Histoire de la Corée

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Horloge solaire

Les traces de présence humaine en Corée remontent au Paléolithique. Les premières poteries coréennes connues remontent à - 8000. Selon Samguk Yusa et d'autres documents de l'époque médiévale coréenne, le royaume Ko-Chosŏn (Chosŏn ancien) aurait été fondé en - 2333, s'étendant de la péninsule à une large partie de la Manchourie[1]. Ce royaume fut disloqué en plusieurs États vers le IIIe siècle av. J.-C..

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Préhistoire de la Corée.

La préhistoire de la Corée est encore mal connue. Mais les publications scientifiques se sont multipliées depuis les années 1990 en s'accélérant considérablement au cours des années 2010.

Les découvertes archéologiques indiquent qu'il y avait des homo sapiens installés dans la péninsule coréenne il y a environ 400 000 ans[réf. souhaitée].

Période Ko-Chosŏn[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période Gojoseon.

La période mythique Chosŏn ancien commence en 2333 av. J.-C. avec la naissance légendaire de la civilisation coréenne, au moins, puisque jusqu'à l'établissement de la dynastie Han chinoise, en l'année 206 av. J.-C., il n'y a pas de document attestant de civilisation en Corée.

Époque proto-Trois Royaumes[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Koguryo et Samhan.

Durant cette période trois confédérations Mahan, Jinhan et Byeonhan existaient dans le Sud de la péninsule coréenne, du IIIe siècle avant notre ère (sur des bases archéologiques) ou du IIe siècle (sur des bases historiques) au IIIe siècle de notre ère, tandis que le royaume de Koguryo a existé, dans le Nord de la péninsule et sur certaines régions du Nord-est de la Chine, mais du Ier siècle avant notre ère au VIIe siècle de notre ère.

Trois Royaumes de Corée du Ier siècle av. J.-C. au VIIe siècle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Trois Royaumes de Corée.

Unification politique lente de la péninsule[modifier | modifier le code]

Émergence des Trois Royaumes[modifier | modifier le code]

Carte de la péninsule vers 375, après la conquête par le Baekje (en vert) de la partie sud du Koguryŏ (en rouge).

Le royaume du Koguryŏ commence à se constituer avant IIe siècle av. J.-C. sous la forme d'une cité fortifiée dans le nord de la péninsule. Après leur expulsion en 75 av. J.-C. de la commanderie chinoise qui les dirige, une confédération de chefferies commence à se constituer autour de cinq tribus. Jumong qui dirige l'une d'elles en prend la direction politique en 35 av. J.-C., marquant le début effectif du royaume de Koguryŏ. De tribu nomade du sud de la Mandchourie, la nouvelle entité migre vers le sud, déplaçant au passage sa capitale de la ville de Jolbon (en) vers Gungnae, sur les berges de la Yalou en 3 ap. J.-C.. Le nouvel État se structure, et connait une phase d'expansion importante lors du règne du roi Taejo le Grand à la fin du Ier siècle[2] ; cette expansion se fait au détriment de terres détenues par d'autres tribus coréennes, mais aussi de la Chine, des raids étant menés au delà de la rivière Liao. La fin du IIe siècle voit le règne de Gogukcheon of Goguryeo (en) consolider la structure du royaume. Son administration est réformée pour affirmer son autorité sur l'aristocratie. Les conflits avec des pouvoirs chinois marquent le début du IIIe siècle, et en 244 les Wei envahissent le royaume[3] et obligent Dongcheon of Goguryeo (en) à fuir et à trouver refuge dans l'État du Okcho. Cependant les Wei sont conquis par un autre royaume chinois en 265, permettant au Koguryŏ de reprendre ses raids au-delà de la rivière Liao. En 313, la commanderie de Lelang est capturée par Micheon of Goguryeo (en), ouvrant ainsi la voie à une implantation dans la vallée de la rivière Taedong. Le pays est cependant ravagé en 342 par Murong Huang (en) lorsque la dynastie Jin émerge comme puissance dominante en Chine. Le roi Sosurim of Goguryeo (en) entreprend des réformes à la fin du IVe siècle. La pratique du bouddhisme est acceptée dans le pays. Le confucianisme s'impose comme modèle politique, avec la création en 372 d'une institution chargée de former les hauts fonctionnaires, le T'aehak (ko), et l'année suivante une code légal s'inspirant de cette école de pensée, le yulyŏng, est promulgué[4]. Une réforme militaire est aussi entreprise, préparant la montée en puissance du royaume lors du règne de Kwanggaet'o Wang au tournant des IVe siècle et Ve siècle[5].

