Gaels

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Gaels
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Les Gaels ou Gaëls (irlandais : Gael, plur. Gaeil ; gaélique écossais : Gàidheal, plur. Gàidheil) sont un groupe ethnolinguistique indigène au nord-ouest de l'Europe qui comprend les Irlandais, les Écossais et les Mannois de culture gaéliques[1],[2]. Dans un sens plus restreint, le terme désigne, dans ces langues, les locuteurs des langues gaéliques.

La langue et la culture gaéliques sont originaires d'Irlande, mais se sont propagées en Écosse à l'époque du royaume de Dál Riata.

Bien qu'elles ne parlent pas l'irlandais ou le gaélique écossais, beaucoup de personnes qui se considèrent tout de même comme des Gaels dans un sens plus large, en raison de leur ascendance historique et de leur héritage.

Parmi les Gaels célèbres, on compte Brian Boru, Cúchulainn, Colum Cille, Granuaile, Oisín et Rob Roy.

Étymologie et usage[modifier | modifier le code]

 Fondée à Oban en 1891, An Comunn Gàidhealach est une institution gaelle et gaélique, qui fait la promotion de l'enseignement, de l'apprentissage et de l'utilisation de la langue gaélique, mais aussi de l'étude de la culture, de la littérature, de l'histoire, de la musique et de arts gaels, notamment par le biais du Royal National Mòd.
Fondée à Oban en 1891, An Comunn Gàidhealach fait la promotion de la langue et de la culture des Gaels, notamment lors du Royal National Mòd.

Le terme Gaels est absent de la plupart des dictionnaires de français, mais on le trouve dans certaines encyclopédies. Le Grand Larousse universel fait par exemple la différence entre les adjectifs « gaël » et « gaélique » : le premier est « relatif aux Gaëls », les anciennes tribus celtiques qui s'étaient établies en Irlande, puis au nord des frontières de la Britannia romaine, alors que le deuxième est « relatif au gaélique », c’est-à-dire à la langue dite « gaélique »[3].

En réalité, il existe officiellement trois langues gaéliques, peut-être plus si l'on considère les variations dialectales.

En français, le gentilé Gael est généralement utilisé pour désigner les tribus celtiques de l'antiquité mais il faut souligner que le mot est toujours en usage dans les langues gaéliques modernes, où il désigne les personnes de culture gaélique, ou dans un sens plus restreint, les locuteurs des langues gaéliques. Ainsi, dans une série de sketches télévisés produits par la chaîne BBC Alba, Torcuil's guide to being a Gael, le comédien Torcuil Lamont évoque ce qui signifie être un Gael au XXIe siècle[4]. De même, la chaîne de radio gaélique de la BBC s'appelle BBC Radio nan Gàidheal, ce qui signifie « radio des Gaels ».

Gaélique[modifier | modifier le code]

L'origine des termes Gael (irlandais) et Gàidheal (gaélique écossais) est incertaine.

Alexander MacBain relève les termes Góedel (vers 1100), Gaideli (cité dans les œuvres de Giraldus, étymologie qu'André du Chesne cite aussi dans son Histoire d'Angleterre, d'Escosse et d'Irlande), et le gallois Gwyddel. Il cite Whitley Stokes (Urkeltischer Sprachshatz) qui donne le proto-gaélique *Goidelos ou *Geidelos, que Bezzenberger (Beitreige zur Kunde der Idg. Sprachen) compare au gaulois Geidumni et que Stokes compare avec le latin hoedus (« chèvre »), d'où le sens « gardiens de chèvres »[5].

Dans son œuvre, Celtic Culture: Aberdeen breviary-celticism, John T. Koch , professeur de langue et littérature celtiques affirme que la racine du mot Guoidel correspond au vieil irlandais, fíad, au vieux breton, guoid, et aurait été emprunté au moyen gallois, gŵyh, signifiant « peuple de la forêt », « hommes sauvages » et par extension « guerriers ». tous signifiant sauvage, et donc Gael signifierait peuple de la forêt ou sauvages[6].

