Élections législatives turques de 2011

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Élections législatives turques de 2011
Les 550 sièges de la Grande assemblée nationale de Turquie
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Participation
83,16 %  −1,1
Erdogan cropped.JPG Parti de la justice et du développement – Recep Tayyip Erdoğan
Voix 21 399 082
49,83 %
 +3,2
Sièges obtenus 327  −14
Kemal Kilicdaroglu.png Parti républicain du peuple – Kemal Kılıçdaroğlu
Voix 11 155 972
25,98 %
 +5,1
Sièges obtenus 135  +23
Devlet Bahçeli VOA 2015 (cropped).jpg Parti d'action nationaliste – Devlet Bahçeli
Voix 5 585 513
13,01 %
 −1,3
Sièges obtenus 53  −18
Carte
Premier ministre
Sortant Élu
Recep Tayyip Erdoğan
Parti de la justice et du développement
Recep Tayyip ErdoğanVoir et modifier les données sur Wikidata
Parti de la justice et du développement

Les élections législatives turques de 2011 (en turc 2011 Türkiye Genel Seçimleri) se sont tenues le , afin d'élire les cinq cent cinquante députés de la 23e législature de la Grande Assemblée nationale de Turquie. Il s'agit du premier scrutin tenu à terme depuis 1977.

Contexte[modifier | modifier le code]

Domination de l'AKP[modifier | modifier le code]

Composition de l'Assemblée sortante.

Lors des élections législatives anticipées du 22 juillet 2007, le Parti de la justice et du développement (AKP), du Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, au pouvoir depuis 2002, avait remporté une seconde majorité absolue consécutive avec 46,6 % des suffrages. Il avait tout de même perdu une vingtaine de sièges, le Parti d'action nationaliste (MHP) ayant réussi à entrer à la Grande assemblée nationale de Turquie. Bien qu'il se soit encore éloigné de la majorité des deux-tiers, nécessaire pour désigner le président de la République, l'AKP est parvenu à faire élire son candidat, le ministre des Affaires étrangères Abdullah Gül, au troisième tour de scrutin, le 28 août suivant. Par ailleurs, plus d'une trentaine d'indépendants, dont une vingtaine de Kurdes, sont parvenus à se faire élire.

Changements[modifier | modifier le code]

À l'occasion du référendum constitutionnel du , les électeurs ont approuvé, à presque 69 %, la réduction de la durée d'une législature de cinq à quatre ans[1]. Au mois d', les députés ont approuvé quelques modifications importantes dans la loi électorale[2], notamment la réduction de l'âge d'éligibilité, qui passe de 30 ans à 25 ans, l'augmentation de la durée de la campagne électorale, qui passe de vingt à trente jours, l'autorisation de faire campagne en langue kurde[3] et l'installation d'urnes transparentes en remplacement des traditionnelles urnes en bois. Lors d'un vote à l'unanimité, organisé le , l'Assemblée a décidé que les élections législatives se tiendraient le 12 juin suivant[4], respectant ainsi la volonté exprimée par le Premier ministre[5].

Mode de scrutin[modifier | modifier le code]

Le Parlement turc compte cinq cent cinquante députés, élus pour quatre ans au scrutin proportionnel, chacune des soixante-dix neuf provinces constituant une circonscription électorale. Les candidats présents sur la liste d'un parti politique ne sont élus que si leur formation a obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés au niveau national, si elle a présenté deux candidats à chaque siège de député dans au moins la moitié des provinces, et si elle est bien implantée dans la moitié des provinces et un tiers des arrondissements provinciaux.

Campagne[modifier | modifier le code]

Principaux partis et chefs de file[modifier | modifier le code]

Formation Idéologie Chef de file Résultats de 2007
Parti de la justice et du développement
Adalet ve Kalkınma Partisi (AKP)
Centre droit,
libéralisme économique,
conservatisme, islamisme
Recep Tayyip Erdoğan
(Premier ministre sortant)
46,58 % des voix
341 députés
Parti républicain du peuple
Cumhuriyet Halk Partisi (CHP)
Centre gauche
Social-démocratie,
républicanisme, kémalisme
Kemal Kılıçdaroğlu 20,88 % des voix
112 députés
Parti d'action nationaliste
Milliyetçi Hareket Partisi (MHP)
Extrême droite
Conservatisme, Nationalisme
Devlet Bahçeli 14,27 % des voix
71 députés

Sondages[modifier | modifier le code]

Institut Date AKP CHP MHP
Pollmark 05.2011 47,5 % 25,2 % 12,6 %
ORC 05.2011 49,5 % 25,2 % 11,3 %
AKAM 04.2011 41,8 % 25,8 % 15,1 %
ORC 04.2011 50,1 % 24,5 % 11,7 %
Genar 04.2011 47,9 % 24,4 % 12,2 %
Metro POLL 03.2011 48,3 % 27,5 % 11,7 %
IK Sara 03.2011 48,0 % 28,0 % 15,0 %
USADEM 02.2011 46,7 % 27,4 % 11,2 %
Metro POLL 01.2011 43,5 % 30,7 % 13,8 %
A&G 12.2010 44,0 % 31,0 % 10,0 %
Konsensus 12.2010 40,9 % 26,0 % 15,6 %
Dernières élections 22.07.2007 46,6 % 20,9 % 14,3 %

