Écrasement du T-38 de la NASA en 1966

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Écrasement du T-38 de la NASA en 1966
Image illustrative de l’article Écrasement du T-38 de la NASA en 1966
Les deux victimes : Elliot See et Charles Bassett, photographiés ici en .
Caractéristiques de l'accident
Date
TypeImpact sans perte de contrôle
CausesErreur de pilotage
SiteBâtiment 101 de la McDonnell Aircraft Corporation, près du Lambert Field (futur aéroport international de Lambert-Saint-Louis), à Saint-Louis
Coordonnées 38° 45′ 14″ nord, 90° 20′ 42″ ouest
Caractéristiques de l'appareil
Type d'appareilNorthrop T-38 Talon
CompagnieNational Aeronautics and Space Administration (NASA)
No  d'identificationNASA 901
Lieu d'origineBase aérienne Ellington, Texas
Lieu de destinationLambert Field, Missouri
Équipage2
Morts2

Géolocalisation sur la carte : Missouri
(Voir situation sur carte : Missouri)
Écrasement du T-38 de la NASA en 1966

L'écrasement du T-38 de la Nasa en 1966 est l'accident d'un Northrop T-38 Talon de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) au Lambert Field — futur aéroport international de Lambert-Saint-Louis — à Saint-Louis dans le Missouri le . Les deux passagers, Elliot See et Charles Bassett, deux aspirants-astronautes du programme Gemini, y trouvent la mort. L'appareil, piloté par See, s'écrase dans le bâtiment 101 de la McDonnell Aircraft Corporation où leur engin spatial pour la mission Gemini 9 est en cours d'assemblage. Le bâtiment se trouve à proximité de l'aérodrome et l'avion provenant de la base aérienne militaire Ellington, au Texas.

Un groupe de la NASA, dirigé par le Chef du Bureau des astronautes, Alan Shepard, enquête sur l'accident. Bien que le comité envisage des problèmes médicaux ou des problèmes de maintenance de l'aéronef, conjugués aux conditions météorologiques défavorables (pluie, brouillard et nuages bas) et à une défaillance du contrôle aérien, la conclusion finale est que l'accident a été causé par une erreur de pilotage.

À la suite de l'accident, l'équipage de réserve (Thomas Stafford et Eugene Cernan) prend la place de l'équipage principal pour la mission Gemini 9, prévue pour le début du mois de juin. James Lovell et Buzz Aldrin, auparavant réservistes pour la mission Gemini 10, deviennent réservistes de la prochaine mission et sont affectés à la rotation normale en tant qu'équipage principal de la mission Gemini 12. Sans l'expérience de Gemini, il est peu probable qu'Aldrin aurait été affecté à la mission Apollo 11, au cours de laquelle il devint le deuxième homme à marcher sur la Lune.

Contexte[modifier | modifier le code]

La National Aeronautics and Space Administration (NASA) utilise à partir du milieu des années 1960 une flotte d'avions Northrop T-38 Talon achetés spécifiquement pour être utilisés par des membres du corps des astronautes et utilisés principalement pendant leur formation pour des missions spatiales au Manned Space Center — futur centre spatial Lyndon B. Johnson — de Houston, au Texas[1].

Les astronautes See et Bassett, respectivement sélectionné dans le groupe 2 et 3 de la NASA, sont l'équipage principal affecté à la mission Gemini 9. Avec l'équipage de réserve pour la mission, Thomas Stafford et Eugene Cernan, ils se rendent à Saint-Louis depuis Houston au Texas où l'essentiel de leur formation est dispensée. Dans le Missouri, ils doivent avoir deux semaines de formation sur simulateur pour les procédures de rendez-vous spatial et d'amarrage chez McDonnell Aircraft Corporation, l'entrepreneur principal du vaisseau spatial Gemini. Il s'agit d'un vol de routine qu'ils avaient effectués plusieurs fois auparavant[2].

Accident[modifier | modifier le code]

See et Bassett volent dans un avion d'entraînement biplace à réaction Northrop T-38 Talon (variante A), immatriculé NASA 901 (numéro de série Air Force 63-8181), avec See aux commandes et Bassett sur le siège arrière. Un second T-38, NASA 907, transporte Stafford et Cernan dans la même configuration. Les deux appareils décollent de la base aérienne militaire Ellington au Texas à h 35 CST, avec See en tête et Stafford en position d'ailier[3]. Le temps au Lambert Field de Saint-Louis est mauvais, avec de la pluie, de la neige et du brouillard, des nuages brisés à 244 m (800 ft) et un plafond nuageux de 457 m (1 500 ft), nécessitant une procédure d'approche aux instruments. Lorsque les deux appareils émergent sous les nuages peu avant 9 heures du matin, les deux pilotes réalisent qu'ils avaient manqué le marqueur extérieur et dépassé la piste d'atterrissage[4].

