Abbaye de la Cambre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir La Cambre.
Ancienne abbaye de la Cambre
Image illustrative de l'article Abbaye de la Cambre
Vue extérieure
Présentation
Nom local La Cambre
Culte Catholicisme
Type Abbaye de moniales à l'origine, puis prieuré de chanoines prémontrés depuis 2013
Rattachement Ordre de Citeaux, puis installation d'une communauté prémontrée en 2013
Début de la construction 1201
Fin des travaux Désacralisée en 1796
Style dominant Gothique
Protection  Patrimoine classé (1908, 1989)
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région de Bruxelles-Capitale Région de Bruxelles-Capitale
Ville Ixelles
Coordonnées 50° 49′ 08″ N 4° 22′ 27″ E / 50.8188, 4.374150° 49′ 08″ Nord 4° 22′ 27″ Est / 50.8188, 4.3741

Géolocalisation sur la carte : Belgique

(Voir situation sur carte : Belgique)
Ancienne abbaye de la Cambre

Géolocalisation sur la carte : Bruxelles

(Voir situation sur carte : Bruxelles)
Ancienne abbaye de la Cambre
Complexe abbatial au début du XVIIIe siècle
Promenade des abbesses et jardins étagés
Cour d'honneur
L'église
À gauche, les murs extérieurs du cloître
Promenade des abbesses
L'escalier des jardins étagés et en arrière plan, la tour ITT
Le Palais abbatial
La chapelle Saint-Boniface
École nationale supérieure des arts visuels
École nationale supérieure des arts visuels

L'ancienne abbaye de la Cambre (en néerlandais: Abdij Ter Kameren) est un monastère de moniales cisterciennes nobles, fondé en 1201 à la source du Maelbeek, supprimé à la révolution française, et vendu comme bien national en 1796. Elle est située à 2 km au Sud-Est de Bruxelles, dans le val, proche du Bois de la Cambre, ancien parc extérieur à l'abbaye, qui était ouvert aux laïcs[1]. Autrefois hors de la ville, l'abbaye se trouve aujourd'hui sur le territoire de la commune d'Ixelles. Elle est un témoignage remarquable de la vie religieuse et de l'architecture cistercienne qui subsiste dans la région de Bruxelles.

Elle est composée de deux noyaux :

  • le cloître avec l'église, le réfectoire et l'aile de la salle capitulaire qui sont d'une architecture médiévale et monastique.
  • le quartier de l'abbesse de caractère plus civil avec sa cour d'honneur, le palais abbatial, le presbytère, les écuries et les autres dépendances. C'est une architecture du XVIIIe siècle.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'abbaye est fondée vers 1201, avec l'appui des moines de l'abbaye de Villers, par une Dame noble, Gisèle († 1200[1]), religieuse bénédictine bruxelloise. Elle adopta, pour sa fondation, la règle de l'ordre de Cîteaux. Grâce aux donations des ducs de Brabant (Henri Ier et Henri II), des grands féodaux brabançons tels les d'Aa, la fondation prit rapidement un bel essor[1]. Précisément, en 1201, elle reçut de Henri Ier duc de Brabant les Étangs d'Ixelles, un moulin à eau et l'enclos environnant le monastère.

En 1203, le pape Grégoire IX confirme la fondation sous le nom de Chambre de Notre-Dame (La Cambre). L'abbaye est placée sous l'autorité spirituelle de l'abbaye de Villers. Par la suite, l'abbaye fit d'autres acquisitions importantes, comme, à Vilvorde, une partie du territoire urbain avec l'église Notre-Dame et ses dix-neufs bénéfices cédés par le chapitre d'Aix-la-Chapelle[1].

Le XIIIe siècle est un siècle de grand rayonnement spirituel : saint Boniface de Bruxelles (1182-1260), natif d'Ixelles, chanoine de Sainte-Gudule (future cathédrale de Bruxelles), professeur de théologie à Paris et évêque de Lausanne (1231], y vivra les 18 dernières années de sa vie et sera enterré dans l'église. À la même époque sainte Alix y était une jeune moniale lépreuse et mystique, et y mourut le 12 juin 1250[2].

Le XIVe siècle fut difficile. Proche de la ville de Bruxelles, mais hors de son enceinte et donc non protégée, l'abbaye fut souvent victime de pillages. Les moniales se réfugiaient alors à Bruxelles. En 1381 un incendie causé par des pillards détruit une bonne partie des bâtiments.

