Westerbork (camp de regroupement et de transit)

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Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : Westerbork.
Camp de regroupement de Westerbork
Monument Kamp Westerbork.jpg
Vestiges de la voie ferrée à Westerbork
Présentation
Nom local Kamp Westerbork
Type Camp de transit
Gestion
Date de création 1939
Dirigé par Nazi Swastika.svg SS
Victimes
Nombre de détenus 107 000 personnes ayant transité
Géographie
Pays Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas
Localité Westerbork
Coordonnées 52° 55′ 00″ N 6° 36′ 25″ E / 52.916666666667, 6.606944444444452° 55′ 00″ Nord 6° 36′ 25″ Est / 52.916666666667, 6.6069444444444  

Le camp de regroupement et de transit de Westerbork était un camp de concentration nazi situé au nord-est des Pays-Bas. Utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale comme étape vers les camps d'exterminations de Pologne occupée, il détenait environ 10 000 personnes après octobre 1942. 107 000 victimes dont Etty Hillesum et Anne Frank sont passées par ce camp ou y sont décédées.

« Boue, détresse, maladie, promiscuité, angoisse, bruit, toute une société comprimée sur une superficie d'un demi-kilomètre carré : Westerbork. » (préface à l'édition néerlandaise de 1982 des lettres de Westerbork, J. G. Gaarlandt[a 1])

Les débuts[modifier | modifier le code]

Mirador à Westerbork

Le camp de Westerbork se situe à 15 kilomètres du village homonyme (55 km au sud de Groningue). Le camp, de 500 mètres de large sur 600 de long (soit près d'un demi kilomètre carré), fut construit en 1939 par les autorités hollandaises pour y loger les réfugiés juifs allemands légaux et clandestins avec l'objectif à terme d'une émigration vers la Palestine. Il fut d'abord sous la tutelle du ministère de l'intérieur, puis sous celle de la justice à compter du 16 juillet 1940[a 2]. Les premiers réfugiés arrivèrent à l'automne 1939. En mai 1940, leur nombre atteignit 800 et 1 100 en juillet 1941. Pendant cette période les autorités d'occupation firent le recensement de toute la population juive hollandaise qui dès lors fut assignée à résidence dans des conditions très difficiles.

L'administration SS[modifier | modifier le code]

À partir de 1941, les Allemands firent de Westerbork un camp de transit dans le cadre de la politique de déportation et d'extermination des Juifs. Des baraques en bois furent édifiées, des barbelés entouraient le camp mais serpentaient aussi entre les baraques[a 3]. Aux quatre coins se dressaient des miradors. À partir du 1er juillet 1942, la police de sécurité SS le SD administra le camp[a 2] dirigé tour à tour par Erich Deppner (juillet et août 1942), Joseph Hugo Dischner (1er septembre au 9 octobre 1942) et Albert Konrad Gemmeker (9 octobre 42 jusqu'à la libération du camp[a 2]). De juillet 1942 à janvier 1943, le commandement fut double (allemand et hollandais), Jacques Schol étant commandant hollandais[a 2].

L'organisation interne[modifier | modifier le code]

Cabanon où séjourna Anne Frank en aout et septembre 1944

Un Judenrat fut créé pour faciliter l'organisation des convois dont les horaires, taille et destination étaient fixés par les SS avec au centre du processus un fichier central pour constituer les listes de déportation ou « listes de convoi ». Celles-ci étaient constituées dans les 48 heures précédant le départ de chaque convoi et susceptibles de modifications jusqu'au dernier moment. L'établissement de la liste était délégué aux chefs des différents services[a 4] : une police Juive (Judischer ordnungsdienst) qui compta jusqu'à 180 personnes[a 5] assurait le maintien de l'ordre et constituait les wagons de transport vers Auschwitz ou d'autres camps.

Cohabitaient dans le camp une école, un hôpital de plus de 1 000 lits, un orphelinat, une synagogue, une morgue, une fabrique de semelle[a 6], un orchestre, un restaurant et diverses activités culturelles pour rassurer les détenus et endormir leur soupçons sur le sort tragique qui les attendaient.

