Selma James

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Selma James
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (91 ans)
BrooklynVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Selma DeitchVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Activités
Période d'activité
Depuis Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Autres informations
A travaillé pour
Campaign Against Racial Discrimination (en) (depuis ), Global women's strike (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Membre de
Tendance Johnson-Forest
English Collective of Prostitutes (en)
Global women's strike (en)
Wages for housework (en)
International Jewish Anti-Zionist Network (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mouvements
Œuvres principales
Pouvoir des femmes et la subversion sociale (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Selma James, née Selma Deitch le à Brooklyn, est une militante féministe et anti-raciste étatsunienne, co-auteure du classique féministe The Power of Women and the Subversion of the Community (avec Mariarosa Dalla Costa), et co-fondatrice en 1972 de la International Wages for Housework Campaign (« Campagne internationale pour un salaire domestique »).

Jeunesse et début de militantisme[modifier | modifier le code]

Selma Deitch naît à Brooklyn en 1930[1],[2] dans une famille juive, d'un père camionneur et syndicaliste né dans l'empire Austro-Hongrois (actuelle Pologne)[3] et d'une mère femme au foyer ayant travaillé dans une usine de boîtes à papier à partir de ses 12 ans[3],[2]. Vivant à la limite entre un ghetto juif et un ghetto noir, Selma Deitch indique avoir très tôt connaissance du racisme[2].

À 15 ans, elle rejoint la tendance Johnson-Forest où elle fait la connaissance de Cyril Lionel Robert James[2], dont elle suit ensuite les cours sur l'esclavage et la guerre civile[2]. Il l'encourage à écrire[2],[3].

Elle travaille à l'usine et épouse à l'âge de 17 ans un de ses collègues, avec qui elle a un fils, Sam[2]. Le couple se sépare au bout de 4 ans[2].

En 1952, elle publie A Woman's Place, un essai qui décrit la frustration des vies des femmes au foyer, des mères et des travailleuses[2].

Durant le maccarthysme, Cyril Lionel Robert James est emprisonné à Ellis Island. À sa sortie de prison, il s'exile à Londres, où Selma Deitch le rejoint avec son fils. Ils se marient en 1955[2].

De 1958 à 1962, ils vivent à Trinité-et-Tobago et sont actifs dans le mouvement pour l'indépendance des Antilles[2],[4].

De retour au Royaume-Uni, Selma James milite au sein du Black Regional Action Movement. Le réalisateur de documentaires britannique Richard Taylor qui travaille sur le racisme policier la sollicite pour rencontrer des victimes de violences policières[5]. En 1965, elle est la première secrétaire organisatrice de la Campagne contre la discrimination raciale[5].

Féminisme[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, elle rédige avec Mariarosa Dalla Costa, Leopoldina Fortunatiée et Silvia Federici la première version du livre Caliban et la sorcière (en)[6].

James porte un regard critique sur le féminisme majoritaire dans les années 1970, déconnecté des problématiques de classe[2],[1]. Elle rapporte également l'opposition de Juliet Mitchell à ce qu'elle travaille sur un film sur le mouvement féministe, car elle craignait qu'elle ne fasse un film sur l'anti-racisme[2].

Elle fait partie de la branche des féministes radicales qui se préoccupent de l'exploitation économique des femmes, et des liens entre le système patriarcal et le capitalisme, se situant dans le champ d'une analyse marxiste. De ces préoccupations naissent le mouvement international pour un salaire ménager, revendiquant un salaire pour le travail domestique des femmes. Les positions de Selma James sont exposées dans le livre écrit avec Mariarosa Dalla Costa Le pouvoir des femmes et la subversion sociale (The Power of Women and the Subversion of the Community, publié en 1972)[7],[8],[9],[4]. Elle soutient que les femmes au foyer font partie de la classe ouvrière et que leur travail domestique et reproductif est essentiel au fonctionnement de la société capitaliste[3].

La même année, James écrit Women, the Unions and Work, or What Is Not To Be Done, brochure préparée en 4 heures et distribuée à la National Conference of Women de Manchester, les 25 et 26 mars[2],[10],[11]. Elle contient une liste de 6 exigences, parmi lesquelles le droit de travailler moins, et pour la première fois, un salaire pour le travail domestique[2]. Elle fonde par la suite la campagne internationale Wages for Housework (Des salaires pour le travail domestique)[12],[2],[13] qui exige que les états rémunèrent les femmes au foyer[4]. Silvia Federici et sa collaboratrice Nicole Cox fondent la branche new-yorkaise du mouvement en 1974, guidées par James[14]. Elles travaillent avec Margaret Prescod et Wilmette Brown, qui fondent Black Women for Wages for Housework[14]. Quelques années plus tard cependant, la branche new-yorkaise est dissoute : selon James et Prescod, à cause de la question du racisme, qui n'est pas prise en compte par l'organisation locale ; selon Federici, à cause de problèmes du groupe avec James[14],[3].

