Analyse harmonique sur un groupe abélien fini
En mathématiques, l'analyse harmonique sur un groupe abélien fini est un cas particulier de l'analyse harmonique, lorsque l'on travaille sur un groupe abélien fini. Une des motivations de cette théorie est de discrétiser la théorie des séries de Fourier[1]. En effet, la théorie de Fourier peut être vue comme l'analyse de Fourier du cercle unité, qu'il est naturel de discrétiser par les groupes cycliques ℤ/nℤ. On retrouve alors la transformation de Fourier discrète.
Par analogie avec l'analyse harmonique réelle, on peut définir sur un groupe abélien fini un produit de convolution ainsi qu'une transformation de Fourier. On retrouve alors l'analogue de nombreux résultats classiques, comme le théorème de Plancherel, l'égalité de Parseval ou la formule sommatoire de Poisson.
Contrairement à l'analyse de Fourier sur des groupes plus généraux, la théorie est souvent présentée comme plus simple dans le cas des groupe abéliens finis, car le groupe dual est toujours isomorphe au groupe d'origine. En outre, les questions délicates de convergence et de régularité sont absentes, puisque la transformation de Fourier se limite à une somme finie et que la topologie sous-jacente à un groupe fini est la topologie discrète[2].
L'analyse harmonique sur un groupe abélien fini possède de nombreuses applications en mathématiques, notamment en arithmétique modulaire (loi de réciprocité quadratique, fonction L de Dirichlet, représentations linéaires des groupes abéliens finis), en théorie de l'information (plus particulièrement dans l'étude des codes correcteurs), ainsi qu'en théorie des graphes. Hors des mathématiques, l'analyse harmonique sur un groupe abélien fini est utilisée en physique et en chimie, notamment en physique statistique (étude des urnes d'Ehrenfest), en mécanique (analyse harmonique de systèmes oscillants) et en chimie organique (stabilité des hydrocarbures aromatiques)[3].
Structure de l'espace L2(G)
[modifier | modifier le code]Dans tout cet article, désigne un groupe abélien d'ordre , noté additivement.
Algèbre complexe du groupe G
[modifier | modifier le code]L'ensemble des applications de dans est un espace vectoriel complexe de dimension , de base canonique , où désigne la fonction indicatrice associé au singleton . Dans cette base, une application se décompose
L'espace est en outre une -algèbre hermitienne, munie du produit hermitien défini par
pour lequel la base est une base orthonormée, et muni du produit de convolution , défini par
Pour ce produit interne, on dispose d'une injection canonique de groupes donnée par , c'est-à-dire que
Munie de cette structure, on appelle l'algèbre du groupe fini , et on la note plutôt .
Groupe dual
[modifier | modifier le code]Le groupe dual de , généralement noté , est l'ensemble des caractères de , c'est-à-dire l'ensemble des morphismes de groupes de dans le groupe multiplicatif . Il est à noter que puisque tous les éléments du groupe fini sont d'ordre fini, l'image d'un caractère de est nécessairement incluse dans le cercle unité complexe.
Lorsque est le groupe cyclique , le dual de est égal à l'ensemble des caractères définis pour par
et l'application induit donc une bijection entre et son dual. À noter que l'on dispose également des bijections , où est n'importe quel générateur de .
En général, muni du produit issu de celui des nombres complexes, l'ensemble est un groupe (non canoniquement) isomorphe à . Ceci se vérifie pour les groupes cycliques en fixant un générateur (d'où le caractère non canonique de l'isomorphisme), puis s'étend aux groupes abéliens finis quelconques grâce au théorème de structure des groupes abéliens finis. Tout groupe abélien fini est cependant canoniquement isomorphe à son bidual (le dual de son dual). Cette propriété se généralise aux groupes abéliens localement compacts sous le nom de dualité de Pontryagin.
Proposition — L'ensemble des caractères de forme une base orthonormée de l'algèbre de groupe .
Mesure de Haar
[modifier | modifier le code]Sur un groupe abélien localement compact , on dispose en général d'une mesure borélienne invariante par la loi du groupe (unique à un scalaire près), appelée mesure de Haar. Cette mesure définit des espaces sur , et comme tout espace , l'espace est naturellement muni d'un produit hermitien donné par
où désigne ici une mesure de Haar sur .
