin d'artillerie, arsenal, puis caserne jusqu'en 1987, et depuis 1993, siège de la Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes[4].

Différentes époques de constructions et de modifications[modifier | modifier le code]

  • construction du grenier public entre 1722 et 1728 par Claude Bertaud de la Vaure (architecte voyer), Etienne Fahy (entrepreneur), Claude Perrache (menuiseries et charpente).
  • 1750, consolidations (voûtes, colonnes).
  • 1755, ajout d'un escalier extérieur au sud permettant un accès direct au 1er étage.
  • 1765, construction d'une étuve, le long du bâtiment, côté falaise.
  • après 1777, lors de la transformation du bâtiment en arsenal puis en casernes, ajout d'escaliers intérieurs aux 2 extrémités du bâtiment, cloisonnements intérieurs.
  • 1990-1992, réhabilitation et restauration du bâtiment par Jean Pistre et Denis Valode.
  • 1992 : restauration de la façade principale et de l'escalier central par Jean-Gabriel Mortamet (architecte en Chef des Monuments Historiques).

Description[modifier | modifier le code]

Il présente une architecte atypique, qui reprit les rythmes sévères des façades de Bellecour[1] : sur trois niveaux superposés, trois files de voûtes d'arêtes retombant sur deux séries de pillers de ce bâtiment rectangulaire aux dimension imposantes (130 mètres de long, 18 mètres de large), un avant-corps saillant, pourvu d'un fronton triangulaire sobrement décoré, introduit à un grand escalier à quatre noyaux donnant accès aux étages.

Une première description du granier de l'abondance a été écrite par un contemporaine de sa construction :

« Ce nouvel édifice forme une très belle décoration sur le bord de la rivière, à l’extrémité de la ville; et quoiqu’il règne beaucoup de simplicité, il ne laisse pas d’être d'une grande apparence. L'avant corps du milieu est soutenu d'arcades et couronné d'un fronton où sont les armes de France en sculpture [...] L’escalier est placé dans cet avant-corps, il distribue de part et d'autre dans de longues galeries, dont les voûtes sont portées par plusieurs rangs de piliers ; elles servent à renfermer les grains, dont on fait des amas considérables pour prévenir la disette : ce soin est confié à une compagnie qu'n appelle la Chambre de l'abondance, et qui a toujours pour chef l'un des échevins en charge[5]. »

— André Clapasson

L'extérieur[modifier | modifier le code]

Construit au bord de la Saône sur une parcelle étroite, au pied d'une falaise sur le carreau de la carrière de Pierre d'Aigues (granit rouge), le bâtiment mesure 127 m de long (130 m avec l'escalier rajouté au sud, à l'extérieur) sur 18 m de large. Sur 4 niveaux, de part et d'autre d'un avant-corps central peu saillant en pierre de taille, encadré par un chaînage en bossage, se développent deux longues ailes en maçonnerie enduite. L'avant-corps surmonté d'un fronton triangulaire ouvre au rez-de-chaussée par cinq portes à arc surbaissé ; aux 1er et 2e étages, cinq baies en plein cintre rythment la façade ; au 3e étage, 5 petites fenêtres rectangulaires. Le tympan sculpté représente deux cornes d'abondance d'où s'échappent, épis de blé, raisins et melons. Elles sont surmontée de la couronne royale (restituée en 1993). Juste au-dessous les armoiries ont été bûchées à la Révolution. Sur les ailes dont les extrémités sont décorées par un chainage de grand appareil en bossage, chacun des niveaux est souligné horizontalement par un bandeau en pierre de taille. Chaque aile ouvre au rez-de-chaussée par 5 portes en plein cintre qui alternent avec des lucarnes rectangulaires ; le 1er et le 2e étage, sont percés par une série de 10 hautes fenêtres surmontées d'une plate-bande bombée  ; au 3e étage par 10 petites fenêtres du même type. Afin de permettre la bonne conservation du blé, les fenêtres, au moins dans un premier temps, semblent avoir été fermées par barreaux de fer des sortes de claies en bois de chêne et de sapin, laissant passer l'air mais ni la lumière ni les oiseaux. Le toit à double pan et croupes aux extrémités est couvert de tuiles canal.

