Al-Ma’mūn

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Abû al-`Abbâs al-Ma'mûn `Abd Allah ben Hârûn ar-Rachîd[1] surnommé al-Mamûn ou Almamon[2] (Celui en qui on a confiance) est né le 13 septembre 786 à Bagdad et mort à Tarse le 10 août 833[3], à l'âge de quarante-sept ans, était un calife abbasside qui régna de 813 à 833.

Histoire[modifier | modifier le code]

Il est né le jour de l'intronisation de son père Hârûn ar-Rachîd et fut appelé `Abd Allah. Sa mère était une esclave perse nommée Marajil. Quelque temps plus tard Hârûn ar-Rachîd eut un second fils Mohammed, de son épouse Zubayda petite fille du calife Al-Mansûr. Dans un premier temps, Hârûn voulut reconnaître `Abd Allah, comme héritier présomptif lui donnant le surnom de Al-Mâ'mûn. Il dut affronter la colère de Zubayda et de ses partisans qui estimaient qu'Al-Amîn était le plus légitime. Hârûn ar-Rachîd céda et fit reconnaître comme héritier présomptif son fils Al-Amîn alors qu'il n'avait que cinq ans (802). C'est au cours d'un pèlerinage à La Mecque que Hârûn ar-Rachîd décréta un arrangement entre ses deux fils : Al-Amîn était l'héritier présomptif et gouvernait l'ouest de l'empire (Irak Syrie) et Al-Ma'mûn devenait le second dans l'ordre de succession et dirigeait l'est de l'empire (Khorasan) et résidait à Merv.

La prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

Dès la mort de Hârûn ar-Rachîd, les relations entre les deux frères se sont détériorées. En violation de l'accord de La Mecque, Al-Amîn désigna son fils comme successeur présomptif. Chacun des deux accusait l'autre d'avoir rompu le pacte.

Les armées d'Al-Amîn venues d'Irak et de Syrie et celles de Al-Ma'mûn venue du Khorasan et conduites par Tâhir, s'affrontèrent une première fois près de Ray. La bataille commença par un combat singulier entre les deux généraux, mais l'armée du Khorasan fit une charge qui mit en déroute l'armée de Bagdad. Al-Ma'mûn fut alors acclamé comme calife dans le Khorasan et le Tabaristan[4]. Al-Amîn se replia sur Bagdad où il dut faire face à des mutineries dans l'armée.

En 813, une nouvelle série de défaites (à Bassora et aux portes de Bagdad) des armées de Bagdad, de nouvelles mutineries dans la troupe, et une révolte de la population de Bagdad ont obligé Al-Amîn à se replier dans les palais. Le 1er septembre 813, le palais fut pris d'assaut par les troupes de Al-Ma’mûn. Al-Amîn fut décapité, sa tête, le sceptre et le manteau de Mahomet ainsi que l'anneau du califat furent envoyés à Al-Ma’mûn. À titre posthume Al-Amîn a été surnommé Al-Makhlû`[5] (Le déchu). Deux des fils de Al-Ma’mûn et leur mère qui étaient détenus par Al-Amîn sont partis rejoindre leur père. Les fils de Al-Amîn ont été faits captifs et envoyés à Al-Ma’mûn[6].

Al-Ma'mûn sembla changer de politique à l'égard des chiites. Il pensait que les Perses étaient favorables aux Hachémites et demanda le soutien d'Alî ar-Ridhâ. Il l'invita à venir se joindre à lui à Merv. En 818, `Ali ar-Ridhâ rejoignait Al-Ma`mûn, ne laissant à Médine que son fils Muhammad at-Taqî et son épouse. Les marques d'honneur que le calife donna à `Ali ar-Ridhâ provoquèrent des mouvements d'hostilité de la part des notables arabes[7]. Al-Ma'mûn désigna `Alî ar-Ridhâ comme successeur dans l'espoir de se concilier les chiites. Cette succession ne devait avoir lieu que si `Alî ar-Ridhâ survivait à Al-Ma'mûn. Ce dernier changea la couleur du drapeau quittant le noir, couleur des abbassides en vert couleur des Alides. Des troubles avaient lieu dans tout l'Irak en opposition à Al-Ma'mûn et à sa politique d'alliance avec les chiites. `Ali ar-Ridhâ mit en garde Al-Ma'mûn sur le choix de son gouverneur d'Irak qui menait ces troubles[8]. Les chiites considèrent que cette offre n'avait aucune valeur car `Ali ar-Ridhâ était âgé et n’avait aucune chance de survivre à Al-Ma'mun, ils soupçonnent même Al-Ma'mûn de l'avoir empoisonné.