Les baraques pénitentiaires pouvaient accueillir plusieurs centaines de personnes[a 2], dans des conditions insalubres (hangars de planches disjointes, châlits de fer s'entassant sur 3 niveaux, quelques poêles disséminés dans l'immense salle[a 7]). Environ 2 500 personnes étaient par ailleurs logées dans 215 maisonnettes de 2 ou 3 petites pièces. En décembre 1942, Etty Hillesum recensait environ 10 000 personnes réparties entre ces logements (« De toutes les pénuries dont souffre Westerbork, la pénurie de place est certainement la pire. »)[a 8] :

« Tout, ici, n'est que paradoxe. Dans les grandes baraques, où beaucoup s'étendent sans draps ni couvertures, sans matelas, à même les sommiers de métal, on meurt de froid. Dans les petites maisons, reliées au chauffage central, une chaleur étouffante vous empêche de dormir la nuit. Je loge dans une de ces petites baraques d'habitation avec cinq de mes collègues. Lits superposés deux par deux. Ces lits sont très branlants [...] Et, la nuit, des souris rongent nos lits et grignotent nos provisions - pas vraiment le grand calme. »

— Etty Hillesum, Une vie bouleversée suivie de Lettres de Westerbork, p.251 - 252

Les internés[modifier | modifier le code]

Plus de 100 000 victimes ont transité par le camp. La plupart ont succombé ou ont été déportés puis tués à Sobibor (avant l'été 1943) ou Auschwitz. D'autres y ont séjourné et ont pu être libérés.

  • 181 Juifs allemands, réfugiés aux Pays-Bas après un refus d'entrée à Cuba en mai 1939 (voyage sur le Saint-Louis), furent mis en résidence dans ce camp[a 2].
  • 300 catholiques d'origine juive furent arrêtés le 2 août 1942[a 9].
  • Plus de 12 000 personnes furent amenées au camp suite aux rafles des 2 et 3 octobre 1942[a 10].
  • Les 6 et 7 juin 1943, 2 convois amenèrent 1 288 femmes et 1 266 enfants, expédiés dés le lendemain à Sobibor et immédiatement exterminés[a 10].
  • Philip Mechanicus, journaliste, arrive au camp en novembre 1942, où il reste jusqu'en mars 1944[a 11].
  • En septembre 1943, les résidents du camps de Bernerweld (environ 650 intellectuels et membres de la bourgeoisie) furent transférés à Westerbork où ils demeurèrent environ 1 an[a 4].
  • Environ 400 Juifs hollandais d'origine portugaise furent transférés au camp en 1943[a 12].

La déportation[modifier | modifier le code]

102 000 pierres pour la mémoire

Environ cent mille Juifs hollandais furent déportés vers les camps de la mort du 1er juillet 1942 jusqu'en septembre 1944 à partir de la gare de Hooghalen jusqu'en novembre 1942 puis la voie ferrée ayant été prolongée depuis le camp lui-même. En tout, 93 convois transportèrent 55 000 Juifs vers Birkenau, 34 000 Juifs vers Sobibor, 4 000 vers Bergen-Belsen et environ 5 000 vers Theresienstadt. Le quota de déportation pour la Hollande fixé à 40 000 Juifs par Heinrich Himmler fut atteint dès la fin de 1942. Pourtant les convois ne cessèrent de partir vers l'est.

Edith Stein fut internée quelques jours entre le 2 aout et le 7 août 1942. Etty Hillesum fut internée du 30 juillet 1942 au 7 septembre 1943 et Anne Frank et sa famille furent internées au camp du 8 aout au 2 septembre 1944. Toutes les trois furent déportées vers Auschwitz. Le dernier convoi date du 13 septembre 1944.

Libération et mémoire[modifier | modifier le code]

Le camp est libéré le 12 avril 1945 par le 4e régiment d'infanterie de l'artillerie royale canadienne qui y découvrent près de 900 survivants. Au nom de la mémoire ont été créés un monument consacré aux victimes et un mémorial. Sur l'appelplatz sont disposées 102 000 pierres qui représentent le nombre total des victimes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philip Mechanicus, Year of fear, Hawthorn Books, New York 1968, d'après Raul Hilberg, le témoignage de référence.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Etty Hillesum, Une vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork, Seuil,‎ 1995, 361 p. (ISBN 978.2.02.024628.6[à vérifier : isbn invalide]) — traduit du néerlandais. Traduction 1985 pour « Une vie bouleversée », 1988 pour les lettres.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Ouvrages et journaux[modifier | modifier le code]

  1. p. IX (annexe)
  2. a, b, c, d, e et f p. 349
  3. p. 258
  4. a et b p. 354
  5. p. 360
  6. p. 257
  7. p. 268
  8. p. 267
  9. p. 260 et 350
  10. a et b p. 350
  11. p. 352
  12. p. 359

Autres sources[modifier | modifier le code]