Période de la céramique Chulmun

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Vase. Terre cuite. Décor en relief appliqué. Chulmun, phase 2 (5000-4000). Découvert à Busan [Pusan], côte Sud-est. Musée national de Corée

La période de la céramique Chulmun (즐문, Jeulmun d'après la romanisation révisée : « poterie au peigne ») est une période de la préhistoire en Corée s'étendant approximativement de 8000 à 1500 av. J.C. Comme le reste de l'Asie du Nord-Est, c'est une des plus anciennes régions à avoir fabriqué des récipients en céramique. Elle est ainsi habituellement considérée comme le néolithique coréen mais diffère par l'absence d'une agriculture intensive car l'alimentation reste basée sur la pêche, la chasse et la collecte (de coquillages, en particulier). Cependant la culture du millet est attestée sur plusieurs sites : le millet des oiseaux ( setaria italica ), entre autres, constitue un apport alimentaire très secondaire.

Le début de cette période est marqué par la hausse du niveau de la mer causée par la fin de l'ère glaciaire : de -8000 à -4000, la mer monte de 30 mètres pour atteindre son niveau actuel[1] et finit de faire de la Corée une péninsule. Un phénomène qui a particulièrement touché les zones de plaine de la mer Jaune et du détroit de Corée. Les établissements côtiers ont donc été progressivement noyés, au fur et à mesure qu'il reculaient devant la montée des eaux.

Toutes les dates indiquées sont sous-entendues situées avant l'ère commune.

La culture Chulmun et son étude actuelle[modifier | modifier le code]

Il existe, en 2015, 871 sites Chulmun (entre 8000 et 1500 avant notre ère) sur l'ensemble de la péninsule, dont 222 qui ont été fouillés[2], soit 148 en Corée du Nord (120 000 km2) et 723 en Corée du Sud (100 000 km2). Cette différence reflète probablement l'inégalité dans le nombre de recherches entre les États.

Les sites fouillés se répartissent en trois catégories : les amas coquilliers avec groupes de foyers, les structures de pierres empilées et/ou semi-enterrées, enfin les installations à habitations semi-enterrées. De nombreux sites ont été découverts sur des amas coquilliers, ce qui pose problème. Car quelques-uns sont considérés soit comme des lieux de résidence saisonnière, soit comme des lieux de résidence permanente, bien que très peu d'entre eux soient associés à des habitations semi-enterrées.

Sur la longue durée de cette période la population s'est accrue[3], mais les habitats sont restés de très petite taille (souvent, entre une et cinq habitations) à part quelques, très rares, gros villages (entre 24 et 66 habitations, pour la phase 3, de développement maximal. Il n'est pas exclu que ces gros villages aient été le résultat du fait que les populations se seraient regroupées de manière saisonnière ou périodique, pour des rituels, des fêtes et des compétitions.

À aucun moment on ne distingue de signe de différenciation sociale verticale[4], de hiérarchie. Par contre, au cours de la phase de développement de la céramique dite « au peigne » (4000- 3000) on peut percevoir certaines différences sociales « horizontales », dans les habitations. Mais il pourrait s'agir de lieux de regroupement par genre, ou occasionnel / saisonnier. À la différence des représentations admises jusqu'en 2012, on ne constate pas l'émergence d'une quelconque élite entre 2500 et 1500[5]. Au contraire, la population ne cesse de décroitre et disparait, dans le même temps, tout signe de différenciation sociale. L'âge du bronze n'apparaît donc plus comme la suite logique de la période Chulmun.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • La céramique Chulmun, proprement dite, c'est à dire « au peigne  », se répand et domine toutes celles qui l'ont précédé vers 3500. Sa présence, sur tout le territoire, a permis de nommer cette période ancienne, mais la production de céramique ne se limite pas, tant s'en faut, à la seule céramique « au peigne ». Les chronologies traditionnelles s'appuient sur ces différentes productions de céramique, mais pose problème. Ainsi la « période Chulmun moyen » peut référer à des séquences temporelles différentes, comme 4500-3500, 4000-3000 ou 3500-3000, selon les chercheurs et selon les régions considérées[6]. Or, sur cette très longue durée il est nécessaire de distinguer plusieurs phases qui permettent, néanmoins, une approche plus aisée. Une étude d'anthropologie portant sur l'habitat[7] et publiée en 2015, permet de réviser les idées anciennement admises. La chronologie de cette étude, fondée sur des datation par le carbone 14 (et non sur des types de céramiques) et y est distribuée ainsi en cinq phases.

