Buncheong

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Exemple de buncheong à décor incisé et sgraffite. Musée national de Corée

Le buncheong, ou punch'ong est une forme de céramique coréenne en grès, traditionnelle du milieu du XIVe jusqu'au milieu du XVIe siècle.

Historique[modifier | modifier le code]

La mise au point du procédé, au milieu du XIVe siècle, est suivie d'une période de plein épanouissement où les recherches se poursuivent avec un réel succès au XVe siècle. Puis le buncheong est détrôné par la porcelaine blanche Joseon au cours de la première moitié du XVIe siècle. C'est la plus spécifique à la Corée de toutes les céramiques coréennes.[1].

L'origine du terme n'est pas documentée. Après le XIXe siècle des collectionneurs japonais ont utilisé le terme misima, mais il est d'une origine incertaine. Autour de 1930, un historien d'art coréen, Koh Yu-seop (1905-1944), a nommé cette céramique bunjang hoecheong sagi, qui signifie « porcelaine poudrée de gris-vert », qui est devenu sous la forme réduite buncheong sagi, le terme savant en usage depuis.

Le buncheong est réalisé en terre à porcelaine[2], couverte de feldspath, fondant à haute température (aux alentours de 1 200 °C). Ce qui en fait la caractéristique principale c'est l'usage d'un engobe blanc et un décor audacieux, d'une grande variété : incrustation, estampage, sgraffite, passage du pinceau, peinture au pigment de fer, incision et trempage. L'incrustation n'est ici qu'une extension du procédé en usage lors de la période précédente avec les céladons incrustés sous la dynastie Goryeo.

Sobriété et spontanéité[modifier | modifier le code]

La céramique buncheong offre l'occasion d'une certaine spontanéité et manifeste l'originalité du créateur avec des moyens d'une très grande sobriété. En effet le grès, de couleur gris charbon, est simplement revêtu d'un engobe blanc sous couverte - ou glaçure - bleu-vert[3]. La couverte est apposée au pinceau ou par trempage et laisse le grès en partie découvert. Sur ces céramiques, lorsqu'elles sont décorées, les motifs décoratifs sont soit peints à l'aide d'un pigment brun de fer (Kyeryong), soit incisés et éventuellement peints sur fond champlevé ou gravé[4]. Ce qui permet des effets naturels dans le mouvement du pinceau, dans la coulure de l'engobe et dans la vitesse du tracé. Les zones de l'engobe éventuellement retirées avec soin ( champlevées , « gravées » ou grattées ) ne dénaturent jamais cette expression de naturel et de vitesse / spontanéité qui font encore leur succès.

La tradition conserve le souvenir de fours créés par une communauté bouddhique réfugiée dans les montagnes, fours qui auraient produit parmi les tout premiers Kyeryong, avec l'engobe posé rapidement au pinceau et leur décor « calligraphique », enlevé rapidement[5].

Le style apparaît au début de la dynastie Joseon au XVe siècle, remplaçant en grande partie le céladon dans l'usage commun. Il correspond bien à cette dynastie, fondée par un puissant groupe de lettrés et d'érudits de la mouvance confucéenne, guidés par des principes d'austérité et de sobriété[6]. Cette pratique disparaît presque entièrement après le XVIe siècle, après les invasions de 1592-1597, au cours desquelles bien des fours furent détruits et les potiers déportés au Japon[7].

Les décors estampés[modifier | modifier le code]

La forme la plus courante pour la céramique puncheong est représentée, au British Museum, par un bol à décor estampé. La matière de base est une terre d'un gris charbon ; cuite elle donne une porcelaine coréenne très résistante. Les décors peuvent être variés en raison de la multiplicité des tampons servant à l'estampage en creux, et à leurs combinaisons. Le motif « rideau de corde » avec des chrysanthèmes (au centre du bol[8]) est souvent utilisé. La décoration est fermement estampée en creux sur le corps de la céramique avant cuisson, lorsque la matière a la constance du cuir. Les tampons utilisés pour produire cet effet de corde ne laissent, ici, que des petits cônes en relief. Des motifs floraux, comme les chrysanthèmes, ou des motifs géométriques sont aussi employés. Puis les creux sont emplis de barbotine. Ensuite, lorsque la barbotine en excès a été poncée, après une première cuisson, une glaçure transparente ou peu colorée est appliquée et le bol repassé au four.

