Gabriele Münter

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Gabriele Münter
Image dans Infobox.
Gabriele Münter en 1900.
Naissance
Décès
Sépulture
St. Nicholas Church (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
allemande
Activité
Formation
École d'art pour femmes de Düsseldorf
La Phalange
Maître
Représentée par
Personne liée
Agnes Cleve-Jonand (d) (ami (d))Voir et modifier les données sur Wikidata
Lieux de travail
Mouvement
Distinction

Gabriele Münter, née le à Berlin et décédée le à Murnau am Staffelsee, est une peintre allemande du mouvement expressionniste.

Elle est l'une des représentantes majeures de l'avant-garde munichoise du début du XXe siècle en tant que membre du mouvement artistique Der blaue Reiter (mouvement du Cavalier bleu).

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Née en 1877 à Berlin de parents bourgeois[1] qui ont soutenu sa vocation de peintre avant de mourir prématurément, Gabriele Münter s'intéresse très tôt à l'art et suit des cours particuliers de dessin avant de fréquenter l'École d'art pour femmes de Düsseldorf à partir de 1897[1],[2], son sexe lui interdisant d'entrer dans une académie des beaux-arts. Elle entreprend ensuite un voyage de deux ans aux États-Unis[1], accompagnée de sa sœur Emmy. Les deux femmes parcourent l'Amérique du Nord, une excursion peu ordinaire pour des femmes seules, à l'époque[2]. Puis elle déménage à Munich en 1901[1]. Ne pouvant toujours pas entrer à l'académie des Beaux-Arts, elle fréquente une école de peinture pour femmes, tout en se rendant aux cours de peinture d'une école fondée par Vassily Kandinsky, la Phalange[1],[2]. À l'été 1902, le peintre russe invite sa brillante élève à suivre ses cours d'été dans les Alpes, au sud de Munich, dans le village de Murnau am Staffelsee, en Bavière. Pendant ce séjour, une relation amoureuse s'établit entre le maître et sa jeune élève qui continue de suivre ses cours pendant un an, jusqu'à ce que Kandinsky ferme son école. Gabriele Münter et Vassily Kandinsky affichent alors leur liaison[1] ; ils vivent ensemble sans être mariés, ce qui constitue en soi un acte de courage pour une jeune femme au début du XXe siècle.

Vie avant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Maison de Gabriele Münter à Murnau.

Lors de leur premier séjour à Paris de 1906 à 1907, Münter et Kandinsky découvrent les œuvres d'Henri Matisse et du fauvisme. Cette découverte va profondément bouleverser le style de Gabriele Münter. En 1907, elle a déjà rempli plusieurs carnets de croquis. Elle a exposé, plusieurs toiles ayant été acceptées au Salon des Indépendants[1],[2]. Elle tient également un journal et documente ses voyages avec un appareil photo. Elle tisse des liens amicaux avec la plupart des plus célèbres artistes de l'époque. Elle exécute un certain nombre de gravures sur linoléum, puis se met à étudier l'œuvre de Paul Gauguin. Influencée par ce dernier, elle peint à l'occasion au couteau. À Paris, elle perfectionne aussi sa technique de gravure sur bois, ce qui lui permet de réaliser des travaux plus précis en moins de temps. Elle crée de nombreuses gravures sur bois ou sur métal qui constituent un quart de son œuvre. À son retour à Munich, elle peint également de petites peintures de style impressionniste. L'art de Münter reste encore attaché au figuratif.

En 1909, elle achète une maison à Murnau am Staffelsee[3]. Elle y passe ses étés avec Kandinsky et y reçoit de nombreux artistes munichois de l'avant-garde artistique : Marianne von Werefkin, Alexej von Jawlensky et Adolf Erbslöh. Plus tard, Franz Marc, August Macke et le compositeur Arnold Schönberg séjournent aussi dans la « maison des Russes », ainsi appelée sur place à l'époque[3]. Münter y passe une grande partie de sa vie. Vers 1910, elle commence à utiliser le verre comme support de ses tableaux[4]. Ce procédé est ensuite adopté par Kandinsky, Franz Marc, Macke et Heinrich Campendonk. Elle demeure toutefois la première à copier les pratiques traditionnelles liées à cette technique. Elle participe à la création d'une nouvelle fondation des artistes munichois, qu'elle quitte en 1911 avec Kandinsky, Franz Marc et Alfred Kubin[1]. Ensemble, en 1911, ils fondent le groupe expressionniste d'avant-garde appelé Der Blaue Reiter (Le Cavalier bleu)[1], dont ils forment le noyau dur auquel se joint Paul Klee[5]. Elle joue un rôle essentiel dans la diffusion et la promotion de ces deux groupements d'artistes[2]. En 1913, elle est la première artiste à bénéficier d'une exposition en solo à la galerie Der Sturm, réunissant 84 tableaux[1],[2]. Kandinsky et Münter forment un couple uni et entreprennent des voyages en Tunisie, aux Pays-Bas, en Italie et en France.