Un début de règne agité[modifier | modifier le code]

En 816, Bâbak Khurramdîn a pris la tête du mouvement des Khurramites. Ce mouvement anti-arabe et anti-musulman menait une guerre d'indépendance localisée sur le territoire azéri (partie iranienne et partie azerbaïdjanaise). Bâbak a été exécuté le 4 janvier 838 à Samarra[9] pendant le règne d'Al-Mu`tasim.

En 817, à Bagdad, Ibrâhîm ben al-Mahdî[10], fils du calife Al-Mahdî et frère aîné de Hârûn ar-Rachîd, se révolte contre cet arrangement avec `Ali ar-Ridhâ car pense-t-il : Al-Ma’mûn est en train de déposséder la famille abbasside. Le vendredi 24 juillet 817[11], Ibrâhîm monta en chaire à Bagdad proclama Al-Ma’mûn déchu et se proclama calife.

Sous ses ordres, une armée partie de Bagdad s’empara de Koufa, une autre s’empara de Madayn aux portes de Bagdad. Dans le même temps un groupe de kharidjites mène une révolte dans le Sawâd[12]. Ibrâhîm voulut attaquer ces nouveaux adversaires, mais ses généraux sympathisaient avec eux et la troupe réclamait sa solde. Après avoir payé ses soldats sur les trésors de Bagdad, il s’est dirigé vers Wâsit qu'il a prise. La révolte Kharidjite est contenue.

Al-Ma'mûn est alerté par cette situation. Il est enfin sorti de Merv le 22 janvier 818[13] vers Tus où son père est enterré. Il fait halte à Sarakhs, il y fait assassiner son vizir Fadhl[14]. Il repart vers Tus à la fin du ramadan 202[15] C'est peu après ce séjour à Tus que `Alî ar-Ridhâ est mort[16]. Il a poursuivi sa route vers l'Irak en passant par Ray. À chaque étape il diminuait les impôts pour obtenir ainsi le soutien de la population. Lorsque les généraux de Bagdad apprenant l'arrivée de Al-Ma'mûn trahirent Ibrâhîm et se ralliaient à Al-Ma'mûn. Ibrâhîm s'est enfui et la ville de Bagdad reçut Al-Ma'mûn le 12 août 819[17] portant à nouveau le costume noir des abbassides.

Dissidence de Tâhir[modifier | modifier le code]

En 821, en remerciement de ses services Al-Ma'mûn a nommé Tâhir gouverneur du Khorasan. Cependant, Al-Ma'mûn se méfiait de Tâhir surtout lorsqu'il apprit de Zubayda le récit de l'assassinat d'Al-Amîn par Tahîr alors que les ordres qu'il avait donnés étaient de le faire prisonnier[18]. En 822 Tâhir a omis de citer le calife dans la prière du vendredi, déclarant ainsi son indépendance. Al-Ma'mûn avait introduit un esclave avec pour mission d’empoisonner Tâhir s'il venait à déclarer son indépendance. Le soir même l'esclave accomplit sa mission et Tâhir est mort[19].

Ma'mûn laissa le fils de Tâhir lui succéder. Cette décision allait sanctionner le démembrement de l'empire. Les Tâhirides, successeurs de Tâhir, peuvent être considérés comme les premiers instaurateurs d'un État indépendant en Iran après la conquête arabe en 642.

Le Maghreb[modifier | modifier le code]

Idris II était bien installé à Fès. Les Aghlabides régnaient sur l'Ifriqiya, théoriquement au service des Abbassides mais ils étaient pratiquement indépendants comme les Tahirides au Khorasan.

Al-Ma'mûn et les savants : l' « Observatoire de Bagdad » et la « Maison de la Sagesse »[modifier | modifier le code]

Le règne d'Al-Ma'mûn fut une grande réussite sur le plan culturel. Il s'est particulièrement intéressé au travail des savants, surtout de ceux qui connaissaient le grec. Il avait réuni à Bagdad des savants de toutes les croyances, qu'il traitait magnifiquement et avec la plus complète tolérance. Il a fait venir de Byzance des manuscrits, Il posa comme condition de paix avec l'empire byzantin la remise d'une copie de l'Almageste.

Féru d'astronomie, il créa en 829, dans le quartier le plus élevé de Bagdad, près de la porte Chammassiya, le premier observatoire permanent au monde, l'Observatoire de Bagdad, permettant à ses astronomes, qui avaient traduit le Traité d'astronomie du grec Hipparque, ainsi que son catalogue d'étoiles, de surveiller méthodiquement le mouvement des planètes. Il mena deux expériences astronomiques destinées à déterminer la distance d'un degré de latitude terrestre. En reconnaissance pour ces travaux, un cratère lunaire porte son nom Almanon[20].

