Evin (prison)

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Prison d'Evin
(fa) زندان اوین
Image illustrative de l’article Evin (prison)
Entrée de la prison d'Evin.
Localisation
Pays Drapeau de l'Iran Iran
Région Province de Téhéran
Ville Téhéran
Coordonnées 35° 47′ 43″ nord, 51° 23′ 08″ est
Géolocalisation sur la carte : Iran
(Voir situation sur carte : Iran)
Prison d'Evin (fa) زندان اوین
Installations
Type Maison d'arrêt
Fonctionnement
Opérateur Ministère de la Justice
Date d'ouverture 1972

La prison d'Evin (زندان اوین en farsi) est une prison de Téhéran, en Iran.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

La prison d'Evin est construite en 1972, sous le règne du dernier shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi. Elle se situe dans le quartier d'Evin, au nord de la capitale iranienne, Téhéran, au pied des monts Alborz. C'est là que se trouvait la maison de Seyyed Zia'eddin Tabatabai, premier ministre de l'Iran dans les années 1920. La prison inclut alors une cour pour les exécutions, une cour de promenade et des quartiers séparés pour les prisonniers hommes et femmes. La prison est alors sous le contrôle de la SAVAK, service de sécurité intérieure et de renseignement du régime. Elle a une capacité de 320 prisonniers (dont 20 dans les cellules d'isolement et 300 dans deux grandes cellules collectives). En 1977, la prison est agrandie, afin d'accueillir jusqu'à 1 500 prisonniers, dont au moins 100 dans les cellules d'isolement. En effet, la prison d’Evin a alors supplanté la prison de Qasr dans l’accueil des prisonniers politiques[1].

La prison reçoit alors des prisonniers prestigieux. Peuvent y être enfermé des opposants communistes ou des sympathisants de gauche, mais aussi des religieux proches de Rouhollah Khomeini, tels que Mahmoud Taleghani et Hossein Ali Montazeri.

Depuis la révolution islamique[modifier | modifier le code]

Après la révolution islamique de 1979, la prison n'est pas abandonnée. Au contraire, elle ne cesse de voir son importance croître, jusqu'à accueillir 15 000 prisonniers. En théorie, la prison d'Evin sert de lieu de détention seulement pour les inculpés en attente de jugement et en attente donc d'un transfert vers une autre prison, telle que Qezel Hesar ou Gohardasht. Mais dans les faits, Evin retient des prisonniers qui attendent d'être jugés pendant plusieurs années. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs effectué toute leur peine dans la prison d'Evin[2]. Les exécutions peuvent également être réalisées dans la prison[3].

En 1979, Mohammad Kachouyi devient le chef de la prison d'Evin, mais il est assassiné en . Il est remplacé par Asadollah Lajevardi, procureur général de Téhéran, qui s'y installe avec sa famille et y reste en poste jusqu'en 1985. Il est assassiné 13 ans plus tard par les Moudjahiddines du peuple. La politique de l'État islamique s'applique alors pleinement dans la prison d'Evin : il s'agit officiellement de les ramener à l'islam en les faisant étudier les textes sacrés et en apprenant à se repentir de leurs actions passées[4]. Il semble cependant que pour obtenir des confessions de ses prisonniers, Lajevardi se livre à des actes systématiques de torture sur eux[5].

Aujourd'hui, la prison d'Evin se trouve au cœur du quartier du même nom, dans le district de Sa'adat Abad, dans une zone résidentielle et commerciale. Elle est entourée par un vaste parc, qui regroupe des restaurants et des maisons de thé fréquentées.

La Section 209[modifier | modifier le code]

La Section ou Prison 209 (en persan : بازداشتگاه ۲۰۹) est une section non officielle de la prison d'Evin, véritable prison dans la prison. Elle accueille principalement les détenus politiques[6],[7]. Elle est sous l'administration de la VEVAK.

Les prisonniers politiques qui y sont gardés sont mis à l'isolement complet. En plus de cette séparation complète avec le monde extérieur, y compris les autres prisonniers, ils doivent supporter des conditions de vie difficiles. Les cellules sont très petites, d'environ 1 mètre sur 1,80 mètre, éclairées en permanence[8].

