Dépôt de mendicité

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Un dépôt de mendicité est un établissement de « réclusion des mendiants et gens sans-aveu ». La mendicité étant considérée en France comme un délit selon le code pénal de 1810, ces catégories marginales de la population y sont renfermées, telles que les mendiants, les vagabonds ou les prostituées. Institués pour suppléer l'hôpital général par un arrêt du Conseil du roi du 21 octobre 1767, les dépôts de mendicité sont confirmés en 1808 par Napoléon Ier, qui en impose un pour chaque département français. Ils ont fonctionné en France jusqu'à la fin du XIXe siècle[1]. Les « reclus » pouvaient sortir au bout d'un an, après avoir fait l'objet d'un redressement moral et avoir été « rendus habiles à gagner leur vie de leurs mains » (décret de 1801). À la frontière entre hospice et prison, le dépôt de mendicité apparait comme une institution centrale de la lutte contre la pauvreté au XIXe siècle.

Les dépôts de mendicité de l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

L'arrêt de 1767 prescrit l'ouverture de plusieurs dépôts par généralité. Dès l'année suivante, on en compte près d'une centaine ; mais beaucoup seront éphémères. En 1773, on compte 58 000 "pensionnaires" dans les dépôts[2].

Turgot, qui ne considère pas la mendicité comme un délit, supprime les dépôts ; ils sont remplacés par des ateliers de charité (ordonnance du 27 juillet 1777), sur le modèle de celui que Turgot avait établi à Limoges quand il y était intendant ; en général, ces ateliers sont destinés à la production textile. Mais beaucoup de dépôts seront rouverts par la suite.

Les dépôts de mendicité sont le plus souvent logés dans les hôpitaux généraux ou les prisons[3], ou parfois dans des couvents désaffectés.

Les dépôts de mendicité au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le château de François Ier à Villers-Cotterêts, dans l'Aisne, a abrité un des deux dépôts de mendicité du département de la Seine de 1808 à 1889.

Dans ses travaux sur le dépôt départemental de mendicité de la Moselle situé à Gorze, Frédéric Troilo met en évidence un fait constaté dans d'autres établissements à cette période : les dépôts de mendicité sont davantage des hospices et des hôpitaux que des lieux où s'exprime réellement la répression des mendiants et des vagabonds. Ceux-ci sont d'ailleurs très peu nombreux dans l’effectif des reclus mosellans. Il n'en demeure pas moins que l'administration désire "rééduquer" moralement et socialement les pensionnaires par le travail ou encore la religion. Après une première expérience très courte en 1812-1815, le dépôt de mendicité mosellan connait un second souffle sous la Monarchie de Juillet (1845). Avec la Première Annexion, l'établissement devient allemand et la législation du Reich ne condamne pas la mendicité. L'établissement devient alors un hospice, transformé depuis en maison de retraite médicalisée[4].

À la fin du XIXe siècle, les dépôts de mendicité sont désormais perçus comme des lieux de contamination morale et sont remplacés par des asiles de nuit dont l'objectif est de rééduquer les vagabonds et les réintégrer dans le monde du travail en les plaçant dans un refuge-ouvroir ou un atelier de profession (analogues des workhouses en Angleterre)[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Vimont, La prison. À l'ombre des hauts murs, Gallimard, Paris, 2004, p. 14.
  2. Pierre Pinon, art. cité, p. 364-365.
  3. Ces prisons sont souvent d'anciennes constructions médiévales reconverties, notamment des éléments des anciennes enceintes de villes, comme à Bourges.
  4. Frédéric Troilo, "Le dépôt départemental de mendicité de la Moselle (1845-1870)", Université de Metz, mémoire de maîtrise d'histoire, 2004, 230 p.
  5. Lucia Katz, L'avènement du sans-abri. Histoire des asiles de nuit 1871-1914, Libertalia, , 160 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]