Syrie mandataire

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Mandat français en Syrie

19201946

Drapeau
Description de l'image  French Mandate for Syria and the Lebanon map fr.svg.
Informations générales
Statut Fédération d'États, Mandat de la Société des Nations exercé par la France
Capitale Damas
Langue arabe, français
Histoire et événements
25 avril 1920 Proclamation du mandat
23 juillet 1920 Bataille de Maysaloun
juin 1922 Création de la fédération
1er décembre 1924 Unification de l'État de Damas et de l'État d'Alep
septembre 1936 Traité d'indépendance franco-syrien
juin-juillet 1941 Invasion par les Alliés
17 avril 1946 Indépendance

Entités précédentes :

Entités suivantes :

De 1920 à 1946, la Syrie a été administrée par la France sous un régime de mandat de la SDN. Le mandat français sur la Syrie et le Liban a été institué par la Société des Nations le 25 avril 1920 après la Première Guerre mondiale[1]. Il devait permettre officiellement aux États du monde arabe d'accéder à l'indépendance et à la souveraineté, sitôt après avoir atteint un niveau suffisant de maturité politique et de développement économique[2]. Quatre mandats ont été créés, le gouvernement de la Palestine et de l'actuel Irak revenant aux Britanniques, les Français se voyant attribuer celui sur le Liban et la Syrie.

La France et la Syrie ont signé en 1936 un traité franco-syrien d'indépendance, mais dans les faits le mandat a continué d'exister car la France n'a pas ratifié le document. La Syrie a déclaré son indépendance en 1944.

Les causes du conflit[modifier | modifier le code]

De la domination ottomane à l'indépendance[modifier | modifier le code]

La Syrie tombe sous contrôle ottoman en 1516 ; il durera plus de 400 ans.

De la fin du XIXe siècle au début du XXe, le sentiment nationaliste des Arabes va croissant, même si la grande majorité reste acquise à l'idée de l'ottomanisme, un nationalisme pluriethnique, multiculturel, multiconfessionnel avec prééminence musulmane.

Cependant, cette forme de nationalisme n'est populaire que chez les musulmans, les Arabes chrétiens étant quant à eux assez hostiles à l'Empire ottoman et privilégient un nationalisme strictement arabe de tendance laïque.

Avec la révolution Jeunes-Turcs de 1908, les Arabes qui avaient surtout affirmé une identité culturelle spécifique au sein de l'Empire convoquent un Congrès à Paris. Lors de ce Congrès, les deux cents délégués demanderont la reconnaissance par l'Empire Ottoman du peuple arabe, ce que refusera le gouvernement nationaliste Jeune-Turc.

C'est au cours d'un séjour à Damas, que Fayçal ibn Hussein qui prendra la tête de la Grande révolte arabe se convertit aux thèses de certaines sociétés nationalistes arabes secrètes. Avec la guerre, ce mouvement arabiste devient plus politique mais aussi plus radical et réclame rapidement l'indépendance des territoires arabes, mais aussi l'unité qu'elle soit syrienne, arabe ou islamique.

Lors de la guerre, les Français sont contraints de laisser la prédominance militaire au Proche-Orient aux troupes britanniques. Ces derniers ont négocié la collaboration des Arabes[3].

Le 10 juin 1916, sur la foi des promesses britanniques, le Chérif Hussein (gardien des lieux saints), se proclame roi des arabes (même s'il n'est reconnu que comme roi du Hedjaz par les puissances européennes[2]) et lève à Médine l'étendard de la révolte contre les Turcs. Le 10 juin sera une fête nationale en Jordanie (Royaume hachemite).

Damas est libérée le 3 octobre 1918, et pour signifier que le pays passe désormais sous le double contrôle anglais et arabe, l'Emir Fayçal entre dans la ville accompagné du général Edmund Allenby. Néanmoins, après la reddition de l'Empire ottoman le 30 octobre 1918, le Liban et la Syrie sont considérés comme des « territoires ennemis occupés » et c'est en tant que tels qu'ils sont occupés par les troupes britanniques[4]. À l'automne 1918, les Syriens se rallient à Fayçal ; le commandement de la révolte arabe s'installe à Damas, et Fayçal y proclame un gouvernement arabe provisoire au nom de son père, le Chérif Hussein.

