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Loi de réciprocité quadratique

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Carl Friedrich Gauss est le premier à établir une preuve rigoureuse de la loi de réciprocité quadratique, publiée dans ses Disquisitiones Arithmeticae en 1801. Il en donnera au total huit démonstrations.

En mathématiques, en particulier en théorie des nombres, la loi de réciprocité quadratique est un théorème établissant un lien entre des propriétés de deux nombres premiers donnés. Plus précisément, étant donnés deux nombres premiers et , elle donne une relation entre le nombre de solutions de l'équation modulo et le nombre de solutions de l'équation modulo [1],[α]. Conjecturée par Euler et reformulée par Legendre, elle a été correctement démontrée pour la première fois par Gauss en , qui la nomme alors son « théorème doré »[2]. La loi de réciprocité quadratique est souvent présentée comme le résultat le plus important de la théorie des nombres du XVIIIe siècle[3].

La théorie des résidus quadratiques s'intéresse principalement à deux problèmes, réciproques l'un de l'autre. Le premier consiste, étant donné un nombre premier p, à déterminer, parmi les entiers, lesquels sont congrus à des carrés modulo p et lesquels ne le sont pas. Le second est le problème inverse. Étant donné un entier n, on cherche à déterminer, parmi les nombres premiers, modulo lesquels n est congru à un carré et modulo lesquels il ne l'est pas. Le premier de ces deux problèmes peut se résoudre par des méthodes élémentaires, et la loi de réciprocité quadratique permet d'y ramener le second[4].

Plus précisément, associée à la division euclidienne, la loi de réciprocité quadratique permet de donner un algorithme qui, étant donné un entier et un nombre premier , détermine si est congru ou non à un carré modulo . En d'autres termes, elle donne une méthode de calcul des résidus quadratiques. Cet algorithme est plus efficace que la méthode naïve[1].

Dès les travaux de Gauss, la loi de réciprocité quadratique a donné lieu à de nombreuses généralisations, parfois très profondes. Celles-ci sont généralement connues sous le nom de lois de réciprocité (en). Les lois de réciprocité quartique (en), d'Eisenstein (en), de Kummer, de Hilbert et d'Artin en sont des exemples[5].

Premières ébauches d'un énoncé

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La question de la réciprocité quadratique a d'abord été étudiée par Leonhard Euler, lors de sa résolution de trois conjectures posées par Pierre de Fermat sur la représentation des nombres premiers comme des combinaisons de carrés. Dans une lettre à Mersenne de , puis dans une lettre à Pascal en et dans une lettre à Digby en , Fermat annonce avoir démontré, pour tout nombre premier impair , les trois résultats suivants[6]

Leonhard Euler est le premier à donner un énoncé précis de la loi de réciprocité quadratique, publié en 1783.

Le premier de ces résultats n'est autre que le théorème des deux carrés. Fermat ne donne pas de preuves pour ces énoncés, qu'il annonce pourtant démontrés. Introduit aux travaux de Fermat par Goldbach et découvrant ces « théorèmes », Euler décide d'en faire la preuve. Il y parvient entre et pour le théorème des deux carrés, puis finalement en pour les deux derniers énoncés[6].

La preuve d'Euler se scinde en deux grandes étapes, l'une dite de « descente » et l'autre dite de « réciprocité »[6]. Afin d'étudier l'écriture d'un nombre premier impair sous la forme pour n'importe quel entier fixé, Euler est poussé à essayer de généraliser ces deux étapes. L'étape de « descente » consiste à démontrer par descente infinie que si divise , alors . Ceci fonctionne au moins lorsque est égal à , ou , mais n'est pas vrai lorsque est égal à [7]. L'étape de « réciprocité » consiste quant à elle à caractériser la relation de divisibilité par une condition de divisibilité sur . Lorsque est égal à , la condition est ainsi donnée par .

C'est en étudiant la généralisation de l'étape de « réciprocité » qu'Euler conjecture la loi de réciprocité quadratique[6]. Il parvient en effet à caractériser la relation , lorsque et sont premiers entre eux, par le fait que soit congru ou non à un carré modulo . Inverser cette propriété en une propriété de résiduité de modulo lui donnerait alors la condition recherchée.

