Affaire Didier Gentil

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Affaire Richard Roman)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Affaire Gentil
Nature du crime Viol sur mineur de moins de quinze ans
Homicide
Type de crime Viol sur mineur de moins de quinze ans
Assassinat
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville La Motte-du-Caire
Nature de l'arme Arme de jet
Type d'arme Pierre
Date du crime
Nombre de victimes 1 : Céline Jourdan
Jugement
Statut Affaire jugée : Didier Gentil condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'un période de sûreté de 28 ans
Richard Roman acquitté ; libéré le
Tribunal Cour d'assises de l'Isère
Formation Cour d'appel de Grenoble
Date du jugement

L'affaire Didier Gentil, qui a été appelée pendant un temps affaire Richard Roman, est une affaire criminelle française qui s'est déroulée à La Motte-du-Caire dans les Alpes-de-Haute-Provence, en France, en .

Biographies[modifier | modifier le code]

Didier Gentil est né le à Arnay-le-Duc en Côte-d'Or. Il a deux frères. Son père est balayeur aux chantiers navals de La Ciotat. Sa mère est femme de ménage à l'hôpital de Marseille. Ses parents divorcent en . Il vit chez sa mère à Marseille avec ses frères, avant d'être confié à la DDASS, par ordonnance du juge des enfants. Il est successivement placé dans au moins une dizaine de foyers jusqu'à sa majorité. Il est vite remarqué pour son inadaptation à la vie communautaire et à l'effort scolaire. Il commet des vols et des fugues répétées. Il est pratiquement illettré. Il est surnommé « le tatoué ». À 25 ans, il arrive à la Motte-du-Caire, est hébergé par Richard Roman qui l'emploie comme ouvrier agricole saisonnier.

Richard Roman est né le à Ambilly en Haute-Savoie. Il est le fils d'un militaire de carrière et d'une infirmière. Il est le benjamin de la fratrie. Son frère aîné est le philosophe Joël Roman. Son autre frère Thibaud est technicien vétérinaire et chercheur en biologie moléculaire. Richard est est titulaire d'un diplôme d'ingénieur agronome de l'Institut supérieur agricole de Beauvais. En 1984, grâce à un prêt consenti par sa mère, Richard néorural quitte Paris et achète la « bergerie des Plaines », une maison en ruines à cinq kilomètres de La Motte-du-Caire, pour s'installer comme éleveur en montagne avec une forte sensibilité écologique. Vivant en hiver sous un tipi devant sa maison, il reçoit chez lui des marginaux. Il est surnommé « l'indien » en raison de son mode de vie atypique.

Les faits[modifier | modifier le code]

Le mardi , Gilbert Jourdan qui tient le café-restaurant de la poste au centre de La Motte-du-Caire sort vers 20 h pour demander à sa fille Céline qui joue à l'extérieur de rentrer. Celle-ci, âgée de 7 ans, vit avec sa mère Joëlle Maurel à Sanary-sur-mer mais est depuis quinze jours en vacances avec son frère chez leur père. Céline Jourdan demeure introuvable. Après de vaines recherches, Gilbert Jourdan alerte la gendarmerie vers 21 h. Elle est retrouvée le lendemain sans vie à 14 h 40 dans un taillis à quelques centaines de mètres de La Motte-du-Caire, en bordure d'un torrent asséché. Dévêtue à mi-corps, elle n'a plus ni chaussures ni sous-vêtements. Elle a subi des violences sexuelles et été torturée avant d'avoir la tête écrasée par une pierre[1].

Richard Roman et Didier Gentil sont rapidement suspectés, sur la base d'un témoin qui affirme avoir vu Gentil tenir la main de la fillette le soir de sa disparition et s'éloigner avec elle vers le chemin qui mène au camping, et sur le fait que Roman héberge Gentil chez lui.

Le soir du , Richard Roman est passé au café acheter des cigarettes, a bu une bière au Café de la Poste et est allé se coucher dans sa bergerie[2].