Le royaume de Baekje se structure au sud-ouest de la Corée, au sein de la confédération de Mahan, en tirant profit de la fertilité du bassin de la rivière Han où il est installé. Selon le Samguk sagi publié en 1145, ce royaume aurait été fondé en 18 av. J.-C. par Onjo of Baekje (en), l'un des fils du fondateur du royaume Koguryŏ. Au milieu du IIIe siècle, le roi Goi of Baekje (en) étend sensiblement les frontières du royaume, en s'attaquant aux commanderies chinoises de Lelang et de Taifang (en), ainsi qu'aux Mohe au nord[6]. Il modernise l'administration de son royaume, ce qui permet à ses successeurs de se lancer dans une politique de conquêtes militaires. Geunchogo effectue la conquête de la confédération de Mahan en 369, et en 371 il attaque le royaume du Koguryŏ et met à sac sa capitale. Tout le sud-ouest de la péninsule est à cette date sous son administration, c'est-à-dire la partie de la région la plus densément peuplée, et là où l'agriculture est la plus développée. Le royaume de Baekje s'impose alors comme intermédiaire économique et culturel entre la Chine et le Japon[7].

Le royaume de Silla émerge au sein d'une confédération de royaumes dans la pleine de Gyeongju. Le Samguk sagi indique une fondation en 57 av. J.-C.[n 1] par Hyeokgeose de Silla[8]. Situé dans l'est du pays, et isolé des influences chinoises, il est plus lent que les autres royaumes à adopter des modèles de gouvernances venant de ce pays. Ce n'est qu'au milieu du IVe siècle qui parvient à s'imposer dans sa région d'origine[9] et que Naemul of Silla (en) impose sa lignée pour diriger le royaume à partir de 356. Silla est réduit au rang de protectorat du Koguryŏ au début du Ve siècle dont il ne s'extrait qu'à la fin du même siècle en contractant une alliance avec Baekje[10].

Enfin, la confédération de Gaya se développe à l'extrémité sud de la péninsule, ainsi qu'au nord de l'ile de Kyūshū[11]. Contrarié par la présence de puissants voisins comme les royaumes de Baekje et de Silla, cet État ne parvient pas à moderniser son administration comme le font les autres royaumes à l'époque[12].

Des royaumes coréens en lutte pour assoir leurs dominations du Ve au VIIe[modifier | modifier le code]

Carte de la péninsule vers 576, après la conquête par le Silla (en bleu) de la partie nord du Baekje (en vert).

Le Koguryŏ affirme sa domination sur la péninsule à partir du début du Ve siècle. Après la conquête d'une partie de la Manchourie au nord, et d'une partie du royaume de Baekje au sud, par le roi Kwanggaet'o Wang lors de la dernière décennie du siècle précédent, son fils Changsu Wang étend son emprise sur la Corée lors de son règne de 413 à 491. Les deux tiers de la région sont ainsi conquis[5]. La capitale est déplacée à Pyongyang en 427, et le Palais d'Anhak y est construit. Profitant de la division de la Chine entre dynasties du Nord et du Sud, il parvient à manœuvrer politiquement pour affirmer sa puissance dans la région[13].

Face à la domination du Koguryŏ au Ve siècle, d'autres royaumes vont tenter de s'organiser pour faire face à cette menace. Le royaume de Baekje s'allie aux Wa venues du Japon et à la confédération de Gaya, et ensemble attaquent le royaume de Silla. Lors de cette guerre (en), le Koguryŏ réussit à vaincre les coalisés en 404 et à assoir sa domination sur son allié, le royaume de Silla[5].

