Bombardement de Dresde

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Bombardement de Dresde
image illustrative de l’article Bombardement de Dresde
Dresde après le bombardement, en 1945.

Date Du au
Lieu Dresde, Allemagne
Victimes Civils de Dresde
Type Bombardement aérien
Morts 25 000 corps identifiés
Auteurs Drapeau des États-Unis États-Unis (USAAF) et Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni (RAF)
Ordonné par Arthur Travers Harris
Motif controversé
Guerre Seconde Guerre mondiale
Coordonnées 51° 02′ 00″ nord, 13° 44′ 00″ est

Géolocalisation sur la carte : Allemagne

(Voir situation sur carte : Allemagne)
Bombardement de Dresde

Le bombardement de Dresde, qui eut lieu du 13 au 15 février 1945, selon les principes de la Directive du ministère de l'air du gouvernement britannique sur le bombardement de zone du 14 février 1942 devenue avec l'USAAF celle de Casablanca (en) en 1943, détruisit presque entièrement la ville allemande de Dresde, dans le cadre d'un bombardement combiné en Bomber stream. L'United States Army Air Forces (USAAF) et la Royal Air Force (RAF) utilisèrent des bombes incendiaires notamment à la thermite[1], l'emploi du phosphore étant lui discuté. Les bombes classiques et à retardement furent aussi utilisées. L'évaluation actuelle du nombre des victimes se situe autour de 35 000 morts (dont 25 000 corps identifiés)[2],[3].

Raisons de l'attaque de février 1945[modifier | modifier le code]

Bombardiers Avro Lancaster de la RAF.

Les services de renseignements occidentaux étaient arrivés à la conclusion que la Wehrmacht allait déplacer 42 divisions (un demi-million d'hommes) vers le front de l'Est, alors proche de la ville, et les services soviétiques avaient signalé d'importants mouvements de trains sur le centre de triage de Dresde (en fait, des trains de réfugiés fuyant l'avance de l'Armée rouge qui effectuait l'offensive Vistule-Oder). Les états-majors pensèrent que la ville servirait de nœud logistique pour ce transfert[4].

La stratégie allemande faisait de l’ensemble des grandes villes sur le front de l’Est — die Festungen (« les forteresses ») — un rempart. La ville de Dresde partagea ainsi le même sort que Berlin et Breslau, qui furent réduites en cendres, mais ici essentiellement par l’artillerie et les chars soviétiques.

Une autre théorie avance que ces bombardements furent délibérément conçus par les états-majors américain et britannique en vue de saper une fois pour toutes le moral des troupes allemandes[5].

Il est possible aussi que les États-Unis et le Royaume-Uni aient voulu impressionner l'URSS : ce bombardement a eu lieu quelques jours après la clôture de la conférence de Yalta, et il aurait eu une force dissuasive sur Staline, dans le contexte naissant de la guerre froide. Cette thèse est notamment défendue par Jacques Pauwels[6]. À l'inverse, des études de l'USAF insistent sur les demandes répétées des Soviétiques de bombardements sur les nœuds ferroviaires de l'est de l'Allemagne pour faciliter la progression de l'Armée rouge[7].

Les raids[modifier | modifier le code]

En 37 heures, 3 600 bombardiers ont largué environ 650 000 bombes incendiaires lors de trois raids[8].

Conséquences de l'attaque[modifier | modifier le code]

La manière de considérer ces attaques aériennes varie selon le point de vue. À l'époque déjà, le ministère de la Propagande de Joseph Goebbels avait utilisé le bombardement de Dresde pour relativiser la responsabilité de l'Allemagne dans la guerre et placer les Allemands dans un rôle de victimes. Au cours de la guerre froide, les préjugés idéologiques empêchèrent une étude objective du déroulement des événements.