Phase 1 : 8000-5000 avant notre ère[modifier | modifier le code]

Les plus anciens restes de poteries seraient âgés de presque 10 000 ans avant notre ère[8], et de plus de 7000 ans avant notre ère[9]. Ces céramiques Chulmun archaïques, de type Mumun-yang, les plus anciennes de Corée en 2015, ont été découvertes sur le site de Kosan-ri [ou Kosan-ni] , sur l'ile de Jeju dans le contexte de microlithes, qui indiquent une culture de la fin du Paléolithique. Les 10 habitations sont semi-enterrées. Ces poteries ont été découvertes aussi sur le site d'Osan-ri et enfin sur celui de Ojin-ri. Elles ne portent aucun décor et reposent sur un fond plat. Ces sites contiennent aussi des poteries de la phase suivante, de type Yunggimun.

Le site de Kosan-ri a été occupé vers 8000 ans avant notre ère et ensuite, au cours de plusieurs phases, jusqu'en 4000, tout comme le site de Munam-ri. Sur celui d'Osan-ri la plupart des 17 habitations appartiennent aux phases 2 et 3 (5000-3000), une seule appartient à la phase 1. Le site d'Ojin-ri est un abris sous roche.

Phase 2 : 5000-4000[modifier | modifier le code]

Vase. Terre cuite. Décor appliqué. 5000-4000. Sur un site de Busan [Pusan], côte Sud-est. Musée national de Corée

La céramique qui porte un décor en relief appliqué ((en): raised-design pottery) est connue sous le nom de Yunggimun. Elle provient de la côte Est et dans le Sud de la péninsule. Ce sont les sites d'Osan-ri (d'où le type dit « Osan-ri » [ou Kosan-ni] ), Munam-ri (Goseong-gun, Gangwon-do), Dongsam-dong (en face de Busan) et Song-do (Yeosu). Cette céramique est essentiellement constituée de bols à fond plat, décorés de motifs en reliefs appliqués, repoussés et pincés[10]et rappellent, sur ce point, les poteries de la période Jōmon du Japon ancien. Mais le site d'Osan-ri de cette période contient un autre type de céramique à fond plat : décoré sur la lèvre par des frises de petits points, poinçonnés ou estampés[11].

Les habitations de la phase 2, correspondant aux sites d'Osan-ri, Munam-ri, Song-do et Tongsam-do sont de petits groupements utilisés de manière intermittente[12]. Le plus important, Osan-ri, comporte 17 habitations dont 13 peuvent appartenir à cette phase. Cette phase est caractérisée par de petits villages semi-permanents situés près du littoral de la Corée du Sud : au Nord-est pour Munam-ri et Osan-ri, au Sud pour Tongsam-dong ( Ubong-ri sur la côte d'Ulsan ) et Song-do. L'habitat serait constitué de huttes rondes semi-enterrées recouvertes par un toit de branchages et correspondant à quatre ou cinq personnes. La chasse et de la pêche sont pratiqués et les fruits de mer sont aussi exploités. Du riz phytolithe datant de –4300 a été retrouvé dans des céramiques[13], mais sans que l'on puisse en déduire quoi que ce soit.

