Tourangeau (idiome)

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Tourangeau.

tourangeau
torangiau
Pays France
Région Touraine
Originaire de Touraine
Typologie SVO
Classification par famille
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français) :
Tertos les houms naissont libĕrs, ansement is aont les meguimĕs dreits e la meguimĕ dighnitaiy. Is aont coumĕ dounaison eun antendouerĕ e eunĕ airzon e is deivont s'ajidair les euns les outĕrs coumĕ des frairĕs.

Le tourangeau (en tourangeau : torangiau) est une langue d'oïl parlé en Touraine[1].

Le parler de Touraine ne présente pas de règles orthographiques officielles à ce jour, les dictionnaires existant utilisent généralement une graphie francisante. Il est différent du français standard phonologiquement et lexicalement, bien qu'il se fonde de plus en plus dans un français régional, où ses caractéristiques phonologiques disparaissent peu à peu.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le premier peuple attesté dans l'histoire de la Touraine est celui des Turones. Il s'agissait d'un peuple gaulois dont les ancêtres étaient issues d'Europe Centrale. La première attestation que l'on ait de celui-ci remonte à l'année 57 av. J.-C. lors de la Guerre des Gaules. Cette tribu parlait une langue celtique.

En 52 av. J.-C., aux côtés de Vercingétorix, les Turones décident de se rebeller contre l'Empire romain. Cependant, à la suite de la bataille, ils ne seront pas concernés par les mesures de clémence de César et certains d'entre eux seront réduits en esclavage et déportés en Italie. Petit à petit, la population locale subit un processus de romanisation et abandonne progressivement sa langue et sa culture.

La population, latinisée, parle le latin populaire avec la conservation de certaines caractéristiques gauloises qui viennent s'appliquer au latin de Gaulle, comme la palatalisation du /k/ en /ʃ/ ou bien encore la spirantisation du /p/ en /v/, par exemple de capra à chèvre (fr) / chiavĕr (to) ou même le passage de mots d'origine celtique au latin populaire, par exemple de calio à caillou (fr) / chighlou (to).

A partir du IIIe siècle, la Gaulle est touchée par des invasions de peuples germaniques comme les Francs ou les Alamans, lesquels laisseront également des caractéristiques de leurs langues dans le latin populaire.

Finalement, au XIe siècle, les langues d'oïl émergent dont le tourangeau étant la variante du latin populaire en Touraine.

Caractéristiques phonétiques[modifier | modifier le code]

Consonantisme[modifier | modifier le code]

En comparaison avec le français, certaines consonnes disparaissent lorsqu'elles se trouvent en position finale.

Exemples
Tourangeau Français
marh mars
defici difficile
neuh neuf

Dans les groupes consonantiques [bl], [cl], [fl], [gl] et [pl], le [l] /l/ subit un processus de palatalisation le transformant en [ghl] /j/.

Exemples
Tourangeau Français
bghlanc blanc
fghleur fleur
pghleuyĕ pluie

Vocalisme[modifier | modifier le code]

Le [ē] et [ĭ] latins ont donné une diphtongue [ei] /ei/ dans le plus ancien français, mais alors qu'elle évoluait vers [oi] /wa/ en français moderne, en tourangeau la diphtongue s'est monophtonguée en [ei] /e/.

Exemples
Tourangeau Français
mei, tei, sei moi, toi, soi
fei, dreit, veiture foi, droit, voiture
neirĕ, peiçon, veisin noir, poisson, voisin

Grammaire[modifier | modifier le code]

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Le verbe être[modifier | modifier le code]

Le verbe avoir[modifier | modifier le code]

Le verbe pouvoir[modifier | modifier le code]

Le verbe savoir[modifier | modifier le code]

Le verbe aller[modifier | modifier le code]

Le verbe venir[modifier | modifier le code]

Le verbe rester[modifier | modifier le code]

Lexique[modifier | modifier le code]

Origines romanes[modifier | modifier le code]

Le tourangeau est une langue d'oïl, donc la majeure partie de son vocabulaire provient du latin populaire. Certains mots de la langue présentent des étymons non-présents en français moderne et même parfois non-présents en ancien français.