Français[modifier | modifier le code]

En français, on considère généralement que les mots « gael » et « gaélique » seraint dérivés des mots anglais Gaels et Gaelic[7].

Toutefois, les échanges diplomatiques entre la France et l'Écosse remontent au Moyen Âge et il est probable que les langues latines, françaises et gaéliques aient subies des échanges à l'époque de la Vieille Alliance entre les monarques de la maison de Dunkeld (gaélique écossais: Dùn Chailleann) et les premiers Capétiens. En effet, la première noblesse « anglaise » présente en Écosse n'était pas saxonne mais normande. Parfois éduquée en France, elle parlait l'ancien normand. Les mariages entre Gaels et Anglo-Normands ont donc très tôt importé en France une certaine connaissance des Gaels.

Dans la production écrite francophone, on trouve les mots Gaidel (gaélique écossais moderne: Gàidheal) et Gaidelach (gaélique écossais moderne: Gàidhealach) dès 1634, sous la plume d'André du Chesne, qui se demande si l'origine du terme ne serait pas gothique[8]:

« C’est la commune et vieille prétention de ce peuple, qu’il a pour ancestres, et premiers parents de la race, un certain Gaidelus neveu de Phaenius, & la fille d’un Roy d’Egypte appelé Scota, lesquels le refugirent dans l’Espagne, après la mort des premiers mais d’Egypte, avec un grand nombre de gens, & de là quelque temps après passèrent, ou du moins leur postérité, dans l’isle d’Hibernie, laquelle ils appelèrent Escosse ou Scotie, de Scota, prirent entr’eux le nom de Scots, & de Gaidel, ou Gaiothel, & nommèrent leur langue Gaidelach, ou Gaiothealg, de Gaidelus. »

— André du Chesne, Histoire d'Angleterre, d'Escosse et d'Irlande (1634, page 146-147)

« Mais puisque je suis tombé sur le propos des Gots d’Espagne, d’où vient que les Hibernois ancestres de la nation des Escossois, & et les Escossois memes se sont nommez entr’eux Gaiothel, Guithell, & Gaothell : ont appellé leur langue Gaiothealg, & la partie de Bretagne qu’ils ont occupée la première, Argathel, & Ar-gWithil? Est ce point des Galiciens d’Espagne, ou des Gots, que sont prouenus ces noms ? Et pourquoi, je les prie, Gaiothel n’est-il descendu des Gots, aussi bien que la Catalogne en Espagne, & le Languedoc en la France? »

— Histoire d'Angleterre, d'Escosse et d'Irlande (1634, page 149)

« On a peu voir de ce que dessus pourquoy les Escossois d’Hibernie se sont nommez entre’ eux Gaidel, Gaiothel, Guithell, & leur langue Gaidelach,, & Gaiothelach, scavoir ou des Gots, comme estime Cambdenus ou des Vandales, ainsi qu’escrit Giraldus non pas de leur Gaidelus, qui jamais ne fut. »

— Histoire d'Angleterre, d'Escosse et d'Irlande (1634, page 150)

Anglais[modifier | modifier le code]

Gravure des frères Dalziel illustrant le Rob Roy de Walter Scott. Surnom de Robert MacGregor, hors-la-loi et héros gael de la fin du XVIIe siècle, Raibeart Ruadh (dont « Rob Roy » est la forme anglicisée) signifie « Robert le Roux » en gaélique écossais.

En anglais, le gentilé « Gael » a été adopté en 1810 à partir du gaélique écossais Gàidheal pour désigner les « membres de la race gaélique »[9].

L'emploi de ce mot s'est répandu en anglais sous l'influence de la littérature écossaise, notamment sous la plume de Walter Scott[10],[11]. Ils désignaient part ce terme les Écossais des Highlands.