Dans le cas où est un groupe abélien fini, la situation est élémentaire. La topologie dont est muni étant la topologie discrète, la mesure de Haar coïncide avec la mesure de comptage (et ses multiples par un scalaire). Puisque est fini, l'espace est égal à l'ensemble des fonction sur à valeurs complexes, et son produit hermitien coïncide (après renormalisation de la mesure de comptage par pour en faire une mesure de probabilité) au produit hermitien défini plus haut sur .
Égalité de Bessel-Parseval
[modifier | modifier le code]Tout élément se décompose sur la base orthonormée sous la forme
Le cas d'égalité de l'inégalité de Bessel dans un espace hermitien montre alors que
Transformation de Fourier d'un groupe abélien fini
[modifier | modifier le code]Définition
[modifier | modifier le code]Par analogie avec l'analyse harmonique réelle, on peut définir sur l'espace une transformation de Fourier, en suivant le principe de la dualité de Pontryagin. La transformée de Fourier d'un élément comme l'élément de défini par[4]
Ceci définit une application linéaire, la transformation de Fourier . Il est à noter que contrairement à la transformation de Fourier usuelle, on peut ici directement la définir sur l'espace et le théorème de Plancherel est trivialement vérifié, puisque les ensembles sous-jacents à et sont égaux.
Cas des groupes cycliques
[modifier | modifier le code]Dans le cas où est le groupe cyclique , en utilisant l'isomorphisme entre et son dual, la transformée de Fourier de est donnée par
et correspond à la transformation de Fourier discrète.
Exemples
[modifier | modifier le code]- Pour tout , la transformation de Fourier de l'indicatrice est donnée par
, c'est-à-dire le conjugué complexe de l'évaluation en sur , qui est le caractère correspondant à l'élément sous l'identification entre et son bidual . - Pour un caractère ,
, et donc la transformation de Fourier du caractère est à un multiple près égale à l'indicatrice de ce caractère. - La transformée de Fourier de l'application constante égale à (qui n'est autre que le caractère trivial) vaut donc sur le caractère trivial et zéro partout ailleurs.
- Si est un sous-groupe de et si désigne la fonction indicatrice de , alors la transformée de Fourier de est donnée par
, et cette dernière somme vaut si le caractère est trivial sur et zéro sinon. En d'autre termes, , où désigne l'orthogonal, au sens de Pontryagin, du groupe .
Analogie avec la transformation de Fourier réelle et les séries de Fourier
[modifier | modifier le code]Comme pour la dualité de Pontryagin, l'analogie avec la transformation de Fourier usuelle est expliquée par l'étude des caractères continus de , vu comme un groupe topologique abélien localement compact. Le groupe est isomorphe à son dual, via l'isomorphisme de dans , avec [5]. Si l'on note la mesure de Lebesgue, la transformée de Fourier d'une fonction est définie par
De même, on peut faire l'analogie avec les séries de Fourier, que l'on interprète comme les transformations de Fourier des groupe abéliens duaux et (dont le premier est compact et l'autre discret). Les caractères de sont induits par les caractères -périodiques de , c'est-à-dire les caractères pour . On obtient donc un isomorphisme de dans [5]. En considérant la mesure induite par la mesure de Lebesgue sur , la transformée de Fourier de est donnée par
ce qui correspond aux coefficients de Fourier de . En appliquant la transformation de Fourier du groupe discret (dont le dual est isomorphe au bidual de et donc à ), pour la mesure de comptage, on retrouve à une symétrie près la série de Fourier associée à ,
Propriétés de la transformation de Fourier
[modifier | modifier le code]En interprétant l'algèbre de groupe comme l'espace pour la mesure de Haar, dont une base orthonormée est donnée par l'ensemble caractères, on retrouve les résultats classiques des séries de Fourier et de la transformation de Fourier réelle.
Produit de convolution
[modifier | modifier le code]Le choix ci-dessus de multiplier par dans la définition de la transformation de Fourier assure sa compatibilité avec le produit de convolution , sans constante additionnelle.