Une alliance est établie entre les royaume de Baekje et de Silla en 433, et en 472, le Baekje tente d'établir une alliance avec les Wei du Nord pour contrer la menace du Koguryŏ ; ces derniers s'emparent alors de la capitale du Baekje et l'obligent à en établir une nouvelle à Ungjin (en)[13]. Le roi Dongseong of Baekje (en) épouse en 493 la fille d'un haut responsable du royaume de Silla pour établir une nouvelle alliance contre le Koguryŏ. Son successeur Muryeong poursuit cette politique en cherchant des soutiens à l'étranger ; il se lie à la dynastie Liang chinoise, ainsi qu'avec le royaume Yamato au Japon. La capitale du royaume est transférée à Sabi en 538[14]. Seong of Baekje (en) et Jinheung of Silla (en) concluent une alliance militaire contre le Koguryŏ, et en 551 une partie du bassin de la rivière Han est reconquise. Cependant, l'alliance tourne court en 553 et le royaume de Silla se retourne contre le royaume de Baekje ; l'année suivante, Seong of Baekje (en) meurt lors d'une bataille, laissant la voie libre à une domination du royaume de Silla dans la région. Le royaume de Baekje continue d'exister, mais comme puissance mineure jusqu'au siècle suivant[8].

Le royaume de Silla s'impose au VIe siècle comme puissance régionale, tirant profit des influences chinoises sur l'organisation de son État[10]. Sous le règne de Beopheung of Silla (en) (514–540), une aristocratie dirige un État centralisé, et le pays se modernise. Geumgwan Gaya (en) est conquise en 532, et sous le règne de Jinheung of Silla (en) des conquêtes territoriales sont faites aux dépens des principaux royaumes coréens. Après avoir trahi en 554 une alliance avec le royaume de Baekje, Silla s'ouvre un accès à la mer Jaune et acquiert un accès direct avec la Chine, accélérant ainsi ses acquisitions culturelles et technologiques[15].

Unification de la région par le royaume de Silla au VIIe siècle[modifier | modifier le code]

L'unification de la Chine par la dynastie Sui à partir de 581 puis par la dynastie Tang à partir de 618 a une influence majeure sur la géopolitique de la péninsule coréenne[12]. Une guerre éclate en 598 entre les Sui et le Koguryŏ. Plusieurs invasions sont lancées par les souverains chinois, mais un chef militaire du Koguryŏ Eulji Mundeok parvient à leur tenir tête, malgré une infériorité numérique importante. Ces défaites chinoises précipitent la chute de la dynastie chinoise des Sui[16]. Les Tang cherchent dans un premier temps à soumettre diplomatiquement le royaume, en le pressant sans succès de se reconnaitre comme vassal de la Chine. Une guerre éclate alors en 645 entre le Koguryŏ et les Tang (en). Ces derniers franchissent la rivière Liao et soumettent la plupart des défenses de la péninsule du Liaodong, n'étant mis en échec que par le général Yang Manchun (en) du Koguryŏ. Des nouvelles tentatives d'invasions chinoises sont lancées en 647 et 648 mais se soldent aussi par des échecs[17]. Ces guerres contre la Chine vont cependant entamer la puissance du Koguryŏ, et précipiter sa chute en 668[18].

En 643, le royaume de Baekje lance une offensive contre les possessions du royaume de Silla. Ce dernier répond en passant une alliance avec la dynastie Tang. Ces derniers y voient la possibilité de vaincre à terme le royaume du Koguryŏ en contournant les défenses de ce pays. 130 000 soldats chinois dirigés par Su Dingfang (en) franchissent la mer Jaune en 660[18], et avec le soutien de 50 000 soldats de Silla dirigés par Kim Yu-sin (en), conquièrent la même année la capitale du royaume de Baekje, mettant fin définitivement à celui-ci. Alliés à des forces japonaise, des fidèles cherchent à réinstaurer le royaume, mais sont défaits en 663 à la bataille de Baekgang[19].

