Bête du Lyonnais

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La bête du Lyonnais est un animal anthropophage à l'origine d'une série d'attaques sur des humains. La première attaque est mentionnée à l'été 1754. Jusqu'à la fin de l'année 1756, une ou plusieurs bêtes féroces sévissent, dans un premier temps entre Vienne (Isère) et Meyzieu, puis dans les environs de Savigny (Rhône). Ce ou ces animaux auraient fait environ une trentaine de victimes, principalement des enfants ou adolescents.

Histoire[modifier | modifier le code]

Premières attaques[modifier | modifier le code]

Début août 1754, le notaire royal de Vienne est appelé par les notables de la paroisse de Luzinay pour procéder à l'identification du corps d'un jeune garçon qui a été retrouvé dévoré[1]. Nous savons qu'au moins deux autres attaques se produisirent dans le même secteur, aux environs de Villette-de-Vienne et de Régnié-Durette, avant que le Marquis de Marcieu, gouverneur de la province, n'ordonne une grande battue[2].

Cette chasse générale se déroule le 10 septembre 1754 et dure deux jours. Elle mobilise environ 2 000 chasseurs de 26 villages différents[2] et a pour limite les paroisses de Vénissieux, Saint-Priest, Mions, Toussieu, Chandieu, Meyzieu, Luzinay, Seyssuel, Simandres et Saint-Symphorien-d'Ozon[3]. Cette chasse n'a pour seule conséquence que d'étaler le territoire de prédation de la Bête[2] et sa trace se perd dans le dernier trimestre 1754.

Aux alentours de Savigny[modifier | modifier le code]

La bête ressurgit en février 1755, dans la paroisse de Sarcey, où elle fait une nouvelle victime[4]. Jusqu'au mois d'octobre, on compte en moyenne un décès par mois imputé à la bête féroce, principalement autour de Savigny et de L'Arbresle. Puis, elle ne fait plus parler d'elle pendant l'hiver 1755-1756.

Le mardi de Pâques 1756 (le 20 avril), une fillette est retrouvée dévorée à Saint-Julien-sur-Bibost. Lors de cette attaque, c'est la première fois que des témoins rapportent la description de deux bêtes[5].

Au début de l'année 1757, le curé Brietton de la paroisse de Sourcieux-les-Mines (à l'époque Sourcieux sur l'Arbresle) consigne 25 personnes attaquées au total dans le secteur Bessenay, Bibost, Saint-Julien-sur-Bibost, Montrottier, Ancy, Saint-Romain-de-Popey, L’Arbresle et Chevinay depuis le carême 1755. Selon lui [les bêtes] en blessèrent un plus grand nombre qu'ils n'en tuèrent et qu'ils auraient également dévorés s'ils n'avaient été secourus[6].

Disparition mystérieuse[modifier | modifier le code]

Le 24 novembre 1756, la dernière victime est dévorée et mangée à moitié à Montrottier [7]. Le curé de la paroisse est le premier à émettre l'hypothèse que la bête peut être une hyène. Cette hypothèse, mise en doute par les recherches contemporaines[2], a également été émise à l'époque dans le cadre de l'affaire de la Bête du Gévaudan.

À la suite de cette attaque, il n'est plus fait mention dans les registres paroissiaux de personnes dévorées par des bêtes féroces dans les environs de Lyon.

Description[modifier | modifier le code]

Les actes de sépultures à notre disposition à ce jour ne donnent que peu d'informations sur la ou les bêtes ayant causé des ravages dans le Lyonnais entre 1754 et 1756. Le curé de Saint-Julien-sur-Bibost est le seul à nous laisser un témoignage[5] :

Extrait des registres paroissiaux de Saint-Julien-sur-Bibost

« Ce vingt avril mil sept cent cinquante six, j’ai inhumé dans le cimetière de St-Julien[-sur-Bibost] Marguerite Pinet, âgée d’environ onze ans, munie du sacrement de pénitence & d’ex[trême] onction ; fille de Jean-François Pinet, habitant de cette paroisse & de Jeanne [Subrin ?], laquelle enfant était au maître chez Subilon de l’hameau de Bernay paroisse de Besenay, faisant paître des bêtes. Deux animaux féroces, l’un gros comme un bon bidet, tirant sur le rouge, ressemblant à un loup à l’exception qu’il avait une queue courte, et l’autre gros comme un bon mâtin, mais blanc sous le ventre & une grande queue longue ; la saisirent au gosier & lui endommagèrent tellement le cou que cette enfant en est morte ; et enterrée en présence de Mathieu Crois & de Jean Guainon, témoins requis, de la paroisse, qui ont déclaré ne savoir signer, de ce requis & sommé. Ces animaux ont dévoré quantité de bergers dans le voisinage & cela dure depuis deux ans. Barbier curé »

Selon Jean-Marc Moriceau[8], les descriptions d'époque mentionnent un loup, avec les jambes moins hautes, le poil plus rude et la peau mouchetée de plusieurs couleurs. Nous avons vu avec le témoignage du curé de Montrottier que la rumeur d'une hyène avait pris de l'ampleur à l'époque, il convient cependant de se rappeler que l'espèce Canis lupus n'a été définie que vers 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné.

