Israël Silvestre

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Israël Silvestre
Israelparlebrun 150.jpg
Portrait par Charles Le Brun.
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Dessinateur, graveur, collectionneur
Formation
voyages en France, Lorraine et Italie
Influencé par
Conjoint
Enfant
Distinctions
Site web

Israël Silvestre, né à Nancy le et mort à Paris le , est un dessinateur, graveur lorrain, conseiller du roi en son Académie royale de peinture et de sculpture et collectionneur d’art.

Il accède aux charges de dessinateur ordinaire du roi (1663), maître à dessiner des pages des Grande et Petite Écuries (1666) et du Dauphin (1673). Il bénéficie, par brevet du roi (de 1661, renouvelé en 1668, du privilège d'un logement aux galeries du Louvre. Une fabuleuse collection d’œuvres d’art, essentiellement des dessins et des gravures, a été accumulée par Israël Silvestre et ses descendants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Israël Silvestre est le fils de Gilles Silvestre (1591-1631), cordonnier, et d'Elizabeth Henriet, sa femme, fille du peintre verrier Claude Henriet (1539-ca 1604). Né à Nancy le et baptisé le même jour à Saint-Epvre, il a pour parrain le peintre Israël Henriet, son oncle maternel. Le jeune garçon apprend les premiers rudiments du dessin et de la peinture sous la direction de son père - converti aux arts par sa belle-famille - et montre très tôt une grande disposition pour les arts. En 1631, alors âgé de 10 ans, il perd ses parents et vient se réfugier à Paris chez son oncle Israël Henriet, qui le reçut comme son propre fils.

Israël Henriet (1590?-1661) était un peintre médiocre mais un excellent dessinateur. Il avait étudié auprès des mêmes maîtres que son ami Jacques Callot, tant en Lorraine qu’en Italie. Né à Nancy, il s’était installé à Paris depuis longtemps comme peintre et dessinateur du Roi. Bénéficiant de l’engouement que suscitait le dessin à cette époque, il apprenait ce genre à des personnages de la cour et eut même l’honneur de compter Louis XIII parmi ses élèves (nous trouvons ici l’origine de la charge de « maître à dessiner » qui restera dans la famille jusqu’à la Révolution et fut occupée sans interruption par cinq générations de Silvestre). Israël Henriet vivait également d’un commerce prospère d’estampes, éditant en particulier les planches de Callot, dont il disposait de l’exclusivité par privilège, ainsi que celles de de La Belle, Leclerc, Audran, etc.

Arrivé très jeune à Paris, Israël Silvestre perfectionne son art du dessin auprès de son oncle qui le prend comme élève, en lui donnant à copier à la plume des pièces de Callot, et apprend la manière de graver en taille-douce. Il fait des progrès rapides qui lui permettent, après quelques années de travail assidu, d’entreprendre une carrière indépendante. C’est alors qu’il parcourt les environs de Paris et plusieurs provinces de France et compose de nombreux ouvrages qui établissent sa réputation comme dessinateur et comme graveur.

Vue panoramique de Lorette, gravure, 1642.

Comme le veulent les usages de l’époque, il entreprend plusieurs voyages en Italie, pour copier les maîtres anciens et se perfectionner auprès des plus grands maîtres. Faucheux fixe les dates de ces voyages, pour le premier avant 1640 (Israël n’a alors pas 20 ans), le deuxième de 1643 à 1644 et le dernier vers 1653.

Vue du château - Gravure de 1658 - Israel Silvestre
Vue panoramique du château de Gaillon, gravure, 1658

Israël en rapporte de nombreuses vues d’Italie qu’il grave pratiquement toutes. Il effectue jusqu’en 1659 d’autres voyages en France et en Lorraine, dont il tire quantité de dessins et de gravures.

De retour à Paris, il s’installe chez son oncle, rue de l’Arbre Sec, et tire profit des fruits de ses travaux en obtenant le privilège d’imprimer et de vendre ses ouvrages à l’exclusion de tous autres. En 1661, année du décès d’Israël Henriet, il hérite de ce dernier, en tant que légataire universel, des fonds de planches de Jacques Callot et de La Belle, qui, s’ajoutant à sa propre production, lui assurent des revenus confortables.