En 1400 l'église que nous connaissons aujourd'hui sort de terre. De style gothique elle garde cependant la marque de la sobriété cistercienne.

Au XVIe siècle quelques événements importants eurent lieu à l'abbaye. En 1559 Maximilien de Berghes y est consacré évêque de Cambrai. Le 28 juin 1568 c'est à La Cambre que se réfugia la veuve du Comte d'Egmont (avec ses 11 enfants) après l'exécution de son mari. En 1581: nouveau saccage, cette fois par les Calvinistes.

En 1599 les moniales rentrent à l'abbaye après un long exil à Bruxelles. Le XVIIe siècle est un siècle de prospérité et restauration. Au XVIIIe: désir de grandeur et luxe conduisent les abbesses à reconstruire tout l'ensemble dans le style français en honneur à l'époque: superbes jardins en gradins, escaliers monumentaux, cour d'honneur avec portail.

En 1796, elle est vendue comme bien national au carrossier Jean Simons, à la suite de la Révolution française[1]. Elle change trois fois de mains et devient fabrique de betteraves puis de coton[3].

En 2013 une communauté religieuse, des Chanoines Prémontrés, issu de l'Abbaye de Leffe, s'est installé dans l'ancienne Abbaye. À présent il y a deux Pères et un troisième est attendu pour bientôt. Il s'agit de Pères Belges et le futur arrivant serait un Autrichien.

En 2014 un jeune entrepreneur, Vincent Poswick a entrepris de relancer la bière d'abbaye en commercialisant une bière du même nom[4].

Liste des abbesses[modifier | modifier le code]

Pendant 600 ans 41 abbesses se succéderont à la tête de l'abbaye cistercienne de La Cambre.

  • 1202 : Gertrude
  • 1229 : Oda
  • Ermentrude
  • 1245 : Marguerite Ire de Biest
  • Alix Ire
  • Marguerite II
  • 1291 : Ermengarde
  • Alix II de Froidmont
  • Marguerite III
  • Élisabeth d'Yssche
  • Élisabeth III Poots
  • Marie Ire Scotelvoets
  • Ida
  • Alix III
  • Hedwige t'Swaefs
  • Marie II van Tienen
  • Alix IV
  • Catherine Ire Thys
  • Élisabeth IV
  • 1421-†1430 : Élisabeth V du Mont
  • 1442 : Marie III Belande
  • 1444 : Marie IV de Ligne
  • Catherine II van Assche
  • 1477 : Marguerite IV s'Mols
  • 1490 : Jeanne Ire s'Mols
  • 1512 : Marie V s'Mols
  • 1519-†1556 : Élisabeth VI van den Berghen
  • 1540-1554 : Madeleine d'Ittre
  • 1554-1557 : Marie de Barbançon ou de Ligne
  • 1557-1562 : Anne van der Cam
  • Barbe de Taxis, déposée par l'abbé de Cîteaux, Edme de la Croix en septembre 1593
  • 1593-1599 : Catherine d'Ittre
  • 1599-1642 : Jeanne de Henin, de Weert
  • 1642-1668 : Marie Rovelly
  • 1668-1683 : Françoise de Boussu
  • 1683-1709 : Isabelle-Claire-Eugénie Schetz van Grobbendonck
  • 1712-1718 : Ernestine de Gand
  • 1718-1735 : Louise de Llano, ou: Dellano y Velasco
  • 1735-1756 : Benoîte Anthony
  • 1757- 12 mai 1794 : Séraphine Snoy

Après la suppression[modifier | modifier le code]

Après la suppression de l'abbaye comme communauté monastique, les bâtiments furent utilisés pour différentes activités :

  • Hôpital militaire à plusieurs reprises sous la Révolution, on y soignait les victimes des combats.
  • Manufacture de coton pendant cinq ans.
  • Dépôt de mendicité de 1810 jusqu'à la fin du XIXe siècle où l'on rassemblait hommes, femmes, enfants, malades, infirmes, aliénés mentaux et même des délinquants.
  • Entre 1870 et 1909, l'École militaire occupe l’entièreté du site et installe dans l'église un gymnase et une salle de jeu. Le cloître devient le réfectoire et sa galerie un préau tandis que la cour d'honneur devient un manège extérieur et les jardins en terrasse une plaine d'exercice[5].
  • Occupée par les soldats allemands qui s'y cantonnèrent durant la Première Guerre mondiale. Après leur passage, l'abbaye se retrouva ruinée. Les architectes Collès et Veraart furent chargés de la restauration[1].
  • En 1921, la Ligue des amis de la Cambre s'y installe pour ainsi préserver l'abbaye.
  • Henry Van de Velde obtint l'autorisation d'y ouvrir un Institut Supérieur des Arts Décoratifs (aujourd'hui École nationale supérieure des arts visuels) dans l'enceinte abbatiale.