L'intérieur[modifier | modifier le code]

Derrière cette façade classique et sobre se développent sur chaque niveau, de part et d'autre d'un escalier central inscrit dans l'avant-corps, une halle divisée par 2 files de 11 colonnes en 3 nefs égales couvertes de voûtes d'arêtes. Celles-ci s'appuient sur des pilastres engagés au niveau des murs gouttereaux. Le 4e niveau, simplement charpenté, n'est pas subdivisé. Les 3 étages étaient pavés de dalles en calcaire, alors que le rez-de-chaussée très humide et où aucun stockage n'était envisagé était pavé de « cailloux de rivière ». Les colonnes et les pilastres sont formés de tronçons de hauteurs irrégulières (de 15/20 cm à 90 cm) selon les bancs d'extraction. Les chapiteaux discrètement moulurés supportent chacun 2 ou 3 sommiers en calcaire qui forment des tas de charges cachés par les enduits qui couvrent les voûtes d'arêtes. Les sols autrefois dallés sont actuellement traités en béton poli. L'escalier central dont la cage occupe les deux-tiers du bâtiment dans sa largeur est construit sur 4 noyaux et trois volées droites. Sa rampe en fer forgé est d'origine. Les marches larges d'un peu plus de 2 mètres ont été particulièrement calculées pour facilité la montée (giron[Note 1] : 36,8 centimètres ; 12,8 centimètres). Sur chaque palier des « bancs » de pierre servaient probablement à décharger les sacs.

De l'aménagement intérieur initial du grenier, on sait peu de choses. Le grain était monté en sac à dos d'homme. Il était étalé directement sur le sol dallé des halles. Les tas de faible épaisseur étaient bordés de « trottoirs de déplacement en bois ». Le blé était pelleté une fois par semaine à deux fois par mois, selon le taux d'humidité. Des gaines de pierre verticales (dont il ne reste rien) disposées aux deux extrémités du bâtiment permettaient de faire descendre le grain dans les deux magasins du rez-de-chaussée où il était ensaché pour être vendu aux boulangers.

Vers 1765, on construisit une étuve établie sur un replat allongé, formé dans la falaise à la hauteur du 2e étage. Ce replat semble avoir été très proche de la façade arrière du bâtiment (Fougeroux de Bondary).

Matériaux[modifier | modifier le code]

  • en façade, avant-corps central en pierre de taille de calcaire de Villebois (Ain), ailes en maçonnerie enduite avec encadrements des ouvertures, bandeaux d'étage et chainages d'angle en calcaire de Villebois
  • à l'intérieur, voûtes d'arêtes en maçonnerie enduite supportées par des colonnes et pilastres en calcaire (bases et chapiteaux et quelques colonnes en calcaire de Villebois ou de Morestel, Isère ; colonnes et pilastres majoritairement en calcaire à gryphées de Saint-Didier-au-Mont-d'Or, Rhône
  • escalier central en calcaire à gryphées bleu et rosé, marches reprises en béton poli, sols des paliers en dalles de calcaire à gryphées
  • sols des ailes en béton poli (rez-de-chaussée, 1er étage, 2e étage et 3e étage (sauf les studios de danses en plancher), à l'origine en dalles en calcaire à gryphées, préservées (?) sous le béton ( au moins au premier étage)
  • toit en tuiles entièrement refait lors de la restauration générale de 1991-1993, charpente originale en bois partiellement préservée aux deux extrémités du bâtiment ; cintres métalliques au centre

La protection au titre des monuments historiques[modifier | modifier le code]

La grenier d'abondance est inscrit au titre des monuments historiques depuis le du 25 mai 1987[6]) à l'exception de la façade occidentale et de l'escalier principal qui ont été classés au titre de monuments historiques (arrêté en date du 30 juin 1990)[7]. Il a fait l'objet en Commission Régionale du Patrimoine et des Sites du 11 octobre 2012 d'une proposition de classement de l'immeuble original en totalité (hors aménagements récents : lame technique et escalier extérieur coté falaise, cloisonnements légers et faux-plafonds intérieurs).