La thèse du loup-garou était également très en vogue à cette époque et a été consignée par le Marquis de Marcieu, dans son ordonnance sur la chasse générale du 10 septembre 1754[2] :

« Messieurs les officiers et les bas officiers des fusiliers et ceux des traqueurs feront tous leurs efforts pour détruire dans leur peuple le fanatisme des loups-béroux et leur prouver que ce ne sont que des loups ordinaires qui malheureusement sont accoutumés à manger de la chair humaine et quand même il se trouverait dans les bois, ce que je ne crois pas, des loups-cerviers, des ours et tigres, il faut leur prouver que ce ne sont que des bêtes qu’un coup de fusil tue et qu’il est nécessaire de détruire. »

Liste des victimes[modifier | modifier le code]

La liste suivante a été établie d'après les travaux en cours[9] :

Date Paroisse Nom Âge
05/06/1754 Denicé Pierre Morel 5 ans
17/07/1754 Villette-de-Vienne Claudine Tardif 45 ans
08/08/1754 Luzinay François Beloud 8 ans
15/08/1754 Regnié-Durette Madeleine Joubert inconnu
12/02/1755 Sarcey Christophe Cambria 7 ans
27/02/1755 Savigny Anne Tricaud 14 ans
03/04/1755 Savigny Pierre Guillon 10 ans
05/05/1755 Savigny Marie Berchoud 13 ans
21/07/1755 L'Arbresle Mathieu Gervais 9 ans
27/07/1755 Luzinay Hélène Berquet 6 ans
23/09/1755 Saint-Just-Chaleyssin Marie Berger 6 ans
25/09/1755 Bibost Claudine L'Hospital 8 ans
27/09/1755 Bully Catherine Cusset 10 ans
20/10/1755 Saint-Symphorien-d'Ozon Inconnu 2 ans
27/10/1755 Savigny Jean-Marie Duboy 13 ans
12/11/1755 Saint-Pierre-de-Chandieu Pierre Vaché 8 ans
19/04/1756 Sourcieux-sur-l’Arbresle Benoite Daverdi 9 ans
20/04/1756 Saint-Julien-sur-Bibost Marguerite Pinet 11 ans
04/05/1756 Brullioles Benoît Thiver 10 ans
12/05/1756 Saint-Romain-de-Popey Pierrette Devilard 7 ans
14/06/1756 Saint-Romain-de-Popey Étienne Manu 6 ans
25/06/1756 Savigny Pierre Delorme 13 ans
27/06/1756 Bessenay Jean-Baptiste Chazaud 7 ans
04/07/1756 Seyssuel Notre Dame Claudine Allioud 8 ans
08/07/1756 Saint-Just-Chaleyssin Anne Tiron 10 ans
14/07/1756 Bessenay Elisabeth Blanc 11 ans
12/08/1756 Saint-Symphorien-d'Ozon Benoît Mortan 12 ans
22/08/1756 Montrottier Jean Malaval 9 ans
12/09/1756 Saint-Pierre-de-Chandieu Marie Lombard 10 ans
17/09/1756 Luzinay Benoit Barroh 1 an
21/10/1756 Savigny Claudine Guillot 4 ans
19/11/1756 Saint-Pierre-de-Chandieu Pierre Paleron 6 ans
19/11/1756 Brullioles Jean-Baptiste Bazin 14 ans
24/11/1756 Montrottier Anne Sarrazin 9 ans

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A.D. Isère, registres paroissiaux de Luzinay 1754, 9NUM1/5E216/1
  2. a b c d et e Moriceau 2007
  3. AD. Rhône, registres paroissiaux de Mions 1754, 4 E 7802
  4. A.D. Rhône, registres paroissiaux de Sarcey 1754, 4 E 4737
  5. a et b A.D. Rhône, registres paroissiaux de Saint-Julien-sur-Bibost 1756, 216 GG 3
  6. A.D. Rhône, registres paroissiaux de Sourcieux-les-Mines 1757, 177 GG 4
  7. A.D. Rhône, registres paroissiaux de Montrottier 1756, 139 GG 6
  8. Moriceau 2007, p. 333
  9. Voir notamment les registres paroissiaux publiés sur http://betedulyonnais.xooit.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]