Porposition — Soit et deux éléments de l'algèbre du groupe G, la transformée de Fourier de est le produit de celles de et , c'est-à-dire
Inversion de Fourier et égalité de Parseval
[modifier | modifier le code]Sur un groupe abélien localement compact, la transformation de Fourier est un isomorphisme d'espaces hermitiens, de réciproque un multiple de la transformation de Fourier duale , où l'on a identifié canoniquement et . En choisissant bien la mesure de Haar sur (qui est unique à un scalaire complexe près), on peut alors faire en sorte d'obtenir[5]
Dans le cas des groupes abéliens finis, on choisit pour ce faire de munir du produit hermitien
et on remarquera que ce produit hermitien correspond à la mesure de Haar sur de masse totale , alors que celui introduit pour définir correspondait à la mesure de Haar sur de masse totale . On notera cependant toujours l'espace muni du produit hermitien défini ci-dessus. Pour cette normalisation, on obtient l'inversion de Fourier annoncée.
Théorème de Plancherel — Avec la définition ci-dessus de , la transformation de Fourier
est un isomorphisme d'espaces hermitiens (elle transforme les bases orthonormées en bases orthonormées), et elle vérifie
Comme pour tout isomorphisme d'espaces hermitiens, la transformée de Fourier vérifie l'égalité de Parseval,
Égalité de Parseval — Avec la définition ci-dessus de ,
Orthogonal d'un sous-groupe
[modifier | modifier le code]Soit un morphisme de groupes abéliens finis. Ce morphisme induit un morphisme dual défini par
et si est injectif (resp. surjectif), alors est surjectif (resp. injectif).
Soit maintenant un sous-groupe de . Nous appellerons groupe orthogonal de , et noterons , le sous-groupe de constitué des caractères dont le noyau contient , c'est-à-dire des caractères qui valent identiquement sur .
D'après les théorèmes d'isomorphisme,
- est isomorphe au dual du groupe quotient . En effet, tout caractère trivial sur induit un caractère de et réciproquement. Le groupe est donc l'image de l'inclusion induite par la projection canonique . En particulier, est un sous-groupe de d'ordre .
- Le groupe quotient est isomorphe à , puisque est égal au noyau du morphisme de restriction , qui est surjectif car induit par l'inclusion .
Les deux énoncés ci-dessus peuvent également se déduire de l'exactitude de la suite
due à l'injectivité du groupe divisible ℂ*.
Formule sommatoire de Poisson
[modifier | modifier le code]En lien avec le groupe orthogonal d'un sous-groupe de , la transformation de Fourier vérifie la formule sommatoire de Poisson, qui relie usuellement la transformation de Fourier d'un groupe discret avec celle de son dual, qui est nécessairement compact.
Formule sommatoire de Poisson — Soit un sous-groupe de . Tout élément de vérifie la formule sommatoire de Poisson,
Principe d'incertitude
[modifier | modifier le code]La transformation de Fourier des groupes abéliens finis vérifie le principe d'incertitude, qui énonce grossièrement qu'une fonction et sa transformée de Fourier ne peuvent pas simultanément avoir des supports (ou plutôt des masses) très concentrés. En mécanique quantique, ceci s'interprète par l'impossibilité de déterminer précisément à la fois la position et la vitesse d'une particule[6].
Pour les groupes abéliens finis, l'espace étant discret, il existe plusieurs versions possibles du principe d'incertitude. La plus élémentaire énonce que les supports d'une fonction et de sa transformée de Fourier ne peuvent pas simultanément être de petit cardinal. Plus précisément, on a
Principe d'incertitude — Toute fonction vérifie
où désigne le support de .
Le cas d'égalité de cette inégalité est atteint pour les indicatrices des éléments de . En effet, pour , on a est le caractère de , et donc est égal à . Plus généralement, si est un des sous-groupe de , alors l'égalité est atteinte pour l'indicatrice dont la transformée de Fourier est donnée par l'indicatrice de (qui est isomorphe à )[7].
Applications
[modifier | modifier le code]Discrétisation de la transformation de Fourier
[modifier | modifier le code]À ses débuts, l'analyse harmonique des groupes abéliens finis (plus particulièrement des groupes cycliques) a été utilisée pour approcher, par des polynômes trigonométriques finis en cosinus, des fonctions réelles périodiques dont on ne dispose que d'un échantillon fini des valeurs. Les premiers exemples d'utilisation de la transformée discrète remontent à 1754, lorsque le mathématicien Alexis-Claude Clairaut étudie la mécanique des orbites. Ces travaux sont ensuite étendus par Daniel Bernouilli et Joseph-Louis Lagrange en 1759 et 1762[8]. Il est remarquable que ces travaux précèdent ceux de Joseph Fourier sur les séries portant son nom, présentés pour la première fois en 1807[8].