« [...] that lovest the harping of the Gael ; [...] »

— Walter Scott, Waverley

« To avenge this quarrel, the Laird of Mac Gregor assembled his elan, to the number of three or four hundred men, and marched towards Luss from the banks of Loch Long, by a pass called Raid na Gael, or the Highlandman’s pass. »

— Walter Scott, Rob Roy

Histoire[modifier | modifier le code]

Période protohistorique[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié du premier millénaire avant J.-C., pendant la période protohistorique que l’on appelle communément l'âge du fer, les ancêtres des Gaels ont commencé à arriver en Irlande[12].

 Le trésor de Broighter, exposé au Musée national d'Irlande, est un amas d'objets en or datant de l'époque de La Tène, au premier âge du fer. Il a été découvert en 1896 à Broighter (irlandais: Brú Íochtair, "lower fort") près de Limavady, dans le nord de l'Irlande.
Le trésor de Broighter, exposé au Musée national d'Irlande, est un amas d'objets en or datant de l'époque de La Tène. Il a été découvert en 1896 à Broighter (irlandais: Brú Íochtair, qui signifie « fort inférieur » ou « en contrebas ») près de Limavady, dans le nord de l'Irlande.

Il n’existe aucune preuve d'une invasion ou d’une vague migratoire de grande échelle.

Ces peuples, que les Grecs appelaient Keltoï, c’est-à-dire des « Celtes », étaient issus d’une civilisation qui avait dominé l'Europe centrale et occidentale, et que l’on identifie aujourd’hui sous le nom de La Tène.

Le Grec Hécatée de Milet aurait dit, vers -530, que la colonie grecque de Marseille était une ville de Ligurie située « à proximité de la Κελτικά » (Gaule celtique). Cette citation incertaine serait la première apparition de la racine *celt-. La première mention certaine se trouve dans le Ἱστορίαι (Les Histoires) d’Hérodote, qui considère les « Κελτοί » (Celtes) comme un peuple.

Les langues gaéliques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Langues gaéliques.

Les Celtes qui émigraient sur l'île d'Irlande et dans la partie septentrionale de ce que l'on nomme aujourd'hui la Grande-Bretagne, parlaient une langue indo-européenne qui s’est différenciée des autres langues celtiques insulaires et qui a donné naissance aux langues gaéliques, aussi appelées langues celtiques « en  Q », par opposition aux langues dites en P. Cette distinction repose sur le traitement du phonème indo-européen *kw: dans les langues en Q, ce phonème est resté inchangé, alors que dans les langues en P il a évolué vers le son /p/ : le mot « tête » se dit ceann en irlandais, mais penn en breton.

Toutefois, cette appellation est une convention externe aux langues gaéliques, car la lettre Q n’est utilisée qu'en mannois. En irlandais et en gaélique écossais, c’est la lettre C qui est communément utilisée pour représenter ce son. En effet, le c ne s’y adoucit pas devant les voyelles e et i, contrairement à ce qu’on observe en français.

La Tène et les premières tribus celtiques[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : La Tène et Celtes.

On sait peu de choses de la civilisation de La Téne, mais les restes archéologiques montrent qu’elle était plus présente dans la moitié nord de l’Irlande (dans le Connaught et l’Ulster)[13].

Bien que les sites archéologiques comme Tara (dans le Leinster) soient associés à la mythologie celtique, à cause des pratiques religieuses que les Gaels ont entretenu sur ces lieux, ils sont en réalité bien antérieurs à la civilisation de La Tène, et n’ont donc pas été construits par les Gaels.

 Cartographie schématique de l'établissement des Gaels d'Irlande, d'après Ptolémée.
Cartographie schématique de l'établissement des Gaels d'Irlande, d'après Ptolémée.

Vers -100 avant J.-C., Ptolémée dresse une liste des peuples gaels d'Irlande, vraisemblablement à partir des récits de marins gallo-romains et britto-romains qui connaissaient les fleuves de l'île et la géographie de sa côte est[13].

