Georges Boudarel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Georges Boudarel
Nom de naissance Émile Raymond Georges Marius Boudarel
Naissance
Saint-Étienne
Décès (à 77 ans)
Les Lilas
Nationalité Française
Profession
Autres activités
Militant communiste, participant à la guerre d'Indochine dans les rangs du Việt Minh

Georges Boudarel (, Saint-Étienne, Les Lilas) est un universitaire, militant communiste français qui fut accusé de crimes contre l'humanité.

Pendant la guerre d'Indochine, il rejoint les rangs des indépendantistes vietnamiens et devient commissaire politique pour le Viet Minh, au sein du camp de prisonniers n°113. Il vit de 1948 à 1964 au Viêt Nam puis il part en Union soviétique, résidant à Moscou, puis travaille à Prague ensuite pour la Fédération syndicale mondiale.

Il rentre en France à la faveur de la loi d'amnistie du 18 juin 1966 relative au conflit indochinois. Il mène dès lors une carrière universitaire, jusqu'à ses soixante six ans. En 1991, il est accusé d'avoir torturé, quand il était commissaire politique d'un camp du Viet Minh, des sous-officiers et des soldats français entre 1950 et 1954 lors de la guerre d'Indochine mais, du fait de la loi d'amnistie de 1966, dont il il a bénéficié, il ne peut être jugé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Saint-Étienne en 1926 d'un père comptable, il est d'abord élève dans un séminaire des pères maristes puis dans un lycée public. Chrétien progressiste et marxiste, il milite au Parti communiste français. Après l'obtention de sa licence de philosophie, il rejoint l'Indochine en et il est nommé professeur de philosophie au lycée Yersin de Dalat. En 1949, il est nommé au lycée Marie-Curie à Saigon. Il anime localement la section indochinoise du PCF et est également membre du groupe marxiste, auquel Jean Chesneaux a appartenu.

Il abandonne son poste le pour rejoindre le Việt Minh. Il est affecté comme rédacteur créateur de l'émission en langue française de La Voix de Saïgon-Cholon libre, station de radio clandestine du Việt Minh dissimulée dans une boucle de la rivière Sông Bé. Il y restera 18 mois. En , il est désigné pour rejoindre le Tonkin. Ce voyage à pied durera 6 mois[1]. Selon une autre source, il aurait été désigné en , se serait mis en route début 1952 pour arriver au Tonkin en décembre 1952 après un voyage à pied de plus de dix mois. Pendant ce temps, il est appelé sous les drapeaux en Indochine car il était sursitaire et devait faire son service avant l'âge de vingt ans. Ne se présentant pas dans l'unité militaire où il devait être incorporé, il est considéré comme « insoumis » par l'armée française puis comme « déserteur ». Par la suite, il est, par décision de justice, condamné à mort par contumace.

Arrivé au Tonkin, il est nommé commissaire politique dans un camp de rééducation de prisonniers, le camp 113[2], et se fait appeler « Đại Đồng » par les membres du Viet Minh[3]. D'après de nombreux témoignages de rescapés de ce camp, réservé à des militaires du rang et à des sous-officiers, il se serait rendu coupable de tortures contre des soldats ou des sous-officiers qui étaient alors prisonniers dans ce camp[4]. Georges Boudarel y reconnaît un taux de mortalité de 50 %. Les survivants, eux, assurent qu'il y eut 278 morts sur 320 prisonniers, soit plus de 85 %, un taux similaire à celui des camps nazis[5].

Georges Boudarel se marie à Hanoï en 1962 et il divorcera en 1974. Il quitte le pays en 1964[6] pour se rendre en Union soviétique. Les organes supérieurs du gouvernement soviétique ne veulent pas le faire travailler à Moscou et l'envoient alors travailler à Prague, au sein de la Fédération syndicale mondiale (FSM), fédération des syndicats proches des différents partis communistes. Il est alors rédacteur de notes et de divers travaux destinés au sein de la division internationale francophone de la FSM.

