Céramique coréenne

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Brûle-parfum coréen en céladon « martin-pêcheur », de la dynastie Goryeo (du Xe au XIVe siècle)

La céramique coréenne apparait vers 10 000 avant notre ère, dans des cultures du Paléolithique ou opérant la transition entre Paléolithique supérieur et néolithisation. Il s'agit, ensuite, au Néolithique de formes simples, aux légers reliefs qui facilitent la préhension. Bien avant la constitution des premiers royaumes, l'espace culturel coréen était en relation avec ses voisins et des similitudes dans les céramiques peuvent en témoigner.

Ensuite la céramique coréenne s'inspire de la céramique chinoise, en raison de l'occupation d'une partie du pays par la Chine de 108 av. J.-C. à 313 apr. J.-C. Elle sait tirer profit de l'occupation de son territoire par la Chine de la dynastie Han en intégrant certaines nouveautés à sa pratique, mais utilise des éléments stylistiques originaux dès l'époque des Trois Royaumes de Corée (entre le Ier siècle av. J.-C. et le VIIe siècle ap. J.-C.).

Puis, sous la dynastie Goryeo (918 - 1392) elle s'inspire à nouveau de la céramique chinoise et reprend le procédé des grès à couverte vert céladon, mais pour les appliquer, avec un brio célébré par les Chinois eux-mêmes, à des formes d'un bel esprit créatif et, pour une part importante de la production à des techniques décoratives propres à la Corée : un art de la céramique « gravée », incisée, proche de l'art du bronze lors de la ciselure, de l'incrustation et du damasquinage. Dans ces luxueuses céramiques Goryeo la couleur verte se fait plus discrète qu'en Chine.

La période Joseon (1392 à 1910) voit de nouvelles formes de grès, plus épurées, des matières plus modestes et un travail plus spontané qui est apprécié au Japon voisin : la céramique buncheong où la barbotine blanche tient une place importante. Dans le même temps, à côté de cet art tout dans l'économie des moyens, se développe aussi le goût pour des porcelaines blanches d'une grande pureté de formes, ainsi que des porcelaines peintes, « bleu et blanc » ou peintes en brun de fer, voire avec le rouge de l'oxyde de cuivre. Le geste du peintre coréen y garde toujours sa simplicité d'expression, sa vitesse et sa fantaisie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premières céramiques : Paléolithique final[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes céramiques de la péninsule coréenne ont été découvertes en 1994 sur les côtes Est et Sud, et sont datées entre 8 000 et 5000 avant notre ère : site de Mosan-ni [ou Kosan-ri], sur l'île la plus méridionale de la péninsule, l'île de Jeju [ou Cheju][1]. Des points de similitude font rapprocher ce type de terre cuite sans décor avec des éléments trouvés dans le bassin de l'Amour, datant de la période de néolithisation, en Russie, et d'assemblages datant des pêcheurs-collecteurs pratiquant la poterie du premier Jōmon, au Japon. Ce type mosan-ni est constitué de terre cuite à basse température, comportant des éléments organiques, dont des éléments végétaux. Le contexte archéologique indique l'usage de microlithes par les chasseurs-cueilleurs de l'époque. Sur cette île, le site de Kimnyong-ni a produit des terres cuites similaires et on en retrouve aussi sur la côte Est de la péninsule, comme sur le site de Ojin-in, district de Cheongdo, province de Gyeongsang du Nord.

Céramiques néolithiques[modifier | modifier le code]

Cette période qui voit apparaître la céramique Chulmun est souvent nommée en tant que « période de la céramique Chulmun ». Au cours de cette période des cultures se néolithisent très progressivement dans la péninsule, et on voit apparaître, avant et dans le même temps que la céramique Chulmun, de nombreuses formes de terres cuites[2] qui se distinguent par leur décor ou leur absence de décor. Ainsi deux formes de décor appliqué en léger relief, sous la lèvre (Nord-est) ou sur la panse (Est et Sud), un décor produit par estampage d'un petit outil pointu (Nord-est et Sud), les premiers décors incisés chulmun, proprement dit, (Nord-est et Est, Nord-ouest, centre Ouest et Sud), un décor en forme d'éclairs (au Nord-est), enfin une céramique à deux bandes sous la lèvre (côte Sud).