Parmi les noms de tribus celtes d'Irlande qu'il donne, on trouve les Robogdh, les Darini, les Nagnatae, les Voluntii, les Ebdani, les Cauci, les Auteini, les Manapii, les Gangani, les Usdaie, les Coriondi, les Vellabori, les Brigantes et les Iverni.

L'existence de la plupart de ces tribus est difficile à vérifier, mais certaines sont identifiables grâce à la chronologie dynastique irlandaise. On pense par exemple que les Robogdh étaient les fondateurs du puissant royaume de Dal Riata et que les Iverni n'étaient autres que les Érainn, qui avaient dominé le Munster à cette époque. Il est possible en effet que du nom de cette tribu vienne l'ancien nom grec de l'Irlande, Ἰουερνία, qui lui-même aurait donné son nom gaélique à l'île et à sa déesse protectrice, respectivement Éire et Ériu[13].

Les communications terrestres étaient difficiles. Les Gaels n'avaient pas les moyens techniques des Romains. Des seigneurs de guerre établissaient des petits fiefs en construisant des mottes (dùin-chnuic) qui leur permettaient de contrôler autant de campagne et de côtes que possible à proximité. Cette pratique a conduit au développement d'une aristocratie militaire.

Le système de lois des Gaels était très élaboré et possédait une caste de juristes. Leur société ne comptait pas moins de 27 castes d'hommes libres, parmi eux des « avocats », des druides et des bardes. Les bardes étaient aussi les gardiens de la généalogie et de l'histoire. Les Gaels de l'époque pré-chrétienne n'avaient pas encore de littérature écrite. Leurs lois et leurs usages étaient conservés par la tradition orale. Même les rois ne pouvaient se soustraire à la loi. Les sagas, que l'on décrit aujourd'hui comme la mythologie irlandaise, ont été transmises oralement, de génération en génération[14].

Une forme très simplifiée d'écriture a émergé autour vers la fin du IVe siècle : les oghams. Cette forme d'écriture consistait à graver des lignes horizontales et verticales sur des supports en pierre ou en bois. Ceux qui ont survécu ont généralement une fonction commémorative. Il s'agit de monuments servant à rappeler le nom d'un individu, roi ou personnalité locale.

Relations avec l'Empire romain[modifier | modifier le code]

Les Romains ont commencé la conquête de l’île de Grande-Bretagne en 55 av. J.-C.. Cent ans plus tard, ils avaient atteint les parties méridionales de l’Écosse, qui, à l’époque, étaient encore aux mains des Pictes.

Pendant près de 500 ans, la plus grande partie de la Grande-Bretagne, la Britannia, allait être une province romaine. Les Romains y ont construit des routes, des villes, des fortifications et des aqueducs. Depuis cette île, la traversée la plus courte et la plus facile vers l’Irlande se trouve au sud-ouest de l’Écosse, depuis la côte du Galloway que les Romains contrôlaient. C’est presque certainement l’itinéraire que les premières populations qui ont colonisé l’île d’Irlande avaient emprunté[14].

Il n’est donc pas surprenant qu’en 82 apr. J.-C., le gouverneur militaire de la Britannia romaine, Cnaeus Julius Agricola, ait préparé l’invasion de l’île d’Irlande par ce passage. Cependant, il n’a jamais traversé la mer. On ne sait pas exactement pourquoi, mais Tacite, son gendre et biographe, raconte que plusieurs événements, dont une mutinerie dans son armée et une rébellion picte dans le nord, ont empêché le débarquement romain.

Contrairement à l’Angleterre, au Pays de Galles et aux Lowlands écossais, la terre des Gaels n’a donc jamais été colonisée par les Romains. Mais cela ne signifie pas que les Gaels n’entretenaient pas de relations avec l’Empire romain, bien au contraire.