Profitant de la loi d'amnistie votée le 18 juin 1966[7], Georges Boudarel rentre en 1966 en France où il devient assistant de faculté à Paris et il est alors un des collaborateurs de Jean Chesneaux, fondateur avec Emmanuel Le Roy Ladurie de la section « Histoire » du département de « Géographie – Histoire et Sciences de la société » au sien de l'Université Paris VII, créée en 1970 après l'adoption de la loi Edgar Faure sur l'autonomie des universités. Il obtient ensuite le grade de maître-assistant puis est promu ensuite maître de conférences. Il obtient aussi un poste de chercheur au CNRS, se spécialisant dans l'histoire du Viêt Nam. Il arrête ses fonctions à la limite d'âge de l'enseignement supérieur, soit soixante-six ans.

Affaire Boudarel I[modifier | modifier le code]

Le , lors d'un colloque organisé au Sénat par le centre des hautes études sur l'Afrique et l'Asie modernes, il est reconnu par Jean-Jacques Beucler, ancien secrétaire d'État aux anciens combattants, ancien officier ayant participé à la guerre d'Indochine en tant qu'officier de tabors marocains et qui sera prisonnier du Viet Minh d'octobre 1950 à juin 1954 dans un camp réservé aux officiers, comme le commissaire politique du camp 113, soit le numéro 2 de ce camp et responsable des séances d'endoctrinement obligatoires auxquelles les prisonniers français devaient assister et s'accuser de crimes en tant que serviteurs de l'État français.

D'autres témoignages sont déposés ensuite contre Georges Boudarel qui fait l'objet le , d'une plainte pour crimes contre l'humanité déposée par Me Jean-Marc Varaut, au nom de Władysław Sobański, ancien sergent du bataillon thai n°2 et ancien prisonnier du camp 113, et de l'Association nationale des anciens prisonniers et internés d'Indochine (ANAPI) [8].

En , Georges Boudarel reçoit le soutien d'une quarantaine d'universitaires[8] parmi lesquels Pierre Vidal-Naquet, Gilles Perrault, Jean Chesneaux, Laurent Schwartz, Madeleine Rebérioux[9],[10],[11],[12].

La plainte déposée contre Boudarel est rejetée par la Cour de cassation, celle-ci considérant que la loi d'amnistie de 1966 s'appliquait également aux crimes internationaux (ce qui écartait aussi les crimes potentiellement perpétrés par l'armée française)[13].

Affaire Boudarel II[modifier | modifier le code]

L'affaire Boudarel II commence en mai 1993[14]. Georges Boudarel décide, malgré l'arrêt des poursuites contre lui à la suite de la décision de la Cour de cassation, de maintenir la plainte en diffamation qu'il avait déposée face aux accusations portées contre lui.

Le juge d'instruction Jean-Pierre Getti instruit la procédure, ce qui relance donc le débat qu'on aurait pu croire fermé par la décision de la Cour de cassation sur la qualification de crimes contre l'humanité. En 1996, l'affaire se clôt sur une ordonnance de non-lieu.

À la suite de cette décision, Wladislaw Sobański cite directement Georges Boudarel devant le tribunal correctionnel pour dénonciation calomnieuse. L'accusation est rejetée notamment par la cour d'appel de Paris le , décision confirmée par arrêt de la Cour de cassation du , l'amnistie étant considérée comme éteignant aussi cette possibilité d'action. Pour finir, Wladislaw Sobański saisit la Cour européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CESDH) en 2000. Par décision du , la CESDH considère que la demande vise l'arrêt de la Cour de cassation de 1993 et qu'elle a donc été déposée hors délai, mettant un terme définitif aux procédures[15].

Georges Boudarel décède aux Lilas (Seine Saint Denis) le .

Publications[modifier | modifier le code]

  • Dir. Jean Chesneaux, George Bourdarel, Daniel Hémery, Tradition et révolution au Viêt Nam, Paris, Anthropos, 1971
  • Giap, éditions Atlas, 1977
  • La Bureaucratie au Viêt Nam, L'Harmattan, 1983
  • Cent fleurs éclosent dans la nuit du Viêt Nam : communisme et dissidence, 1954-1956, Jacques Bertoin, 1991
  • Autobiographie, Jacques Bertoin, 1991
  • Avec Nguyên Van Ky, Hanoi 1936-1996 : du drapeau rouge au billet vert, Autrement, 1997

Notes et références[modifier | modifier le code]