Il rallie une à une les principales villes de la région qui hissent à leur tour le drapeau arabe, et la nouvelle administration prête allégeance à Hussein en tant que roi de tous les Arabes[2]. Les Arabes de Palestine soutiennent l'émir Fayçal, craignant l'installation d'un foyer national juif en Palestine[5] : à Beyrouth et au Mont-Liban, il installe ses représentants en vue d'un rattachement du Liban et de la Syrie[4].

Le général Allenby dresse les grandes lignes du gouvernement militaire de la Syrie et du Liban, et il procède à la répartition des territoires. Il confie à Fayçal l'administration de la Syrie intérieure (zone est), tandis que les Anglais se réservent la Palestine (zone sud). Quant aux Français qui ont débarqué à Beyrouth le 8 octobre, ils occupent les côtes syriennes jusqu'à Naqoura au sud (zone ouest).

Pour apaiser les craintes des populations du Levant, Paris et Londres publient le 8 novembre 1918 la déclaration suivante « La Grande-Bretagne et la France sont d'accord pour encourager et aider à l'établissement de gouvernements et d'administrations indigènes en Syrie et en Mésopotamie, actuellement libérées par les Alliés »[6]. Entre octobre et novembre 1918, Fayçal forme le premier gouvernement arabe et nomme Rida Pacha al-Rikabi gouverneur militaire. Il associe par ailleurs au gouvernement certains de ses compagnons d'armes tels Sati al-Housri, Kamel Qassab, Abderrahman Chahbandar, Fakri al-Baroudi, Farès al-Khoury, ou Ihsan al-Jabiri. Les nationalistes se nomment eux-mêmes « patriotes », «al-wataniyyoun» ; la plupart sont influencés par les idées européennes, et veulent instituer dans la région un État unitaire, multiconfessionnel, démocratique et indépendant.

Le gouvernement arabe de Damas[modifier | modifier le code]

Drapeau de la Syrie sous le règne de Fayçal

Confronté à la volonté des Britanniques et des Français de prendre le contrôle total de la région, les gouvernements arabes des villes sont dissous en octobre 1918. Les Français demandent la mise en application des accords Sykes-Picot, plaçant la Syrie sous leur influence. Ne pouvant pas se permettre de rentrer en conflit avec les Français, du fait que les Britanniques devaient s'occuper de la guerre d'indépendance irlandaise et de la révolte indienne (voulant plus d'autonomie) en 1919, les Britanniques décident de céder la région aux Français.

Les troupes britanniques se retirent de Damas le 26 novembre 1919, laissant le gouvernement arabe et la France face à face.

Au mois de décembre 1919, les Français envahissent la Bekaa. Lors de cette crise, des rivalités éclatent entre communautés, clans, familles, régions et villes. Le nouveau pouvoir hachémite se heurte dès les premiers jours aux élites traditionnelles damascènes qui occupaient une place de choix dans le pays sous l'ère ottomane. Ces personnes voient avec mécontentement les officiers d'origine irakienne, les civils palestiniens, syriens et libanais venant de classe sociale modeste s'arroger une grande partie du pouvoir politique et militaire.

Avec la conférence de paix de Versailles, Fayçal se retrouve encore plus affaibli, en raison de l'attitude des Européens qui ont décidé d'ignorer les revendications arabes.

À partir de juin 1919, une commission d'enquête américaine, la commission King-Crane mène une enquête en Syrie avec pour mission d'éclairer les congressistes de Versailles sur l'état de l'opinion publique dans le pays. Sa zone d'étude va de la ville d'Alep à Beer-Sheva, elle visite 36 villes importantes, rencontre plus de 2000 délégations venues de plus de 300 villages et reçoit plus de 3000 pétitions. Ses conclusions confirment l’opposition des Syriens à un mandat dans leur pays, ainsi qu'à la déclaration Balfour et leur souhait de voir s’établir une Grande Syrie englobant la Palestine. Les conclusions de la commission sont cependant rejetées par les Français et tout simplement ignorées par les Anglais.