Plus précisément, soit une fonction paire périodique dont on normalise la période à (ou de manière équivalente, une fonction du cercle ) et que l'on échantillonne à pas fixé à des ordonnées , pour . On cherche à interpoler la fonction comme un polynôme trigonométrique réel en fonction de cet échantillonnage, c'est-à-dire à écrire sous la forme
Pour que le terme de droite coïncide avec aux ordonnées , les coefficients recherchés ne sont autres que les parties réelles des valeurs de la transformée de Fourier de l'élément de défini par [8].
Toujours intéressé par le problème des orbites, Carl Friedrich Gauss généralise les travaux de Lagrange et Clairaut dans son traité Theoria Interpolationis Methodo Nova Tractata, publié à titre posthume en 1866, mais vraisemblablement écrit en 1805[8]. Gauss travaille sur des fonctions périodiques générales (et non plus seulement paires ou impaires), et donne pour la première fois des formules explicites pour le calcul des coefficients des polynômes trigonométriques associés. Il est également le premier à développer une méthode de calcul efficace des transformées de Fourier discrètes. Cette méthode, redécouverte près de 150 ans plus tard indépendamment par Danielson et Lanczos[9] (1942) ainsi que par Cooley et Tuckey[10] (1965), est aujourd'hui connue sous le nom de transformation de Fourier rapide.
Arithmétique modulaire
[modifier | modifier le code]Les caractères des groupes abéliens finis (en particulier des groupes cycliques) ont rapidement été utilisés en arithmétique[3], particulièrement à travers l'étude du symbole de Legendre, qui est un exemple de caractère du groupe multiplicatif du corps fini à éléments (pour un nombre premier). Gauss donne dès 1807 une preuve de la loi de réciprocité quadratique en utilisant les sommes de Gauss. C'est sa sixième preuve distincte de ce résultat, qu'il avait initialement démontré en 1801[11].
Il est utilisé pour le calcul des sommes de Gauss ou des périodes de Gauss. Ce caractère est à la base d'une démonstration de la loi de réciprocité quadratique.
Caractère de Dirichlet
[modifier | modifier le code]Soit un entier. Un caractère de Dirichlet modulo est une application induite par un caractère de (également noté ) par -périodicité, en posant pour tel que [12].
L'étude des caractères de Dirichlet modulo un nombre premier , en particulier de la non-annulation en de leur fonction L, est un point clé de la démonstration du théorème de la progression arithmétique, qui affirme[13] que pour tout entier premier avec , il existe une infinité de nombres premiers tels que
Les caractères de Dirichlet ont un rôle important dans la théorie analytique des nombres particulièrement pour analyser les zéros de la fonction ζ de Riemann[réf. nécessaire].
Dans la théorie des nombres moderne, les caractères de Dirichlet (et plus généralement les caractères de Hecke) sont omniprésents, notamment à travers le programme de Langlands et l'étude des fonctions L. En effet, d'après la thèse de Tate, leurs relevés adéliques correspondent en effet aux représentations automorphes de , le groupe général linéaire de degré [5]. Les caractères de Hecke sont également utilisés pour étudier les représentations automorphes de groupes réductifs plus généraux, notamment les . Les courbes elliptiques (et plus généralement les formes modulaires) à multiplication complexe sont par exemple celles issues d'un caractère de Hecke[14]. Une technique usuelle pour étudier la fonction L d'une forme modulaire (et plus généralement d'une représentation galoisienne) est de la tordre par un caractère de Dirichlet. C'est notamment le cas dans le théorème inverse (en) de Weil, qui caractérise les séries de Dirichlet issues d'une forme modulaire de niveau par leurs tordues par les caractères de Dirichlet[15],[16].
Symbole de Legendre
[modifier | modifier le code]Dans ce paragraphe, désigne un nombre premier impair et on considère ici le groupe , c'est-à-dire le groupe additif sous-jacent au corps fini . Le symbole de Legendre désigne la fonction notée et définie pour tout par
La restriction du symbole de Legendre est un caractère de et peut donc être étendue à en un caractère de Dirichlet.
Proposition — La restriction du symbole de Legendre au groupe multiplicatif de est l'unique caractère non trivial de à valeurs dans .
Somme de Gauss
[modifier | modifier le code]Soit un caractère du groupe additif et un caractère du groupe multiplicatif . La somme de Gauss associée à et est le nombre complexe, noté , et défini par
En termes de transformation de Fourier, on peut considérer l'application qui comme la transformée de Fourier sur du prolongement de à par l'égalité . De même, l'application est la transformé de Fourier sur de la restriction de à .