Après avoir détruit le royaume de Baekje, les Tang et leurs alliés de Silla tournent leurs forces vers le royaume de Koguryŏ. La capitale Pyongyang est assiégée plusieurs mois dès 661, mais le siège doit être levé suite à des victoires de Yeon Gaesomun (en)[19]. Une guerre d'usure commence alors, qui aboutit à la chute du Koguryŏ en 668. Cependant, les Tang ne respectent pas les termes de leurs alliances, et établissent des commanderies dans la région, dans le but d'intégrer la péninsule à leur empire[20]. Le royaume de Silla se retourne alors contre les Tangs, et parviennent à reconquérir la péninsule en 676[21].

Une société se complexifiant[modifier | modifier le code]

Structuration sociopolitique[modifier | modifier le code]

Couronne du royaume de Silla, classé comme trésor national.

Lors de la période, un modèle d'organisation politique s'impose dans la péninsule. D'abord adopté par le Koguryŏ, ce modèle est par la suite repris par le royaume de Baekje, puis de Silla. Au VIe siècle, toute la Corée suit les mêmes préceptes administratifs. Ces États sont dirigés par un souverain qui centralise son administration, et qui gouverne ses domaines directement, sans recourir à des vassaux. Si un aristocratie se développe, la puissance de celle-ci se mesure à sa proximité avec le souverain. Plusieurs strates administratives structurent cet espace (provinces, districts, villes...), et l'ensemble des terres est réputé relever de l'autorité du souverain[22].

Dessin de femme noble issu de l'ensemble des tombes de Koguryo.

L'aristocratie qui s'est mise en place conserve cependant une certaine puissance. Héritières de terres depuis l'émergence des premiers royaume, elles ont souvent conservé la propriété de grands domaines, et exercent des droits particuliers sur ceux-ci (levée d'impôts, exploitation de prisonniers de guerre comme esclaves, corvée pour les autres paysans libres...)[22]. La taille de ces propriétés augmente lors de cette période, et avec elle la richesse de cette aristocratie. Habitant dans les capitales, elle acquiert un certain nombre de privilèges politiques, et des dynasties aristocratiques s'affirment. Des rangs sont instaurés au sein de ces familles (14 pour le Koguryŏ), et seules une poignée d'entre elles occupent les plus élevés. Dans le royaume de Silla, le système Kolp'um (en) fixe par avance et de manière rigide les charges et honneurs auxquels peut prétendre un membre de l'aristocratie en fonction de sa lignée. C'est ce système qui permet à deux reines d'exercer le pouvoir (Seondeok de 632 à 647, et Jindeok of Silla (en) de 647 à 654) alors qu'aucun homme ne peut prétendre à un rang aussi élevé qu'elles)[23].

Dans les campagnes, des chefs jouissant d'un certain nombre de pouvoirs dirigent des villages. Le plus souvent nés dans ceux-ci, et possédant un nombre conséquent de terres et d'esclaves, ils ont des rangs officiels au sein d'une administration locale, mais ne peuvent prétendre à la moindre charge au sein de l'État central. Situés au rang hiérarchique immédiatement inférieur, des paysans libres cultivant leurs propres terres constituent la classe la plus importante numériquement. Ils doivent à l'État des impôts, des corvées, et sont soumis à la conscription. En dessous de cette classe, une caste inférieure constituée de criminels ou de métayers est le plus souvent mise à l'écart de la société. Les esclaves enfin constituent la classe la plus basse[24].

De nombreuses influences chinoises à intégrer[modifier | modifier le code]

Inscription utilisant des caractères chinois sur la stèle de Kwanggaet'o érigée en 414.

L'écriture chinoise continue sa pénétration dans la péninsule, et son utilisation se généralise lors de la période des trois royaumes. Les quatre commanderies situées au nord jouent un rôle important dans cette diffusion. La structure et la phonologie de la langue coréenne étant très différente des langues chinoises, de nombreuses adaptions sont opérées. Les écritures hyangchal et idu sont alors utilisées pour écrire le coréen, et un troisième système, le gugyeol (en) est utilisé pour lire les textes chinois. L'utilisation de ces systèmes entraine de nombreux emprunts lexicaux au chinois, tout en limitant son usage à un nombre réduit de lettrés[25]. Ils vont être utilisés lors de cette époque pour écrire les poèmes Hyangga, ou pour la rédaction de la stèle de Kwanggaet'o, et vont être en usage jusqu'au XVe siècle[26].