Les décors peints ou trempés[modifier | modifier le code]

Les décors peints le sont à l'oxyde de fer brun sur un fond de barbotine blanche, et, le tout, d'un geste du pinceau rapide. L'absence de décoration a aussi une valeur esthétique forte, lorsque l'engobe est passé d'un grand trait de pinceau ou simplement par trempage dans la barbotine blanche. Ces derniers types de céramique sont appelés au Japon : hakeme ((en) : hakeme ware), pour désigner ces céramiques coréennes, devenues hagi-yaki : leur interprétation par les céramistes japonais.

La présence forcée de ces potiers coréens au Japon a permis le développement de la céramique associée à la cérémonie du thé (en particulier le style Hagi-yaki) au Japon[10]. Les premiers grès ido auraient été, selon une tradition japonaise, réalisés au Japon par des potiers coréens au début du XVIIe siècle, servant de modèle aux grès japonais de type hagi.

Les décors ciselés, gravés ou sur fond champlevé[modifier | modifier le code]

Le musée d'art Samsung Leeum à Séoul, abrite une collection permanente de céramique buncheong[15] ainsi que le musée national de Corée. Le British Museum en expose de beaux exemplaires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Korean Ceramics 2008, p. 111, sur la question des dates et sur le jugement : « the most purely Korean of all ».
  2. Voir, sur l'usage du terme « porcelaine » pour des pâtes non vitrifiées dans la masse, l'article sur la céramique chinoise, le passage intitulé : «  L'évolution vers la porcelaine ».
  3. « Le punch'ong dérive, en effet du céladon Koryo comme le terme l'indique, punjanghui ch'ong sagi signifiant "céramique à engobe blanc et couverte bleu-vert" » : Pierre Cambon, 2001 (2), p. 214
  4. La Terre Le Feu L'Esprit, 2016, p. 109 et 120
  5. Pierre Cambon, 2001 (2), p. 214
  6. Im Jin A dans : La Terre Le Feu L'Esprit, 2016, p. 109
  7. Francis Macouin, La Corée du Choson : 1392 - 1896, Les Belles Lettres, , 240 p. (ISBN 978-2-251-41043-2), p. 170-171
  8. ce bol sur le site du British Museum
  9. Ce plat sur le site du British Museum qui présente une glaçure transparente sur cette photographie, alors qu'elle semble, sous l'éclairage de la vitrine, plus verdâtre.
  10. Importance des potiers coréens pour le développement de la céramique japonaise au XVIIe siècle
  11. L'application audacieuse d'engobe blanc offre une plus grande liberté à l'application de la décoration peinte. Les céramiques peintes sorties des fours du mont Gyeryong dans la province de Chungcheongnam-do sont parmi les dernières céramiques buncheong qui y ont été produites. Autour de 1500, ces fours se tournèrent vers la fabrication de la porcelaine.
  12. Ici le revêtement bleu-vert, peu coloré, se remarque dans une coulure sur l'assise.
  13. Ces céramiques peintes ont été produites dans les fours des monts Kyeryong près de Taejon dans la province du Chungchongnam-do. Ceux-ci étaient parmi les derniers à produire des céramiques puncheong, avant que les fours se soient tous sont tournés vers fabrication de la porcelaine, aux environs de 1500.
  14. Site du musée de céramique orientale à Osaka
  15. CNN Go Seoul's best museums 27 octobre 2011, consulté le 4 novembre 2011

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleKoo Ilhoe, Kim Youngna, Kim KYudong, Yoon Sangdeok, Park Kyungdo, Kim Hyunjung, Im Jin A et Park Hyewon, La Terre Le Feu L'Esprit : chefs-d'œuvre de la céramique coréenne (Catalogue de l'exposition « La Terre Le Feu L'Esprit. Chefs-d'œuvre de la céramique coréenne », au Grand Palais, Salon d'honneur, Paris, du 27 avril au 30 juin 2016), Réunion des musées nationaux, , 223 p. (ISBN 978-2-7118-6335-8)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Sarfati, Romaine (directrice de publication) et al. (catalogue), Roman d'un voyageur : Victor Collin de Plancy : l'histoire des collections coréennes en France, Carbonne (Haute-Garonne), Loubatières, 2014-2015, 262 p., 31 cm (ISBN 978-2-86266-719-5)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(fr + en) Pierre Cambon, L'art de la Corée, Nouvelles éditions Scala et Musée national des arts asiatiques - Guimet, coll. « Sentiers de l'art », , 127 p., 20 cm (ISBN 978-2-35988-150-9 et 979-10-90262-25-6), p. 91-92
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) Kang, Kyung-sook, Korean Ceramics: Korean Culture Series 12 (relié), Séoul, Korea Foundation, , 232 p. (ISBN 978-89-86090-30-7), p. 122-135

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Voir aussi[modifier | modifier le code]