  • Néolithique ancien (6000-4000)
    • Décor appliqué en relief : Des céramiques, présentant un décor appliqué en relief, apparaissent au début du Néolithique, comme sur le site d'Osan-ni[4]: un récipient avec des traits obliques parallèles. Le type Osan-ni de céramique à décor en relief semblait autrefois être issu de modèles du premier Jōmon (Todoroki), mais des datations au carbone 14 prouvent que les dates les plus anciennes de la céramique en question précèdent de 600 ans la céramique Todoroki.
    • La céramique à décor appliqué de lignes en léger relief à motif en « Z » , se présente avec deux lignes curvilinéaires circulant, avec des retours en arrière ( « Z » ), sous la lèvre, surlignées d'une autre ligne plus près de la lèvre. Ces poteries, à base plate et souvent très étroite, se retrouvent sur la côte Sud et sur l'île de Cheju [ou Jeju-do] (site de Gosan-ri, daté d'avant 6300 avant notre ère). Elles sont étudiées en relation avec celles, au décor similaire, du bassin du fleuve Liao, en Chine du Nord-est, datant de la même époque.
    • Décor estampé : Il existe aussi, à cette époque, une autre céramique à base plate, et dont le décor est produit par estampage d'un outil pointu autour de la lèvre. Cette céramique a eu beaucoup de succès sur les côtes Nord-est et Sud de la péninsule.
    • Décor incisé : Chulmun ancien : Les céramiques à traits incisés parallèles apparaissent à la même époque sur des vases à base plate (Nord-est et Est) et sur des vases à base pointue (Nord-ouest, centre Ouest et Sud). Sur les vases à base pointue du centre Ouest on distingue deux types : celles qui ne montrent qu'un seul motif, et celles qui en montrent plusieurs, comme sur le site d'Amsa-dong.
  • Néolithique moyen (4000-3000)

Vers 4000 avant notre ère la céramique Chulmun, ou Jeulmun, (v. 8000-1500 avant notre ère) se répand sur toute la péninsule[5]. Elle présente des formes simples et un léger décor qui semblait réalisé « au peigne », mais qui est, plus précisément, incisé. Elle est montée par modelage ou au colombin et cuite à 700°. Par comparaison avec la céramique de l'âge du bronze on suppose que la cuisson s'effectuait dans des fours en fosses peu profondes découvertes. La base est systématiquement courbe et pointue. La terre est sableuse et contient du Quartz ou du mica, et dans certaines régions de la poudre de coquillages, des fibres d'amiante, du talc ou du feldspath qui sont employés comme agents de renfort. Il y a trois types de capacité à ces poteries : 4, 17 et 56 litres. Chaque type a eu son usage spécifique pour prépare, cuire et conserver les denrées alimentaires. On a retrouvé des restes de glands au fond d'un de ces récipients sur le site d'Amsa-dong.

  • Néolithique récent (3000-1500)

La céramique Chulmun est, alors, réalisée dans un matériau plus grossier, à gros grains de quartz (sable) et avec un décor sommaire. Les vases sans aucun décor se multiplient un peu partout. Dans le Nord-est, le décor estampé autour de la lèvre, qui n'avait pas disparu, se manifeste de manière plus systématique. D'autre-part, un décor en forme « d'éclairs »[6] est signalé au Nord-est, tandis que le décor composé de deux bandes en légère saillie sous la lèvre apparait sur la côte Sud.

L'Âge du bronze[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période de la céramique Mumun.

L'âge du bronze (qui commence entre le XVe et le XIIIe siècle) se distingue des périodes précédentes par la céramique Mumun (v. 1500-300 AEC), aux formes épurées et très peu décorées - voire non décorées entre 850 et 550.

L'Âge du fer[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Samhan.