L'adoption du système d'écriture chinois permet à des textes écrits dans cette langue d'être lus en Corée, et donc à des systèmes de pensée de s'y diffuser. Le confucianisme, le taoïsme, et le bouddhisme sont ainsi popularisés à l'époque. Le confucianisme en particulier exerce une grande influence sur la constitution et le fonctionnement des royaumes coréens. Le Koguryŏ fonde ainsi une académie confucéenne, le T'aehak (ko), en 372 où sont étudiés les cinq classiques [n 2],[27] ainsi que d'autres ouvrages chinois majeurs comme le Shiji, une livre d'histoire de Sima Qian. L'historiographie coréenne commence par ce dernier biais à se développer à l'époque. Sous le règne du roi Yeongyangde Goguryeo (en) (590618) est rédigé le Yugi. Le Seogi est rédigé lui au IVe siècle par le Baekje, et sert plus tard de modèle au Nihon shoki japonais de 720[26]. Si aucun de ces textes ne nous est parvenu, ils sont utilisés comme source par des ouvrages ultérieurs comme le Samguk sagi[27]. Des confucéens du Baekje comme Wang In (en) vont plus introduire les classiques confucéens à la cour japonaise. Le taoïsme est introduit dans le Koguryŏ plus tardivement, en 643 ; ce système de pensée a alors gagné en popularité en Chine avec l'instauration de la dynastie Tang en 618. Alors que le confucianisme influence avant tout les structures des États coréens, le taoïsme va lui concentrer son rayonnement sur le peuple[28].

Restes du Mireuksa construit en 602.

Le bouddhisme apparait dans la péninsule à la fin du IVe siècle. Le moine Sundo (ko) introduit celui-ci à la cour du Koguryŏ en 372 en apportant des images religieuses et des soutra depuis la Chine. Une dizaine d'années plus tard, Marananta (en), un moine indien introduit cette religion en 384 au Baekje. L'introduction dans le Silla est plus tardive et remonte au premier quart du Ve siècle. Si dans les deux premier États, cette nouvelle religion est assimilée au monde chinois, et accueillie plutôt favorablement, la situation diffère dans le royaume de Silla. L'aristocratie est adepte d'une forme de shamanisme, et cette religion se diffuse avant tout par le peuple[29]. Ce n'est qu'en 527 que sa pratique est reconnue et acceptée dans la cour. Le roi Jinheung of Silla (en) qui accède au trône de Silla en 540 va favoriser son essor et le reconnaitre comme religion officielle du royaume. Dans les trois royaumes, la religion sert d'outil pour renforcer l'ordre social. La pratique du bouddhisme incite les sujets à se comporter de manière respectueuse envers le roi. L'un des courants de pensée qui connait le plus de succès est basé sur le Vinaya, qui se concentre sur la discipline morale, avec un moine comme Kyŏmik (en) faisant partie des principaux porteurs de cette doctrine. Les États coréens permettent aussi la construction de grands temples à l'époque, comme le Hwangnyongsa en 553 dans le royaume de Silla, ou le Mireuksa en 602 dans le royaume de Baekje ; ce premier temple possède une pagode de plus de 70 m qui est lors de sa construction probablement la plus haute de l'Asie de l'est[30].

Arts intégrant progressivement le bouddhisme[modifier | modifier le code]

Une élite réduite commence à produire une littérature basée sur les caractères chinois. Le général du VIIe siècle Eulji Mundeok est connu pour ses compositions poétiques. Une forme plus populaire de chansons, des sin'ga, est composée par des shamans. Celle-ci évolue en Hyangga sous l'influence des moines bouddhiques, tout en conservant ses aspects religieux, en traitant notamment d'évènements surnaturels[31]. La musique connait aussi un essor notable, et certaines figures parviennent à émerger à l'époque, comme le musicien Paekkyŏl. Les instruments évoluent aussi, et le kayakŭm apparait, tout comme le Geomungo (en) créé par Wang San-ak (en) ; en plus de ces instrument à cordes, des dizaines d'instruments de percussions sont aussi introduits depuis la Chine. Ces musiciens vont introduire mélodies et instruments au Japon par la suite[32].