See choisi alors d'effectuer une approche indirecte à vue, une procédure d'atterrissage simplifiée permettant le vol selon les règles de vol aux instruments, tant que le pilote peut garder l'aérodrome et tout avion précédent en vue. Les conditions météorologiques signalées à l'aéroport sont compatibles avec ce type d'approche, mais la visibilité est irrégulière et se détériore rapidement. Stafford commence à suivre l'avion de See, mais quand il le perd de vue dans les nuages, il suit plutôt la procédure standard pour une approche interrompue et remonte son avion dans les nuages pour une nouvelle tentative d'atterrissage aux instruments[5].

See réalise un cercle complet à gauche à une altitude de 152 m (500 ft) à 183 m (600 ft) et annonce son intention d'atterrir sur la piste sud-ouest (codifiée 6/24)[2],[5]. Avec le train d'atterrissage sorti et les volets pleins, l'avion descend rapidement mais trop loin à gauche de la piste[6],[7]. See allume son système de postcombustion pour augmenter la puissance tout en tirant le manche vers le haut et en tournant sèchement à droite[8], mais à basse altitude. Quelques secondes plus tard, à h 58 CST[5], l'avion heurte le toit du bâtiment 101 de la McDonnell Aircraft Corporation du côté nord-est de l'aéroport. Il perd son aile droite et son train d'atterrissage à l'impact, puis s'écrase dans un parking proche du bâtiment qui est alors utilisé comme zone de construction[8].

Les deux astronautes meurent instantanément du traumatisme subi lors de l'accident. See est projeté hors du poste de pilotage et est retrouvé dans le parking encore attaché à son siège éjectable avec le parachute partiellement ouvert. Bassett est lui décapité à l'impact, sa tête étant retrouvée plus tard dans la journée[9].

À l'intérieur du bâtiment 101, dix-sept employés et prestataires de McDonnell sont blessés, la plupart par des chutes de débris[10],[5]. L'écrasement déclenche plusieurs petits incendies à l'intérieur du bâtiment[11] et cause des inondations mineures causées par des tuyaux et des extincteurs automatiques à eau cassés[2]. See et Bassett sont morts à moins de 150 mètres du vaisseau spatial qu'ils devaient faire voler en orbite. Ce dernier était dans les dernières étapes de son assemblage dans une autre partie du bâtiment 101[6]. Le vaisseau spatial S/C9 n'est pas endommagé, mais un morceau de débris de l'aile du T-38 heurte le vaisseau spatial S/C10 inachevé prévu pour Gemini 10[12].

Stafford et Cernan, encore en train de voler dans les nuages dans le second T-38, n'ont aucune idée de ce qui est arrivé à leurs partenaires de vol. Les contrôleurs aériens sont perturbés par les deux avions en vol tentant différentes actions après l'approche initiale ratée[8] et ils ne comprennent pas de leur position qu'un avion s'est écrasé[3]. Après un certain retard, Stafford et Cernan sont invités à s'identifier et autorisés à atterrir, mais ils ne sont informés de l'accident qu'au sol[12],[13]. Bien que bouleversé par la perte de ses collègues et amis proches, Stafford agi en tant que contact principal de liaison pour la NASA sur les lieux jusqu'à ce que d'autres membres de l'agence arrivent pour le remplacer plus tard dans la journée[14].

L'accident de See et Bassett intervient à peine deux jours après le tout premier vol (expérimental et inhabité) du programme Apollo : AS-201.

Enquête et postérité[modifier | modifier le code]

Photographie en couleur de noms gravés en doré sur un monument noir.
Le nom de See et de Bassett sur le Space Mirror Memorial.