L'âge du fer commence en Corée vers 300 av. J.-C. et même un peu avant, avec l'invasion de l'ancien Chosŏn par l'état de Yan, depuis la Chine le long du cours du Toumen : c'est la période Samhan (ou Proto-Trois Royaumes, de -100 à + 300) qui chevauche, en partie la période des Trois Royaumes (- 57 à + 668 ). L'usage de fours adaptés à la production de fer favorise indirectement la production de nouvelles céramiques. Ainsi cette période voit des céramiques cuites à une température bien plus élevée qu'auparavant (la céramique mumun). Ces températures sont obtenues avec les premiers fours fermés [(en)closed kilns] de Corée, qui produisent des grès de couleur grise (gyeongjil togi). Certains grès sont décorés par battage[7] (tanal muni) - avec un battoir ayant un motif en relief - qui favorisent des distinctions régionales, avec des motifs différents. Enfin, des céramiques plus stables et aux formes régulières, indiquent l'usage du tour de potier et peut-être une division du travail[8]. Ces nouveaux potiers, qui travaillent avec des fours fermés, devant aussi appartenir à des groupes d'artisans spécialisés, lesquels participent à la fragmentation sociale et politique de la Corée au cours de cette période.

Le grès cuit à basse température (yeonjil togi)[9], cuit dans des fours ouverts [(en)open-air furnace], continue à fournir l'essentiel des céramiques d'usage courant.

Une poterie (wajil togi), ayant la solidité des tuiles et souvent à haut col et une bande en saillie sur la lèvre, apparait dans la région de Yeongnam. Ce type de poterie semble accompagner le déplacement des populations de l'ancien Chosŏn, elle disparait vers le IIe siècle de notre ère dans les régions de Hoseo (Hosŏ) [10] et de Honam[11]. La majorité de ces poteries, au début de la période, sont des jarres rondes à haut col et large pied, munies de poignées en forme de cornes et décorées par battage[12]. Dérivant de ces vase à haut col, on trouve, à la fin de cette période, des vases superbement modelés reproduisant divers objets ou animaux comme, ici, ces curieux vases en forme d'oiseaux.

La région de Honam se distingue avec des poteries en forme d'œuf et un versoir très ouvert (site coquillier de Haenam, Jeolla du Sud). Un site d'habitat (Daegok-ri, Suncheon) a livré une belle jarre au corps élancé et à large ouverture, décoré par battage. Le battoir ayant été trouvé sur place laisserait supposer que le four n'était guère éloigné des habitations[8].

Trois Royaumes, Confédération de Gaya et Silla unifié[modifier | modifier le code]

La céramique coréenne de cette période[13] s'inspire de la céramique chinoise, en raison de l'occupation d'une partie du pays par la Chine de 108 AEC à 313 EC, au début de cette époque dite des Trois Royaumes et de la confédération de Gaya. Apparaissent donc aussi les premiers fours élaborés à la manière des fours chinois, sans doute au plus tard vers le IIIe siècle apr. J.-C.[14]. À partir du VIIe siècle les températures de cuisson atteignent plus de 1000° C, ce qui permet de produire une céramique de grand feu au corps dur, léger et résistant, revêtue d'une glaçure verte à l'oxyde de cuivre. De grands sites de fours ont été découverts dans le royaume de Baekje à Samnyong-ri et Sansu-ri, Jincheon (Chungcheong du Nord, Corée du Sud) qui ont confirmé l'existence de fours semi- ou entièrement enterrés. Dans les fours enterrés la gueule du four se trouvait à 2 m. sous terre, le bois étant versé depuis la surface. On suppose que ces fours ont été utilisés autour du IVe siècle[15],.