Jurisprudence[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques-René Doyon, Les Soldats blancs de Hô Chi Minh : Les transfuges antifascistes et les communistes français dans le camp du Viêt Minh, Paris, Fayard, (réimpr. 1986), 521 p., 22 cm (avec cartes et 1 dépliant) (notice BnF no FRBNF35304942)
  2. Situé à Lang-Kieu non loin de la frontière de la Chine, au sud d’Ha-Giang, dans le bassin de la rivière Claire (Sông Lô), à une vingtaine de kilomètres de Vinh Thuy.
  3. « Paris Journal; Vietnam Echo Stuns France: Case of Treachery? », New York Times, 20 mars 1991.
  4. (en) Alan Riding, « Paris Journal; Vietnam Echo Stuns France: Case of Treachery? » [« Journal de Paris ; Un écho du Viêt Nam abasourdi la France : un cas de traîtrise ? »], sur The New York Times, (consulté le 8 août 2017).
  5. L'affaire Boudarel.
  6. Chronique nécrologique.
  7. Loi 66-409 du 18 juin 1966 portant amnistie, article 30 : « Sont amnistiés de plein droit tous crimes ou délits commis en liaison avec les événements consécutifs à l'insurrection vietnamienne et antérieurement au 1er octobre 1957. » Cet article a été inséré dans ce texte prévu à l'origine pour amnistier les actes commis durant la guerre d'Algérie à la demande de députés communistes.
  8. a et b « Boudarel, le retour », LExpress.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 30 novembre 2017)
  9. « Pétitions pour Georges Boudarel », Libération, 13 mars 1991; « Deux manifestes d'intellectuels », Le Monde, 16 mars 1991.
  10. Thierry Wolton, L'histoire interdite, éd. Jean-Claude Lattès, 1998, p. 87.
  11. M. Kathryn Edwards, « Le Mal Jaune : The Memory of the Indochina War in France, 1954-2006 », 2010, thèse de l'université de Toronto, en ligne.
  12. M. Kathryn Edwards, « Traître au colonialisme? The Georges Boudarel Affair and the Memory of the Indochina War », French Colonial History, Volume 11, 2010, p. 193-209, accès payant en ligne.
  13. De même un recours du devant la Cour européenne des droits de l'homme à l'encontre de la France contestant l'arrêt de la Cour de cassation et invoquant une violation du droit à la liberté d'expression a été déclaré irrecevable en (Sobański c. France, 20 mars 2003, no 56165/00).
  14. Éric Conan, « Boudarel, le retour », L'Express, 14 octobre 1993.
  15. CEDH décision sur la recevabilité de la requête no 56165/00 Władysław Sobański contre la France.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Baylé, Prisonnier au camp 113 : le camp de Boudarel, Perrin, 1991
  • Jean-Jacques Beucler, Mémoires, France-Empire, 1991
  • R. Bonnafous, Les prisonniers de guerre du corps expéditionnaire français en Extrême Orient - Thèse de doctorat à l'université de Montpellier III - 1985
  • Thomas Capitaine, Captifs du Viet-Minh, les victimes de Boudarel parlent, préface de Jean-Jacques Beucler, UNI CED, Paris, 1991 (lire en ligne)
  • Marc Charuel, L'Affaire Boudarel, éditions du Rocher, 1991
  • Yves Daoudal, (préf. de Jean-Baptiste Biaggi), Le Dossier Boudarel ou le procès impossible du communisme,  éd. Rémi Perrin, 2002
  • Gérard Gilles Epain, Indo-Chine : une histoire coloniale oubliée, L'Harmattan, 2008
  • Władysław Sobański, Camp 113 Se taire est impossible, préface de Pierre Mazeaud, éditions Amalthée, 2015

Articles et autres[modifier | modifier le code]

  • « Le dossier de l'affaire Boudarel », in L'Histoire, no 144, , p. 48-54
  • Claude Cohen, « La Problématique du crime contre l'humanité », in Gazette du Palais, , no 57, p. 46
  • Langlois (Bernard).- Georges Boudarel In Le lynchage médiatique ; dir. Par Guy Coq et Charles Conte.- Condé-sur-Noireau : Panoramiques, 1998, p. 100–103. – (Panoramiques. Politiques, cultures et sociétés, 4e trimestre 1998, no 35
  • La bande dessinée en deux tomes de Lax et Giroud, Les oubliés d'Annam, Bruxelles, Dupuis, 1990-91 (ISBN 9782800117881 et 9782800118345) évoque la question des déserteurs de l'armée française durant le conflit indochinois.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]