La loi de réciprocité quadratique n'est pas tout de suite énoncée et identifiée comme telle par Euler, mais est reconstituable à partir des annotations éparses de ses travaux de . Ceci pousse Kronecker à estimer en qu'Euler est le premier à donner un énoncé complet de la loi de réciprocité quadratique[6]. Euler introduit notamment le terme de

« résidu quadratique » en , pour caractériser les entiers congrus à un carré parfait modulo un nombre premier fixé, et démontre le critère d'Euler. Il conjecture plusieurs caractérisations de la résiduité de modulo un nombre premier en fonction de propriétés de congruence sur , notamment pour égal à , , et pour égal à , qui est composé[6]. Il énonce par exemple sans en donner la démonstration que est congru à un carré modulo si et seulement si est congru à , ou modulo .

Entre et , Joseph-Louis Lagrange introduit et développe dans son mémoire Recherches d’arithmétique la notion de forme quadratique, qui permet de généraliser l'étape de « descente » des preuves d'Euler. Cherchant à appliquer ses résultats dans un contexte arithmétique, il s'intéresse aux problèmes posés par Fermat et Euler. Il parvient notamment à caractériser la résiduité de , et modulo un nombre premier , ne parvenant qu'à des résultats partiels pour [8]. Les travaux de Lagrange poussent Euler à s'intéresser à nouveau à la question des résidus quadratiques. Dans un article publié en après sa mort[9], il donne une formulation complète de la loi de réciprocité quadratique, ce qui fait d'Euler le premier à en établir un énoncé précis[7]. Il n'est cependant pas capable d'en donner la preuve.

La tentative de démonstration de Legendre

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Adrien-Marie Legendre pense être parvenu à établir une démonstration de la loi de réciprocité quadratique en 1785, qui se révèlera incomplète.

Malgré les travaux d'Euler le précédent de quelques années, Adrien-Marie Legendre est souvent considéré comme étant le premier à donner un énoncé moderne de la loi de réciprocité quadratique. Il est en tout cas le premier à lui donner le nom sous laquelle elle est connue aujourd'hui, préférant notamment le terme de loi à celui de théorème[10]. Dans l'article IV de son mémoire Recherches d'Analyse Indéterminée publié en , il annonce en effet en utilisant le critère d'Euler que [8],[11]

«  & étant deux nombres premiers, les expressions , ne feront de différents signes que lorsque & seront tous deux de la forme  ; dans tous les autres cas, ces expressions auront toujours le même signe. »

Le symbole de Legendre , caractérisant les résidus quadratiques, n'est introduit qu'en dans son Essai sur la Théorie des Nombres, suivi de l'énoncé de la réciprocité quadratique dans sa forme moderne. L'énoncé de , tout comme celui de , est accompagné d'une preuve, estimée valide par Legendre[8]. Pourtant, comme l'identifieront plusieurs de ses contemporains, celle-ci est au mieux incomplète, voire circulaire. En effet, celle-ci se base implicitement sur le théorème de la progression arithmétique, qui ne sera démontré qu'en par Dirichlet, et partiellement sur la loi de réciprocité quadratique elle-même[12].

Legendre a d'ailleurs lui même conscience de supposer un résultat qu'il ne parvient pas à démontrer. En clôture de son mémoire de , il fait la remarque qu'« il serait peut-être nécessaire de démontrer rigoureusement une chose que nous avons supposée dans plusieurs endroits de cet article, savoir, qu'il y a une infinité de nombres premiers compris dans toute progression arithmétique, dont le premier terme et la raison sont premiers entre eux. » et, après avoir esquissé une preuve, ajoute « je me contente d'indiquer ce moyen de démonstration qu'il serait trop long de détailler d'autant plus que ce Mémoire passe déjà les bornes ordinaires. »[11]. D'après Roger Cuculière, « on pourrait appeler vulgairement « le coup de Fermat » » cette remarque conclusive[10],[12].