Les Trois Royaumes de Corée (57 AEC - 668 EC), Silla, Goguryeo et Baekje, favorisèrent le renouvellement de la poterie coréenne. Des poteries grossières pour l'usage domestique furent produites dans de nombreux fours. Dans le royaume de Silla, le grès est cuit à plus de 1000°[16], il est dur comme le fer, et on utilise un genre particulier de tour de potier. Dans le même temps, un certain nombre de statues très élaborées de personnages royaux, de gardiens et de chevaux, analogues aux mingqi en Chine, furent fabriquées pour l'usage domestique, pour les sanctuaires votifs impériaux, et aussi afin de servir d'escorte aux morts dans les tombes royales et dans les tombes des nobles ; certaines des pièces de cette époque furent tournées à l'aide d'un tour de potier, tandis que d'autres étaient façonnées simplement selon la technique de la poterie en colombins.

Le savoir-faire relatif à la céramique coréenne, en particulier pour les grès[17] de Gaya et de Silla, gris, a été importé au nord de Kyushu puis dans tout l'ouest de l'archipel, ou probablement apporté par les immigrants issus de la péninsule qui s'y installent, et ce dès la période Kofun final (500-600). Les japonais appellent ces céramiques sue ; elles sont réalisées sur place.

Royaume de Silla et Silla unifié[modifier | modifier le code]

Pendant la période Silla unifiée (668–935), la céramique était de forme, de style et de couleur simples.

Les fours de cette époque étaient en concurrence avec les céramiques chinoises. Les maîtres de la céramique coréenne décidèrent de distinguer la porcelaine baekja, ou la porcelaine blanche de Corée, par rapport aux importations de porcelaine chinoise, en conservant la simplicité des motifs, dès lors que les problèmes pratiques liés à l'obtention d'une glaçure d'un blanc pur seraient résolus. De fait, des datations de glaçures remontant à cette époque ont révélé du céladon, ou encore une patine ayant l'aspect du jade, sous la glaçure blanche.

Dynastie Goryeo[modifier | modifier le code]

La dynastie Goryeo (918 - 1392) réalisa l'unification des Trois Royaumes Postérieurs, sous le règne du roi Taejo. Les œuvres de cette époque sont considérées par certains comme étant les œuvres de petite dimension les plus belles de l'histoire de la céramique coréenne.

L'art de la céramique produisit alors des pièces de céladon raffinées, qui surprennent tant par leur complexité, pour certaines, que par leur moderne simplicité, pour d'autres. Le céladon est une glaçure (un émail, une couverte) apposé sur un grès, et dont la couleur est un vert ou bleu-vert plus ou moins gris, qui rappelle certaines couleurs du jade. Il est donc nécessaire de pratiquer deux cuissons : la première pour le grès, et la seconde après avoir posé cette glaçure[19].
C'est pendant cette période que se développèrent les motifs incrustés, les poissons et les insectes stylisés, les panneaux elliptiques, les décorations fleuries ou géométriques, ou encore les motifs de feuillage. Les glaçures des céladons étaient en général de diverses couleurs, allant d'une couleur brune à des glaçures pratiquement noires. Les glaçures du céladon pouvaient être rendues pratiquement transparentes, pour mettre en valeur les incrustations noires et blanches. Les motifs incrustés étaient produits en incisant la pâte, puis en l'évidant avant de remplir le vide ainsi créé par l'argile choisi. On utilisait dans ce travail des argiles blanc et noir, puis une couverte céladon ou gris-bleu. Les motifs à décor incrustés sont les plus représentatifs de la céramique Goryeo[20].

Les formes que l'on voit en général sont des bouteilles à épaulement, de grands bols bas, ou des bols plus petits et de faible profondeur, des boîtes à fard très élaborées, ou des petites coupes incrustées ; mais la céramique bouddhiste a aussi produit des vases larges, des coupes à chrysanthèmes qui sont souvent d'une architecture spectaculaire, sur leur socle, avec leurs motifs de fleurs de lotus. Des bols à aumônes à bord incurvé ont également été trouvés. Les coupes pour boire le vin sont souvent pourvues d'un long pied, pour être posées sur un réceptacle en forme de plat.

Dynastie Joseon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Buncheong.

Toute cette période Joseon (1392 à 1910) fut l'âge d'or de la céramique coréenne, au cours de laquelle eut lieu une longue croissance de la production, tant des fours impériaux que des fours provinciaux.