Israël Silvestre se marie tard. Il épouse en 1662, à l’âge de 41 ans, dans sa paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois, Henriette Sélincart, fille d’un marchand de Paris, qui passe pour avoir été une femme remarquable tant par son esprit que par sa beauté, comme en témoignent les portraits réalisés par Charles Le Brun.

Son mariage ne ralentit pas la carrière artistique d’Israël. En 1662, il est nommé dessinateur et graveur du Roi, obtient la charge de maître à dessiner des pages de la Grande Écurie en 1667 et en 1673 celle de maître à dessiner du Dauphin (fils aîné de Louis XIV et grand-père de Louis XV, appelé le Grand Dauphin). Il bénéficie également d’un brevet qui lui accorde un logement aux galeries du Louvre en 1668. Israël est reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1670 sur la recommandation de Charles Le Brun. Il est par ailleurs à la tête d’un atelier important, où il compte au moins deux élèves, les graveurs François Noblesse et Meunier, ainsi que de nombreux collaborateurs parmi les meilleurs artistes de leur temps : Stefano Della Bella, Jean Le Pautre, les trois Pérelle (Gabriel, Nicolas et Adam), François Collignon, Jean Marot.

Il laisse de nombreux dessins et plus de mille pièces gravées. Parmi ses plus beaux ouvrages, on peut citer le Carrousel de 1662, la représentation des Plaisirs de l’Isle Enchantée, les vues des demeures royales d’Île de France, dont Versailles, Vaux et Fontainebleau, ou les suites des églises de Rome. Les papiers personnels d'Israël Silvestre sont conservés aux Archives nationales sous la cote 383AP[1].

Israël Silvestre perd sa femme le 1er septembre 1680 et lui survit encore pendant 11 ans. Il meurt le 11 octobre 1691, dans son appartement aux galeries du Louvre, âgé de 70 ans et est enterré auprès de sa femme, dans l’église Saint Germain l’Auxerrois. Il laisse à ses cinq enfants, dont deux encore mineurs, une fortune, faute d’être importante, confortable et surtout le goût des arts, que chacun (notamment son fils Louis) cultivera selon son talent, et la bienveillance de ses anciens élèves, devenus ses protecteurs.

En 1750, Laurent Cars édite le Recueil d'un grand nombre de vues des plus belles villes, palais, châteaux, maisons de plaisance de France, d'Italie, dessinés et gravés par Israël Sylvestre (sic), en quatre volumes contenant en tout cinq cent cinquante-sept planches.

Mariage et enfants[modifier | modifier le code]

Portrait en buste d'Israël Silvestre, 1881, bronze par Charles Pêtre, érigé sur la place Vaudémont à Nancy.
Portrait d'Henriette Sélincart, épouse Silvestre, vers 1670, pastel par Charles Le Brun, Musée des beaux-arts de Reims.

Israël Silvestre se marie à l'âge de 41 ans, le 10 septembre 1662, dans sa paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois avec Henriette Sélincart. Au moins dix enfants naissent de cette union, dont seuls cinq (ci-dessous indiqués en gras) survivront à leur père.

  1. Charlotte Marguerite Silvestre (1663-)
    morte en bas âge
  2. Henriette Suzanne Silvestre (1664-après février 1742[2])
    mariée en 1681 à Nicolas Petit de Logny, avocat au Parlement
  3. Charles François Silvestre (1667-1738)[3]
    marié en 1693 à Suzanne Thuret
  4. Marguerite Silvestre (1668-1669)
    morte en bas age
  5. Louis Silvestre dit l'Aîné (1669-1740)[4]
    marié en 1704 à Marguerite Charvilhat
  6. Charles Silvestre (1670-)
  7. Alexandre Silvestre (1672-)[5]
    marié en 1718 à Marie Gillot
  8. Michel Silvestre (1674-)
  9. Louis de Silvestre dit le Jeune (1675-1760)[6]
    marié en 1706 à Marie Catherine Hérault
  10. Marie Henriette Silvestre (1677-)

Œuvres[modifier | modifier le code]

Eaux-fortes

  • 1657 c - Vue de l'église des Bernardins à Paris, Sbg, bd : cum privil. Regis, 10 cm × 19,6 cm, Paris, Musée Carnavalet (réserve).
  • Les églises des stations de Rome dédiées par Israël Henriet à Haulte et puissante dame Marie Catherine de la Rochefoucaud. Paris, musée du Louvre, collection Rotschild. Nombreuses planches dont :
    • planche 4 :San Giovanni in Laterano (Église Saint-Jean-de-Latran) 17,3 cm × 30 cm,
    • planche 5 :San Maria Maggiore (Église Sainte-Marie-Majeure) 17,8 cm × 29,6 cm
  • Nombreuses estampes du château de Versailles ainsi que du parc de Versailles et de ses jeux d'eau.