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir s’appuie sur son bilan économique depuis 2002 : croissance de 8,9 % en 2010, inflation modérée (4 % de mars 2010 à mars 2011) et chômage en baisse (9,1 % en février 2011). Le pays a relativement bien affronté la crise mondiale tout en améliorant l'état de ses finances publiques. L'AKP prévoit que le pays devienne la dixième puissance mondiale d'ici 2021 (il est actuellement la 17e). Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a également défendu un gigantesque projet pour construire un canal visant à désengorger le détroit du Bosphore de son trafic maritime. Le Premier ministre soutient également une réforme de la Constitution et promet qu'elle garantira plus de droits aux citoyens.

De son côté, l'opposition laïque et de gauche (le Parti républicain du peuple, CHP) a longtemps dénoncé une « islamisation du pays » selon elle et estime que la laïcité du pays, inscrite dans la constitution, est en danger. Toutefois, le parti a recentré son programme sur les questions sociales durant cette campagne, ainsi que sur le droit des femmes et des minorités[6]. Ce positionnement se fait autour du nouveau dirigeant du parti, Kemal Kılıçdaroğlu, désigné à ce poste en 2010. Le CHP s'oppose aussi au projet du Premier ministre de réformer la Constitution pour transformer le régime parlementaire en présidentiel et dénonce une « dérive autoritaire » du pouvoir.

L'opposition nationaliste et conservatrice (le Parti d'action nationaliste, le MHP) a été victime d'un scandale durant la campagne électorale. Des vidéos montrant des membres importants du pays ayant des relations avec leurs amantes ont été publiées. Le parti a dénoncé un complot, qui pourrait ne pas être représenté au Parlement s'il ne franchit pas la barre des 10 %.

Résultats[modifier | modifier le code]

Scores[modifier | modifier le code]

Parti arrivé en tête par province :
  •      AKP
  •      CHP
  •      Indépendants (kurdes)
  •      MHP
Composition politique de la nouvelle législature.
Parti Voix  % +/- Députés +/-
Parti de la justice et du développement (AKP) 21 442 528 49,83 % en augmentation 3,27 327 en diminution 14
Parti républicain du peuple (CHP) 11 131 371 25,98 % en augmentation 5,13 135 en augmentation 23
Parti d'action nationaliste (MHP) 5 580 415 13,01 % en diminution 1,23 53 en diminution 18
Parti de la félicité (SP) 534 209 1,24 % en diminution 1,30 0
Parti de la voix du peuple (Has Parti) 326 020 0,76 % en augmentation 0,76 0
Parti de la grande unité (BBP) 314 908 0,73 % en augmentation 0,73 0
Parti démocrate (DP) 278 281 0,65 % en diminution 4,77 0
Parti des droits et de l'égalité (HEPAR) 121 814 0,28 % en augmentation 0,28 0
Parti démocratique de la gauche (DSP) 106 025 0,25 % en augmentation 0,25 0
Parti de la juste voie 64 387 0,15 % en augmentation 0,15 0
Parti communiste turc (TKP) 60 818 0,14 % en diminution 0,09 0
Parti de la nation 59 481 0,14 % en augmentation 0,14 0
Parti nationaliste et conservateur (MMP) 36 602 0,09 % en augmentation 0,09 0
Parti travailliste (İP) 31 549 0,07 % = 0
Parti libéral-démocrate (LDP) 15 570 0,04 % en diminution 0,06 0
Indépendants 2 859 170 6,57 % en augmentation 1,34 35 en augmentation 9
Total (participation : 86,7 %) 42 963 148 100,00 % N/A 550 N/A

Analyse[modifier | modifier le code]

Avec près de 50 % des suffrages exprimés, soit la meilleure performance depuis 1965, l'AKP remporte un troisième mandat consécutif, une performance réalisée seulement une fois, dans les années 1950 par le Parti démocrate (DP), et s'assure une nouvelle majorité absolue. Paradoxalement, cette progression en voix s'accompagne d'un recul en nombre d'élus, du fait de la poussée des candidats indépendants (pour la plupart des représentants de la communauté kurde) et du CHP, qui échoue cependant à atteindre la barre des 30 % des voix comme ses dirigeants l'avaient espéré. L'AKP ne dispose donc pas des majorités qualifiées nécessaires pour modifier seul la Constitution, ou en adopter une nouvelle. Le MHP s'érode légèrement, probablement à cause du scandale l'ayant affecté, mais n'a eu aucun mal à reconduire son groupe parlementaire à la Grande Assemblée nationale. Aucun autre parti n'a franchit la barre des 10 % des suffrages exprimés pour accéder à la répartition des sièges, tous se situant en outre très largement en dessous de ce seuil, confortant la dimension quadripolaire du système partisan turc.

Pour la première fois depuis 1960, un député issu d'une minorité chrétienne est élu, en tant qu'indépendant, Erol Dora.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]