Les styles principaux en étaient le céladon, le buncheong, la porcelaine blanche, la porcelaine « bleu et blanc ».
L'influence de l'idéal confucéen se traduisit par une recherche d'un style plus simple, plus épuré que ce que l'on trouvait en Chine, que ce soit sous les Ming ou sous les Qing. Les céladons portaient parfois des motifs bouddhistes, fleurs de lotus et saules.

Grès buncheong et ido[modifier | modifier le code]

La céramique buncheong offre l'occasion d'une certaine spontanéité et manifeste l'originalité du créateur avec des moyens d'une très grande sobriété. En effet le grès est simplement revêtu d'un engobe blanc (sous glaçure) apposé au pinceau ou par trempage et qui laisse le grès en partie découvert. Sur ces céramiques, lorsqu'elles sont décorées, les motifs décoratifs sont soit estampés (les creux étant remplis de barbotine), soit peints à l'aide d'un pigment brun de fer ou incisés sur un fond de barbotine[22]. Ce qui permet des effets naturels dans le mouvement du pinceau, dans la coulure de l'engobe et dans la vitesse du tracé. Les zones de barbotine éventuellement retirées avec soin ( champlevées ou « gravées » comme pour obtenir un sgraffite ) ne dénaturent jamais cette expression de naturel et de vitesse / spontanéité qui font encore leur succès. Le style apparaît au début de la dynastie Joseon au XVe siècle, remplaçant en grande partie le céladon dans l'usage commun. Il correspond bien à cette dynastie, fondée par un puissant groupe de lettrés et d'érudits de la mouvance confucéenne, guidés par des principes d'austérité et de sobriété[23]. Cette pratique disparaît presqu'entièrement après le XVIe siècle, après les invasions japonaises de 1592-1597 (Guerre Imjin), au cours desquelles bien des fours furent détruits et les potiers déportés au Japon[24].

La présence forcée de ces potiers coréens au Japon a permis le développement de la céramique associée à la cérémonie du thé (en particulier le style Hagi-yaki) au Japon[25]. Les premiers grès ido auraient été, selon une tradition japonaise, réalisés au Japon par des potiers coréens au début du XVIIe siècle, servant de modèle aux grès japonais de type hagi.

Porcelaine blanche[modifier | modifier le code]

Dans le même temps les porcelaines entièrement blanches ont un réel succès dans le milieu de l'aristocratie qui l'apprécie comme vaisselle rituelle au XVe siècle, pour l'extrême pureté de sa couleur et la perfection de sa matière, dans des formes particulièrement épurées. Les grandes « jarres de lune », dont la forme simplement « proche » de la sphère, mais non sphérique, et la matière vivante, dans de subtiles nuances de blanc, rassemblent des qualités esthétiques essentielles à l'art coréen.

La porcelaine blanche peut aussi servir de support à des décors peints, en bleu sous couverte suivant la tradition chinoise en vogue sous les Ming. Les porcelaines « blanc et bleu », un type de porcelaine blanche à décor bleu, qui avait été produite en Chine depuis l'époque de l'occupation mongole (dynastie Yuan), et qui est d'abord utilisée en Corée avec parcimonie et considérée comme luxueuse. Son usage ne se répand que peu à peu. Et vers le milieu de la dynastie Joseon, à la fin du XVIIe siècle, les potiers coréens produisent ces céramiques « bleu et blanc », suivant un procédé à l'oxyde de cobalt dont les ressources abondaient en Chine, mais qui est produit, ensuite, par les Coréens eux-mêmes.

Un tout autre type de décor utilise aussi le support de porcelaine blanche : au brun de fer sous couverte, où le pinceau parvient à retrouver, dans cette technique très ingrate, des effets proches de la peinture de lettrés, à l'encre sur papier.