L'artisanat produit de nombreuses pièces de qualité lors de cette période. Abiji, un artisan issu du Baekje, est ainsi crédité pour son travail sur plusieurs des grands temples bouddhiques construits au VIIe siècle[32]. Des réalisations architecturales comme l'observatoire astronomique du Cheomseongdae permettent aussi d'apprécier le degré d'avancement scientifique, ou les progrès de l'ingénierie dans le cas des tombes royales. Celles-ci sont initialement de forme pyramidale et en pierre (Tomb of the General (en), Twin Column Tomb (en)...) dans le Koguryŏ et le Paekche, avant d'évoluer vers des constructions en briques sur le modèle chinois[33]. Les tombes de ces deux royaumes sont par ailleurs souvent décorées de peintures. Les tombes du royaume de Silla se démarquent par la richesse des artefacts qu'elles recèlent, souvent en or et fabriquées spécialement pour l'enterrement de notables[34].

L'irruption du bouddhisme dans la seconde moitié de cette période influence l'art coréen. Le Bodhisattva Maitreya devient le sujet de nombreuses peintures et sculptures[35].

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Période des États du nord et du sud[modifier | modifier le code]

Division de la péninsule, avec Silla au sud, et Balhae au nord.

La division de la péninsule en deux états à la fin du VIIe siècle[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Balhae et Période Silla.

Après avoir repoussé les troupes Tang, le royaume de Silla sécurise un territoire qui s'étend au sud du bassin de la rivière Taedong à la baie de Wŏnsan. Au nord ce cette ligne, la Chine des Tang met en place un Protectorate General to Pacify the East (en) chargé d'administrer en leur nom ce territoire. Le dernier roi du Koguryŏ, Bojang of Goguryeo (en), est nommé en 677 par les Tang pour administrer la région, mais lui et ses descendants parviennent à gagner un certain niveau d'autonomie vis-à-vis de la puissance chinoise. En 698, ce protectorat disparaît, pour donner naissance au royaume de Balhae, avec à sa tête Daejoyeong, le fils d'un ancien général du Koguryŏ[36]. La Chine de l'impératrice Wu Zetian est alors empêtrée dans des luttes internes, et ne peut s'opposer à l'émergence de ce nouvel état ; ce dernier paye formellement un tribut à la puissance chinoise, mais ses souverains utilisent le titre d'empereur, et utilisent leurs propres calendriers[37].

Balhae[modifier | modifier le code]

Silla[modifier | modifier le code]

Les rois de Silla rentrent assez vite dans une relations tributaire avec la Chine, de manière à asseoir leurs légitimités. Le calendrier chinois chinois est adopté, et les rois coréens prennent l'habitude d'envoyer des ambassades en Chine tout au long des IXe et Xe siècles afin que les souverains Tang confirment leurs mandats[38].

Le confucianisme s'impose comme source d'inspiration politique dans le royaume de Silla lors de cette période, dès le règne de la reine Seondeok. Cette dernière nomme dès 636 des lettrés dont la charge est d'enseigner spécifiquement les enseignements de Confucius. Ses successeurs vont confirmer cette orientations. En 682, une académie modelée sur le modèle chinois, le Gukhak (en), est ouverte pour assurer l'enseignement des classiques de cet auteur. En 750 la place des enseignement de Confucius dans cet établissement est encore renforcé. Cependant, le confucianisme est avant tout utilisé pour la formation et le recrutement des fonctionnaires. Le bouddhisme continue de servir de référence politique et morale[38]. Le taoïsme, déjà connu dans le royaume de Baekje, est le dernier système de pensée notable à l'époque. Il est introduit en 738 à la faveur de l'arrivée d'une ambassade chinoise, mais ne commence à avoir une influence sur la politique coréenne qu'à partir des VIIIe et IXe siècle[39].