La NASA nomme immédiatement un panel de sept membres pour enquêter sur l'accident, dirigé par leur chef du Bureau des astronautes Alan Shepard. Alors que le panel évalue les éventuels facteurs médicaux, la maintenance des avions, les conditions météorologiques et la gestion par le contrôle aérien, le verdict final est une erreur de pilotage, citant l'incapacité de See « à maintenir la référence visuelle pour un atterrissage » comme la principale cause de l'accident[5]. See est décrit comme un pilote « prudent et conservateur » dans le rapport d'accident[15]. Dans ses mémoires, l'astronaute en chef Deke Slayton est moins diplomate, qualifiant les compétences de pilotage de See de « datés »[12],[16],[17]. D'autres, y compris Neil Armstrong qui a travaillé avec See en tant qu'équipage de réserve de Gemini 5, ont depuis défendu les capacités de pilotage de See[12],[18]. See cumule à sa mort plus de 3 900 heures de temps de vol, dont plus de 3 300 heures en avion à réaction[19].

Comme l'accident n'affecte pas les opérations de vol spatial et que le vaisseau spatial lui-même n'est pas endommagé — il est expédié à la NASA deux jours après l'accident — l'accident ne cause ni retards ni modifications techniques dans le programme spatial des États-Unis[20]. Cependant, la perte de l'équipage principal de Gemini 9 amène la NASA à remanier les affectations des équipages pour les missions Gemini et Apollo suivantes. Ainsi, Stafford et Cernan, équipage de réserve, sont déplacés comme équipage principal pour Gemini 9, rebaptisé Gemini 9A. Ils effectuent la mission de leurs collègues morts trois mois plus tard[21]. James Lovell et Buzz Aldrin, auparavant équipage de réserve de Gemini 10, deviennent l'équipage de réserve pour Gemini 9A, et par le biais de la rotation normale, ils sont ensuite affectés en tant qu'équipage principal pour Gemini 12. Sans l'expérience de Gemini, il est peu probable qu'Aldrin aurait été affecté à la mission Apollo 11, au cours de laquelle il devint le deuxième homme à marcher sur la Lune[12].

Deuxième et troisième morts du programme spatial américain après Theodore Freeman[22], See et Bassett sont enterrés au cimetière national d'Arlington[23].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « T-38 Supersonic Trainer Jet Gets New Home », sur NASA.
  2. a b et c (en) W. Pate McMichael, « Losing The Moon », St. Louis Magazine,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juin 2012).
  3. a et b (en) Di Freeze, « Gene Cernan: Always Shoot for the Moon, Part I », Airport Journals,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juin 2012).
  4. Burgess, Doolan et Vis 2003, p. 33–34.
  5. a b c d et e [PDF] (en) « Accident Board Reports Findings in See-Bassett Crash », NASA - Space News Roundup,‎ , p. 3 (lire en ligne, consulté le 10 juin 2012).
  6. a et b (en) Harry F. Rosenthal, « Cernan, Stafford Replace Spacemen Killed in Crash », Idaho State Journal, Pocatello,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 10 juin 2012).
  7. Hacker et Grimwood 1977, p. 323–324.
  8. a b et c Burgess, Doolan et Vis 2003, p. 35.
  9. (en) Ben Evans, « "A Bad Call": The Accident Which Almost Lost Project Gemini », (consulté le 23 avril 2019).
  10. Burgess, Doolan et Vis 2003, p. 66.
  11. (en) Tim O'Neil, « A Look Back: Crash here killed two astronauts », St. Louis Post-Dispatch,‎ (lire en ligne, consulté en 10 jin 2012).
  12. a b c d et e Evans 2009, p. 308–309.
  13. Cernan et Davis 2000, p. 99.
  14. Burgess, Doolan et Vis 2003, p. 68–69.
  15. Burgess, Doolan et Vis 2003, p. 73.
  16. Slayton et Cassutt 1994, p. 167.
  17. Cernan et Davis 2000, p. 96.
  18. (en) Ben Evans, « "A Bad Call": The Accident Which Almost Lost Project Gemini », sur AmericaSpace, (consulté le 10 juin 2012).
  19. (en) « Astronaut Bio: Elliot M. See Jr. », sur NASA, (consulté le 9 octobre 2016)
  20. Burgess, Doolan et Vis 2003, p. 70.
  21. (en) Jeffrey Kluger, « NASA’s Astronaut Day of Remembrance: Charlie Bassett and Elliott See », sur Time (consulté le 21 mars 2020).
  22. (en) « Remembering NASA Astronauts Elliot See and Charles Bassett », sur NASA (consulté le 15 janvier 2019)
  23. (en) « Elliott M. See, Jr., Lieutenant Commander, United States Navy Reserve », sur arlingtoncemetery.net (consulté le 15 janvier 2019)