Alors que les Romains étaient supérieurs aux Celtes en matière de génie civil et de puissance militaire, les Celtes, et plus particulièrement les Gaels, leur étaient supérieurs dans l’art décoratif des métaux précieux, notamment avec le bronze, l’argent et la feuille d’or. Ils avaient aussi hérité de l’émaillerie laténienne et employaient également l’ambre de la Baltique et le corail importé de Méditerranée.

Ce savoir-faire et la présence de mines d’or et d’argent en Irlande, ont conduit à une riche production d’artefacts tels que de petites armes, des bijoux, des ustensiles domestiques ou religieux.

Leur savoir-faire était réputé dans l’Empire romain en raison des caractéristiques décoratives spécifiques, en particulier, les motifs organiques qu’on pense inspirés de la nature, tels que les entrelacs, mais aussi une certaine tendance à l’abstraction. Issue de l’art hallstattien, c’est cette tendance qui est à l’origine du style employé bien plus tard par les enlumineurs d’Irlande et d’Écosse, dans les livres sacrés du Moyen Âge.

Ces formes étaient riches de sens caché, encore mystérieux aujourd’hui. Elles donnaient aux œuvres un statut impressionnant, mais constituaient aussi un véhicule identitaire puissant. Le développement de ce style artistique contrastait fortement avec le réalisme que les Grecs développaient à la même époque.

Dans la Britannia romaine, les échanges avec la culture gaelle ont donné naissance à de nouvelles influences, à des œuvres qui exigent une technique typiquement romaine, comme l’usage d’émaux multicolores, mais dont les formes et l’agencement sont typiquement celtiques.

En outre, les Gaels ne fondaient pas de villes. Ce n’était pas un peuple de nomades, mais leurs villages restaient plus rudimentaires et ils étaient habitués à voyager pour faire du commerce entre eux, mais aussi avec leurs voisins : ils étaient capables de voyager sur de longues distances, en chars légers, et de traverser la mer pour vendre leurs produits en Britannia et en Gaule. De nombreuses preuves de cela ont été découvertes en Irlande, notamment la présence de grandes quantités de monnaies romaines et d’autres objets romains[15].

Fin de l'antiquité et haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les Scoti d'Irlande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Scots (peuple).

Scoti or Scotti était le nom que les auteurs latins de la fin de l'antiquité et du haut Moyen Âge donnaient aux Gaels. À l'origine, il désignait une ancienne tribu celte originaire de Bretagne. Par la suite, le gentilé s'est appliqué aux Gaels du Dàl Riata qui se sont mélangés aux Pictes. En français et en anglais, il a donné son nom à l'Écosse, aux Écossais et à la langue scots. En revanche, dans les langues gaéliques, l'Écosse s'appelle Albion (irlandais: Albain, gaélique écossais: Alba), les Écossais sont des Albannaich (irlandais: Albanaigh, littéralement « des Albionais ») et la langue scots s'appelle l'Albais.

Arrivée des premiers évangélistes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Patrick d'Irlande.

La tradition veut que l’évangélisation des Gaels ait commencé avec l’arrivée de Saint Patrick. Toutefois, cette assertion est sujette à caution, pour plusieurs raisons.

L'église de Saint Patrick, à Llanbadrig, au Pays de Galles. Le saint aurait fondé une église à cet endroit, en 440 après J.-C, après avoir fait naufrage, et y aurait faire bâtir une église en bois pour remercier Dieu.

D’abord, l’existence d'un seul et même Saint Patrick ne tient qu'à deux textes écrits en latin par Patricius, l'un intitulé Confessio et l'autre, une lettre (epistola) adressée aux soldats de Coroticus. Les références croisées se renforcent en même temps qu’elles se contredisent, ce qui tend à prouver que Saint Patrick pourrait être un mythe, ou un récit romantique, reflétant l’existence d’une réalité, à savoir qu’un ou plusieurs évangélistes se seraient rendus en Irlande à cette époque, dont le plus influent aurait été Patricius.

