Capture (hydrographie)

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Sur ce schéma, le cours d'eau supérieur est capturé, en raison d'un processus d'érosion naturelle, par le cours d'eau inférieur

Une capture, en hydrographie, correspond au changement de cours d'un fleuve, rivière, affluent, ruisseau, détourné de son tracé primitif par une autre rivière plus active. Un lac, étang, marais ou une mare peuvent aussi être capturés par un cours d'eau (en général à la suite de phénomènes d'érosion régressive).
Dans certains cas une masse d'eau de type lac ou étang, ou un cours d'eau peuvent disparaître de la surface de la terre, capturé par un cours d'eau souterrain.

Les captures peuvent être dues à l'une ou plusieurs des causes suivantes :

  • différences d'alimentation en eau et de nature du sol entre deux bassins fluviaux,
  • ruptures de pente dues à des accidents tectoniques,
  • phénomènes de diffluence (drainage incertain dans des régions de plaine)
  • phénomènes d'érosion régressive qui finissent par connecter deux cours d'eau qui ne communiquaient pas entre eux.
  • recul et baisse du niveau de la mer (aux périodes glaciaires), qui pouvait alors que le plateau continental se découvrait connecter entre eux des fleuves (on dit alors que le plus grand, ou celui dont le débit est le plus important, capture l'autre). Par exemple durant les trois dernières glaciations, l'Angleterre n'était plus une île, et la Tamise et plusieurs fleuves actuellement français étaient des rivières qui coulaient dans un fleuve qui n'existe plus, situé dans les parties basses de l'actuelle Manche/mer du Nord et pas de Calais.

Une capture peut être un événement hydraulique durable. Elle peut être un évènement lent mais long (ex durant les glaciations) ou au contraire très bref dans le temps (par exemple limité à une crue très exceptionnelle[1]).

La capture d'un grand cours d'eau peut avoir une importance écologique majeure, car permettant à des espèces aquatiques (dont poissons) antérieurement enfermées dans un bassin de passer dans un autre bassin. Des masses importantes d'eau et de flux de matériaux transitant par les cours d'eau peuvent ainsi être brutalement détournés vers un autre cours, avec des impacts importants et durables en termes de nappe, de microclimat, d'hydromorphie et donc d'écologie du paysage.

En Belgique[modifier | modifier le code]

L'un des exemples les plus connus est la basse-vallée de l'Eau rouge (accueillant le circuit automobile de Spa-Francorchamps) : la largeur de la vallée dépasse largement l'importance du cours d'eau. Son cours supérieur a notamment été capté par le Trôs Marets, et la vallée a anciennement abrité le cours de la Warche, rivière d'importance dans laquelle se jette dorénavant l'Eau rouge.

La Meuse a par ailleurs capté au cours de sa formation les diverses rivières qui drainaient jusqu'au Miocène supérieur le nord du massif ardennais, s'écoulant sud-nord vers le bassin de l'Escaut ou directement vers la Mer du Nord. La Meuse a ensuite capté ces différents cours d'eau par le sillon Sambre-et-Meuse orienté ouest-est[2].

En France[modifier | modifier le code]

Fig.A - Capture de la Moselle et de l'Aire

En France, un des cas les plus célèbres de capture est celui de la Haute-Moselle qui, autrefois, s'écoulait dans la Meuse[3],[4]. À hauteur de Toul, au début de l'ère quaternaire, la Haute-Moselle fut détournée de son cours par un affluent de la Meurthe et rejoignit le cours d'eau principal en aval de Frouard.

Fig.B - Val de l'Asne et Vallée de l'Ingresin

Fig.A - Cette capture changea le réseau hydrographique, le nouveau cours d'eau devint l'artère principale - la Moselle actuelle - et la Meurthe, son tributaire. Le phénomène peut se repérer facilement dans le paysage. À Toul, la Moselle reçoit, en rive gauche, un petit affluent, l'Ingressin, qui coule au milieu d'une large vallée qu'il a été bien incapable d'entailler et dont la topographie montre le creusement par une rivière dont le cours était inverse à celui observé actuellement. D'autre part, d'anciens méandres rencontrés dans la vallée sèche (en fait, elle n'est pas vraiment sèche, on y trouve un ruisseau, le ruisseau des marais, qui se jette dans la Meuse), le val de l'Asne, séparant la source de l'Ingressin du cours de la Meuse, ne peuvent s'expliquer que par le passage d'une rivière aujourd'hui disparue (Fig.B)[5].

Fig.C - Val de l'Aire

Fig.C - Capture de la rivière l'Aire par l'Aisne au détriment de la Meuse et formation de la vallée de l'Aire et de son ancien lit divisé entre la Bar qui se jette dans la Meuse et l'Agron qui se jette dans l'Aire.

Une capture peut être nourrie par le phénomène d'érosion régressive, résultant de l'augmentation de débit.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. H. Persat et P. Keith ; La répartition géographique des poissons d'eau douce en France : qui est autochtone et qui ne l'est pas ? ; Bull. Fr. Pêche Piscic. N° 344-345, 1997, Les introductions d'espèces dans les milieux aquatiques continentaux en métropole Bull. Fr. Pêche Piscic. (1997), DOI:10.1051/kmae:1997007
  2. Pissart A. (1974) - « La Meuse en France et en Belgique - Formation du bassin hydrographique - Les terrasses et leurs enseignements » Centenaire de la Société géologique de Belgique - L'évolution quaternaire des bassins de la mer du Nord méridionale, Liège, 105-131
  3. (fr) Buvignier, A. (1840) - « Note sur les alluvions de la Moselle dans la vallée de la Meuse », Mémoires de la Société philomathique de Verdun tome premier, Société philomathique de Verdun, Verdun, p. 255-258
  4. Annales de géographie, La vallée de l'Ingressin et ses débouchés dans la vallée de la Meuse, 1901, volume 10, numéro 49, p.17-26 Lire en ligne sur Persee.fr. Consulté le 8 juin 2008.
  5. Observer des cartes de cette capture et avoir quelques explications complémentaires dans M. Derruau, Les formes du relief terrestre, Masson, Paris, 1979, p. 22-23

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (fr) Harmand, D., Le Roux, J., Losson, B. et Cordier, S. (2007) - « La capture de la Haute Moselle : bilan des connaissances », [PDF] Livret-guide des excursions des 7, 8 et 9 juin 2007, Association française pour l'étude du quaternaire (AFEQ), Paris, p. 53-66

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