Gauss et ses huit démonstrations

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Ce n'est qu'en que Carl Friedrich Gauss parvient à donner une preuve complète et valide de la loi de réciprocité quadratique, publiée en dans ses Disquisitiones arithmeticae[13],[14]. À la recherche de démonstrations pouvant se généraliser dans le cas de résidus de puissances supérieures au carré, Gauss explore de nombreuses preuves distinctes de la loi de réciprocité, et en exhibera au total huit différentes entre et [15].

Gauss commence ses travaux en arithmétique en , alors qu'il est âgé de dix-huit ans. Il n'a à ce moment qu'une connaissance très limité des résultats de ses contemporains et de ses prédécesseurs. C'est dans ce contexte qu'il redécouvre par induction (c'est-à-dire à partir d'observations) l'énoncé de la loi de réciprocité quadratique, après avoir redémontré le critère d'Euler. Selon ses dires, ce n'est qu'après être parvenu à la démontrer qu'il prend connaissance des travaux récents de Legendre sur le sujet[16],[17].

La démonstration de Legendre est tout de même présentée et analysée par Gauss dans ses Disquisitiones arithmeticae. Il remarque que la preuve s'appuie sur le théorème de la progression arithmétique, alors non démontré. Plus précisément, la démonstration de Legendre repose sur l'existence d'un nombre premier auxiliaire . Ceci est assuré par le résultat suivant, nommé Lemme de Legendre par Franz Lemmermeyer[18] et que Legendre ne parvient à justifier.

Lemme de Legendre — Pour tout nombre premier , il existe un nombre premier tel que le symbole de Legendre est égal à .

Gauss remarque que pour démontrer ce lemme, le théorème de la progression arithmétique seul n'est pas suffisant, et que l'utilisation de la loi de réciprocité quadratique elle-même permet de conclure, donnant une preuve circulaire[19]. Plusieurs mathématiciens sont depuis parvenu à compléter la preuve de Legendre, de manière rigoureuse et parfois élémentaire[18]. Devant les critiques émises contre sa démonstration, Legendre inclut finalement en la troisième preuve de Gauss à la troisième édition de son Essai sur la Théorie des Nombres, en plus de la sienne[8].

Dans ses Disquisitiones arithmeticae, Gauss expose les deux premières preuves connues de la réciprocité quadratique. La première preuve de ce que Gauss appelle le « théorème fondamental » est élémentaire et se fonde sur le principe de récurrence. Elle est jugée par de nombreux mathématiciens dont Gauss lui-même comme particulièrement inélégante[20]. Utilisant le symbole de Legendre, Dirichlet parvient cependant à en donner une présentation plus digeste[16]. La seconde preuve présente dans les Disquisitiones arithmeticae se fonde sur l'extension de la théorie des formes quadratiques de Lagrange.

L'énoncé complet de Gauss comporte trois assertions : le « théorème fondamental » pour deux nombres premiers impairs et deux « lois complémentaires ».

Premier énoncé

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Théorème fondamental

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Loi principale — Soit et deux nombres premiers impairs.

Le nombre est congru à un carré modulo si et seulement si est congru à un carré modulo , sauf dans le cas où et sont tous les deux congrus à modulo . Dans ce cas, est congru à un carré modulo si et seulement si n'est pas congru à un carré modulo .

Lois complémentaires

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La première loi complémentaire caractérise la résiduité de modulo un nombre premier impair.

Première loi complémentaire — Pour tout nombre premier impair , est congru à un carré modulo si et seulement si est congru à modulo .

La seconde loi complémentaire caractérise la résiduité de modulo un nombre premier impair.

Seconde loi complémentaire — Pour tout nombre premier impair , est congru à un carré modulo si et seulement si est congru à modulo .

Symbole de Legendre

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Soit un nombre premier. Le symbole de Legendre est la fonction notée et définie pour tout par

Pour rappel, est un résidu quadratique modulo , s'il existe de tel que soit congru à modulo .

On peut reformuler les trois énoncés de la loi de réciprocité quadratique avec le symbole de Legendre.

Loi de réciprocité quadratique — Soit et deux nombres premiers impairs.

  1. ,
  2. ,
  3. .