D’autre part, on pense que des communautés chrétiennes étaient déjà présentes en Irlande avant 432, puisque Prosper d’Aquitaine note dans son Epitoma Chronicon, qu’en 431, le pape Celestin avait ordonné qu’un premier évêque, nommé Palladius, soit envoyé aux Scots [16]:

« Ad Scottos in Christum credentes ordinatus a papa Caelestino Palladius primus episcopus mittitur .» (Aux Scots croyants dans le Christ a été envoyé comme premier évêque, Palladius, qui a été ordonné par le pape Célestin.) »

— Prosper d'Aquitaine

Pour que Rome décide d’envoyer un évêque « aux Scots chrétiens », il fallait donc nécessairement qu’il y ait déjà des chrétiens en Irlande au début du Ve siècle, même s’il est impossible d’établir si les chrétiens en question étaient des Gaels, ou des Brito-Romains venus s’établir en Irlande.

Il est possible que ce Palladius ait été Saint Patrick, mais cette thèse reste impossible à vérifier avec les sources dont on dispose.

En revanche, il est difficile d’ignorer la quasi correspondance de cette date avec celles rencontrées dans les chroniques médiévales irlandaises, qui furent compilées jusqu'à la fin du XVIIe siècle

Ces annales se fondaient sur une chronologie de la vie des prêtres, des abbés et des évêques ainsi que sur des fêtes ecclésiastiques, qui a été établie par les moines irlandais du Moyen Âge. Les chroniques irlandaises mentionnent en effet l’arrivée de plusieurs évêques dans les années 430 : Secundinus, Auxilius et Iserninus.

Quoique jugées moins sûres que l’Epitoma Chronicon, elles tendent donc à confirmer que vers 430, des évêques sont arrivés en Irlande, ce qui signifie que d’autres chrétiens y étaient déjà présents.

Christianisme gael[modifier | modifier le code]

Christianisme celtique et christianisme irlandais[modifier | modifier le code]

On parle de christianisme irlandais parce que cette forme de christianisme s’est développée sur l’île d’Irlande, mais il faut garder à l’esprit que dans ce contexte, l’idée de nation est un anachronisme, car l’Irlande en tant que pays n’existait pas encore. Ce christianisme « irlandais » était en réalité un christianisme gael, qui s’est exporté en Écosse, terre colonisée par les Gaels, mais qui diffère des autres formes du christianisme dit « celtique ».

L’église, c’est-à-dire la communauté de chrétiens, que Patricius et les autres missionnaires ont convertie était une organisation séculière, avec des diocèses dirigés par des évêques. Cette église n’a pas duré longtemps.

En effet, le clergé séculier avait besoin d’une infrastructure urbanisée : des villages et des villes principales reliées par des routes. Le centre habituel des diocèses était la cathédrale, bâtiment où siégeait l’évêque[14].

En Britannia, ces infrastructures existaient. Les Romains y avaient construit des routes, des forts, des forums, des amphithéâtres, etc. On peut encore identifier le cardo de leurs plans urbains aujourd’hui, par exemple à Caerleon, Carmathen ou à Caernafon.

En Hibernia et en Caledonia en revanche, ces infrastructures étaient inexistantes, car ces deux régions avaient échappé à la domination de l’Empire romain.

D’autre part, à partir du IVe siècle, après le règne de l’empereur Constantin 1er, le christianisme était devenu religion d’État de l’Empire romain et le christianisme s’appuyait sur les institutions de l’empire pour asseoir son pouvoir. Les provinces romaines comme la Britannia ont donc peu à peu intégré les pratiques chrétiennes des diocèses romains.

En Hibernia et en Calédonia, les institutions romaines étaient inexistantes. Le christianisme s’est donc appuyé sur l’autre forme d’organisation du christianisme : le monachisme.

Les premiers monastères furent fondés au VIe siècle, mais dès le VIIe siècle, un réseau élaboré de monastères couvrait toute l’île, de façon hétérogène toutefois, car les moines fondateurs provenaient essentiellement de Gaule et de Britannia et ont donc œuvré davantage dans la partie est de l’île[14],[13].