Corée et Japon. Emprunts japonais et céramique pour l'exportation[modifier | modifier le code]

Des échanges intenses entre Corée et Japon ont favorisé l'apport de pratiques coréennes au Japon : l'introduction du tour de potier[26], les couvertes à base de « cendre de paille » dans les fours du Sud du Japon, au Moyen Âge[27], pour des recherches d'autres couvertes à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle[28] ou l'usage d'un pinceau à poils durs pour passer l'engobe, un procédé répandu aux XVe et XVIe siècle[29].

Des fours japonais produisant des grès d'influence coréenne furent créés au XVIe siècle. De 1639 à 1717 un four fonctionnait en Corée dans la ville portuaire de Busan qui produisait de la céramique pour le marché japonais[30]. En fait, toutes les exportations de céramique de Corée étaient destinées au Japon.
À la fin du XVIIe siècle naquit la pratique d'envoyer au Japon des modèles de céramique représentés sur papier, puis, après approbation par le commanditaire, d'en effectuer la fabrication en Corée.

L'art de la céramique coréenne contemporaine[modifier | modifier le code]

Les artistes coréens actuels utilisent les moyens de la céramique et sa richesse symbolique en Corée pour une pratique qui en réinvente les formes et forge de nouvelles visions, esthétiques ou autres. Parmi d'innombrables artistes et céramistes coréens qui utilisent ou s'inspirent de la céramique, en voici quelques-uns qui sont présentés à l'exposition « La Terre, Le Feu, L'Esprit. Chef-d'œuvre de la céramique coréenne». Printemps 2016, Paris.

Certains artistes n'hésitent pas à collaborer étroitement avec des céramistes professionnels, comme le fait Lee Ufan avec le céramiste Park Youngsook : ils déclinent ainsi les principes constitutifs de la céramique coréenne sous leur forme essentielle : par exemple, pour une pièce, de toutes les formes ils retiennent la jarre de lune en argile blanche - le geste : l'unique trait de pinceau - la couleur : bleu sur blanc... L'artiste plasticien Sheong Kwangho n'aborde éventuellement la céramique que pour en transgresser la forme opaque et fermée sur elle-même, en retenant son aspect craquelé et la fragilité des poteries reconstituées dans les musées : ainsi est évoquée la forme pure et fragile avec un simple fil de cuivre ! Shin Sang-ho[31], céramiste de formation, en déploie les types hors de leurs usages traditionnels (comme lorsqu'il assemble des fragments de plats de couleur pour évoquer un patchwork coréen : le jogakbo[32]). Huang Kapsun détourne les moyens classiques dans un esprit qui revisite l'art minimal[33]. La céramiste Yeesookyung travaille actuellement sur de grands assemblages de fragments de céramiques anciennes (comme on recollait les vases précieux, en particulier ceux servant à la cérémonie du thé, darye en coréen), leur donnant une ampleur inattendue[34]. Le photographe Koo Bohnchang se réfère actuellement à des traits de la culture coréenne, comme les célèbres porcelaines blanches, avec les qualités propres à la photographie dans ses plus subtiles nuances, ici les nuances des blancs sur fond « blanc »[35]. Shin Meekyoung s'ingénie actuellement à reproduire des vases anciens en pâte de savon : l'universelle permanence des céramiques rencontre ici son image, on ne peut plus fragile, presque des bulles[36] ! La vidéo peut aussi multiplier les points de vue, les angles, et se saisir d'une forme aussi emblématique de la céramique coréenne que l'est la jarre de lune. Et ainsi glisser de sa forme « qui tend à la perfection » et de sa matière « presque blanche  et lisse » pour atteindre un plan universel. Enfin, selon Park Hyewon[37] l'artiste Kimsooja, avec son installation vidéo Earth, Water, Fire, Air [38] « aborde l'universalité de la céramique en tant qu'incarnation de la simplicité et de la splendeur de la nature ».

Fours[modifier | modifier le code]

Four coréen au village de Yangdong (Gyeongju)

L'une des raisons du succès de la céramique coréenne tient à ses fours à chambre inclinée[39] (appelés « fours dragon » en Chine, en usage depuis la période des Royaumes combattants, 475-221 av. n. ère), qui furent utilisés pendant toute la période Joseon. Ils furent ensuite exportés au Japon, où ils furent rebaptisés noborigama.

