Panurge

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Panurge mis en broche par les Turcs. Il raconte comment il leur échappa dans le chapitre XIV de Pantagruel. Gravure de Gustave Doré dans l'édition de Garnier Frères, 1873.

Panurge (du grec ancien πανοῦργος / panoûrgos signifiant « apte à tout faire, méchant ») est l'un des personnages de François Rabelais, ami du géant Pantagruel. Figure comique et exubérante, il accompagne la totalité de la geste romanesque rabelaisienne, excepté dans Gargantua.

Dans la geste rabelaisienne[modifier | modifier le code]

Un joyeux luron et vilain farceur dans le Pantagruel[modifier | modifier le code]

Lorsque Pantagruel rencontre Panurge, celui-là, d'une belle physionomie mais misérablement vêtu, gagne immédiatement son affection. Panurge réclame la charité en quatorze langues (dont trois imaginaires, le lanternois, l'utopien et le langage des antipodes), avant de s'exprimer en français [N 1]. Le lanternois consiste en un baragoin reposant sur l'hybridation du français et d'autres idiomes tels que l'anglais, comme l'illustre le mot « delmeplistrincq » pour « donne-moi please to drink ». L'antipodien repose lui sur le mélange des langues arabes, syriaques et hébraïques réinventées. Ces deux jargons illustrent l'inclination de Rabelais pour l'amalgame humoristique des langues[1].

Désir et crainte du mariage dans le Tiers Livre[modifier | modifier le code]

Dès le début du Tiers Livre, la binarité entre Pantagruel, géant humaniste, et Panurge le débauché, se retrouve dans la manière dont ce dernier, nommé châtelain de Salmigondin, dilapide joyeusement son domaine tandis que le premier peuple avec bonheur les terres de Dipsodie[2].

Mais surtout, Panurge décide de se marier. D'un caractère moins enjoué que dans le précédent roman, il est partagé entre son désir charnel et la peur d'être cocu. Il demande conseil à une multitude de personnages, comme une sybille, le fou Triboulet ou le poète Raminagrobis, mais s'oppose toujours à Pantagruel sur l'interprétation des prédictions, refusant la conclusion pessimiste quant à un éventuel déboire conjugal[3].

Le voyage en mer dans le Quart Livre et le Cinquième Livre[modifier | modifier le code]

Dans le quatrième roman de la geste pantagruélique, le Quart Livre, Panurge part sur les mers avec ses compagnons chercher une réponse auprès de l'oracle de la Dive bouteille. L'un de ses plus célèbres hauts faits est d'avoir jeté le mouton acheté à Dindenault par dessus bord, afin que le reste du troupeau se jette à sa suite. De là est issue l'expression « mouton de Panurge »[N 2]. En revanche, dans l'épisode ultérieur de la tempête maritime, Panurge se remarque par sa couardise et sa superstition en multipliant les prières inutiles, en suppliant Frère Jean de ne pas jurer et en donnant des ordres aux mariniers tandis qu'il gémit sans leur venir en aide. Ces deux passages évoquent Baldus, un texte macaronique de Teofilo Folengo. Le personnage de Cingar manifeste le même humour cruel face au marchand et accourt en vain dans tous les sens en pleine tempête. En revanche, Rabelais accentue le côté burlesque de ces scènes[4].

Postérité littéraire[modifier | modifier le code]

Le personnage de Panurge apparaît dans des œuvres narratives et théâtrales, s'inspirant ou non de l'univers rabelaisien. Ainsi, le livret de colportage Le Disciple de Pantagruel, dont la première édition attestée remonte à 1538, met bien en scène ce personnage dans un récit hérité du premier roman de Rabelais, mais il est dépourvu de caractère et se trouve même remplacé dans certaines éditions ultérieures[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au chapitre 9 de Pantagruel, significativement intitulé « Comment Pantagruel trouva Panurge, il l'aima toute sa vie »
  2. Chapitres 5 à 8 du Quart Livre

Références[modifier | modifier le code]

  1. Émile Pons, « Les jargons de Panurge », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 75, no 1,‎ , p. 89-98 (lire en ligne, consulté le )
  2. Weinberg 2000, p. 110.
  3. Weinberg 2000, p. 109.
  4. Florence Weinberg, « Les éléments comiques et religieux dans la Tempête en mer de Rabelais », dans Rabelais et les leçons du rire : paraboles évangéliques et néoplatoniciennes, Orléans, Paradigme, (ISBN 2-86878-193-4), p. 109-125
  5. Jehan d'Abundance (édition critique publiée par Guy Demerson et Christiane Lauvergnat-Gagnière), Le disciple de Pantagruel (Les navigations de Panurge), Paris, Librairie Nizet, coll. « Société des textes français modernes », , LXXXII-98 p. (ISBN 2-86503-175-6, présentation en ligne), p. LVIII-LX

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Myriam Marrache-Gouraud, « Hors toute intimidation » : Panurge ou la parole singulière (thèse de doctorat), Genève, Droz, coll. « Études rabelaisiennes » (no XLI), , 427 p. (ISBN 2-600-00813-6, lire en ligne)
  • Anne-Pascale Pouey-Mounou, Panurge comme lard en pois : paradoxe, scandale et propriété dans le Tiers Livre, Genève, Droz, coll. « Travaux d'humanisme et de la Renaissance / Études rabelaisiennes », , 586 p. (ISBN 978-2-600-01608-7, présentation en ligne)
  • Florence Weinberg, « Les hauts et les bas de la vie : Panurge dans le Tiers Livre, une Katábasis », dans Rabelais et les leçons du rire : paraboles évangéliques et néoplatoniciennes, Orléans, Paradigme, (ISBN 2-86878-193-4), p. 109-125