Les sommes de Gauss sont largement utilisées en arithmétique, par exemple pour le calcul des périodes de Gauss. Elles permettent notamment de déterminer la somme des valeurs du groupe des résidus quadratiques des racines -ièmes de l'unité, et plus généralement de déterminer les racines du polynôme cyclotomique d'indice .
On retrouve également les sommes de Gauss en théorie des nombres, où elles apparaissent comme facteurs constants de l'équation fonctionnelle des fonctions L de Dirichlet. Plus précisément, soit est un caractère primitif de Dirichlet modulo (et qui est donc induit par un caractère non trivial de , également noté ). Si l'on note , avec , alors la fonction L complétée de admet l'équation fonctionnelle[17],[18]
où est la parité de , c'est-à-dire de .
Loi de réciprocité quadratique
[modifier | modifier le code]Les sommes de Gauss ont une application historique importante : la loi de réciprocité quadratique, qui s'exprime de la manière suivante.
Loi de réciprocité quadratique — Soit et deux nombres premiers impairs distincts. On a
Ce théorème énonce donc que les symboles de Legendre et sont égaux, sauf dans le cas où les nombres premiers et sont tous les deux « mauvais », c'est-à-dire congrus à modulo .
Ce théorème est démontré dans l'article Somme de Gauss.
Cas particulier : espace vectoriel fini
[modifier | modifier le code]Un cas particulier est celui des espaces vectoriels sur un corps fini. Les propriétés des corps finis permettent d'établir les résultats de la théorie sous une forme légèrement différente. Ce cas est utilisé par exemple en théorie de l'information à travers l'étude des fonctions booléennes, correspondant au cas où le corps de base contient deux éléments. La théorie est utilisée pour résoudre des questions de cryptologie notamment pour les boîtes-S, ainsi que pour les chiffrements par flot. L'analyse harmonique sur un espace vectoriel fini intervient aussi dans le contexte de la théorie des codes et particulièrement pour les codes linéaires, par exemple pour établir l'identité de MacWilliams.
Dualité de Pontryagin
[modifier | modifier le code]Pour tout groupe abélien localement compact G, le morphisme injectif canonique de G dans son bidual est bijectif. Si G est un groupe abélien fini, il existe même des isomorphismes (non canoniques) de G dans son dual. Dans le cas particulier où G est le groupe additif d'un espace vectoriel fini, c'est-à-dire un groupe abélien élémentaire, on peut construire comme suit certains de ces isomorphismes.
Isomorphisme fondamental
[modifier | modifier le code]Sur n'importe quel espace vectoriel V de dimension finie, une forme bilinéaire〈 | 〉est non dégénérée si et seulement si l'application x ↦ 〈x〉est un isomorphisme de V dans son espace dual V*.
Dans cet article, V désigne un espace vectoriel de dimension finie n sur un corps fini Fq de cardinal q. Le symbole désigne le groupe dual de V, χ0 un caractère non trivial du groupe additif de Fq et〈 | 〉une forme bilinéaire non dégénérée sur V.
En ne considérant de l'espace vectoriel V* que son groupe additif, on a :
Le morphisme de groupes est un isomorphisme.
En effet, ce morphisme est injectif car de noyau trivial, puisque si f est une forme linéaire non nulle donc surjective, alors le caractère χ0∘f est, comme χ0, non trivial. Les deux groupes ayant même ordre qn, ce morphisme injectif est bijectif.
Par composition, on en déduit :
Le morphisme de groupes défini par
est un isomorphisme.
Orthogonalité relativement à la dualité de Pontryagin
[modifier | modifier le code]Soit S un sous-ensemble de V. Comme dans le cas général d'un groupe abélien fini, l'orthogonal de S est le sous-groupe S⊥ de constitué des caractères dont le noyau contient S. On définit de plus l'orthogonal de S relativement à[réf. nécessaire] la dualité de Pontryagin associée à (χ0,〈 | 〉)[Quoi ?] comme le sous-groupe S° := U−1(S⊥) de V :
On remarque que :
- l'orthogonal à gauche de S relativement à la forme bilinéaire est un sous-espace vectoriel de V inclus dans le sous-groupe S°. Il lui est égal dès que χ0 est injectif — c'est-à-dire dès que q est premier — mais aussi dès que S est un sous-espace vectoriel ;
- si la forme bilinéaire〈 | 〉est symétrique ou antisymétrique, S°° est le sous-groupe engendré par S ; en effet, ce sous-groupe H est inclus dans H°°, or l'ordre |H°| = |H⊥| de H° est égal à |V|/|H| et de même, |H°°| est égal à |V|/|H°| donc à |H|, si bien que H = H°° = S°°.