En 1975, elle fonde le Crossroads Women's Centre dans un squat. Le lieu est une base pour différents groupes et organisations de femmes, en particulier la campagne international Wages for Housework mais également des collectifs de prostituées ou encore de femmes contre le viol[2],[15].

En 1985, elle coordonne le réseau Women Count Network qui obtient que les Nations unies demande aux gouvernements de considérer et valoriser le travail domestique dans leurs statistiques[3],[4].

Activité récente[modifier | modifier le code]

Le , elle coordonne la grève générale de femmes autour de son projet de salaire domestique[4].

En 2012, durant la campagne présidentielle américaine, elle rappelle l'importance du travail domestique non rémunéré des femmes après qu'un membre de l'équipe d'Obama indique qu'Ann Romney, épouse de son concurrent et mère de 5 enfants, « n'a jamais travaillé de sa vie »[2],[16].

Son exigence d'un salaire domestique résonne avec des mouvements plus contemporains comme Occupy ou les partis pirates[2],[17].

Elle est une membre active de l’organisation International Jewish Anti-Zionist Network[réf. nécessaire].

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • A Woman's Place (1952)
  • The Power of Women & the Subversion of the Community (avec Mariarosa Dalla Costa ; Bristol: Falling Wall Press, 1972)
    • Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, avec Mariarosa Dalla Costa ; Genève : Librairie Adversaire, 1973
  • Women, the Unions and Work, or What Is Not To Be Done (Notting Hill Women's Liberation Workshop, 1972; Falling Wall Press, 1976)
  • Sex, Race & Class (1974)
  • The Rapist Who Pays the Rent (co-auteur, 1982)
  • Marx and Feminism (1983; Crossroads Books, 1994)
  • Hookers in the House of the Lord (1983)
  • The Ladies and the Mammies: Jane Austen and Jean Rhys (Falling Wall Press, 1983, (ISBN 978-0905046259))
  • Strangers & Sisters: Women, Race and Immigration (éditrice & introduction; Falling Wall Press, 1985, (ISBN 978-0905046297))
  • The Global Kitchen: The Case for Counting Unwaged Work (1985, 1995)
  • The Milk of Human Kindness: Defending Breastfeeding from the Global Market and the AIDS Industry (co-auteur; Crossroads Books, 2003, (ISBN 978-0954437206))
  • Sex, Race and Class--the Perspective of Winning: A Selection of Writings 1952–2011 (PM Press, 2012, (ISBN 978-1604864540))
  • Our Time Is Now: Sex, Race, Class, and Caring for People and Planet (PM Press, 2021, (ISBN 978-1-62963-838-6))

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en-US) « The way I work: Selma James », sur Big Issue North, (consulté le )
  2. a b c d e f g h i j k l m n o p q r et s (en) « A life in writing: Selma James », sur the Guardian, (consulté le )
  3. a b c d e et f (en-US) Selma James et Ron AugustinTopics: Feminism History Marxism Movements Places: Europe United Kingdom, « Monthly Review | Beyond Boundaries », sur Monthly Review, (consulté le )
  4. a b c d et e (es) « Mujeres Bacanas - Selma James (1930) », sur Mujeres Bacanas, (consulté le )
  5. a et b (en-US) « Mangrove 9: Darcus Howe and the extraordinary campaign to expose racism in the police », sur New Statesman, (consulté le )
  6. « Silvia Federici: le ventre capital », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. « Le pouvoir des femmes et la subversion sociale - Fragments d'Histoire de la gauche radicale », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  8. Fauré, Christine., Nouvelle encyclopédie politique et historique des femmes, Les Belles Lettres, (ISBN 978-2-251-44380-5 et 2-251-44380-0, OCLC 652459012, lire en ligne)
  9. (en) « The power of women and the subversion of the community - Mariarosa Dalla Costa and Selma James », sur libcom.org (consulté le )
  10. « Women’s Liberation: Critical Notes on Selma James’ Pamphlet », sur www.marxists.org (consulté le )
  11. (en) « Women, the unions and work, or... what is not to be done - Selma James », sur libcom.org, (consulté le )
  12. Louise Toupin, « Le salaire au travail ménager, 1972-1977 : retour sur un courant féministe évanoui », Recherches féministes, vol. 29, no 1,‎ , p. 179–198 (ISSN 0838-4479 et 1705-9240, DOI 10.7202/1036677ar, lire en ligne, consulté le )
  13. « Should housework be a salaried profession? - Times of India », sur The Times of India (consulté le )
  14. a b et c (en-US) Jordan Kisner, « The Lockdown Showed How the Economy Exploits Women. She Already Knew. », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  15. (en) Hannah Al-Othman, « Crossroads Women’s Centre in Kentish Town celebrates 40 years fighting for women’s rights », sur Hampstead Highgate Express, (consulté le )
  16. (en) « Housework as Work: Selma James on Unwaged Labor and Decades-Long Struggle to Pay Housewives », sur Democracy Now! (consulté le )
  17. (en) « Opinion: I founded the Wages for Housework campaign in 1972 – and women are still working for free », sur The Independent, (consulté le )


Liens externes[modifier | modifier le code]

Selma James (Wikisource)