Si la première loi complémentaire est effectivement une loi de réciprocité, la seconde loi complémentaire ne l'est pas. En effet, avec la notation de Legendre, la première loi complémentaire peut se reformuler comme

,

c'est-à-dire que se comporte effectivement comme un nombre premier vis-à-vis de la loi de réciprocité quadratique. Il n'en est pas de même du nombre , dont la résiduité modulo p est simplement caractérisée par la seconde loi complémentaire. La loi de réciprocité est essentiellement un théorème concernant les nombres impairs en général, et c'est de fait à ces nombres qu'elle se généralise directement, par le symbole de Jacobi, puis par celui de Kronecker.

Pour deux nombres premiers impairs et q, le symbole de Legendre permet de caractériser le nombre de solutions de l'équation modulo , puisque[1]

.

La loi principale de la réciprocité quadratique est finalement équivalente à l'énoncé suivant.

Théorème — Soit et deux nombres premiers impairs.

Le nombre de solution de l'équation modulo est égal au nombre de solution de l'équation modulo , sauf dans le cas où et sont tous deux congrus à modulo . Dans ce cas, l'une de ces équations a exactement deux solutions et l'autre n'en a aucune.

  • Modulo q = 3, le seul carré non nul est (±1)2 = 1. La loi de réciprocité quadratique (jointe à sa première loi complémentaire) fournit donc, pour tout nombre premier p différent de 2 et 3, l'équivalence :
    .
    Cette équivalence se démontre plus directement[β],[γ] : l'entier p – 1 est un multiple de 3 si et seulement si[δ] (ℤ/pℤ)* contient un élément d'ordre 3, c'est-à-dire une racine du polynôme X2 + X + 1. Cela équivaut à l'existence dans ℤ/pℤ d'une racine carrée du discriminant –3 de ce polynôme.
  • Modulo q = 5, les carrés non nuls sont (±1)2 = 1 et (±2)2 ≡ –1. La loi de réciprocité quadratique fournit donc, pour tout nombre premier p différent de 2 et 5, l'équivalence[ε] :
    Mais dès 1775, Lagrange, parmi ses nombreux cas particuliers de la loi de réciprocité — fruits de son étude des formes quadratiques binaires — démontra le sens direct[21] (⇒) et étendit la réciproque (⇐)[ζ] au cas où p n'est pas premier[22]. Gauss, en préambule à sa première démonstration de la loi générale, fit de même[23].
  • Déterminons si 219 est un carré modulo 383[24]. La multiplicativité du symbole de Legendre montre que :.

Le théorème fondamental permet de simplifier les deux facteurs :. À nouveau par multiplicativité du symbole de Legendre, on simplifie encore le second facteur : .On conclut à l'aide des deux lois complémentaires : comme et , . Par conséquent, 219 est un carré modulo 383.

  • Déterminons modulo quels nombres premiers p > 3 l'entier 3 est un carré[25]. D'après le théorème fondamental,

,

or dépend de p mod 3 et dépend de p mod 4. On trouve ainsi que

Démonstrations de la loi de réciprocité quadratique

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Dans un séminaire donné à Princeton autour de 1960, André Weil estime qu'il existe environ 150 preuves différentes de la loi de réciprocité quadratique. Ceci pousse Murray Gerstenhaber a nommer sa démonstration de 1963 la « 152e preuve de la loi de réciprocité quadratique », Tomio Kubota en ayant publié une autre entre-temps[26],[5]. Dans un livre publié en 2000, Franz Lemmermeyer expose l'histoire mathématique du développement des lois de réciprocité (en), notamment de la loi de réciprocité quadratique. Il y recense 162 preuves de la loi de réciprocité quadratique, et précise que plusieurs d'entre elles ne sont que de simples variations de certaines autres[27]. Selon ses estimations, la démonstration de Gerstenhaber est la 149e[28].