Les deux suspects sont mis en garde à vue. Après une perquisition dans la bergerie, le procureur Paul Weisbuch profite de la découverte de haschich pour ouvrir une information pour infraction à la législation des stupéfiants et prolonger la garde à vue. Le , interrogé à propos des traces de sang que l'on retrouve sur ses sous-vêtements[3], Gentil avoue le viol au brigadier Jean-Jacques Ramette, chef de la gendarmerie locale, mais désigne Roman comme le meurtrier. Roman avoue le meurtre le après une nuit de garde à vue avant de se rétracter dix-huit heures plus tard devant le juge d'instruction de Digne Marc Magnon, invoquant alors les « pressions » insupportables des gendarmes qui l'avaient interrogé. De son côté, Didier Gentil persiste à l'accuser. Le 29 juillet, Marc Magnon inculpe les deux hommes « d'assassinat, séquestration, viol aggravé avec tortures et actes de barbarie »[4].

Une deuxième tentative de reconstitution des faits, en l'absence des inculpés, le dans les rues de la Motte-du-Caire provoque une émeute en raison de l'émotion extrême suscitée par cette affaire, la reconstitution étant alors annulée[4].

En , le journaliste Lionel Duroy publie une longue contre-enquête dans L'Événement du jeudi. Il dénonce les incuries de l'instruction, notamment la valse des magistrats (cinq juges d'instruction en deux ans, changeant pour cause de maternité, maladies, nominations), souligne que la seule preuve scientifique valable accable Didier Gentil (le prélèvement anal et vaginal de la fillette révélant uniquement l'ADN de son sperme) et soutient la thèse de l'innocence de Roman[5]. Il rappelle également la suspicion collective d'un village ou des gendarmes qui a pesé immédiatement sur Roman le marginal, l'homosexuel, le déviant sexuel[6].

Le , le juge d'instruction Yves Bonnet, après avoir repris le dossier et constaté que Roman n'a pas eu le temps de commettre le crime selon différents témoins horaires, informe officiellement Joëlle Maurel et Gilbert Jourdan qu'il vient de rendre une ordonnance de non-lieu en faveur de Richard Roman, alors que l'opinion publique semble à l'époque majoritairement persuadée de sa culpabilité[7]. Les avocats de la famille font appel. Roman quitte la prison des Baumettes après 27 mois de détention provisoire mais il est désormais un homme traqué[8] par des membres de la famille de Céline qui ont juré d'avoir sa peau. Le , la chambre d'accusation de la Cour d'Aix ordonne un supplément d'information et annule ce non-lieu. Le premier président de la cour d'appel de Toulouse, Jean-Claude Carrié, reprend l'instruction, signe l'acte renvoyant Roman devant la cour d'assises et le place à nouveau en détention le « pour la cessation du trouble à l'ordre public que sa libération a causé ainsi que pour sa propre protection »[9].

Le procès[modifier | modifier le code]

Le procès s'ouvre le devant la cour d'assises de l'Isère[7]. La défense de Richard Roman est assurée par Henri Leclerc[10], Alain Molla et Muriel Brouquet-Canale. La défense de Didier Gentil est assurée par François Saint-Pierre et Henri Juramy. Raoul Légier est l'avocat de Joëlle Maurel. L'avocat général est Michel Legrand.

Lors des audiences, un témoin horaire, Christian Célérier, affirme que les gendarmes l'ont forcé à modifier son témoignage (déclarer avoir vu Roman descendre au village vers 20 h 30, et non plus 21 h 30) sous prétexte de ne pas aider un salaud[11]. Michel Legrand pousse Didier Gentil dans ses retranchements. Le 11 décembre 1992, après s'être confié à François Saint-Pierre, Gentil revient sur ses déclarations devant la Cour, assume seul le crime et demande pardon à Richard Roman. Le procureur de la République demande l'acquittement de Roman. Didier Gentil est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 28 ans, et Richard Roman est acquitté le après plusieurs années de détention provisoire[12]. Trois semaines de procès et de tensions ont donc abouti à l'incarcération de Didier Gentil, condamné à perpétuité, à l'acquittement de Richard Roman qui est libéré le 19 décembre 1992[13].