Transformation de Fourier
[modifier | modifier le code]L'algèbre d'un groupe fini est notée ℂ[G]. La transformation de Fourier, de ℂ[G] dans ℂ[Ĝ], est la bijection linéaire définie par : . La formule de Plancherel est et si ( , )G désigne le produit hermitien canonique de l'espace vectoriel complexe ℂ[G], l'égalité de Parseval s'écrit : .
Dans le cas G = V, l'isomorphisme U ci-dessus, de V dans son groupe dual, permet de transporter cette transformation de Fourier en une application de ℂ[V] dans ℂ[V], encore appelée transformation de Fourier et encore notée ^[réf. nécessaire] :
L'égalité de Parseval se réécrit alors :
et la formule de Plancherel :
Formule sommatoire de Poisson
[modifier | modifier le code]Si W est un sous-groupe de V et un élément de ℂ[V], alors la formule sommatoire de Poisson prend la forme suivante :
Applications
[modifier | modifier le code]Fonction booléenne
[modifier | modifier le code]Il existe un cas particulier, celui où l'espace vectoriel est binaire, c'est-à-dire sur le corps à deux éléments F2. Dans ce contexte, il n'existe qu'un caractère non trivial, celui qui à l'unité associe –1. La transformation de Fourier prend alors une forme simple et porte le nom de transformée de Walsh.
Il possède de nombreuses applications en théorie des codes. Il sert par exemple en cryptographie pour assurer la sécurité d'un message à l'aide d'une boîte-S dans le cas des algorithmes à chiffrement symétrique.
Identité de MacWilliams
[modifier | modifier le code]L'analyse harmonique sur les espaces vectoriels finis est aussi utilisée pour les codes correcteurs, particulièrement dans le contexte des codes linéaires.
L'identité de MacWilliams est un exemple ; elle relie le polynôme énumérateur des poids, c'est-à-dire la distribution des poids de Hamming, d'un code linéaire et celui de son dual. Il sert pour l'étude de codes comme celui de Hamming.
Table des principales transformées de Fourier
[modifier | modifier le code]Normalisation des mesures de Haar
[modifier | modifier le code]Comme mentionné précédemment, plusieurs conventions sont possibles pour la définition de la transformation de Fourier et de la transformation de Fourier inverse , en fonction du choix des normalisations des mesures de Haar de et de son dual [5],[19]. Dans cet article, on considère les normalisations pour lesquelles la mesure de Haar sur est une mesure de probabilité et la mesure de Haar sur est duale à , c'est-à-dire que les transformations de Fourier vérifient
Table des principales transformées de Fourier
[modifier | modifier le code]Dans la table suivante, les transformées de Fourier de et sont notées et , peut importe le choix des normalisations des mesures de Haar de et de . Les transformées de Fourier des fonctions de la première colonne sont données dans les colonnes suivantes selon différentes conventions pour les mesures de Haar et , caractérisées par les mesures des groupes et .
| Fonction | Transformée de Fourier,
et |
Transformée de Fourier,
et |
Transformée de Fourier,
et |
Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Définition | ||||
| Translation | ||||
| Dualité | ||||
| Convolution | ||||
| Relation duale de la précédente | ||||
| Fonction indicatrice | ||||
| Avec un caractère de |
Voir aussi
[modifier | modifier le code]- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Analyse harmonique sur un espace vectoriel fini » (voir la liste des auteurs).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Transformation de Fourier et Séries de Fourier
- Transformation de Fourier discrète et Transformation de Fourier rapide
- Dualité de Pontryagin
- Analyse harmonique non commutative
Liens externes
[modifier | modifier le code]- C. Bachoc, Mathématiques discrètes de la transformée de Fourier, Université Bordeaux I
- A. Bechata, « Analyse harmonique sur les groupes finis commutatifs », p. 10-11
- Anthony Carbery, « Harmonic Analysis on Vector Spaces over Finite Fields », p. 4-5.