L'abbaye de la Cambre est une sorte de trait d'union entre les étangs d'Ixelles et le bois de la Cambre. L'École nationale supérieure des arts visuels de la Cambre (dont la direction et le secrétariat de l'école dans le bâtiment 21, avec les options d'art de Céramique, Gravure, Reliure, Sérigraphie, Communication graphique, Typographie ainsi que l'imprimerie ancienne et les options de Sculpture, Dessin, Design Industriel, Scénographie, dans le bâtiment 14. Le reste de l'école se trouvant au 427 de l'avenue Louise et au bâtiment Vandevelde, avenue Franklin Roosevelt) et l'Institut géographique national ont pris leurs quartiers sur le site de l'abbaye.

Depuis octobre 2013, une partie de l'abbaye, devenue prieuré, est occupée par les chanoines Prémontrés de l'abbaye de Leffe[6].

Description[modifier | modifier le code]

Les bâtiments, édifiés aux XIIIe et XIVe siècles, durent être restaurés à partir de 1598[1]. L'abbaye en reconstruction est représentée sur une toile de Denis van Alsloot (1570-1626) conservée au Musée des beaux-arts de Nantes[1]. Aujourd'hui, l'abbaye est entourée au sud par l'avenue Émile Demot, à l'est par l'avenue Émile Duray et au nord par le square de la Croix-Rouge.

Du côté des étangs d'Ixelles, l'abbaye a deux entrées, qui permettent d'accéder à la place de l'église, au bassin où naît le Maelbeek, aux jardins étagés, à la cour d'honneur, au palais abbatial, à l'église conventuelle, au cloître, à la salle capitulaire, au dortoir, à l'infirmerie et à un pavillon[7].

Les deux entrées[modifier | modifier le code]

La première entrée est un portique à trois arcades soutenu par huit piliers. L'autre entrée est un portail monumental du XVIIIe siècle, caractérisé par son attique. Ainsi, la porte est cintré avec des bandeaux, flanqué de deux colonnes doriques et surmonté d'un fronton triangulaire brisé. Dans le fronton se trouvent les armes de la 41e et dernière abbesse, Séraphine Snoy, armes que l'on retrouve à maints endroits du site.

La cour d'honneur[modifier | modifier le code]

La cour d'honneur, transformée en parking, frappe par la symétrie et la régularité des constructions qui l'encadrent. Elle est de style classique. Le palais abbatial, au fond, est de style Louis XV. Il se partage en trois parties : la partie centrale avec perron et fronton triangulaire et les deux parties latérales, ailes perpendiculaires, avec porte cochère et fronton circulaire. La toiture possède quatre lucarnes. Cette cour d'honneur se termine au nord par un hémicycle comprenant la porte d'entrée de 1780. Le nom de l'architecte de cette cour n'est pas connu.

L'église[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

L'église conventuelle est située dans l'angle Sud-Est de la cour. Depuis 1927, elle est devenue l'église paroissiale Saint-Philippe de Néri. Elle comprend une nef unique de 54 m de longueur et de 11 m de large, couverte d'une voûte en bardeau érigée en 1603 et polychromée en 1610. La nef se complète d'un chœur voûté d'ogives daté 1657 et éclairé par cinq fenêtres, et de deux chapelles formant un transept asymétrique voûté de même. Le bras nord date du XVe siècle, tandis que la partie méridionale a conservé sa voûte primitive et deux fenêtres du début du XIVe siècle. L'église appartient à l'époque de transition entre le style gothique rayonnant et le style gothique flamboyant.

Décoration[modifier | modifier le code]

Le gâble de la façade est décoré de feuilles de chou frisé et terminé par un fleuron. Dans la partie supérieure du mur, trois niches trilobées avec quatre statues sont encastrées. Le chemin de croix peint et les cartons de verrières sont de Anto Carte, les autres vitraux sont de Strebelle et de Navez. La Vierge à l'Enfant est de Brenaeker. La Tête de Christ couronnée d'épines est l'œuvre d'Albert Bouts.

Le cloître[modifier | modifier le code]

Contre le mur septentrional de la nef de l'église, il existe une sorte de petit cloître du XVe siècle fortement restauré, aménagé en chapelle au milieu du XXe siècle.