Intérieur de la Münterhaus ; sur le mur de gauche, un portrait de Kandinsky par Münter.

Pendant la Première Guerre mondiale, Vassily Kandinsky, devenu ennemi de la Patrie, quitte l'Allemagne et retourne en Russie[3]. Münter vit quant à elle en Scandinavie de 1915 à 1920 et rencontre Kandinsky une dernière fois à Stockholm[2] avant que celui-ci ne rompe définitivement en 1917. Un an plus tard, Münter apprend que celui-ci vient de se marier[3],[2].

Vie dans l'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

À partir de 1920, Münter vit entre Cologne, Munich et Murnau. Les dépressions chroniques dont elle souffre l'éloignent de la peinture[6]. Ce n'est qu'après son installation à Berlin, en 1925, qu'elle se remet à créer et que voient le jour ses petits portraits de femme au crayon. Sa créativité connaît une nouvelle impulsion lors d'un séjour prolongé à Paris en 1929-1930. En 1931, elle déménage à Murnau avec son deuxième compagnon, l'historien d'art Johannes Eichner[1],[3]. Là-bas, elle peint des natures mortes fleuries, mais aussi de nombreuses études abstraites à la peinture à l'huile.

Vie pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1937, les nazis lui interdisent d'exposer, ce qui l'oblige à se retirer de la vie publique. De même, les œuvres de Kandinsky et des autres membres du Cavalier bleu sont qualifiées d'art dégénéré par les nazis. Ce n'est que grâce à Gabriele Münter, qui cache leurs œuvres dans le sous-sol de sa maison de Murnau, que survivent la plupart des toiles de la période d'avant-guerre[7], si décisive et productive pour le mouvement et pour Kandinsky.

Vie après-guerre[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, Gabriele Münter est chargée d'une rétrospective sur les œuvres du Cavalier bleu pour la Maison des Arts de Munich. À partir de 1950, une exposition de ses œuvres complètes est présentée dans de nombreux musées allemands. Pour son quatre-vingtième anniversaire, elle offre à la ville de Munich l'intégralité de sa collection, qui compte beaucoup de ses propres œuvres, mais aussi plus de quatre-vingt œuvres de Vassily Kandinsky et d'autres membres du Cavalier bleu, offrant subitement une renommée internationale à la Galerie du Lenbachhaus de Munich. Cette galerie abrite aujourd'hui la plus importante collection des œuvres du groupe du Cavalier bleu.

Elle meurt à Murnau en 1962, quatre ans après son nouveau compagnon. Leur tombe se trouve près de l’église, juste en face de sa maison[3]. La « maison des Russes » de Murnau, aujourd'hui transformée en musée, abrite des œuvres personnelles de Gabriele Münter et Wassily Kandinsky et expose, outre des meubles et des murs peints, une collection d'objets folkloriques.

Style[modifier | modifier le code]