Les premières démonstrations de la loi de réciprocité quadratique à être aujourd'hui considérées comme complètes sont publiées par Gauss dans ses Disquisitiones arithmeticae en 1801, qui en donnera huit au total. Gauss disposait de preuves dès 1796, à l'âge de dix-neuf ans. La première de ces preuves repose sur un raisonnement par récurrence. Dans sa correspondance avec Gotthold Eisenstein, Gauss qualifie cette première preuve de laborieuse[29]. La seconde preuve se base sur la théorie des formes quadratiques de Lagrange, que Gauss complète. Ses troisième et cinquième preuves reposent quant à elles sur le lemme de Gauss, qu'il démontre à cette occasion. Gauss introduit quelques années plus tard les sommes de Gauss, qui lui permettront d'établir ses quatrième et sixième démonstrations. Les septièmes et huitièmes preuves sont publiées après sa mort et constituent selon l'ordre chronologique de leur découverte ses troisième et quatrième démonstrations[30].

Schéma de la preuve originelle de Gauss

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La démonstration originale de Gauss utilise les mêmes techniques que celles exposées dans la première preuve de la deuxième loi complémentaire ci-dessous, et quoique considérée comme un peu laborieuse par beaucoup, elle est en fait très naturelle et peut être largement simplifiée (Dirichlet). Gauss suppose par induction la loi vraie pour les nombres premiers p, q inférieurs à N. Il utilise constamment des équations de base telles que p = c2kq (si par exemple p est supposé résidu modulo q), pour démontrer que les facteurs premiers r divisant k sont résidus ou non résidus modulo p, ce qui permet d'en déduire la résiduité de q modulo p (voir la preuve de la deuxième loi complémentaire ci-dessous pour mieux saisir l'idée). Évidemment, il faut constamment utiliser les symétries logiques pour faire jouer l'induction, et examiner cas par cas.

Mais lorsque toutes les symétries ont été mises à profit, il reste encore un cas qui échappe à l'induction, celui où p > q et p est congru à 1 modulo 4. Gauss a alors l'idée d'utiliser un autre nombre premier intermédiaire q' < p modulo lequel p n'est pas un résidu quadratique. En supposant alors par l'absurde que p est résidu modulo q mais q non résidu modulo p, on en déduit que q' est non résidu modulo p et l'on a l'équation de base qq' = c2kp, ce qui permet de faire jouer l'induction et de terminer la preuve.

Il reste donc à démontrer que pour tout nombre premier p congru à 1 modulo 4, il existe un nombre premier q' < p tel que p est non résidu modulo q'[31]. C'est en fait la difficulté essentielle de la démonstration de la loi de réciprocité quadratique, et Gauss avoue que la preuve de ce résultat lui a longtemps résisté[32]. Il s'en tire néanmoins par un mini tour de force (numéros 126, 127, 128, 129 des Disquisitiones), en se servant accessoirement d'un lemme injustement tombé dans l’oubli, qu'il démontre facilement par induction et qui mérite d'être cité :

Si A, B, C, D... et A', B', C', D'... sont deux suites de nombres (ne comportant pas forcément le même nombre de termes) et si, pour tout nombre premier p et tout entier n > 0, le nombre des termes de la première suite divisibles par pn est au moins aussi grand que celui des termes de la seconde suite divisibles par ce même nombre, alors le produit des A, B, C... est divisible par le produit des A', B', C'...

Par exemple, si a est un entier relatif et n un entier positif, en observant[33] que le nombre des termes divisible par un entier positif quelconque k dans la suite a, a + 1, a + 2, … , a + n – 1 est au moins aussi grand que celui des termes divisibles par k dans la suite des nombres 1, 2, 3, … , n, on en conclut que a(a + 1)(a + 2)…(a + n – 1)/1.2…n est un entier, chose déjà connue par la combinatoire, mais qui reçoit par là une démonstration numérique pure (due à Gauss). C'est d'ailleurs peut être cet exemple qui a donné à Gauss l'idée de faire jouer la factorielle dans sa preuve du résultat ci-dessus.

Preuves additionnelles

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Comme indiqué précédemment, les démonstrations de la loi de réciprocité quadratique sont légion. En particulier, citons-en deux.

Généralisations

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Il existe des lois de réciprocité cubique, biquadratique (en) (c'est-à-dire de degré 4) et ainsi de suite. Cependant, la véritable généralisation de toutes ces lois — généralisation monumentale — est la théorie des corps de classes. Voir « Neuvième problème de Hilbert ».