Prisonniers célèbres[modifier | modifier le code]

Avant 1979[modifier | modifier le code]

La police politique du shah enferma un certain nombre d'opposants. On peut citer plusieurs religieux, proches de Rouhollah Khomeini, tels que Mahmoud Taleghani et Hossein Ali Montazeri.

Journalistes[modifier | modifier le code]

Akbar Gandji, journaliste et intellectuel iranien fut arrêté en 2000, à la suite de la publication d'articles impliquant des hommes politiques et haut-fonctionnaires dans les meurtres d'intellectuels et de dissidents survenus en 1998. Il fut détenu entre 2000 et 2006.

Le , la photo-journaliste Zahra Kazemi est arrêtée, alors qu'elle prend des photographies de la prison. Elle meurt d'une contusion à la tête durant sa période d'emprisonnement. Le gouvernement iranien a affirmé qu'elle était morte d'un accident vasculaire cérébral lors d'un interrogatoire. Les médecins qui ont ausculté le corps de la journaliste ont trouvé des preuves de viol, de torture et une fracture du crâne[9].

En , le journaliste et blogueur Hossein Derakhshan est détenu à Evin, sous l'accusation d'espionnage en faveur d'Israël. Le , il est condamné à 19 ans et demi de prison[10].

En 2009, Rouhollah Zam, journaliste et activiste, est enfermé pour pour sa participation à la révolution verte. Il est libéré en 2011, date à la laquelle il fuit en France.

Roxana Saberi, journaliste irano-américaine, fut arrêtée en pour avoir exercé son métier sans les accréditations officielles et emprisonnée à Evin. En avril, elle fut également accusée d'espionnage. Elle fut finalement libérée en [11].

Marzieh Rasouli y est emprisonnée depuis 2014

Étudiants[modifier | modifier le code]

Dès les premières années du régime islamique, des étudiants sont détenus dans la prison d'Evin. Le , la jeune lycéenne Marina Nemat est emprisonnée à l'âge de seize ans pour avoir participé à des manifestations contre le régime. Condamnée à mort, puis à la prison à vie, elle fut finalement libérée au bout de deux ans. Elle a cependant raconté dans un livre les tortures dont elle et ses compagnons furent victimes[12].

Esha Momeni, étudiante à la California State University fut emprisonnée à Evin, dans la section 209[13], le pour crimes contre la sécurité nationale, alors qu'elle était en visite en Iran pour rendre visite à sa famille et faire des recherches sur les droits des femmes. Elle fut finalement libérée le [14].

Dissidents religieux[modifier | modifier le code]

Divers responsables baha'is ont été emprisonnés à Evin. Le , six membres de la communauté baha'ie furent arrêtés et conduits à la prison d'Evin[15], où ils furent détenus dans la section 209[16]. Le , ils furent condamnés à 20 ans de réclusion, ensuite réduits à 10 ans[17],[18], et transférés à la prison de Gohardasht.

Les chrétiens sont également visés par le gouvernement iranien : le , Marzieh Amirizadeh Esmaeilabad et Maryam Rustampoor sont arrêtées comme activistes anti-gouvernement et emprisonnées à Evin[19] jusqu'au , date à laquelle elles sont relâchées.

Minorités[modifier | modifier le code]

Zeinab Jalalian, une femme appartenant à la minorité kurde, a été incarcée courant 2010 dans la Section 209.

Société civile[modifier | modifier le code]

Le blogueur Sattar Beheshti fut torturé à mort pour avoir critiqué le régime sur Facebook[20],[21].

Étrangers[modifier | modifier le code]

En , trois Américains, Shane Bauer, Joshua Fattal et Sarah Shourd, résidant au Kurdistan irakien, furent capturés par des garde-frontière iraniens alors qu'ils se promenaient à la frontière Iran-Irak. Ils furent détenus à la prison d'Evin et convaincus d'espionnage au service d'Israël par une cour de justice iranienne[22],[23]. Finalement, Sarah Shourd fut libérée contre une caution de 500 000 dollars.

Aux mois de juillet et , c'est Clotilde Reiss, une étudiante française, qui fut accusée d'avoir informé par mails de l'avancée des manifestations étudiantes. Elle passa 47 jours à la prison d'Evin, entre le 1er juillet et le [24].