Cet état coréen produit plusieurs chroniques historiques, et des historiens comme Kim Dae-mun (auteur du Hwarang segi)[38], ou Kangsu sont les plus notables à l'époque. Dans le domaine littéraire, Seol Chong signe le P’ungwang so. Le système Kolp'um (en) qui régit la société limite cependant la progression sociale de ces lettrés. Un personnage comme Choi Chi-won parvient cependant à la fin du IXe siècle a acquérir une certaine influence auprès du souverain, mais doit finalement plier face à l'influence de l'aristocratie[40].

Période Goryeo[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Goryeo.

Le royaume de Goryeo (고려) (918-1392c), est l'État qui occupe la Corée du début du Xe siècle à la fin du XIVe siècle. Sa capitale, Kaesong, est aujourd'hui située en Corée du Nord.

Période Joseon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période Joseon.

La dynastie Joseon (ou Choseon) est une dynastie de rois coréens qui occupa le trône de 1392 à 1910, fondée en 1392 par le général coréen Yi Seonggye, qui renverse le royaume de Goryeo et met fin du même coup à la période de domination mongole, qui durait depuis 1259.

Durant cette période la Corée connut deux âges d'or : au XVe siècle sous le règne de Sejong le Grand, qui invente notamment le hangeul, l'alphabet coréen, et après l'invasion mandchoue de 1637.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

L'attaque française de 1866[modifier | modifier le code]

L'expédition du contre-amiral Pierre-Gustave Roze, en 1866, est la première action militaire d'une nation occidentale — en l'occurrence la France — contre la Corée.

L'attaque américaine de 1871[modifier | modifier le code]

Article principal : Expédition de Corée.

Les États-Unis furent les seconds à monter une expédition semblable en 1871. Leur force navale était commandée par le contre-amiral John Rodgers.

L'influence du Japon et l'Empire coréen[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire coréen.

L'Empire coréen (ou Empire de Tachan) est une période de l’histoire de la Corée s'étendant de 1897 à 1910, durant laquelle la péninsule fut placée sous influence japonaise.

Colonisation japonaise[modifier | modifier le code]

Le 1e mars 1919, soulèvement contre l'occupant japonais et indépendance.

La partition de la Corée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Partition de la Corée.

La farouche résistance coréenne à la colonisation japonaise, menée notamment en Corée, en Chine et en Russie par les troupes communistes de Kim Il-sung, vaut au gouvernement provisoire coréen en exil à Washington et dirigé par Syngman Rhee (이승만) d'obtenir des grandes puissances l'indépendance de son pays à la conférence du Caire de 1943. À la conférence de Potsdam, il est décidé que les quatre Grands (Union soviétique, États-Unis, Chine et Royaume-Uni) garantiront conjointement l'indépendance du pays.

Mais l'amertume du sort de la Corée se révèle bientôt : peu après, il est décidé entre l'URSS et les États-Unis qu'ils désarmeront ensemble l'armée japonaise présente en Corée, les premiers au nord, les seconds au sud. Les États-Unis proposent le 38e parallèle.

Entrée en guerre contre le Japon le 9 août 1945, l'URSS franchit peu après (12 août 1945) la frontière coréenne, alors que les Américains[41] ne débarquent en Corée que le 8 septembre 1945, après la capitulation japonaise ayant entraîné le départ des troupes japonaises de Corée.

Dans la zone sud, Yo Unhyŏng (nationaliste de gauche) crée un "comité pour la préparation de l'indépendance de la Corée", à majorité communiste, qui proclame l'établissement d'une république populaire de Corée le 6 septembre opposé au gouvernement provisoire de Syngman Rhee.

Les États-Unis décident alors l'installation d'un gouvernement militaire à Séoul le 7. Le général Hodge, chef des troupes d'occupation américaines, supprime les comités de libération nationale, et maintient les fonctionnaires japonais et coréens de l'administration impériale japonaise, tout en confiant le maintien de l'ordre à la police japonaise. Contrairement à la Corée du Nord, la Corée du Sud n'a ainsi pas conduit d'épuration du personnel ayant travaillé avec les Japonais, au sein de la nouvelle administration sud-coréenne.