Mis en cause dans une autre affaire[modifier | modifier le code]

L'enquête sur le meurtre à Périgueux dans un gymnase, le , de Laurent Bureau, 19 ans, appelé du contingent met en évidence la présence de Didier Gentil et de Francis Heaulme.

Tous deux sont mis en examen, puis jugés à la cour d'assises de Périgueux.

L'enquête ne permettant pas de déterminer lequel des deux a tué Laurent Bureau, ils sont acquittés le .

Suite et conséquences pour Richard Roman[modifier | modifier le code]

Richard Roman, libéré, reçoit 100 000 francs d'indemnisations de la Commission nationale de réparation de la détention provisoire[14]. Il effectue plusieurs séjours en hôpitaux psychiatriques. Le reste du temps, il traîne dans les rues d'Annecy où il « vivote » et est bien connu des services sociaux et de police. Toxicomane, marginal, plusieurs fois menacé de mort, les médicaments et les drogues qu'il consomme ont fini par sérieusement endommager son état de santé[15].

Il est retrouvé mort à son domicile le . L'autopsie ordonnée par le parquet d'Annecy démontre que le décès est dû à l'absorption d'un cocktail de médicaments et de stupéfiants. L'enquête écartera l'hypothèse d'un suicide[16] pour conclure à une mort accidentelle « sans qu'on puisse parler d'overdose »[17],[18],[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Pascal, 40 ans d'affaires criminelles, Michel Pascal, , p. 70
  2. Henri Leclerc, Un combat pour la justice, La Découverte, , p. 221.
  3. Dominique Conil, Notre justice, Flammarion, , p. 169
  4. a et b Michel Pascal, op. cit., p. 71.
  5. Dominique Conil, Notre justice, Flammarion, , p. 191
  6. Dominique Conil, op. cit., p. 222.
  7. a et b Michel Pascal, op. cit., p. 72.
  8. La veille de Noël 1991, il est agressé et affirme avoir reconnu le père de Céline. Sa plainte contre X est classée. Source : Henri Leclerc, op. cit., p. 223.
  9. Dominique Conil, op. cit., p. 227.
  10. Dominique Simonnot, Henri Leclerc, 50 ans de plaidories, Libération, 22 décembre 2005
  11. Leblond Renaud, « L'instruction en procès », sur lexpress.fr, .
  12. Michel Pascal, op. cit., p. 74.
  13. Dominique Conil, « La liberté retrouvée de Richard Roman Les premièers heures de liberté de Richard Roman », sur liberation.fr, .
  14. Jérôme Cordelier, « Le prix de l'innocence », sur lepoint.fr,
  15. Richard Roman est mort à Annecy,23 juin 2011L'Essor savoyard.
  16. « Affaire Céline Jourdan : Roman se suicide », 10 juillet 2008, Le Figaro.
  17. « Accusé puis innocenté Richard Roman est mort », 11 juillet 2008, La Provence.
  18. « L'ancien coaccusé Richard Roman est mort », 12 juillet 2008, Le Nouvel Observateur.
  19. Mort de Richard Roman, innocent d'un meurtre qu'il avait "avoué", Christian Sauvage, 12 juillet 2008, Le Nouvel Observateur.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009 (chapitre : L'affaire Céline Jourdan, L'infanticide de La Motte du Caire) pages 70 à 74, 17 avril 2009, 208 p. (ISBN 978-1-4092-7263-2)
  • Michel Legrand, Les Secrets d'un juge (troisième partie : Des assassins et des juges), Fayard, 2015, 320 p. (ISBN 978-2-2136-7888-7)
  • Gilbert Jourdan et Robert Daranc, L'affaire Céline : Une justice sous hypnose médiatique, Maillemoisson, Éditions de Haute-Provence, (ISBN 9782841840038, présentation en ligne)

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Audiographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]