Exemples de termes d'origine romane :

  • aiguĕ (eau, latin : aqua)
  • aneut (aujourd'hui, latin : ad nocte)
  • astheurĕ (maintenant, latin : ad ista hora)
  • bigĕ (bisou, latin : basiu)
  • chĕau (cheval, latin : caballu)
  • gealinĕ (poule, latin : gallina)
  • guiorĕ (dehors, latin : de fora)
  • demaisheuy (jamais, latin : de magis hodie)
  • jainĕ (porte, latin : janua)
  • leumaz (escargot, latin : limace)
  • meriainĕ (sieste, latin : meridiana)
  • oueghlĕ (mouton, latin : ovicula)
  • peisĕ (poire, latin : piru)
  • sorgin (souris, latin : soricinu)
  • terjos (toujours, latin : trans diurnos)
  • vanquiers (peut-être, latin : volontariu)

Origines germaniques[modifier | modifier le code]

Le lexique d'origine germanique vient en grande majorité du francique, la langue des Francs.

Exemples de termes d'origine germanique :

  • ageacĕ (pie, vieux haut allemand : agaza)
  • crimpir (serrer, francique : *krimpōn)
  • drolĕ (garçon, néerlandais : droll)
  • ganghnair (gagner, francique : *waithanjōn)
  • gani (couteau, francique : *knif)
  • houghnair (honnir, francique : *haunijōn)
  • lichair (lécher, francique : *likkōn)

Origines celtiques[modifier | modifier le code]

Le tourangeau, comme bon nombre de langues d'oïl du Grand Est, présente un substrat celtique hérité du gaulois. Du fait du processus de romanisation, il est aujourd'hui difficile de distinguer les mots d'origine celtique des autres.

Exemples de termes d'origine celtique :

  • cantĕ (avec, gaulois : *cata-)
  • chaighnĕ (chêne, gaulois : cassanos)
  • chighlou (caillou, gaulois : calio)
  • dun (montagne, gaulois : dūnon)
  • ghlenair (lier des herbes / glaner, gaulois : *gleno)
  • irabĕl (érable, gaulois : *abalo-)
  • lochĕ (limace, gaulois : *loucâ)

Exemples[modifier | modifier le code]

Mot Traduction
terre tarrĕ
ciel cialĕ
eau aiguĕ
feu fieuy
homme houm
femme fenĕ
manger mangeair
boire beirĕ
grand grand
petit pĕquit
nuit neut
jour jos
maison houstiau

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le vieux parler tourangeau, Maurice Duvau, 1979, édition C.L.D.
  • Petit dictionnaire du parler de Touraine, Jacques-Marie Rougé, 2005, édition C.L.D.
  • André-Raoul-Claude-François-Siméon de Croÿ-Chanel (comte), Études statistiques, historiques et scientifiques sur le département d'Indre-et-Loire (ancienne Touraine), Tours/Paris, 1838[1].
  • Mots usités dans le 2e arrondissement du Département d'Indre-et-Loire avec l'acceptation de ces mots français, Manuscrit de réponse à l'enquête de Charles Coquebert de Montbret[1]
  • Hyppolyte-François Jaubert (comte), Glossaire du Centre de la France, Paris, 1856-1858[1]
  • Jacques-Marie Rougé, Le parler tourangeau (région des Loches), Paris, 1912[1]
  • Jacques-Marie Rougé, Traditions populaires. Région de Loches (Indre-et-Loire), Paris, 1907[1]
  • Jacques-Marie Rougé, Le folklore de la Touraine, Paris, 1931[1]
  • Auguste Brachet, Vocabulaire tourangeau, R1, 1872[1]
  • Pierre-Louis Malardier, Notes sur Le Grand-Pressigny et ses environs, Bulletin de la Société archéologique de Touraine 4 (1877-1879), 6 (1883-1885), 8 (1889-1891)[1]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h et i Walther von Wartburg, Hans-Erich Keller, Robert Geuljans, Bibliographie des dictionnaires patois galloromans (1550-1967), Librairie Droz, 1969.