Clarence Thomas

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Clarence Thomas
Image illustrative de l'article Clarence Thomas
Fonctions
Juge de la Cour suprême des États-Unis
En fonction depuis le
(25 ans, 10 mois et 30 jours)
Président William H. Rehnquist
John G. Roberts, Jr.
Prédécesseur Thurgood Marshall
Juge à la Cour d'appel des États-Unis pour le circuit du district de Columbia

(1 an, 7 mois et 11 jours)
Prédécesseur Robert Bork
Successeur Judith Ann Wilson Rogers
Biographie
Date de naissance (69 ans)
Lieu de naissance Pin Point (Géorgie)
Nationalité Américaine
Diplômé de Abbaye de Conception
École de droit de Yale

Signature de Clarence Thomas

Clarence Thomas
Membres de la Cour suprême des États-Unis

Clarence Thomas, né le à Pin Point (Géorgie), est un juge américain, membre de la Cour suprême des États-Unis depuis sa nomination par le président George H. W. Bush en 1991.

Il est — après Thurgood Marshall auquel il succède — le second membre noir de cette haute juridiction. Thomas est l'un des juges les plus conservateurs de la Cour, tenant de la position originaliste qui soutient une interprétation littérale de la Constitution.

Biographie[modifier | modifier le code]

Abandonné par son père alors qu'il n'est âgé que d'un an, Clarence Thomas est élevé par sa mère, Leola Anderson. Thomas a grandi dans la pauvreté et sa mère travaille comme bonne. Sa langue maternelle est le gullah.

Alors qu'il n'a que six ans, son jeune frère met accidentellement le feu à la maison familiale. La famille doit alors emménager dans un petit appartement de Savannah avant de partir vivre chez le grand-père maternel.

Élevé dans la religion catholique, un temps passé chez les épiscopaliens, Thomas pense d'abord entrer dans la prêtrise et fait des études de sacerdoce dans un séminaire catholique du Missouri où il est confronté au racisme. Il entre plus tard au collège de Sainte Croix, un établissement de jésuites dans le Massachusetts, après que l'école a commencé un programme de discrimination positive en faveur des noirs. Il y fonde alors un syndicat étudiant noir, soutient les Black Panthers et proteste contre les investissements en Afrique du Sud durant l'apartheid. Libertarien à l'université, il évolue vers le conservatisme politique.

En 1974, il est diplômé en droit de Yale[1].

En 1975, Thomas lit le Race and Economics (en) de Thomas Sowell, œuvre critique à l'égard des réformes sociales et promouvant l'individualisme pour vaincre l'adversité, véhiculant donc des valeurs que Thomas se mit dès lors à défendre avec conviction. Ce livre est devenu une référence pour lui, il déclarera qu'il a « changé [sa] vie ».

Marié à deux reprises, il a un fils.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Le juge Clarence Thomas.

De 1974 à 1977, il est assistant du procureur général du Missouri.

Entre 1977 et 1979, il est avocat pour la société multinationale Monsanto puis assistant législatif du sénateur John Danforth de 1979 à 1981. La même année, il entre dans l'administration de Ronald Reagan : jusqu'en 1982 secrétaire assistant pour les droits civiques au département de l'Éducation, il est président de la commission pour l'égalité des offres d'emplois de 1982 à 1990 sous la présidence de George H. W. Bush. Il y dirige les efforts fédéraux pour limiter la discrimination sur les lieux de travail. Cependant, son action irrite les groupes de droits civiques.

En 1990, le président George H. W. Bush le nomme à la cour d'appel fédérale du district de Columbia. En 1991, à la suite de la démission de Thurgood Marshall de la Cour suprême, Bush le choisit pour le remplacer.

Marshall, premier et seul noir de la Cour suprême, serait alors remplacé par un autre noir, mais conservateur.

Pourtant de nombreuses organisations de défense des droits civiques comme la « NAACP », la « Urban League », et la « National Organization for Women » s'opposèrent à cette nomination du fait des positions de Thomas, hostiles à la discrimination positive en faveur des minorités ethniques et de ses positions hostiles à l'avortement.

La commission judiciaire du Sénat contrôlée par les démocrates l'interrogea longuement sur ses opinions politiques et son interprétation des lois.

Affaire Anita Hill[modifier | modifier le code]

Le , à l'échéance de la nomination de Thomas à la Cour suprême, fut rendu public un rapport du FBI portant sur une plainte d'Anita Hill, une ancienne collègue de Thomas à l'université de l'Oklahoma, qui l'avait accusé de harcèlement sexuel[2] alors qu'ils avaient été amenés à travailler ensemble, entre 1982 et 1983. Appelée à témoigner en personne, Hill mentionna une conversation où Clarence Thomas aurait déclaré aimer les films pornographiques avec Long Dong Silver.