Dessins

  • Vue de Metz, 1665 ou 1667, encre brune, lavis brun, pierre noire et plume, 35.5 x 130.1 cm, musée du Louvre ;
  • Bal dans la Grande Antichambre au Louvre, 1665, encre grise, lavis gris, rehauts de blanc, mine de plomb et plume, 46.3 x 37.3 cm, musée du Louvre ;
  • Vue du château des Tuileries depuis la rive gauche de la Seine, vers 1670, plume et encre brune, lavis brun, 36.2 x 47.2 cm, musée du Louvre.

Œuvres dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

Hommages publics[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice de description sur le site des Archives nationales.
  2. Le 4 mars 1742, Louis de Silvestre, frère d'Henriette Suzanne, demande à leur neveu commun Nicolas Charles, fils de Charles François Silvestre : « embrasse pour moy ma chere Soeur de Logny, ta tante, et sa chere famille. Je suis bien faché de ne pas prendre cette peine aimable moy même » (Lettre de Louis de Silvestre le Jeune à son neveu Nicolas Charles Silvestre, datée le 4 mars 1742 à Dresde, p. 3, mis en ligne par Fabien de Silvestre dans l'arbre généalogique consacré à Israël Silvestre et ses descendants sur geneanet.org.)
  3. Charles François Silvestre (1667-1738)
    né le 10 avril 1667 à Paris
    marié en 1693 à Suzanne Thuret (1676-1711), qui lui donne au moins sept enfants: 1 - Suzanne Elisabeth Silvestre (1694-avant 1738), mariée en 1713 à Jean Baptiste le Moyne (1679-1731), fils de Jean le Moyne (1638-1713) et Geneviève Le Blond ; 2 - Denise Henriette Suzanne Silvestre (1696-1696) ; 3 - Augustin François Silvestre (1697-?) ; 4 - Louise Suzanne Silvestre (1698-1708), morte à l'age de 10 ans ; 5 - Nicolas Charles de Silvestre (1699-1767) écuyer, marié en 1717 à Charlotte Madeleine Le Bas (1700-1770) ; 6 Jacques Henry Silvestre (1700-?) ; 7 - Louise Françoise Silvestre (1703-?)
  4. Louis Silvestre dit l'Aîné (1669-1740), peintre, dessinateur, graveur
    né le 20 mars 1669 à Paris, aux galeries du Louvre, baptisé le 26 du même mois à Saint-Germain-l'Auxerrois avec pour parrain le Grand Dauphin et pour marraine Marie-Julie de Sainte-Maure, épouse du comte de Crussol
    meurt le 18 avril 1740, âgé de 72 ans, rue du Mail, dans la maison dont il avait hérité de son père;
    marié en 1704 à Marguerite Charvilhat.
    Mousquetaire du roi (vers 1692-vers 1694), il se tourne ensuite vers les arts et succède à son père (décedé en 1691) dans l'atelier familial. Reçu à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1706, comme peintre paysagiste, il n'occupe aucune charge officielle mais reçoit par protection du Grand Dauphin les titres (sans brevet ni rémunération) de maître à dessiner du Dauphin, puis de peintre ordinaire du Dauphin (Louis Silvestre dit "l'Aîné" (1669-1740) sur le site consacré à Israël Silvestre et ses descendants, consultable en ligne).
  5. Alexandre Silvestre (1672-?), graveur
    né le 27 décembre 1672 à Paris, aux galeries du Louvre, baptisé le 13 juin 1673 à Saint-Germain-l'Auxerrois avec pour parrain Alexandre Bontemps, premier valet de chambre du roi, surintendant des châteaux, parcs, domaines et dépendances de Versailles et pour marraine Marie Guichon, épouse de Charles Perrault, alors contrôleur des bâtiments du roi;
    dates et lieux de décès et d'inhumation inconnues;
    marié en 1718 (à l'âge de 45 ans) à Marie Gillot.
    Alexandre Silvestre entre dans l'état ecclésiastique qu'il abandonne vers l'âge d'environ 30 ans, rejoignant - en tant que graveur - son frère aîné Charles-François qui dirige alors l'atelier familial.
  6. Louis de Silvestre dit le Jeune (1675-1760), écuyer, peintre
    né et baptisé le 23 juin 1675 à Sceaux avec pour parrain Louis de Vermandois, grand amiral de France et pour marraine Marie-Anne de Blois, sa soeur;
    mort le 12 avril 1760, à 84 ans, dans son logement aux galeries du Louvre qu'il occupait depuis 1755;
    marié en 1706 à Marie Catherine Hérault