Phase 3 : 4000-3000[modifier | modifier le code]

Vase. Terre cuite. Style classique Chulmun à décor au peigne. Néolithique moyen. Musée national de Corée
Phase 3 : reconstitution d'un habitat sur le site d'Amsa-dong (30 habitations semi-enterrées)
Reconstitution d'une habitation semi-enterrée d'Amsa-dong

C'est la phase d'expansion de la céramique « au peigne » ((en) : comb-patterned pottery) . Ce type est nommé, en coréen, chulmun togi, jeulmun togi ou bitsalmuni togi. Le décor à traits incisés parallèles apparait sur des vases à base plate (Nord-est et Est) et sur des vases à base pointue (Nord-ouest, centre Ouest et Sud). Sur les vases à base pointue du centre Ouest on distingue deux types : celles qui ne montrent qu'un seul motif, et celles qui en montrent plusieurs, comme sur le site d'Amsa-dong. Ce type de poterie se retrouve au Nord-est de la Chine[10] mais aussi dans toute l'Eurasie (par exemple, la culture de la céramique à peigne au Nord-Est de l'Europe néolithique).

Au cours de la phase 4000-3000 d'autres indices de néolithisation apparaissent. La culture du millet est attestée sur plusieurs sites de la période Chulmun[14]. On y trouve le millet des oiseaux ( setaria italica ) et le millet commun (panicum miliaceum). Un champ dédié à la culture du riz sur terrain non inondé a même été découvert[15]. Mais le territoire d'alors est peu peuplé et l'investissement dans la mise en valeur des champs, très réduite. Ces deux facteurs expliquent que les petites communautés villageoises qui s'accroissaient un peu, se soient systématiquement fragmentées et dispersées : dès qu'une forme de pouvoir, au delà des limites de la maisonnée, semble apparaitre la communauté se disperse. Ainsi aucune hiérarchie sociale n'est apparue au cours de cette très longue période, en Corée.

Les principaux sites connus sont Amsa-dong à Séoul, Sopohang (Rasŏn), Gado (Jeonbuk), Osan-ri (Gangwon), Sejuk-ri (Ulsan) et Dongsam-dong à Busan.

Phase 4 : 3000-2000[modifier | modifier le code]

Cette période s'étend de 3000 à 2000. Le régime reste basé sur la pêche en mer, la chasse et les fruits de mer comme le montre les nombreux amas coquilliers. Toutefois, l'agriculture existe et des outils pour l'agriculture en pierre ont été retrouvés ainsi que des restes de plantes carbonisées. Les poteries sont décorées par des lignes courbes.

Le nombre de sites diminue beaucoup[16] et ceux-ci sont moins dispersés. La plupart des sites sont plus petits et le nombre d'habitations est en moyenne inférieur à 5, tandis que les plus importants se limitent à 38 habitations.

Phase 5 : 2000-1500[modifier | modifier le code]

Le Chulmun tardif (-2000 à -1500) voit une baisse de l'importance de la consommation de fruits de mer et un renforcement des installations à l'intérieur des terres, ce qui rend la population plus dépendante des plantes cultivées. Entre autres techniques, celle-ci se met à pratiquer une agriculture itinérante sur brûlis. Des indices laissent penser que la culture du riz commence à se répandre dans le bassin du fleuve Han[13].

Kim Jangsuk[17] avait suggéré que ces groupes de chasseurs-cueilleurs-cultivateurs auraient été repoussés graduellement de leur territoire par une nouvelle population migrant vers le sud, pratiquant une agriculture itinérante plus efficace et porteuse de la culture à poterie Mumun (non décorée), ce qui aurait eu pour effet de les couper de leurs terrains de chasse. Mais cette opinion est contestée par une étude récente des poteries Chulmun tardives, celles-ci témoignent d'une lente évolution interne vers les caractères de la poterie Mumun[18] : il n'y a pas à envisager une quelconque « invasion », l'évolution se serait produite localement.