Le style de Gabriele Münter a évolué au long de sa carrière mais c’est en 1908 à Murnau am Staffelsee que son développement artistique prend un tournant majeur alors qu’elle délaisse la touche et les couleurs impressionnistes[8] pour adopter un nouveau style : l’expressionnisme[9]. Son style se caractérise désormais par des couleurs pures appliquées en aplat[3] ainsi que par des formes simplifiées, souvent délimitées par des contours noirs. Ses compositions sont dépourvues d’ombres et la perspective est réduite en faveur de la surface[10]. Ce renouveau formel témoigne d’une quête de synthèse[11] et d’une volonté de s’émanciper du modèle de la nature pour faire prévaloir l'expression d'un sentiment intérieur. Peintre de plein air[12], les paysages sont son motif préféré[13] et constituent une source d’inspiration constante depuis ses tout débuts[14]. La nature morte et le portrait font également partie des genres qu’elle pratique[12], son art restant presque toujours figuratif.(p. 120-121)[12]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Gabriele Münter, Abend im Park (Nightfall in St. Cloud), 1906
  • 1903 : Kandinsky beim Landschaftsmalen, Munich, Lenbachhaus
  • 1905 : Abendliche Straße in Tunis mit Frauen, Munich, Lenbachhaus
  • 1906 : Allee im Park von Saint-Cloud, Munich, Lenbachhau
  • 1906 : Blick aus dem Fenster in Sèvres, Munich, Lenbachhau
  • vers 1906 : Gartentor in Sèvres, Paris, MNAM, huile sur carton
  • 1908 : Am Hügel (Staffelsee), collection particulière
  • 1908 : Vom Griesbräu-Fenster, Munich, Lenbachhau
  • 1909 : Bildnis Marianne von Werefkin, Munich, Lenbachhau
  • 1909 : Grabkreuze in Kochel, Munich, Lenbachhau
  • 1909 : Zuhören (Bildnis Jawlensky), Munich, Lenbachhaus
  • 1910 : Landschaft mit weißer Mauer, Hagen, Musée Karl Ernst Osthaus
  • 1910-1911 : Spreufuhren, Munich, Lenbachhaus
  • 1911 : Stillleben mit Heiligem Georg, Munich, Lenbachhau
  • 1912 : Kandinsky und Erma Bossi am Tisch, Munich, Lenbachhaus, huile sur toile
  • 1913 : Reiflandschaft, Wuppertal, Von der Heydt Museum
  • 1913 : Drachenkampf, Paris, MNAM, huile sur toile
  • 1915 : Schwarze Maske mit Rose, Hutton Galleries, N-Y
  • 1916 : Child with Ball, National Museum of Women in the Arts
  • 1917 : Sinnende, Munich, Lenbachhau
  • 1923 : Staffelsee in Autumn, National Museum of Women in the Arts
  • 1934 : Breakfast of the Birds, National Museum of Women in the Arts
  • 1931 : Das Russen-Haus, Munich, Lenbachhau
  • 1932 : Der graue See, Munich, Lenbachhau
  • 1936 : Olympiastraße bei Murnau, Schlossmuseum (de) Murnau

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Un prix au nom de l'artiste est créé pour récompenser les artistes femmes : le Prix Gabriele-Münter. Il est considéré comme le prix le plus prestigieux décerné aux artistes en Allemagne[15].

Le 19 février 2014, un Google Doodle est publié pour l'anniversaire de sa naissance[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j et k Marie Gispert, « Münter, Gabriele [Berlin 1877 - Murnau 1962] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions Des femmes, , p. 3085-3086
  2. a b c d e f g et h Susanne Böhmisch, « Être femme artiste en Allemagne au début du XXe siècle : obstacles et stratégies de contournement », Mémoire(s), identité(s), marginalité(s) dans le monde occidental contemporain. Cahiers du MIMMOC, no 24,‎ (ISSN 1951-6789, DOI 10.4000/mimmoc.6393, lire en ligne, consulté le )
  3. a b c d e f et g Olga Yurkina, « Vassily Kandinsky et Gabriele Münter, le jardin de l’abstraction », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  4. Itzhak Goldberg, « Gabriele Münter, enfin émancipée », sur Le Journal Des Arts, (consulté le )
  5. Encyclopædia Universalis, « Gabriele Münter », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  6. Delphine Léger, « Gabriele Münter, sous la plume de Brigitte de Larochelambert », sur La Nouvelle république, (consulté le )
  7. Yves Jaeglé, « Tourisme : l'expo Marc et Kandinsky, c'est de la Bâle », sur Le Parisien, (consulté le )
  8. « Gabriele Münter », sur Aware
  9. (en) Anne Mochon, Gabriele Münter, Cambridge, Mass, Published for the Busch-Reisinger Museum, Harvard University, , 62 p., p. 25
  10. (en) Annegret Hoberg, Shulamith Behr, Barnaby Wright, Courtauld Institute Galleries, Gabriele Münter : The Search for Expression 1906-1917, Londres, Courtauld Institute of Art Gallery in association with Paul Holberton, , 119 p. (ISBN 1-903470-29-3), p. 27
  11. (en) Reinhold Heller, Gabriele Münter : The Years of Expressionism, 1903-1920, Munich, New York, Prestel, , 184 p. (ISBN 3-7913-1866-7), p. 147
  12. a b et c (en) Edouard Roditi, Dialogues : Conversations with European Artists at Mid-century, San Francisco, Bedford Arts, , 156 p. (ISBN 0-938491-26-1), p. 120
  13. (en) Reinhold Heller, Gabriele Münter : The Years of Expressionism, 1903-1920, Munich ; New York, Prestel, , 184 p. (ISBN 3-7913-1866-7), p. 127
  14. (en) Isabelle Jansen, Painting to the Point, Munich ; London ; New York, Prestel Verlag, , 270 p. (ISBN 978-3-7913-5705-8), p. 52
  15. (de) « GABRIELE MÜNTER PREIS » (consulté le )
  16. « 137e anniversaire de la naissance de Gabriele Münter », sur www.google.com (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]