Notes et références

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  1. D'après l'égalité , où désigne le symbole de Legendre modulo .
  2. Voir par exemple l'exercice corrigé 4-11 de la leçon « Introduction à la théorie des nombres » sur Wikiversité.
  3. La réciproque (⇐), utile dans la détermination des nombres premiers d'Eisenstein, peut aussi se déduire de la factorialité de ℤ[j].
  4. Par exemple parce que (ℤ/pℤ)* est cyclique d'ordre p – 1, ou encore d'après le lemme de Cauchy. Pour d'autres arguments, voir l'exercice 4-11 précité.
  5. Pour une preuve directe de cette équivalence, dans le même esprit que la précédente, voir par exemple l'exercice corrigé 4-12 de la leçon « Introduction à la théorie des nombres » sur Wikiversité.
  6. Cette réciproque, utile dans la détermination des irréductibles de ℤ[φ], peut aussi se déduire de la factorialité de cet anneau.
  7. Pour une preuve analogue de la deuxième loi complémentaire, voir par exemple (en) Kenneth Ireland et Michael Rosen, A Classical Introduction to Modern Number Theory, coll. « GTM » (no 84) (lire en ligne), p. 69-70, ou l'exercice corrigé 4-8 de la leçon « Introduction à la théorie des nombres » sur Wikiversité.
  8. Voir aussi « Théorème des deux carrés de Fermat ».