Le premier maire communiste de Dresde, après la guerre, Walter Weidauer (de), considérait en 1946 les attaques comme évitables bien qu'ayant été provoquées par les « fascistes allemands ». Cependant trois ans plus tard, il considérait les puissances occidentales comme seules responsables du bombardement criminel de Dresde qui ne répondait à aucune nécessité militaire. Une hypothèse (défendue entre autres par l'Allemagne de l'Est à partir de 1949) était que les Alliés occidentaux avaient voulu laisser à l'Union soviétique une zone d'occupation détruite.[réf. nécessaire]

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Amas de cadavres après le bombardement. La plupart des corps furent regroupés ainsi afin d'être incinérés sur place, souvent sans même avoir été identifiés, pour éviter les épidémies.

Des milliers de réfugiés qui fuient l’avancée de l’armée Rouge et de soldats blessés, qui sont soignés dans 25 hôpitaux, s’entassent dans la ville dont il est difficile de déterminer précisément le nombre. Selon des estimations, la ville est passée de 630 000 habitants à un regroupement de plus d’un million d'habitants à l'époque. L'évaluation du nombre de morts a beaucoup fluctué. Le compte de 200.000 morts avancé par l'écrivain négationniste David Irving était appuyé sur un rapport de police (TB 47) considéré actuellement comme un faux[9]. Une estimation à 250 000 morts a été avancée par les Soviétiques. Le chercheur allemand Jörg Friedrich fait état de 40 000 morts[10]. Le bilan finalement admis est de 25 000 morts maximum (dont 18 000 corps identifiés), établi par une commission d'historiens dirigée par Rolf-Dieter Müller et mandatée par la ville de Dresde en 2004-2010[11].

Des estimations élevées se réfèrent souvent à des déclarations de témoins oculaires qui ne peuvent plus être réexaminées, ainsi qu'à des informations de sources aux motifs divers (parfois négationnistes) :

  • Un document du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de 1946 a donné le chiffre le plus élevé de plus de 305 000 morts. Ce nombre n'était cependant pas le résultat d'investigations propres, mais émanait de rapports basés sur des sources issues des indications de l'administration nazie[12].
  • L'ancien officier d'État-major de Dresde Eberhard Matthes (de), qui avait alors été chargé de travaux de déblaiement, a affirmé en 1992 que, jusqu'au 30 avril 1945, 3 500 cadavres auraient été pleinement identifiés, 50 000 en partie et 168 000 pas du tout[13]. Ces chiffres auraient été communiqués à Adolf Hitler en sa présence. Mais il n'existe aucune preuve écrite qui pourrait confirmer cela et on doute aussi que Hitler ait demandé une telle communication le jour de son suicide. Des journaux (Süddeutsche Zeitung, Die Welt, Frankfurter Allgemeine) ont souvent publié des chiffres difficiles à certifier, variant de 60 000 à 300 000 morts, jusqu'à la quasi-clôture du débat après le compte défini le 17 mars 2010 après le travail de la Commission historique commencé en 2004 (Historikerkommission zu den Luftangriffen auf Dresden zwischen dem 13. und 15. februar 1945)[2].

Réactions au bombardement[modifier | modifier le code]

Affiche de propagande exploitant la destruction de Dresde.

Le gouvernement nazi utilisa ce bombardement à des fins de propagande. Le 16 février, le ministère de la Propagande dirigé par Goebbels publiait un communiqué de presse qui dessinait la ligne générale de la propagande nazie : Dresde n'avait aucune industrie de guerre, n'était qu'une ville de culture et d'hôpitaux. Le 25 février, une nouvelle note paraissait, accompagnée de photos d'enfants brûlés, sous le titre Dresde - Massacre de Réfugiés et indiquant que 200 000 personnes étaient mortes.[réf. nécessaire]

D'après Frederick Taylor, le ministère fit gonfler le nombre de morts par un facteur dix[14]. Les diplomates allemands firent circuler dans les pays neutres des photographies des destructions, de morts et d'enfants grièvement brûlés. Par coïncidence, le jour précédant le raid, un document du ministère allemand des Affaires étrangères avait été mis en circulation dans les pays neutres, critiquant Arthur Harris comme le responsable des bombardements de terreur.