Thomas dénoncera une cabale et un lynchage raciste, et rejettera toutes les accusations.

Il reçoit le soutien de tous ses anciens collègues féminins, y compris celles qui ne partageaient pas ses opinions politiques, alors que la crédibilité de la plainte d'Anita Hill était remise en question du fait de ses nombreuses contradictions. Après enquête, le sénateur démocrate Joseph Lieberman remit en doute les allégations d'Anita Hill. Le sénateur Strom Thurmond, ancien Dixiecrat, lui apporte son soutien comme tous les conservateurs blancs.

Au bout du compte, la commission sénatoriale ne trouva rien pour corroborer les déclarations d'Anita Hill et Thomas est difficilement confirmé par 52 voix contre 48 le .

Juge à la Cour suprême[modifier | modifier le code]

Il entre à la Cour suprême pour prendre son siège le .

Clarence Thomas est l'un des juges les plus conservateurs de la Cour suprême, et l'un des tenants d'une position originaliste, qui s'attache à une interprétation littérale de la Constitution, la plus proche possible de ce qu'elle aurait pu signifier, à l'époque de sa proclamation, pour ses contemporains. Il est proche de l'ancien chief Justice William Rehnquist et reste très proche idéologiquement du juge Antonin Scalia.

Il peut être considéré comme le membre le plus conservateur de l'institution car les rares fois où il est en désaccord avec Scalia, il vote généralement dans un sens plus conservateur que ce dernier.

Il est le seul juge à avoir donné une opinion dissidente dans Safford Unified School District #1 et al. v. Redding[3],[4] (), arrêt par lequel la Cour a jugé que la fouille au corps d'une adolescente de 13 ans forcée à se dénuder par les responsables de son école, à Safford (Arizona) contrevenait au IVe de la Constitution[5].

Dans Hamdi v. Rumsfeld (2004), il est le seul juge à considérer que le gouvernement fédéral américain peut détenir ses ressortissants au camp de Guantánamo sans recours judiciaire possible.

En 2009, il est le seul membre de la Cour à considérer que le Voting Rights Act de 1965 est inconstitutionnel, alors qu'il s'agit d'une loi fédérale adoptée pour que les États ayant un passé de ségrégation raciale ne puissent pas empêcher les Noirs de voter par une modification du droit électoral (Northwest Austin Municipal Utility District No. 1 v. Holder)[6].

En 2010, dans l'affaire Doe v. Reed, il est le seul également à considérer que les signataires d'une initiative populaire bénéficient d'un droit constitutionnel à l'anonymat[7].

Clarence Thomas pose rarement des questions lors des audiences publiques, aucune entre 2006 et 2016[8],[9]. Il est de façon générale connu pour sa discrétion et pour faire peu de conférences contrairement à ses collègues. Cependant, il est selon un sondage, en 2011, le juge le plus connu du grand public à cause du contexte de sa nomination[10].

En 2015, il vote contre la légalisation du mariage homosexuel aux États-Unis au plan fédéral (Obergefell v. Hodges) mais dans Lawrence v. Texas (2003), il déclare trouver le statut anti-sodomie du Texas d'une « stupidité peu banale » (uncommonly silly). Il affirme d'ailleurs que s'il était membre de la législature de l'État, il voterait pour faire annuler la loi.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Clarence Thomas reconciles with Yale after bitter years », Reuters,‎ wed may 30 23:05:01 utc 2012 (lire en ligne)
  2. Aperçu de "L'affaire Anita Hill-Clarence Thomas" (ISSN 0248-4951), par Laura Cottingham, au site JSTOR.org
  3. Safford Unified School District #1 et al. v. Redding, 25 juin 2009.
  4. Arrêt Safford Unified School District #1 et al. v. Redding sur le site de la Cour suprême.
  5. (en) Robert Barnes, Student Strip Search Illegal. School Violated Teen Girl's Rights, Supreme Court Rules, Washington Post, 26 juin 2009.
  6. (en) law.cornell
  7. (en) law.cornell
  8. (en) Adam Liptak, « No Argument: Thomas Keeps 5-Year Silence », sur New York Times, .
  9. (en) Adam Liptak, « Clarence Thomas Breaks 10 Years of Silence at Supreme Court », New York Times, .
  10. (en) 20 years of Supreme Court for Clarence Thomas, Fox News, 24 octobre 2011.