Pratique du jeûne[modifier | modifier le code]

La pratique du jeûne hebdomadaire est une spécificité du christianisme gael par rapport au christianisme romain.

Le jeûne eucharistique est ancien et a longtemps été rigoureux chez les tous les chrétiens. En revanche, le jeûne hebdomadaire est souvent considéré comme une différence entre l’église latine et les églises orientales.

Le jeûne appelé des « stations » se pratiquait tous les mercredis et tous les vendredis, dès l’Antiquité chez l’ensemble des chrétiens. Cependant, les chrétiens occidentaux ont abandonné le jeûne du mercredi et réduit celui du vendredi à une abstinence de viande, alors que les chrétiens d’Orient y sont restés attachés[17].

C’est aussi le cas des chrétiens gaels, qui ont conservé très longtemps la pratique du jeûne hebdomadaire, à tel point que l’on trouve encore aujourd’hui sa trace dans le nom des jours de la semaine:

  • le mercredi est le « jour du premier jeûne » (vieux gaélique Di-Ceudaoin, de ceud, « premier » et aoin, « jeûne » ; irlandais : Dé Céadaoin, gaélique écossais : Diciadain)
  • le jeudi est le « jour entre les jeûnes » (vieux gaélique : Dia dhardaoin, de eadar, « entre » et aoin ; irlandais : Déardaoin, gaélique écossais : Diardaoin)
  • le vendredi est le « jour du jeûne » (vieux gaélique : Dia oine, irlandais : Dé hAoine, gaélique écossais : Dihaoine).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Le trèfle, le chardon et la Crête de Glasgow composent la crête de Gaels. Auteur: JennTreacy
  1. (ga+en) « Gael », sur Foclòir Gaeilge-Bearla (Ó Dónaill 1977) online
  2. (gd) « Gàidheal », sur LearnGaelic Dictionary online
  3. Librairie Larousse, Grand Larousse universel - Tome 7, Paris, Larousse, (ISBN 2-03-102330-6), p. 4626
  4. (gd) « Torcuil's guide to be a Gael », sur BBC Alba
  5. MacBain, Alexander, An Etymological Dictionary of the Gaelic Language, Stirling, Eneas MacKay, , p. 394
  6. (en) John T. Koch, Celtic Culture: Aberdeen breviary-celticism, ABC-CLIO, (ISBN 9781851094400, lire en ligne)
  7. « Gael », sur Trésor de la langue française informatisé
  8. André du Chesne, Histoire d'Angleterre, d'Escosse et d'Irlande, Paris, Guillaume Loyson,, , p. 146-150.
  9. (en) « Gael », sur Online etymology dictionary (consulté le 6 octobre 2015).
  10. (en) Walter Scott, Waverley, Oxford, Oxford University Press, 1814/1986, 464 p. (ISBN 978-0-19-283601-4), p. 109
  11. (en) Walter Scott, Rob Roy, New York, Hurst and Company,
  12. « chronologie », sur Chronologie encyclopédique (consulté le 16 octobre 2016)
  13. a, b, c et d (en) Seán Duffy, Atlas of Irish history, Derbyshire, Arcadia Editions, , p. 14
  14. a, b, c et d (en) Richard Killeen, Ireland, Land, People, History, Londres, Constable & Robinson,
  15. (en) « Celts, art and identity (exposition) », sur The British Museum
  16. (la) Prosper d’Aquitaine (Prosper Tironi), Epitoma Chronicon, in Monumenta Germania Historica de Societas Aperiendis fontibus rerum germanicarum medii aevii, Berolini Apud Weidmannos, 433-455 (1877) (lire en ligne), page 473
  17. Bernard Heyberger, "Les transformations du jeûne chez les chrétiens d'Orient" in Le corps et le sacré en Orient musulman, IV. Corps et sacré : permanences et redéfinitions, 113-114, (lire en ligne), p. 267-285