Avenir de la recherche[modifier | modifier le code]

Le début de cette période est marqué par la hausse du niveau de la mer causée par la fin de l'ère glaciaire : de -8000 à -4000, la mer monte de 30 mètres pour atteindre son niveau actuel[1] et finit de faire de la Corée une péninsule. Un phénomène qui a particulièrement touché les zones de plaine de la mer Jaune et du détroit de Corée. Les établissements côtiers ont donc été progressivement noyés, au fur et à mesure qu'ils reculaient devant la montée des eaux. Aussi, à l'avenir, le développement souhaité de l'archéologie sous-marine et des techniques de fouille permettra de renouveler radicalement les connaissances en Préhistoire[19] cette culture Chulmun, très probablement, bien implantée sur les côtes qui, aujourd'hui, sont noyées.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  • Les sites archéologiques coréens sont nommés en fonction des divisions administratives traditionnelles qui sont indiquées par la terminaison du nom composé correspondant au site : ainsi « ... - dong » correspond à un district urbain, « ... - ri », à un village rural et « ... - do », à un site sur une île.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Keiji Imamura, « Prehistoric Japan: New Perspective on Insular East Asia », page 67, University of Hawaii Press, 1996, 246 pages.
  2. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 161
  3. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 161
  4. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 161
  5. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 180
  6. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 161
  7. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 160-182
  8. Early Korea 1, 2008, p. 159
  9. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 162
  10. a et b Tadashi Nishitani, « La Corée », chapitre 15 du livre de l'Unesco, « Histoire de l'humanité », volume 2, pages 1028 à 1034, 2001.
  11. Korean Ceramics 2008, p. 24 et 26
  12. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 163
  13. a et b Olivier Van Ingelgem, « L'agriculture sud-coréenne », L'Harmattan, 202 pages, mai 2012.
  14. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 160
  15. Anthropological Archaeology 12/2015, p. 163 : publications de 2013 et 2014.
  16. Anthropological Archaeology 12/2015
  17. Kim, Jangsuk 2003. Land-use Conflict and the Rate of Transition to Agricultural Economy: A Comparative Study of Southern Scandinavia and Central-western Korea. Journal of Archaeological Method and Theory 10(3):277-321.
  18. Early Korea 1, 2008, p. 164
  19. Christian Perrenou (géologue au Centre Européen de Recherches Préhistoriques, MNHN) dans : Sophie Grégoire (directrice du Centre Européen de Recherches Préhistoriques, Tautavel), Professeur Henry de Lumley (directeur de l’Institut de paléontologie humaine), Vincenzo Celiberti (préhistorien au Centre Européen de Recherches Préhistoriques, UPVD), Anne Marie Moigne (paléontologue au Centre Européen de Recherches Préhistoriques, MNHN), Amélie Vialet (paléoanthropologue au Centre Européen de Recherches Préhistoriques, MNHN), Christian Perrenou (géologue au Centre Européen de Recherches Préhistoriques, MNHN), Florent Détroit (paléoanthropologue au Muséum national d'Histoire naturelle), avec le témoignage de plusieurs chercheurs coréens et documents d'archives, « "La Corée des Origines", exposition au Musée de Préhistoire de Tautavel », sur Musée de Préhistoire de Tautavel,‎ 2016 (consulté le 11 juin 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sarah Milledge Nelson, « The Archeology of Korea » : (en) Sarah Nelson, The archaeology of Korea, Cambridge University Press, (réimpr. 2007), XVI-307 p. (ISBN 0-521-40443-6, 0-521-40783-4, 978-0-521-40783-0 et 978-0-521-71317-7)
  • Sarah Nelson, « Korean social archaeology : early villages », Jimoondang, 200 pages, 2004.
  • (en) Byington Mark E. (Éditeur scientifique), Kang Hyun Sook, Kwon Oh Young, Park Cheun Soo, Choi Jongtaik, Shoda Shinya et Bale Martin T., Early Korea 1 : reconsidering early Korean history through archaeology (broché), Cambridge, USA, Korea Institute, Harvard University, coll. « Early Korea Project », , 232 p. (ISBN 978-89-86090-30-7 et 978-0-9795800-1-7), « The development of the pottery technologies of the korean peninsula and their relationship to neighboring regions », p. 157-192.

- Références Internet

- Céramique

  • (en) Kang Kyung-sook, Korean Ceramics: Korean Culture Series 12 (relié), Séoul, Korea Foundation, , 232 p. (ISBN 978-89-86090-30-7), p. 23-28

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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