En , c'est au tour de trois touristes belges, Vincent Boon-Falleur, Idesbald Van den Bosch et Diego Mathieu, d'être arrêtés et envoyés à Evin pour avoir pénétré et photographié une zone militaire près de Semnan. Ils sont mis à l'isolement dans la section 209 avant d'être placés en cellules collectives. Ils y restent jusqu'au , date à laquelle ils sont libérés à la suite des négociations diplomatiques entre l'Iran et la Belgique[25].

Le Français Roland Marchal et la Franco-iranienne Fariba Adelkhah, chercheurs au CERI de Sciences Po, sont détenus à Evin depuis juin 2019.

Autres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ervand Abrahamian, Tortured confessions: prisons and public recantations in modern Iran, University of California Press, 1999, p. 105.
  2. Ervand Abrahamian, op. cit., p. 135-136.
  3. Ervand Abrahamian, op. cit., p. 135.
  4. Ervand Abrahamian, op. cit., p. 138.
  5. Ervand Abrahamian, op. cit., p. 139.
  6. Afsané Bassir Pour, « Iran : la Commission des droits de l'homme de l'ONU dresse un bilan alarmant », Le Monde, 10 juillet 2003.
  7. Article de presse du journal Le Monde Source 9 juillet 2003, Médiathèque baha'ie, consulté le 23 septembre 2013.
  8. Delphine Minoui, « Prison d'Evin : l'enfer de la section 209 », Le Figaro, 30 décembre 2009.
  9. (en) Impunity in Iran: The Death of Photojournalist Zahra Kazemi, rapport de l'Iran Human Rights Documentation Center.
  10. (en) « Iranian 'Blogfather' Arrested, Charged With Spying for Israel », Fox News, 19 novembre 2008.
  11. (en) Associated Press, [« U.S. Journalist Jailed in Iran Released »], Fox News, 11 mai 2009.
  12. (en) Michelle Shephard, « My home, my horror », The Star, 22 avril 2007.
  13. « IRAN Esha Momeni (f), étudiante », Amnesty International, 21 octobre 2008.
  14. Eliott C. McLaughlin, « Amnesty: Iran frees American-born grad student », CNN, 11 novembre 2008.
  15. (en) « Iran's arrest of Bahá'is condemned », CNN, 16 mai 2008.
  16. « Iran: Seven Baha'is Leaders Risk Execution », Amnesty International, 3 juin 2009.
  17. (en) Moni Basu, « Sentences for Iran's Baha'i leaders reportedly reduced », CNN, 16 septembre 2010.
  18. « Retour des deux responsables bahá’íes à la prison d’Evin », sur le site Les Baha'his de France, consulté le 20 septembre 2013.
  19. (en) Julia Duin, « Jailed Iranians stand by God », The Washington Times, 10 septembre 2009.
  20. (en) Saeed Kamali Dehghan, Iran accused of torturing blogger to death, The Guardian, 8 novembre 2012.
  21. « Blognotice 13.11.2012: Sattar Beheshti – torturé à mort pour avoir osé critiquer le régime de Téhéran sur Facebook », 13 novembre 2012.
  22. (en) Kay Armin Serjoie, Thomas Erdbrink et William Branigin, « Iran intends to go forward with espionage trial of 3 Americans », Washington Post, 15 décembre 2009.
  23. (en) « Mothers continue fight for release of Iran hikers », PRI's The World, 20 juillet 2010.
  24. Marie Desnos, « Clotilde Reiss. Ses 47 jours à la prison d'Evin. », Paris Match, 10 juin 2010.
  25. « Les trois Belges arrêtés en Iran reviennent sur leur mésaventure », 8 janvier 2010.
  26. Christophe Ayad, « La prison d'Evin, un Iran en miniature », Le Monde, 15 février 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

(en) Ervand Abrahamian, Tortured confessions: prisons and public recantations in modern Iran, University of California Press, 1999 (ISBN 978-0-520-21866-6)

Marina Nemat, Prisonnière à Téhéran, Editions de Noyelles, 2008.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]