Le gouvernement militaire américain déclare illégale la république proclamée le 6, et démet Yo Unhyŏng de ses fonctions. Syngman Rhee rentre en Corée en octobre.

La question de l'indépendance de la Corée ne peut être résolue entre les deux Grands réunis au sein d'une commission américano-soviétique, dont les travaux commencent en janvier 1946. Les États-Unis font adopter par l'Assemblée générale des Nations unies en 1947 le principe d'élections organisées sous l'égide de l'ONU, malgré le vote contre de l'URSS qui considère alors les Nations unies comme une organisation pro-américaine.

En réponse, une conférence réunissant des organisations du Nord et du Sud se tient à Pyongyang, au nord, en avril 1948.

Des élections organisées dans la seule partie sud, dans le cadre de la résolution adoptée par l'ONU sur l'initiative des États-Unis, se tiennent le et conduisent à l'élection de Syngman Rhee comme premier président de la République de Corée (généralement appelée Corée du Sud), le 15 août 1948, troisième anniversaire de la libération. Des guérillas de gauche, très actives, s'opposent toutefois au nouveau régime sud-coréen dès sa fondation.

Au Nord, des élections législatives (organisées clandestinement au Sud) sont tenues le 25 août 1948. Le 9 septembre 1948, l'Assemblée populaire suprême ainsi élue proclame la République populaire démocratique de Corée (appelée couramment Corée du Nord) à Pyongyang.

Guerre de Corée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Corée.

Les origines de la guerre de Corée, du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953, donnent lieu à des interprétations divergentes au Nord et au Sud. Pour Séoul, la guerre a été déclenchée par une agression nord-coréenne selon un plan établi préalablement en liaison avec Moscou. Pour Pyongyang, le franchissement par ses troupes du trente-huitième parallèle est la riposte à une attaque surprise de l'armée sud-coréenne sous le commandement de conseillers américains. De fait, la multiplication des incidents de frontières témoignait d'une aggravation des tensions militaires à la veille du conflit.

La guerre de Corée s'achève par un retour au statu quo ante bellum le 27 juillet 1953 (signature d'un armistice). La guerre a fait deux millions de victimes, déplacé des millions de personnes et séparé des centaines de milliers de familles.

La répartition Corée du Nord - Corée du Sud[modifier | modifier le code]

Après la fin de la guerre de Corée, l'ONU fixe la frontière maritime entre les deux Etats[42]. La frontière terrestre, longue de 248 kilomètres coupe la péninsule en deux le long du 38e parallèle.

En 2002, des affrontements font des morts des deux côtés.

De fragiles accords militaires et politiques lient alors la Corée du Nord et la Corée du Sud. Le 30 janvier 2009, Pyongyang décide de les suspendre. La Corée du Sud, en étroite relation avec l'armée américaine est protégée sur son sol par 28 000 GI[42].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Samguk sagi est rédigé par Kim Busik, un descendant de la famille royale de Silla. En donnant une date de fondation plus ancienne pour ce royaume, il est possible qu'il ait cherché à lui conférer une importance particulière.
  2. Le Classique des vers, les Annales des Printemps et Automnes, le Classique des documents, le Classique des rites, et le Yi Jing

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Pascal Dayez-Burgeon, Histoire de la Corée : Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, (ISBN 978-2-84734-835-4)
  • (fr) Li Ogg, La Corée, des origines à nos jours, 1996
  • (en) Jinwung Kim, A History of Korea : From "Land of the Morning Calm" to States in Conflict, Indiana University Press, , 720 p. (ISBN 978-0253000248, lire en ligne). 
  • (en) Kyung Moon Hwang, A History of Korea, Palgrave Macmillan, coll. « Palgrave Essential Histories Series », , 272 p. (ISBN 978-0230205468, lire en ligne)
  • (en) Michael J. Seth, A History of Korea : From Antiquity to the Present, Rowman & Littlefield Publishers, , 552 p. (ISBN 978-0742567153)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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