De son séjour en Asie centrale, il avait ramené avec lui les trois fils de Mûsâ ben Shâkir, ancien brigand, devenu astronome et compagnon du futur calife. À la mort de leur père, il fit donner aux trois frères dont il était devenu le tuteur, Muhammad, Ahmad et Hasan, une solide formation dans les sciences appliquées et leur octroya une fortune considérable pour fonder en 832 et diriger à Bagdad la Maison de la sagesse.

Le grand mathématicien Abû Ja`far Muhammad ben Mûsâ al-Khawârizmî a passé la plus grande partie de sa vie à Bagdad, sous le patronage du calife Al-Ma'mûn. Il traduisit en arabe, avec ses collègues, les manuscrits grecs de Byzance réunis dans la bibliothèque fondée par le calife au sein de la Maison de la Sagesse, et étudia, à partir de ceux-ci la géométrie, l'algèbre et l'astronomie.

Le rêve d'Al-Ma'mûn[modifier | modifier le code]

Une nuit raconte Al-Ma'mûn:

« J'ai vu en rêve un homme assis dans la posture des sages, j'ai lui demandé « qui es-tu ? », il m’a répondu « Aristote le Sage ». Alors je lui posait la question « Dis-moi comment définir une parole juste ? », Aristote « Celle qui est conforme à la raison ». Al-Ma'mûn « Mais encore ? », Aristote « Celle qu’apprécie l’interlocuteur ». Al-Ma'mûn « Mais encore ? » Aristote « Celle dont on n'a pas à craindre les conséquences ». Al-Ma'mûn « Mais encore ? » Aristote « Il n’y a pas encore, le reste ne sert qu’à divertir les hommes."[21] »

C’est pour apprendre à distinguer une parole juste d’un divertissement des hommes, que le calife Al-Ma'mûn donnera une impulsion décisive à la maison de la sagesse. Celle-ci a été fondée par son père Hârûn ar-Rachîd, mais alors, comme une bibliothèque à l’usage exclusif du prince. Sous Al-Ma'mûn, cette bibliothèque s’ouvre à l’élite savante. Elle devient le support d’une grande ambition intellectuelle, à l’échelle de l’empire[22].

Politique religieuse[modifier | modifier le code]

En 830 alors qu'Al-Ma'mun traversait la ville de Harran lors de sa dernière campagne contre les byzantins, il remarqua des gens aux cheveux longs et aux vêtements serrés à la taille. Ce n'était rien d'autre que des Syriens restés païens qui continuaient à pratiquer la religion de leur ancêtres sans avoir été troublés par l'arrivée de la chrétienté puis de l'islam. On ne leur laissa alors que le choix entre la conversion à l'islam ou l'épée[réf. souhaitée]. Ils purent échapper à ce dilemme en protestant qu'ils étaient des Sabéens, une secte reconnue par le Coran[23]. Ils continuèrent donc leurs pratiques religieuses[24].

En 833, le mutazilisme devient la croyance officielle à la cour du califat abbasside, après avoir été officiellement embrassé par le calife Al-Ma'mûn. Le mutazilisme était profondément influencé par le rationalisme d'Aristote et affirmait que la foi et la pratique religieuse devaient être dirigés par la raison en se basant sur le Coran. Cela allait à l'encontre de la tradition qui disait que chacun doit trouver toutes les réponses dans la lecture littérale du Coran et des hadiths. En outre les mutazilites affirmaient que le Coran avait été créé contre l'opinion générale qui affirme que le Coran est incréé et donc éternel.

Al-Mahdî avait déclaré que le calife n'était pas seulement un souverain, mais qu'il était de son devoir de définir l'orthodoxie religieuse afin de maintenir la cohésion de la communauté des croyants (umma). En 828, Al-Ma'mûn créait un tribunal inquisitorial chargé du contrôle de l'orthodoxie religieuse : la mihna (محنة, épreuve, examen). Les sanctions imposées par la mihna devinrent de plus en plus difficiles à supporter pour les oulémas qui s'unirent pour s'y opposer. Cette situation a perduré jusqu'en 848 quand le calife Al-Mutawakkil est revenu à la tradition. Le pouvoir religieux des califes en sortit diminué au profit de celui des oulémas. Cette période est appelée période de l'Épreuve, de l'Ordalie (anglais : Ordeal) ou de l'Inquisition.

C'est pendant cette période que les grandes écoles juridiques (madhhab) se sont vraiment affirmées. En particulier les différences doctrinales entre chiisme et sunnisme se sont précisées. Ibn Hanbal se rendit célèbre pour son opposition à la mihna.