Problèmes de traduction[modifier | modifier le code]

Dans les études coréenne sur d'archéologie, le terme t'ogi, ou « poterie », est opposé à chagi , « porcelaine »[40], tout comme le font les archéologues chinois qui séparent la céramique en taoqi et ciqi. Or habituellement les universitaires occidentaux séparent la céramique en « terres-cuites » et « grès ». Cependant, en Corée, les terres-cuites et les grès sont répartis suivant les concepts de poterie yŏnjil et poterie kyŏngjil, et les archéologues coréens utilisent le terme coréen correspondant à « grès » pour évoquer la poterie spécifique des Trois Royaumes de Corée cuite à haute température. En d'autres termes, en Corée le concept de « poterie », t'ogi, est le même que le concept de taoqi, en Chine, et il inclut les concepts de « terre-cuite » et certains « grès » de la classification occidentale. Enfin, en Corée, la poterie est classée séparément de la porcelaine qui s'est développée après la dynastie Goryeo. Et parfois le terme t'ogi est employé de manière spécifique pour désigner la poterie produite après l'introduction de la porcelaine dans la péninsule.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Early Korea 1, 2008, p. 159
  2. Early Korea 1, 2008, p. 160 - 163 : pour la suite de cette partie.
  3. Céramique similaire au Musée national de Corée : notice du musée sur la céramique à décor au peigne.
  4. Early Korea 1, 2008, p. 160
  5. Early Korea 1, 2008, p. 161-163
  6. Une bande en zigzag court sur la panse (Korean Ceramics 2008, p. 21 et 26). Ce motif n'est que la partie supérieure d'une large frise composée de plusieurs spirales brisées (en losange) dessinées elles aussi par des bandes. Ces bandes sont toutes tracées par deux traits incisés et remplies de petits points alignés obtenus par estampage d'un « outil » présentant plusieurs (5-7 ?) pointes alignées. Par « outil » il ne faut pas exclure, dans ce cas, des coquillages présentant des pointes sur leur coquille, comme certaines cardiidae semblables à la bucarde épineuse, mais vivant sur les côtes de Corée de cette époque.
  7. Laurence Denès, 1997.
  8. a et b Korean Ceramics 2008, p. 38.
  9. Korean Ceramics 2008, p. 34-39.
  10. Hoseo (en)
  11. Honam (en)
  12. Korean Ceramics 2008, p. 36-37.
  13. Pour la Confédération de Gaya : (en) « Collection Database : National Museum of Korea : Gaya », sur Musée national de Corée (consulté le 24 septembre 2017).
  14. Joseph Needham Science and Civilisation in China Volume 5: Chemistry and Chemical Technology, Part 12, Ceramic Technology , Cambridge University Press, 2004 : Influence de la céramique chinoise en Asie de l'Est et du Sud-est
  15. Korean Ceramics 2008, p. 50.
  16. Korean Ceramics 2008, p. 54.
  17. (en) « Jar. Kofun period / Heilbrunn Timeline of Art History (ca. 300–710) », sur Metropolitan Museum of Art (consulté le 16 septembre 2017)
  18. Notice du Met.
  19. Korean Ceramics 2008, p. 13
  20. La Terre, Le Feu, L'Esprit, 2016, p. 14, 57, 68 et 81
  21. La moitié supérieure de cette jarre a été décorée à la barbotine blanche (argile liquide). Les motifs en spirale (tiges feuillues ?) à l’oxyde de fer brun ont été librement peints sur la barbotine. On peut voir les taches d'oxyde de fer qui ont éclaboussé en dehors du motif
  22. La Terre, Le Feu, L'Esprit, 2016, p. 109 et 120
  23. Im Jin A dans : La Terre Le Feu L'Esprit, 2016, p. 109
  24. Francis Macouin, La Corée du Choson : 1392 - 1896, Les Belles Lettres, , 240 p. (ISBN 978-2-251-41043-2), p. 170-171
  25. Importance des potiers coréens pour le développement de la céramique japonaise au XVIIe siècle
  26. Christine Shimizu, Le grès japonais. 2001, p. 17
  27. Christine Shimizu, Le grès japonais. 2001, p. 19
  28. Christine Shimizu, Le grès japonais. 2001, p. 27
  29. Christine Shimizu, Le grès japonais. 2001, p. 30
  30. Source : British Museum
  31. Rétrospective 2014, à la Galerie HUUE, Singapour
  32. Exemples de jogakbo sur french.korea.net
  33. Site dédié ((de))
  34. Page dédiée sur le site de la galerie Saatchi
  35. Page dédiée sur artnet.com
  36. Page du Guardian
  37. La Terre, Le Feu, L'Esprit, 2016, p. 207
  38. Le site de l'artiste, et une documentation de Earth, Water, Fire, Air, 2015 sur ce site
  39. Francis Macouin, La Corée du Choson : 1392 - 1896, 2009 , op. cit., p. 102, avec la représentation d'un modèle-type, en élévation, en coupe longitudinale et en coupe transversale. Voir aussi, sur Glendale.edu « Chinese Climbing Kiln Diagram » (vue en coupe d'un four à chambre inclinée, étagée sur plusieurs niveaux disposés en marches d'escalier.
  40. Early Korea 1, 2008, p. 192

