Rifaat el-Assad

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Rifaat al-Assad
Rifaat (à gauche) et Hafez al-Assad, dans les années 1980.
Rifaat (à gauche) et Hafez al-Assad, dans les années 1980.
Fonctions
Vice-président de la République arabe syrienne
19841998
En tandem avec Abdel Halim Khaddam
Président Hafez al-Assad
Biographie
Date de naissance 22 août 1937 (1937-08-22) (75 ans)
Nationalité Syrienne
Profession Officier
Vice-présidents de la République arabe syrienne

Rifaat al-Assad (en arabe: رفعت الأسد), né le 22 août 1937, est un homme politique syrien. Frère cadet de l'ancien président de la Syrie, Hafez al-Assad, et l'oncle de l'actuel président Bachar al-Assad, qui tous proviennent de la minorité alaouite, il est surtout connu pour avoir personnellement supervisé le massacre de Hama, en 1982.

Sommaire

Biographie [modifier]

Ascension [modifier]

Rifaat al-Assad naît dans le village de Qardaha, près de Lattaquié, dans l'ouest de la Syrie.

Il joue un rôle clé dans la prise de pouvoir de son frère en 1970, baptisée la « Révolution corrective ». Il dirige ensuite les forces d'élite de la sécurité intérieure et les « sociétés de la Défense » (Saraya al-Difaa). Il avait un rôle central tout au long des années 1970 et, jusqu'en 1984, beaucoup l'ont vu comme le successeur probable de son frère aîné.

Massacre de Hama [modifier]

Bataille de Hama [modifier]

En février 1982, il commande les forces qui combattent une révolte des Frères musulmans dans la ville centrale de Hama. Des sources favorables à l'insurrection ne cessèrent depuis de déclarer qu'il ordonna alors à ses troupes de bombarder la ville, tuant des milliers de ses habitants (plage comprise entre 5000 et 40 000 morts, avec des chiffres communément admis tournant autour de 15-20 000). Le journaliste américain Thomas Friedman affirma même dans son livre De Beyrouth à Jérusalem que Rifaat al-Assad se vantait que le nombre total des victimes ait atteint les 38 000.

Cependant, en désaccord avec ces affirmations infondées, reprises en boucle par des sources proches de la rébellion ou de leurs alliés, ainsi qu'avec les accusations d'exactions ou encore avec le rôle supposé de Rifaat al-Assad, un rapport officiel secret de la Defense Intelligence Agency (DIA)[1], déclassifié en 2013, fait au contraire état de la position défensive contrainte qu'avait dû adopter le régime d'Hafez al-Assad en 1982. Le nombre de morts total qui y est fait état est évalué aux alentours de 2000 rebelles armés. Ce rapport divulgue l'entreprise de propagande et de déstabilisation menée à l'encontre du régime baasiste, qui a prévalu jusqu'alors dans l'opinion publique internationale, ayant pour but de discréditer dans la durée le régime alaouite et d'empêcher tout retour de Rifaat al-Assad à la politique.

Rifaat Assad a récemment précisé sa version de cet épisode au cours de la conférence de Paris pour présidait à la fondation le Conseil national syrien, le 15 novembre 2011[2].

Tentative de coup d'État [modifier]

Lorsque Hafez al-Assad a commencé à souffrir de problèmes cardiaques, en 1983, il constitue un comité de six membres pour diriger le pays. Rifaat n'en fait pas partie, le conseil se composant uniquement de loyalistes musulmans sunnites proches d'Hafez. Ce choix provoque un malaise au sein du corps d'officiers alaouites. Plusieurs hauts gradés commencent alors à se regrouper autour de Rifaat, tandis que d'autres restent fidèles aux instructions de Hafez. Les troupes de Rifaat, qui se chiffrent à plus de 55 000 hommes (avec des chars, une artillerie, des avions et des hélicoptères) commencent à prendre le contrôle de Damas, à coller des affiches le représentant et à lui proposer de succéder à son frère. Les tensions entre les forces loyales à Hafez et celles fidèles à Rifaat atteignent un point de non-retour. En 1984, Hafez reste pourtant toujours alité. Il se remet néanmoins, et assume à nouveau totalement ses pouvoirs, signant l'échec du coup d'État avorté de son frère. Rifaat est par la suite nommé vice-président chargé des affaires de sécurité, mais ce poste s'avère largement honorifique. Une partie de ses prérogatives est transférée à un autre officier et il est ensuite envoyé à l'étranger pour une « visite de travail ». L'armée et le parti Baas sont par la suite purgés de ses plus proches partisans.