Références

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  1. a b et c Philippe Caldero et Jérôme Germoni, Nouvelles histoires hédonistes de groupes et de géométries, Calvage & Mounet, coll. « Mathématiques en devenir », , 392 p. (ISBN 978-2-916352-61-9), chap. V (« Groupes conservant une forme bilinéaire »), p. 301-308
  2. Cox 1989, chap. 1.3.D., p. 63. Disquisitiones Arithmeticae"
  3. Cuculière 1980.
  4. (en) Tom M. Apostol, Introduction to Analytic Number Theory, Springer, (lire en ligne), p. 178.
  5. a et b Lemmermeyer 2000. Preface
  6. a b c d e et f Cox 1989, chap. 1.1. Fermat, Euler and quadratic reciprocity
  7. a et b Lemmermeyer 2000, chap. 1.2. L. Euler
  8. a b c et d Cox 1989, chap. 1.2. Lagrange, Legendre and quadratic forms
  9. (la) « Observationes circa divisionem quadratorum per numeros primos (E552) », (écrit en 1772).
  10. a et b Cuculière 1980, chap. III. La loi de réciprocité et le symbole de Legendre
  11. a et b A. M. Legendre, « Recherches d'analyse indéterminée : Contenant divers Théorèmes sur les Nombres premiers. », Histoire de l'Académie royale des sciences, vol. 1785,‎ , p. 513-559, article no IV (lire en ligne)
  12. a et b Lemmermeyer 2000, chap. 1.3. A.-M. Legendre
  13. Gauss 1801, § 125-151 et 262.
  14. Lemmermeyer 2000, chap. 1, p. 21. The Genesis of Quadratic Reciprocity
  15. Lemmermeyer 2000, chap. 1.4. C.-F. Gauss
  16. a et b Cuculière 1980, chap. IV. Les « Recherches Arithmétiques » de Gauss
  17. Lemmermeyer 2000, chap. 1, p. 17.
  18. a et b Lemmermeyer 2000, chap. 1, p. 17. Genesis of Quadratic Reciprocity
  19. Gauss 1807, § 296-297.
  20. Cox 1989, chap. 1.3. Gauss, composition and genera
  21. J.-L. Lagrange, « Recherches d'arithmétique (suite) », Mémoires de l'Académie de Berlin,‎ , p. 323-356 rééd. Joseph-Alfred Serret, Œuvres de Lagrange, vol. III, Gauthier-Villars, (lire en ligne), p. 759-795.
  22. J.-L. Lagrange, « Recherches d'arithmétique », Mémoires de l'Académie de Berlin,‎ , p. 265-312 (Œuvres, III, p. 695-758, [lire en ligne]), établit plus précisément que « les diviseurs impairs des nombres de la forme t2 – 5u2 ou 5u2t2 sont en même temps de chacune de ces deux formes y2 – 5z2, 5z2y2. »
  23. Gauss 1801, § 123 et 121.
  24. Apostol 1976, p. 186-187, Example 1.
  25. Apostol 1976, p. 187, Example 2.
  26. Murray Gerstenhaber, « The 152-nd Proof of the Law of Quadratic Reciprocity », The American Mathematical Monthly, vol. 70, no 4,‎ , p. 397–398 (ISSN 0002-9890, DOI 10.1080/00029890.1963.11987599, lire en ligne, consulté le )
  27. Lemmermeyer 2000, Appendix B., p. 17. Chronology of Proofs
  28. Franz Lemmermeyer, Reciprocity laws : from Euler to Eisenstein, Springer, coll. « Springer Monographs in Mathematics », , xix+487 p. (ISBN 3-540-66957-4, zbMATH 0949.11002) ; recension dans P. Shiu, « Reciprocity laws: from Euler to Eisenstein, by Franz Lemmermeyer », The Mathematical Gazette, vol. 85, no 502,‎ , p. 171-172 (DOI 10.2307/3620530).
  29. (en) Reinhard Laubenbacher et David Pengelley, « Gauß, Eisenstein, and the "third" proof of the Quadratic Reciprocity Theorem: Ein kleines Schauspiel ».
  30. Lemmermeyer 2000, 1.4. Chronology of C.-F. Gauss
  31. Ce résultat, intéressant par lui même, ne concerne pas seulement les nombres premiers congrus à 1 modulo 4, mais tous les nombres premiers en général, comme démontré par Gauss plus loin dans les Disquisitiones. Néanmoins, seul ce cas est nécessaire pour la démonstration par induction de la loi de réciprocité quadratique.
  32. En fait, le cas p congru à 5 modulo 8 est aisé, comme indiqué par Gauss. Mais c'est le cas p congru à 1 modulo 8 qui demande beaucoup plus d'ingéniosité.
  33. Notons ⌊x⌋ la partie entière d'un nombre réel x. Dans la suite 1, 2,..., n, le nombre des termes divisible par k est ⌊n/k⌋. Dans la suite a, a + 1, … , a + n – 1, c'est ⌊(a + n – 1)/k⌋ - ⌊(a - 1)/k⌋ = ⌊(a + n – 1)/k - ⌊(a – 1)/k⌋⌋ ≥ ⌊(a + n – 1)/k - (a – 1)/k⌋ = ⌊n/k⌋.
  34. (la) Gauss, « Theorematis fandamentalis in doctrina de residuis quadraticis demonstrationes et ampliationes novae », 1818.
  35. André Weil, « La cyclotomie jadis et naguère », Séminaire Bourbaki, vol. 16, no 452,‎ 1973-1974, p. 318-338 (lire en ligne), § 6.
  36. Pour le détail de cette preuve, voir par exemple le lien ci-dessous vers « Loi de réciprocité quadratique » sur Wikiversité.
  37. (de) G. Frobenius, « Über das quadratische Reziprozitätsgesetz II », Sitzungsberichte Berliner Akad.,‎ , p. 484-488 : voir l'exercice corrigé 4-13 de la leçon « Introduction à la théorie des nombres » sur Wikiversité.
  38. T. J. Stieltjes, « Sur le caractère quadratique du nombre 2 », Annales de la Faculté des sciences de Toulouse, 1re série, vol. 11, no 1,‎ , p. 5-8 (lire en ligne).
  39. (en) André Weil, Number Theory : An approach through history from Hammurapi to Legendre [détail des éditions], p. 212 et 85. Gauss 1801, § 116, fait donc erreur lorsqu'il affirme qu'Euler n'en possédait pas encore de démonstration « quand il a écrit la dissertation que renferme le T. 1 des Opuscula analyt., p. 259 », c'est-à-dire (la) « Demonstrationes circa residua ex divisione potestatum per numeros prim (449) », , p. 108.

Bibliographie

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Symbole de Jacobi