Français régional de Touraine

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Le français régional de Touraine, plus couramment dit tourangeau, est la variante du français dans cette région. En effet, si la Touraine a été, et est encore, réputée pour « son beau parler »[1], on y rencontre comme partout en France des usages particuliers de la langue des mots.

Cette réputation du français pratiqué en Touraine est fort ancienne et certainement liée aux fréquents séjours qu'y firent les rois. Ainsi dès le XVIe siècle, Rabelais se fait l'écho de cette réputation comme en témoignent ces échanges entre Pantagruel et Panurge :

  • «- Dea, mon amy, dist Pantagruel, ne sçavez-vous parler François ?
  • - Si faictz très bien, seigneur, respondit le compaignon ; Dieu mercy. C'est ma langue naturelle et maternelle, car je suis né et ay esté nourry jeune au jardin de France, c'est Touraine.» (Pantagruel, IX).

Les guides ou itinéraires à destination des étrangers séjournant en France se sont fait l'écho de cette opinion. Au début du XVIIe siècle, un jeune étudiant allemand Johan Zinzerling publie en 1616 le récit en latin de son voyage en France, Itinerarium Galliae, sous le nom de Jodocus Sincerus. Voici ce qu'il dit du parler du Val de Loire, de Blois à Tours :

  • «Le français que l'on parle en ce pays est extrêmement pur, non seulement en ville mais dans la campagne et les bourgs voisins. Maupas l'enseigne aux étrangers et tout le monde lui accorde la palme en ce domaine.» (cité par Gelly 1984, p. 1013-1014)

Le folkloriste tourangeau Jacques-Marie Rougé a étudié le parler local au début du XXe siècle, et a publié un glossaire dans son « Folklore de la Touraine » en 1931. source : Jean-Pascal Simon, Marie-Rose Simoni-Aurembou (1995 : 8-9).

Une des rares particularités du tourangeau consiste en l'ajout d'un "t" final à certains mots, qu'ils le comportent étymologiquement ou non :

Je vais au lit : Je vais au "litte"

Moi aussi : Moi "aussite"

Quoi : "Quoite"

Cette particularité reste de nos jours plus souvent entendue dans la campagne tourangelle et/ou parmi les anciennes générations.

En tourangeau, lorsqu'une personne ne sait pas si elle doit tutoyer son interlocuteur ou le vouvoyer, elle lui parle à la 3e personne du singuler.

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Le tourangeau n'a pas de différence fondamentale avec la conjugaison française. Cependant, il y a certaines déformations des pronoms personnels et de certaines personnes en particularité la première et troisième personne du singulier ainsi que la troisième personne du pluriel.

éetre Crére ou croére Voés Sçavoér S'assoér
je seu (ch’seu) je crés ou je croés (ch’cré, ch’croué) je voés (j’(v)oué je scés (ch’sé) je m'assoés (jmassoué)
t’ées Tu crœs Tu vœs tu scés Tu t'assœs
il / el éet î / ê croét î / voét î / ê scet î / ê s’assoét
je soumes je créyons / croéyons je voéyons je sçavons je nous assoéyons
Vous êtes Vous crœyeiz Vous vœyeiz Vous sçaveiz Vous vous assœyeiz
Îs/ ês sont Îs/ ês crœyent Îs/ ês vœyent Îs/ elles sçavent Îs/ elles s'assœyent

Nombres[modifier | modifier le code]

Un

Deui

Trœi

Cat

Cinc

Siç

Set

Uit

Neuf

Diç

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

À c't'heure : maintenant ;

Accoutrer : habiller ;

Achées : ver de terre ;

Assafre : gourmand ;

Bedou : nombril ;

Bérouette : brouette ;

Birette : œil ;

Blettes (légume) : bettes ;

Ben : bien ;

Bique : chèvre ;

Bobèche/Bobéchon/Caboche : tête ;

Bondon/Boudingue : ventre ;

Bouillet de fleurs : gerbe de fleurs ;