D'autres bombardements sur l'Allemagne (Berlin et Hambourg lors de l'opération Gomorrhe) furent aussi très meurtriers mais celui de Dresde a plus profondément choqué les esprits, peut-être parce que la ville était davantage perçue comme une ville d'arts et de culture et qu'elle avait un intérêt stratégique moins important (ne pouvant justifier une attaque aussi lourde), d'autant plus que l'Albertstadt, le fort militaire de Dresde, n'a pas été bombardé. Les témoignages font aussi dramatiquement état de la présence d'une tempête de feu (Feuersturm) sur plusieurs kilomètres carrés, confirmée par les analyses[15], avec des vents de la force d'une tornade[16] qui aspiraient vers le feu les victimes qui tentaient de se retenir[17],[18]. On possède des observations de telles tempêtes de feu pour le bombardement de Coventry par l'Allemagne, celui de Hambourg[19] (Opération Gomorrhe), et pour les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

Certains voient aujourd'hui la destruction de Dresde comme un crime de guerre motivé notamment par le besoin de venger le bombardement de Coventry (Opération Mondscheinsonate) par la Luftwaffe en novembre 1940, incendiaire lui-aussi, alors que d'autres considèrent que tous les moyens devaient être utilisés pour mettre fin le plus rapidement à la guerre et en définitive, épargner des vies humaines. Quoi qu'il en soit Winston Churchill lui-même s'est désolidarisé de ce bombardement quelques semaines après, le 28 mars 1945[20], dans un memorandum adressé à l'état major britannique : « Il me semble que le moment est venu de remettre en question le bombardement des villes allemandes dans le but d'accroître la terreur, tout en invoquant d'autres prétextes… la destruction de Dresde constitue un sérieux doute sur la conduite des bombardements alliés »[21].

Survivants célèbres[modifier | modifier le code]

  • L'écrivain américain Kurt Vonnegut (1922-2007), qui travaillait comme prisonnier de guerre dans un abattoir de la ville lors du bombardement, en réchappa en se réfugiant dans les caves du bâtiment. De cette expérience apocalyptique, il tire son roman Abattoir 5. Un film, Abattoir 5 (titre original : Slaughterhouse-Five), réalisé par George Roy Hill en fut tiré en 1972.

Photos de Dresde fin 1945[modifier | modifier le code]

