Théorie de la catastrophe de Toba

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2° 37′ N 98° 49′ E / 2.617, 98.817

Image satellite du lac Toba.

L'éruption du supervolcan de Toba survenue il y a 73 000 ans (à ± 4 000 ans) sur le site actuel du lac Toba (île de Sumatra, Indonésie) est la plus grave éruption explosive connue des dernières 25 millions d'années. Elle est estimée à 8 sur l'échelle VEI, le plus haut classement possible. La théorie de la catastrophe de Toba soutient que cet événement causa un hiver volcanique de 6 à 10 années et engendra probablement une période de refroidissement de l'ordre de 1 000 ans.

En 1993, la journaliste scientifique Ann Gibbons suggéra une corrélation entre l'éruption et le goulot d'étranglement de population de l'évolution humaine, Michael R. Rampino de l'université de New York et Stephen Self de l'université d'Hawaï à Mānoa apportèrent leur soutien à cette idée. En 1998, la théorie du goulot d'étranglement de population, aussi appelé goulot d'étranglement génétique, fut développée par Stanley H. Ambrose de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign[1],[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les connaissances sur l'histoire humaine préhistorique, quoique largement théoriques, sont basées sur l'archéologie fossile et sur certaines réalités génétiques. Au cours des trois derniers millions d'années, après que la branche humaine et la branche des grands singes eurent divergé d'un même ancêtre commun, la lignée humaine a produit une variété d'espèces. Selon la théorie de la catastrophe de Toba, une gigantesque éruption volcanique a modifié l'histoire de l'évolution humaine par une réduction sévère de la population.

Il y a environ 74 000 ans, le volcan où se trouve actuellement la caldeira du lac Toba dans l'île de Sumatra, entra en éruption avec une force trois mille fois supérieure à celle de l'éruption du Mont Saint Helens aux États-Unis en 1980. Selon le professeur Ambrose, cela conduisit à une chute de la moyenne des températures d'environ 3 à 3,5 °C pour plusieurs années. Une chute globale de 3 à 3,5 °C peut conduire à une baisse de plus de 15 °C dans les régions tempérées. Ce changement radical de l'environnement serait à l'origine de ce qui a été appelé un « goulet d'étranglement » (bottleneck) de population chez les différentes espèces d'hominidés qui existaient alors.

Des preuves géologiques constituées par la structure unique des cendres volcaniques datées d'il y a 75 000 ans, les preuves glaciologiques (forte concentration de sulfures dans les glaces également datées à 75 000 ans) et les preuves issues de l'analyse des dépôts d'animaux marins datant de la même période ainsi que des modélisations, accréditent la plausibilité de la théorie de la catastrophe de Toba. Des éléments génétiques comme l'étude des mitochondries suggèrent que tous les humains vivant aujourd'hui, en dépit de leur apparente variété, descendent d'un petit groupe de quelques milliers d'individus vivant en Afrique Orientale[3]. En utilisant les taux moyens de mutation génétique, certains généticiens[précision nécessaire] ont estimé que ce petit groupe vivait à une période coïncidant avec la catastrophe de Toba.

Selon cette théorie, les humains, après Toba, se seraient propagés encore une fois, quand le climat et d'autres facteurs le permirent. Partant de l'Afrique, ils ont émigré vers l'Indochine et l'Australie et plus tard vers le Croissant fertile et le Moyen-Orient. Les routes migratoires créèrent des centres de population en Ouzbékistan, Afghanistan et Inde. Les divergences de couleur de peau apparurent, dues à des niveaux variés de mélanine adaptés aux variations locales de l'intensité des rayons UV. L'Europe s'est peuplée par des migrants venus d'Asie centrale à la fin du dernier âge glaciaire au fur et à mesure qu'elle devenait plus hospitalière.

En soutien à la théorie d'une « génération de Toba » et à une origine commune relativement récente, l'unité culturelle humaine que l'on observe au travers de l'analyse des langues, des cosmogonies humaines et de ses mythes fondateurs. Toutes les langues auraient une origine commune, ce que tend à confirmer l'étude des mythes humains, où l'on retrouve des thèmes analogues, des archétypes fondant les structures morales des cultures.

À l'encontre de cette théorie, de récentes découvertes archéologiques dans le sud de l'Inde à Jwalapuram (en) semblent montrer que l'activité humaine ne semble pas avoir été si perturbée pendant cette période. 500 outils de pierre montrant une continuité des techniques traditionnelles y ont été découverts, ce qui tendrait à démontrer qu'il n'y a pas eu d'extinction[4]. Les récentes analyses paléoclimatiques menées dans les sédiments du lac Malawi infirment aussi l'idée d'une catastrophe climatique durable affectant l'Afrique de l'Est[5].

Cependant la polémique est très loin d'être tranchée, notamment à cause de difficultés à dater précisément la catastrophe et les restes fossiles ou d'outils découverts[6],[7], l'étude des pollens montrent bien un changement de la flore, synonyme de changement climatique[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Stanley H. Ambrose, Late Pleistocene human population bottlenecks, volcanic winter, and differentiation of modern humans, dans : Journal of Human Evolution, 1998, volume 34, numéro 6, pages 623–651. — DOI:10.1006/jhev.1998.0219
  2. Ambrose, Stanley H., 2005, Volcanic Winter, and Differentiation of Modern Humans
  3. «Aux frontières de la science : l'apocalypse à l'âge de pierre », National Geographic Channel
  4. « La super-éruption de Toba, pas si ravageuse », Sciences et Avenir n° 726, août 2007.
  5. C.S. Lane, B.T. Chorn et T.C. Johnson, « Ash from the Toba supereruption in Lake Malawi shows no volcanic winter in East Africa at 75 ka », PNAS, 29 avril 2013, doi: 10.1073/pnas.1301474110
  6. A high-precision 40Ar/39Ar age for the Young Toba Tuff and dating of ultra-distal tephra: Forcing of Quaternary climate and implications for hominin occupation of India Darren F. Marka, , ,Michael Petragliab,Victoria C. Smithb,Leah E. Morgana,Dan N. Barfoda,Ben S. Ellisc,Nick J. Pearced,J.N. Pale,Ravi KorisettarfQuaternary Geochronology Volume 21, June 2014, Pages 90–103 Quaternary Geochronology Special Issue: Advances in 40Ar/39Ar Dating of Quaternary Events and Processes
  7. Quaternary Geochronology Volume 18, December 2013, Pages 173–175 Multiple interpretive errors? Indeed. Reply to: Climate effects of the 74 ka Toba super-eruption: Multiple interpretive errors in ‘A high-precision 40Ar/39Ar age for the Young Toba Tuff and dating of ultra-distal tephra’ by Michael Haslam Darren F. Marka, , ,Michael Petragliab,Victoria C. Smithb,Leah E. Morgana,Dan N. Barfoda,Ben S. Ellisc,Nick J. Pearced,J.N. Pale,Ravi Korisettarf
  8. Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology Volume 284, Issues 3–4, 30 December 2009, Pages 295–314 Environmental impact of the 73 ka Toba super-eruption in South Asia Martin A.J. Williamsa, , ,Stanley H. Ambroseb,Sander van der Kaarsc, 1,Carsten Ruehlemannd,Umesh Chattopadhyayae,Jagannath Pale,Parth R. Chauhanf

Source[modifier | modifier le code]

  • Le feu et la glace, épisode 7/8 de la série documentaire Animal Armageddon, réalisée par Jason McKinley, 2009, diffusé sur France 5, le 6 mars 2010.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]