Ouvrages
[modifier | modifier le code]- Michel Demazure, Cours d'algèbre : primalité, divisibilité, codes [détail des éditions]
- André Warusfel, Structures algébriques finies, Hachette, 1971
- Gabriel Peyré, L'algèbre discrète de la transformée de Fourier, Ellipses, 2004
- Audrey Terras (1999): Fourier Analysis on Finite Groups and Applications, London Mathematical Society, Cambridge Univ. Press, (ISBN 978-0-521-45718-7).
- David K. Maslen and Daniel N. Rockmore: The Cooley-Tukey FFT and Group Theory, Notices of the AMS, (Nov, 2001), Vol.48, No.10, pp.1151-1161.
- David K. Maslen and Daniel N. Rockmore: The Cooley-Tukey FFT and Group Theory, Modern Signal Processing, MSRI Publications, Vol.46,(2003), pp.281-300.
- Rockmore, D.N. (2004). Recent Progress and Applications in Group FFTs. In: Byrnes, J. (eds) Computational Noncommutative Algebra and Applications. NATO Science Series II: Mathematics, Physics and Chemistry, Vol.136, Springer, (ISBN 978-1-4020-1982-1).
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Terras 1999, p. 1.
- ↑ Gabriel Peyré, L'algèbre discrète de la transformée de Fourier - Niveau M1, éditions Ellipses, , 336 p. (ISBN 978-2-729-81867-8)
- Terras 1999, chap. 2, p. 31. The Discrete Fourier Transform on the Finite Circle Z/nZ
- ↑ Terras 1999, chap. 10, p. 168. The DFT on Finite Abelian Groups - Finite Tori
- Bump 1997, chap. 3.1. Tate's Thesis
- ↑ Terras 1999, chap. 14. The Uncertainty Principle
- ↑ Terras 1999, chap. 14, p. 225. The Uncertainty Principle
- M. Heideman, D. Johnson et C. Burrus, « Gauss and the history of the fast fourier transform », IEEE ASSP Magazine, vol. 1, no 4, , p. 14–21 (ISSN 1558-1284, DOI 10.1109/MASSP.1984.1162257, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ (en) Henryk Iwaniec, Topics in Classical Automorphic Forms, vol. 17, American Mathematical Society, coll. « Graduate Studies in Mathematics », (ISBN 978-0-8218-0777-4 et 978-1-4704-2074-1, DOI 10.1090/gsm/017, lire en ligne), chap. 127 (« Converse theorems »), p. 127
- ↑ (en) E. Kowalski, chap. 3 « Classical Automorphic Forms », dans An Introduction to the Langlands Program, Birkhäuser, , 39–71 p. (ISBN 978-0-8176-8226-2, DOI 10.1007/978-0-8176-8226-2_3, lire en ligne), p. 63
- ↑ Montgomery et Vaughan 2006, chap. 10, p. 333. Analytic properties of the zeta function and L-functions
- ↑ (en) E. Kowalski, « Elementary Theory of L-Functions I », dans An Introduction to the Langlands Program, Birkhäuser, , 1–20 p. (ISBN 978-0-8176-8226-2, DOI 10.1007/978-0-8176-8226-2_1, lire en ligne)
- ↑ Dinakar Ramakrishnan et Robert J. Valenza, Fourier analysis on number fields, Springer, coll. « Graduate texts in mathematics », (ISBN 978-0-387-98436-0), chap. 3.3 (« The Fourier inversion Formula »), p. 103
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Audrey Terras, Fourier Analysis on Finite Groups and Applications, Cambridge University Press, coll. « London Mathematical Society Student Texts », (ISBN 978-0-521-45718-7, DOI 10.1017/cbo9780511626265, lire en ligne)
- Daniel Bump, Automorphic Forms and Representations, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Studies in Advanced Mathematics », (ISBN 978-0-521-65818-8, DOI 10.1017/cbo9780511609572, lire en ligne)
- Hugh L. Montgomery et Robert C. Vaughan, Multiplicative Number Theory I: Classical Theory, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Studies in Advanced Mathematics », , 115 p. (ISBN 978-0-521-84903-6, DOI 10.1017/cbo9780511618314, lire en ligne)
- Dinakar Ramakrishnan et Robert J. Valenza, Fourier analysis on number fields, Springer, coll. « Graduate texts in mathematics », (ISBN 978-0-387-98436-0)