Les photos sont de Richard Peter, revenu à Dresde en septembre 1945.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Vue du centre-ville après les bombardements.
  1. (en) Donald L. Miller, Masters of the Air: America's Bomber Boys Who Fought the Air War Against Nazi Germany, Simon & Shuster, , 688 p. (ISBN 978-0743235457, lire en ligne), p. 430
  2. Dresde réduite en cendres, Herodote.net
  3. .[1](de) Matthias Neutzner, Abschlussbericht der Historikerkommission zu den Luftangriffen auf Dresden zwischen dem 13. und 15. Februar 1945, Landeshauptstadt Dresden, , p. 17.
  4. (en) Frederick Taylor, Dresden: Tuesday, February 13, 1945, HarperCollins, 2004, p. 196.
  5. Comme les villes japonaises d'Hiroshima et Nagasaki qui furent anéanties par des bombes atomiques (août 1945) de l'aviation américaine principalement pour la même raison (ce que le général Eisenhower laisse entendre dans ses mémoires d'après-guerre).
  6. Retour sur la destruction de Dresde du 13-14 février 1945.
  7. http://www.memoire-net.org/article.php3?id_article=268.
  8. L’Allemagne commémore le bombardement de Dresde
  9. (en) Richard J Evans, Lying about Hitler : history, Holocaust, and the David Irving trial, New-York, Basic Books, , 318 p. (ISBN 978-0-465-02152-9), pp. 149-184.
  10. Jörg Friedrich, Der Brand, 2004 (ISBN 3-5486-0432-3).
  11. Voir [EPUB] Ian Kershaw, La Fin, Seuil, Paris, 2012 (ISBN 9782020803014), note 790, emplacement 12131 sur 16493 ; Rolf-Dieter Müller, Nicole Schönherr, Thomas Widera, Die Zerstörung Dresdens 13. bis 15. Februar 1945 – Gutachten und Ergebnisse der Dresdner Historikerkommission zur Ermittlung der Opferzahl, Hannah-Arendt-Institut. Berichte und Studien 58, Göttingen, 2010, (ISBN 978-3899717730), ainsi que, sur le site de la ville de Dresde, Dresdner Historikerkommission veröffentlicht ihren Abschlussbericht.
  12. http://www.laplumeagratter.fr/2014/02/13/crimes-de-guerre-13-15-fevrier-1945-dresde-le-plus-grand-bombardement-de-lhistoire-documentaire/.
  13. (de) Götz Bergander, Dresden im Luftkrieg, Würzburg, Flechsig, , 436 p. (ISBN 3-88189-239-7), p. 215–218 et p.227 , note 61
  14. « there is good reason to believe that later in March copies of — or extracts from — [an official police report] were leaked to the neutral press by Goebbels's Propaganda Ministry … doctored with an extra zero to make [the total dead from the raid] 202,040. » ((en)Frederick Taylor, Dresden: Tuesday, 13 February 1945, éditions HarperCollins, New York, 2004 (ISBN 0-06-000676-5)).
  15. (en) Rodden, Robert M.; John, Floyd I.; Laurino, Richard, Exploratory analysis of Firestorms., Stanford Research Institute, Washington DC., Stanford Research Institute, Office of Civil Defense, Department of the Army, (lire en ligne)
  16. (en) Marshall De Bruhl, Firestorm: Allied Airpower and the Destruction of Dresden, New-York, Random House, , 368 p. (ISBN 0-679-43534-4)
  17. (en) « Dresden bombing 70 years on: A survivor recalls the horror he witnessed in the German city », sur independent.co.uk, (consulté le 22 février 2018)
  18. « The Fire-bombing of Dresden An eye-witness account », sur timewitnesses.org, (consulté le 22 février 2012)
  19. (en) Keith Lowe, Inferno : The Devastation of Hamburg, Inferno : The Devastation of Hamburg 1943, Penguin Viking, 2007, 512 p. (ISBN ), Penguin UK, , 448 p. (ISBN 978-0670915576)
  20. (en) « British Bombing Strategy in World War Two », sur bbc.co.uk, (consulté le 11 mars 2018)
  21. « British Bombing Strategy in World War Two ».
  22. 16 vertus sont représentées : (de) : Rathausturm (Dresde) (de).
  23. (de) : http://www.kprdd.de/Dresden/Bilder/Rathausturm.htm.
  24. (de) : Neues Rathaus (Dresden) (de).
  25. Ville de Dresde (de) : http://www.dresden.de/media/pdf/presseamt/Faltblatt_Rathaus.pdf.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Keith Lowe, Inferno. La dévastation de Hambourg -1943, Paris, Perrin, 2015.
  • Jörg Friedrich, L'Incendie. L'Allemagne sous les bombes 1940-1945, Fallois, 2004.
  • (en) A. C. Grayling , Among the Dead Cities: Was the Allied Bombing of Civilians in WWII a Necessity or a Crime?, Bloomsbury Publishing, 2006.
  • (en) Richard Overy, The Bombing War: Europe 1939-1945, Allen Lane, 2013.
  • (en) Karen Farrington, The Blitzed City: The Destruction of Coventry, 1940, Aurum Press, 2015.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

En lien avec les bombardements de la seconde guerre mondiale et les choix stratégiques:

Autres bombardements des villes d'Allemagne:

Suites, analyses

Sur la ville de Dresde:

Liens externes[modifier | modifier le code]