Le véritable cloître se trouve au sud de l'église comme le voulait la règle cistercienne. Il fut reconstruit en 1599. Selon Émile Poumon[7], il fut édifié dans la seconde moitié du XVIIe siècle, et pour une grande part, reconstruit en 1932-1934. Dans le mur du cloître on voit encore des fenestrelles et la fontaine claustrale formée de deux grands arcs aveugles du XIIIe siècle. Les fenêtres des galeries ont des vitraux avec les armoiries des abbesses ou des blasons de quelques religieuses nobles.

Dans le petit jardin public, il y a un petit étang avec une des sources du Maelbeek.

D'autres bâtiments[modifier | modifier le code]

Alors que la galerie nord du cloître est adossée à l'église, la galerie orientale s'appuie sur un bâtiment où se trouvait la salle capitulaire et, à l'étage, le dortoir. Le réfectoire qui soutenait la galerie sud a disparu. En sortant de l'église longeant le dortoir, on aperçoit, plus au sud, un second groupe de bâtiments du XVIIIe siècle comprenant l'infirmerie (porte armoriée de 1740) et les anciennes dépendances.

On peut remarquer encore un pavillon de style Louis XV (1760).

Les jardins étagés[modifier | modifier le code]

Les jardins étagés à la française ont été créés vers 1725 par l'abbesse Deliano y Velasco, dont les armes figurent sur le mur de l'escalier d'accès. Ils se composent de cinq terrasses successives. Ils ont été réaménagés en 1924 dans leur état primitif. L'escalier est monumental avec deux énormes piliers à bossages, accostés de volutes et surmontés de vases. La visite du site et l'accès au jardin et à l'église sont libres. L'église aujourd'hui paroissiale est ouverte au public.

Ces jardins sont classés au patrimoine protégé par la Région de Bruxelles-Capitale depuis le [8].

Vue panoramique de l'entrée
Vue panoramique de la cour d'honneur
Vue panoramique des jardins étagés de l'abbaye

Arts[modifier | modifier le code]

Peintres et dessinateurs se côtoient, l'école nationale des arts visuels en fait un lieu d'échange artistique d'avant-garde ; souvent fort calme, cet endroit permet l'inspiration. On reconnaît l'abbaye et son domaine dans maintes œuvres photographiques de San Damon, créateur de l'Oniroscopisme. L'église, comme la cour d'honneur accueillent quelques fois des spectacles, principalement d'ordre classique, tant sur le point de vue musical que théâtral. José Van Dam s'y est produit notamment dans l'interprétation des Noces de Figaro de Mozart, mais aussi en duo avec le groupe-pop britannique Supertramp ainsi que Billy Paul.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Émile Poumon, Abbayes de Belgique, Office de Publicité, S. A., Éditeurs, Bruxelles, 1954, p. 73.
  2. Histoire de la ville de Bruxelles, Alexandre Henne, Alphonse Guillaume Ghislain Wauters
  3. http://www.freepub.be/doc/Ambulance_Cambre.pdf
  4. https://www.youtube.com/watch?v=cE9Zx0WCOA8
  5. Ouvrage collectif, Histoire de l’École militaire : 1834-1934, Bruxelles, Académie royale de Belgique (Imprimerie Marcel Hayez),‎ , in-4°, 396 p. (OCLC 71435352), chap. IV (« Les origines de l’École militaire et ses installations successives »), p. 108-109
  6. « Trois moines réinvestissent l'abbaye de la Cambre », sur RTBF.fr (consulté le 9 décembre 2014)
  7. a et b Émile Poumon, Abbayes de Belgique, Office de Publicité, S. A., Éditeurs, Bruxelles, 1954, p. 74.
  8. « Arrêté royal classant comme monument les jardins de l'abbaye de la Cambre », sur monument.irisnet.be,‎ (consulté le 5 juin 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Maes, Histoire de Notre-Dame de la Cambre et de Saint Philippe Néri, Bruxelles, André Maes,‎ , 699 p. (KBR code V 3.604 B) — Ouvrage en deux volumes, vol. 1 1196-1794, vol. 2 1794-1977
  • Jean-Pierre Félix, Histoire des orgues de l'abbaye de la Cambre puis paroisse Notre-Dame de la Cambre et Saint Philippe Neri à Ixelles, Bruxelles, Jean-Pierre Félix,‎ , 127 p. (OCLC 24412973) (KBR code V 10.243 B)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :