Ainsi parlait Zarathoustra (Strauss)

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Richard Strauss, 1894

Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra) op. 30, est un poème symphonique composé par Richard Strauss entre février et août 1896. La première eut lieu à Francfort le sous la direction du compositeur.

Historique[modifier | modifier le code]

L'œuvre est librement inspirée par le poème philosophique Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche[1] où le compositeur voit la transition de l’homme de ses origines jusqu’au « surhomme ». Une citation du philosophe est mise en exergue au début de la partition :

« La musique a trop longtemps rêvé ; nous voulons maintenant nous réveiller. Nous étions des somnambules ; nous voulons devenir des rêveurs éveillés et conscients. »

Chronologiquement, elle se situe au milieu des pièces symphoniques du musicien, entre Till l’Espiègle (1895) et Don Quichotte (1897), bien avant ses opéras majeurs comme Salome (« Salomé ») (1905) ou Der Rosenkavalier (« Le Chevalier à la rose ») (1911).

Composition[modifier | modifier le code]

Les premières mesures du thème composé par Strauss.
Premières mesures : sur un roulement de grosse caisse, fanfare de 4 trompettes, « feierlich » (solennellement),
soutenues de 3 trombones, puis triolets de tonique (do)/dominante (sol) aux timbales.

Son introduction (Einleitung), rendue célèbre par le générique du film 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, utilisée en ouverture des concerts d'Elvis Presley de 1971 à 1977, ainsi que comme générique du journal télévisé de La Cinq de 1987 à 1991, comporte une fanfare (voir ci-dessus), répétée trois fois en crescendo et évoquant un lever de soleil (Sonnenaufgang)« L'Individu se fond dans le Monde et le Monde se fond dans l'Individu ».

Ces quelques mesures sont un magnifique raccourci du trajet depuis le néant jusqu'à la lumière :

  • do, tonique (note fondamentale pour un musicien occidental) — le néant
  • do à l'octave (aux cuivres)
  • sol, la quinte
  • et enfin do, quarte du sol.

Unisson, octave, quarte et quinte représentent la perfection de l'Univers :

  • Unisson : la longueur de référence de la corde qui vibre, soit l'unité
  • Octave : la longueur de la corde est divisée par 2
  • Quinte : la longueur de la corde est divisée par 3
  • Quarte : la longueur de la corde est divisée par 4

1 + 2 + 3 + 4 = 10, nombre représentant la perfection de l'Univers selon les théories de Pythagore.

Ensuite :

  • accord majeur suivi d'un mineur (do-sol-mi → do sol mi bémol) : symboles fondamentaux de la musique tonale
  • Reprise, mais ici, l'accord mineur précède l'accord majeur.
  • Et dans le troisième crescendo, c'est une succession d'accords avec pour ligne mélodique une gamme ascendante triomphale : mi la (la si do ré mi fa sol la si do)

Outre ce court prélude, l’œuvre comporte huit parties enchaînées, symbolisant les « discours » manichéens du poète-prophète Zarathoustra :

  • Von den Hinterweltlern (De ceux des mondes de derrière)
  • Von der großen Sehnsucht (De l’aspiration suprême)
  • Von den Freuden und Leidenschaften (Des joies et des passions)
  • Das Grablied (Le Chant du tombeau)
  • Von der Wissenschaft (De la science)
  • Der Genesende (Le Convalescent)
  • Das Tanzlied (Le Chant de la danse )
  • Nachtwandlerlied (Chant du somnambule)

La durée est d’environ trente minutes.

Orchestration[modifier | modifier le code]

L'œuvre est écrite pour orchestre symphonique.

Instrumentation de Ainsi parlait Zarathoustra
Cordes
premiers violons, seconds violons,

altos, violoncelles, contrebasses,

2 harpes

Bois
1 piccolo, 3 flûtes, (la 3e jouant aussi du piccolo),

3 hautbois, 1 cor anglais,

1 petite clarinette mi♭, 2 clarinettes si♭, 1 clarinette basse si♭,

3 bassons, 1 contrebasson

Cuivres
6 cors en fa et en mi,

4 trompettes en ut et en mi,

3 trombones, 2 tubas

Percussions
3 timbales, cloches tubulaires, glockenspiel,

grosse caisse, cymbales, triangle

Clavier
1 orgue

Utilisations de l'œuvre dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Cette pièce est utilisée en ouverture du film 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, illustrant l'alignement entre la Lune, la Terre et le Soleil, ainsi que dans L'aube de l'humanité et dans la scène finale du film. Cette musique semble illustrer la notion de triomphe du progrès, étant utilisée lors de la séquence de la découverte de la notion d'outil (transition du singe à l'Homme) et à la fin du film (Homme à Surhomme). Richard Strauss lui-même disait à propos de cette musique et de son lien avec l’œuvre de Nietzsche : « J'avais l'intention de suggérer, par l'intermédiaire de la musique, l'idée du développement de l'espèce humaine à partir de son origine et à travers les diverses phases de son développement, religieux et scientifique. »[2].


Selon Didier de Cottignies, Stanley Kubrick avait initialement choisi le début de la Symphonie no 3 en ré mineur de Gustav Mahler comme musique principale de son film (le quatrième mouvement de cette symphonie fait intervenir une voix de contralto chantant un texte de Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche). En 1967, il reçut de son beau-frère à Noël une version d'Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss enregistrée par l'orchestre philharmonique de Berlin, conduit par Herbert von Karajan. En l'écoutant, Kubrick réalisa que l'introduction de ce poème symphonique serait plus adaptée que la symphonie de Mahler. Les droits d'enregistrement de Karajan n'étant pas disponibles, c'est la version de Karl Böhm, avec l'orchestre philharmonique de Vienne, qui fut créditée au générique. Mais au cours de la postproduction, Kubrick remplaça discrètement l'enregistrement de Böhm par celui de Karajan et personne ne le remarqua[3].

Adaptations de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Eumir Deodato a adapté le poème symphonique de Richard Strauss avec son orchestre jazz-funk, ce qui lui valut le Grammy Award 1973 pour la meilleure performance instrumentale. On peut l'écouter sur l'album Prelude (1972), et il apparaît dans la bande originale du film de Hal Ashby, Bienvenue, Mister Chance (Being There) (1979), avec Peter Sellers, lorsque celui-ci sort pour la première fois de sa maison et se trouve perdu dans le « chaos » de la ville.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « https://www.britannica.com/biography/Richard-Strauss#ref204502 »
  2. William Whittington, Sound Design & Science Fiction, University of Texas Press, , 280  p. (ISBN 978-0-292-79511-2, OCLC 646760682)Voir et modifier les données sur Wikidata p. 42-62
  3. Stanley Kubrick, l'odyssée des sons (rencontre avec Didier de Cottignies qui fut le conseiller pour la musique de Kubrick et ami personnel du cinéaste depuis 1980), in Classica no 132, mai 2011, p. 40.

Liens externes[modifier | modifier le code]