Exil [modifier]

Bien qu'il soit revenu pour les funérailles de sa mère en 1992, et ait vécu quelque temps vécu en Syrie, Rifaat demeure condamné à l'exil, en France et en Espagne. Il conserve nominalement le poste de vice-président jusqu'en 1998. Néanmoins, il garde la propriété de grandes entreprises, à la fois en Syrie et à l'étranger, en partie grâce à son fils Sumer. Cependant, la répression de 1999, qui implique des affrontements armés à Lattaquié, détruit une grande partie de son réseau en Syrie ; plusieurs de ses partisans sont ainsi arrêtés. Ces mesures sont liées à la succession d'Hafez, Rifaat ayant commencé à se repositionner alors que son frère cherchait à éliminer toute concurrence potentielle envers son successeur désigné, son fils Bachar al-Assad.

En France, Rifaat a bruyamment protesté contre la succession de Bachar au poste de président, affirmant que lui-même incarnait la « seule la légalité constitutionnelle » en tant que vice-président, alléguant que sa révocation était inconstitutionnelle). Il a émis l'idée de revenir en Syrie afin d'assumer « ses responsabilités et accomplir la volonté du peuple », faisant la promesse de gouverner avec bienveillance et démocratiquement, avec « la puissance de le peuple et l'armée » derrière lui.

Sumer, le fils de Rifaat, est à la tête d'une chaîne de télévision pan-arabe mineure, le Réseau Nouvelles arabes (ANN), qui fonctionne comme un porte-parole politique pour son père. Rifaat lui-même dirige le « United National Group » (al-Tajammu `al-qawmi al-muwahhid), un parti politique à l'activité peu soutenue, même s'il produit régulièrement des communiqués en faveur du retour de Rifaat en Syrie et des critiques contre le président Bachar al-Assad. Dans les années 1970, Rifaat avait fondé le Parti démocratique arabe au Liban, un groupe politique alaouite qui, pendant la guerre civile libanaise, agissait comme une milice armée fidèle au régime syrien. Ali Eid, le secrétaire général du parti, soutient aujourd'hui le président Bachar al-Assad.

Intérêts actuels [modifier]

Rifaat est considéré par certains observateurs comme étant un proche du roi Abdallah d'Arabie saoudite. Abdallah est en effet marié à une sœur de l'épouse de Rifaat al-Assad, et a plusieurs fois invité ce dernier à séjourner dans son pays. Plusieurs photos des deux familles ensemble ont été diffusées dans la presse officielle saoudienne. On affirme également que Rifaat a des contacts réguliers en Israël, et avec les Frères musulmans en exil. Après la guerre en Irak, des rapports de presse suggèrent qu'il avait entamé des négociations avec des représentants du gouvernement américain pour aider à former une coalition avec d'autres groupes anti-Assad pour créer une alternative politique syrienne, sur le modèle du Congrès national irakien. Rifaat a également participé à une réunion avec l'ancien Premier ministre irakien Iyad Allaoui. Yossef Bodansky, directeur de la task force américaine au Congrès sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle, a déclaré que Rifaat bénéficiait du soutien des États-Unis et de l'Arabie saoudite ; sa visite officielle dans ce dernier pays en 2007 a ainsi été grandement médiatisée. De son côté, le régime de Bachar se méfie de ses intentions et surveille attentivement ses activités.

Rifaat a été mentionné par Stratfor (société américaine d'analyse géopolitique) comme un suspect potentiel dans l'attentat à la bombe qui a tué en 2005 l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, ainsi que dans la série d'attentats qui a frappé Beyrouth après le retrait syrien. L'objectif aurait été de déstabiliser le régime syrien. Cependant, il n'y a eu aucune mention de Rifaat dans le rapport des Nations Unies sur l'assassinat de Rafic Hariri (rapport Mehlis).

De nos jours, Rifaat vit dans le quartier de Mayfair, à Londres.

Notes et références [modifier]

  1. [http://www.foreignpolicy.com/files/fp_uploaded_documents/DIA-Syria-MuslimBrotherhoodPressureIntensifies.pdf Document déclassifié en 2013 de la Defense Intelligence Agency.
  2. Vidéo en arabe avec sous-titres anglais, via youtube.com.

Article connexe [modifier]