Fouilles de tombes en Égypte[modifier | modifier le code]

En 832, Al-Ma'mûn fit effectuer des fouilles en Égypte, dans la grande pyramide de Gizeh construite par le pharaon Khéops (2590 av. J.-C. à 2565 av. J.-C.), fils du roi Snéfrou, considéré par beaucoup d'historiens comme l'un des plus grands de l'histoire de l'Égypte antique. Il semblerait que les « visiteurs » aient pu accéder relativement aisément à la chambre funéraire du pharaon et à ses trésors. Cela ne doit pas nous étonner : les profanations de mastabas et de pyramides étaient pratique courante depuis longtemps. Or, les modes de construction des pyramides et la disposition des pièces à l'intérieur de celles-ci étaient fort semblables et se retrouvaient d'une pyramide à l'autre. L'emplacement des chambres funéraires, placées après une succession de salles destinées aux offrandes, dans un alignement axial était souvent le même. Al-Ma'mûn, qui n'en était pas à son coup d'essai, avait déjà pu observer l'architecture intérieure des pyramides ; il fit donc percer la bonne face de la pyramide de Khéops, juste dans son axe, évitant ainsi l'obstacle du couloir ascendant, pour parvenir sans encombre et sans perte de temps à la chambre funéraire et à ses trésors.

La fin du règne[modifier | modifier le code]

Al-Ma'mûn essaya de divorcer de son épouse car elle ne lui avait pas donné d'héritier. Son épouse avait consulté un juge syrien avant qu'Al-Ma'mûn n'aie pu en désigner un lui-même. Le juge refusa le divorce. À la suite de cette expérience les califes suivants ne se marièrent pas préférant trouver la mère de leurs héritiers dans le harem.

Au cours du règne de Al-Ma'mûn l'empire s'est agrandi quelque peu. Les rébellions Hindoues dans le Sind ont été matées et la plus grande partie de l'Afghanistan a été absorbée après la reddition du roi de Kaboul. Les montagnes d'Iran ont été mieux contrôlées par le pouvoir central. Des batailles contre l'empire byzantin se sont poursuivies et c'est au cours d'une campagne en Cilicie qu’il est mort le 10 août 833[3] près de Tarse, dont la mosquée actuelle contient sa tombe. Peu de temps avant sa mort Al-Ma'mûn désigna son frère Abû Ishâq comme héritier présomptif sous le nom de Al-Mu'tasim[25].


Notes[modifier | modifier le code]

  1. arabe : abū al-ʿabbās al-maʾmūn ʿabd allāh ben hārūn ar-rašīd, أبو العباس المأمون عبد الله بن هارون الرشيد
  2. Al-Ma’mûn en arabe : maʾmūn, مأمون « en qui on a confiance ; loyal »
  3. a et b 19 rajab 218 A.H.
  4. Tabarî (trad. du persan par Hermann Zotenberg), La Chronique Histoire des prophètes et des rois (Volume II, L’âge d’or des Abbassides), Arles, Actes Sud / Sindbad,‎ 2001 (ISBN 978-2-7427-3318-7 et 2-7427-3318-3), p. 144-146
  5. Al-Makhlû` en arabe : maḫlūʿ, المخلوع, le déchu
  6. Tabari, ibidem, p. 154-156
  7. Tabari, ibidem, p. 167-168
  8. Tabari, ibidem, p. 172-173
  9. 3 çafar 223 A.H.
  10. arabe : ʾibrāhīm ben muḥammad al-mahdī, إبراهيم بن محمد المهدي
  11. 5 Muharram 202 A.H.
  12. Sawâd : région irriguée de la Mésopotamie, peut-être nommée ainsi à cause de la terre alluviale plus sombre (arabe : سواد, noir).
  13. (10 rajab 202 A.H.). Dans Tabari, ibidem, p. 173. donne 11 janvier 819 (10 rajab 203 A.H.), cela provoque une contradiction avec la date de l'assassinat du vizir Fadhl en février 818, et la date de la mort de `Alî ar-Ridhâ.
  14. Tabari, ibidem, p. 173
  15. début avril 818.
  16. `Alî ar-Ridhâ serait mort le 5 septembre 818 mais dans Tabari, ibidem, p. 175, Al-Ma’mûn repart de Tus début mai 818 (fin chawwâl 203 A.H.) c’est-à-dire avant la mort de `Alî ar-Ridhâ.
  17. 16 çafar 204 A.H.
  18. Tabari, ibidem, p. 156
  19. Tabari, ibidem, p. 177
  20. Liste des cratères de la Lune
  21. Mahmoud Hussein - "L'âge d'or de l'Islam : Quand le monde parlait arabe"
  22. Houari Touati, L'armoire à sagesse. Bibliothèques et collections en Islam, Paris: Aubier, 2003, p. 173-176.
  23. Le Coran, La vache, II; 62
  24. William Muir, (en) The Caliphate, its rise, decline and fall, Chapter LXVI, Al-Ma'mun (continued)
  25. Tabari, ibidem, p. 178

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Documentation externe[modifier | modifier le code]