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Etienne Faucheux, Catalogue raisonné de toutes les estampes qui forment l’œuvre d’Israël Silvestre précédé d’une notice sur sa vie, Paris, Vv. J. Renouard, 1857. Disponible sur Gallica.
  • André Félibien, Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes
  • F.L. Regnault-Delalande, Catalogue raisonné d’objets d’art de feu M. de Silvestre, ci-devant Chevalier de l’ordre de Saint-Michel, et Maître à dessiner des Enfants de France (1810)
  • E. et H. Daniel, Biographie des hommes remarquables de Seine et Oise depuis le commencement de la monarchie jusqu’à ce jour (1832)
  • Académie de Stanislas, Mémoires de la Société Royale des sciences, lettres et arts (1851)
  • Pierre-Jean Mariette, Abecedario et autres notes inédites de cet amateur sur les arts et les artistes (1858-1859)
  • Édouard de Silvestre, Renseignements sur quelques peintres et graveurs des XVIIe et XVIIIe siècles : Israël Silvestre et ses descendants (1869)
  • Louis de Grandmaison, Essai d’armorial des artistes français (XVIe – XVIIIe siècle). Lettres de noblesse. Preuves pour l’ordre de Saint-Michel. Seconde partie : Sculpteurs, graveurs, dessinateurs, Musiciens, etc. (1905)
  • Louis Réau, Gunnar W. Lundberg, Roger-Armand Weigert, L’Art français dans les pays du nord et de l’est de l’Europe (XVIIIe – XIXe siècle) (1932)
  • Paris et Rome vus par Israël Silvestre, Délégation à l’action artistique de la Ville de Paris, Mairies annexes de Xe et Ier arrondissements, 1981.
  • Stéphane Castellucio, Les Carrousels en France du XVIe au XVIIe siècle, Les Éditions de l’amateur, Bibliothèque Municipale de Versailles, 2002.
  • S. Pavese, Israël Silvestre dessinateur graveur du Roi Soleil, article pour la revue municipale de Fontaine-lès-Dijon, Reflets n° 9, octobre 2005.
  • Jérôme Triaud, « Entre art, commerce et propagande. La carrière d’un graveur au Grand Siècle, Israël Silvestre (1621-1691) », Gryphe, 2009, n° 22, p. 28-35.
  • Parenteau Denoël, Ombres et Lumières. T.1 - La fille aux sortilèges, Glénat.
  • Jean-Pierre Babelon, Israël Silvestre, Vues de Paris, Berger Levrault, 1977.
  • Bénédicte Gady, Juliette Trey (dir.), La France vue du Grand Siècle. Dessins d'Israël Silvestre (1621-1691), 2018, coéditions Musée du Louvre éditions/Liénart[1].
Thèses et mémoires
  • Stéphanie Martin, Étude historique et restauration : Portrait de Henriette Sélincart. Recherche technico-scientifique : Étude physico-chimique d’un phénomène de blanchiment d’un marbre noir de Belgique, Mémoire de fin d’études à l’Institut Français de Restauration des Œuvres d’Art, 1995.
  • Brigitte Belin, Catalogue des dessins d'Israël Silvestre du Cabinet des dessins du Louvre, Thèse soutenue à l'Ecole du Louvre,1969.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. Catalogue de l'exposition éponyme présentée au musée du Louvre du 15 mars au 25 juin 2018.