Bibliographie[modifier | modifier le code]

(Tous les noms précèdent les prénoms)

  • Koo Ilhoe, Kim Youngna, Kim Kyudong, Yoon Sangdeok, Park Kyungdo, Kim Hyunjung, Im Jin A et Park Hyewon, La Terre, Le Feu, L'Esprit : chefs-d'œuvre de la céramique coréenne (Catalogue de l'exposition « La Terre, Le Feu, L'Esprit. Chefs-d'œuvre de la céramique coréenne », au Grand Palais, Salon d'honneur, Paris, du 27 avril au 30 juin 2016), Réunion des musées nationaux, , 223 p. (ISBN 978-2-7118-6335-8)
  • (en) Kang Kyung-sook, Korean Ceramics: Korean Culture Series 12 (relié), Séoul, Korea Foundation, , 232 p. (ISBN 978-89-86090-30-7)
  • (en) Byington Mark E. (Éditeur scientifique), Kang Hyun Sook, Kwon Oh Young, Park Cheun Soo, Choi Jongtaik, Shoda Shinya et Bale Martin T., Early Korea 1 : reconsidering early Korean history through archaeology (broché), Cambridge, USA, Korea Institute, Harvard University, coll. « Early Korea Project », , 232 p. (ISBN 978-89-86090-30-7 et 978-0-9795800-1-7), « The development of the pottery technologies of the korean peninsula and their relationship to neighboring regions », p. 157-192.
  • Fabre André, Histoire de la Corée (Histoire. De nombreux passages traitent de la céramique), Langues & Mondes/l'Asiathèque, (réimpr. 2000), 239 p., 26 cm. (ISBN 2-911053-60-5)
  • Cambon Pierre (Bilingue : français, anglais. Avant-propos : coréen, français et anglais), L'art coréen au musée Guimet (La collection : notices), Réunion des musées nationaux, coll. « Trésors du musée Guimet », , 384 p., 24 x 28 x 3 cm. (ISBN 2-7118-4027-1)
  • Laurence Denès, Laboratoire d’Études coréennes, UMR 8033-CNRS (Thèse de doctorat, 1997), Le battage dans la fabrication des céramiques coréennes à l’Âge du Fer, Techniques & Culture, (ISBN 2-7118-4027-1, lire en ligne)
  • Shimizu Christine, Le grès japonais, Paris, Massin, , 172 p. (ISBN 2707204269).

Exposition « La Terre, Le Feu, L'Esprit. Chef-d'œuvre de la céramique coréenne». Printemps 2016, Paris[modifier | modifier le code]

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