Brindzing : à moitié ivre ;

C'tantôt : cette après-midi ;

C'te : ce ;

Aller au cabinet : aller aux toilettes ;

Cadabre/Carcois : corps ;

Caleuil/Calorgne : œil que louche ;

Calibistri: clitoris ;

Carcouette : nuque ;

Carreaux : vitres ;

Carroy : carrefour ;

Casaquin : boîte crânienne ;

Catacoi : racine des cheveux ;

Causer : parler ;

Chignole : automobile (vulgaire) ;

Courtibault : dalmatique;

Darrié : derrière ;

Déripé : déraper ;

Didi : doigts chez un enfant ;

Se donner : (n'a pas vraiment d'équivalent en français) ;

Donne moi z'en : donne m'en ;

Droyère : fille ;

Epinoche : matrice ;

Estoumaque : seins ;

Ferdasse : désir de faire quelque chose ;

Fermer la lumière : éteindre la lumière ;

Les foies : foie, cœur et poumons ;

Frette : froid ;

Friper : lécher ;

Fumelle : femme ;

Gamelle : plat ;

Ganivelle : personnage incapable ;

Gâpette : casquette ;

Goule/bobine : visage ;

Guerdine/Quéquette/Pendillouère/Pendilloche : sexe masculin chez le petit garçon ;

Jabotte : cou, gorge, estomac ;

Jacter : parler (péjorativement) ;

Lignou : fil ou frein de la langue ;

Avoir mal au cœur : avoir envie de vomir ;

Mâle : homme ;

Margotte : une pie ;

Marm(i)ot : enfant ;

Mdame : madame ;

Méceyer : molaire (ou grosse dent) ;

Mouflet : enfant (péjoratif) ;

Nouseux : personnage très timide ;

Œillot : œil de petit enfant ;

Les œufs coués : les œufs pourris ;

Oussine : baguette ;

Palette du genon : rotule ;

Pétassant : facile à manier ;

Place : pièce ;

Plons : cils ;

Poile : cheveux rouges ;

Poman : poumons ;

Ponette : jeune fille ;

Être prise : être enceinte ;

Ratiboiser : récupérer malhonnêtement ;

Rendre : vomir ;

Être bien rendu : être bien arrivé ;

Avoir du rhume : être enrhumé(e)

Rikiki : les plus petits des doigts des pieds ;

Roueller : rouler très vite ;

Sabiots : sabots ;

Siau : seau ;

Sicasse : ration d’eau de vie ;

Souâmer : se présenter en curieux indiscret ;

Topette ! : à plus tard ;

Se prendre une volée : se prendre une claque.

Phrases[modifier | modifier le code]

Ch'ais pôs = Je ne sais pas.

Ch'ais pûs = Je ne sais plus.

Qu'êque dont qu'tu dis? = Que dis-tu?

Qu'êque dont qu'ça fait? = Qu'est-ce que ça fait?

J'va y'aler = Je vais y aller.

J'peux pôs y'aler = Je ne peux pas y aller.

Coment qu'î s'apèle? = Comment s'appelle-t-il?

Fripe pôs la gômèle, mais prends dont du pain ! = Ne lèche pas le plat, mais prends du pain !

Î va t-î bin = Comment vas-tu?

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Davau, Le Vieux parler tourangeau. Chambray lès Tours, C.L.D., 1979.
  • Jacques-Marie Rougé, «La langue de Rabelais et le parler tourangeau actuel» dans Le Bulletin de la société archéologique de Touraine Tome XVIII. Tours, Société archéologique de Touraine, 1913.
  • Jean-Pascal Simon, Marie-Rose Simoni-Aurembou, Dictionnaire du français régional de Touraine, Paris, Bonneton, 1995.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gudrun Ledegen et Nicole Gueunier, Le Bon français: les étudiants et la norme linguistique, Editions L'Harmattan, (ISBN 9782738498700, lire en ligne), Page 55

Articles connexes[modifier | modifier le code]