La restauration du bâtiment et sa réutilisation[modifier | modifier le code]

Le départ de la Gendarmerie nationale permet alors au ministère de la Culture et de la Communication d'y programmer, après aménagements, l'installation - effective en 1993 - de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC), créée au début des années soixante-dix) et de la classe de danse du Conservatoire national supérieur de musique implanté quant à lui depuis 1988 dans l'ancienne École vétérinaire juste en face, l'autre rive de la Saône.

Pour aménager dans cet édifice singulier les locaux adaptés à ses nouvelles missions, le ministère a fait appel aux architecte Denis Valode et Jean Pistre et associés[8] ; le parti proposé a permis de laisser intacte la structure d'origine et d'intégrer les éléments modernes dans un souci de sobriété et d'authenticité. Le principe retenu a été de respecter au maximum la disposition d'origine du bâtiment. L'ensemble des voûtes a été restauré, tous les cloisonnements et les percements divers postérieurs à la construction étant supprimés.

À chaque niveau, la file centrale a été préservée pour permettre la circulation horizontale, les bureaux étant répartis dans les files latérales. Chaque niveau a été découpé par des cloisons amovibles partiellement vitrées (à l'exception de certaines salles techniques du rez-de-chaussée ou du 3e étage) qui permettent de voir toutes les colonnes laissées libres à l'extérieur ou à l'intérieur des bureaux. L'ensemble des réseaux a été dissimulé sous des caissons formant un faux plafond partiel dans les bureaux et les couloirs. Ces caissons apportent le confort acoustique indispensable.

Les circulations verticales et les sanitaires, les réseaux techniques ont été installés à l'extérieur du bâtiment dans des constructions en béton reliées par des espaces vitrés à la façade arrière (une lame technique et un escalier). Au 3e étage pour surélever les volumes, trop bas pour les studio de danses, les charpentes originales ont dû cependant être partiellement remplacées par des cintres métalliques. Les éclairages zénithaux des studios ont été concentrés sur le pan de toiture donnant sur la falaise afin de conserver l'authenticité de la façade sur quai.

La façade principale et l'escalier central ont été restaurés par l'architecte en chef des monuments historiques Jean-Gabriel Mortamet, en 1992.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dossier de recensement Monument Historique réalisé par Madame Anne Le Bot Helly, conservateur en chef du patrimoine, et présenté à la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites de Rhône-Alpes, réunie le 11 octobre 2012 à la Direction régionale des Affaires culturelles, en vue d'une proposition de classement parmi les monuments historiques du bâtiment dans sa totalité.
  • André Pelletier, Histoire de Lyon, des origines à nos jours, vol. 2, Horvath, (ISBN 2-89448-084-9)
  • Olivier Zeller, « Politique frumentaire et rapports sociaux à Lyon 1772-1776 », Histoire, économie et société, no 2,‎ 1989, 8e année, p. 249-286 (lire en ligne)
  • Gilbert Gardes, « Le grenier à blé de Lyon dit de la "Grande abondance", 6 quai Saint Vincent », dans Culture et création dans l'architecture provinciale de Louis XIV à Napoléon III : 3es Journées d'étude de l'architecture française, Aix-en-Provence, 1978, Aix-en-Provence, Université de Provence, coll. « Travaux et colloques de l'Institut d'art », , 342 p. (ISBN 2-85399-072-9, notice BnF no FRBNF34758376), p. 76-85

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans un escalier,le giron est la distance horizontale de nez de marche à nez de marche.

Références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]