Pour convaincre Paris et Londres de changer de position, Fayçal entreprend deux longs voyages en Europe (novembre 1918 et septembre 1919 - janvier 1920), et rencontre plusieurs diplomates dont Robert de Caix qui dirige les négociations avec Fayçal[7]. Cependant ses prises de positions ne rencontrent pas d'écho à Paris, en particulier après la victoire aux élections législatives de janvier 1920 de la droite conservatrice, favorable à la colonisation.

Voir à ce sujet : Bloc national (France).
1918. L'émir Fayçal Ier et Chaim Weizmann (à gauche, portant aussi une tenue bédouine en signe d'amitié)

Signe de la détermination de la France à intervenir au Levant, le général Gouraud est nommé Haut-commissaire en Syrie-Cilicie, et ses troupes relèvent les soldats britanniques présents au Liban et sur le littoral syrien[2]. En Syrie, les nationalistes refusent de revoir leur position, et se divisent sur la marche à suivre. Fayçal qui a accepté d'importants compromis face à Clemenceau et au chef sioniste Weizmann sur l'immigration juive en Palestine se voit de plus en plus isolé.

Les nationalistes se radicalisent et se divisent en deux groupes, le premier, plutôt modéré, comprend Rida Pacha Rikabi et le second des radicaux rassemblés autour de Yassin al-Hachimi pour lesquels l'indépendance n'est pas négociable. Fayçal qui doit se justifier de ses actes devant les partis nationalistes (Club arabe, al-Fatat, Al-Ahd, Istiqlal) cherche à créer une force politique plus modérée. C'est ainsi qu'il convoque des élections pour le Congrès général syrien en mai 1919. Cette élection profite aux grands propriétaires terriens et aux notables conservateurs ainsi qu'aux villes (80 % des sièges). Mais la minorité nationaliste arrive à dynamiser le Congrès autour des grands noms du nationalisme arabe (Jamil Mardam Bey, Shukri al-Kuwatli, Ahmad al-Qadri, Ibrahim Hananou, Riyad es-Solh)…

Après les premières rumeurs de l’accord Fayçal-Clemenceau, des manifestations anti-hachémites éclatent dans la région ainsi qu’à Damas. Au Mont-Liban, les populations craignent de se voir intégrer au sein d'un futur « Grand-Liban ». Ils se révoltent, entraînant des incidents violents, à Tripoli, Baalbek et Marjayoun.

Devant cet état de fait, Fayçal se tourne vers des notables conservateurs qui fondent le Bloc national à la fin du mois de janvier 1920. Les vues du parti sont compatibles avec les accords passés entre Fayçal d'une part et Weizmann et Clemenceau d'autre part.

Royaume arabe de Syrie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume arabe de Syrie.

Le 8 mars 1920, le Congrès syrien, présidé par Hachem el-Atassi adopte une résolution, rejette les accords Fayçal-Clemenceau et proclame à l'unanimité l'indépendance de la Syrie dans ses frontières naturelles (Palestine incluse) [2]. Par ailleurs, Fayçal se fait couronner roi constitutionnel de Grande Syrie[8]. Le Congrès prévoit également une union politique et économique avec l'Irak voisin, pour lequel il demande également l'indépendance.

Le premier gouvernement nationaliste est constitué le 9 mars 1920, il est dirigé par Ali Rida Pacha Rikabi. La Syrie est donc l'un des premiers pays arabe à avoir rédigé une constitution, laquelle fait d'elle une monarchie bicamérale[9].

Le 25 avril 1920, au cours de l'élaboration du Traité de Sèvres, le conseil suprême interallié attribue à la France un mandat sur la Syrie (Liban inclus) et au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine et la Mésopotamie.

L'annonce de la nouvelle entraîne en Syrie de violentes manifestations, les Syriens exigent une action gouvernementale immédiate afin de contrer les plans franco-britanniques. Ces manifestations causent la chute du gouvernement Rikabi et le roi Fayçal charge Hachem el-Atassi de constituer un nouveau gouvernement. Ce gouvernement est formé le 7 mai 1920 et celui-ci décide d'organiser la conscription générale, lançant parallèlement un emprunt intérieur pour financer l'armée.

Cette décision provoque une levée de boucliers tant en Europe qu'au sein du patriarcat maronite du Mont Liban qui dénonce un « coup d'État ». À Beyrouth, la presse chrétienne anti-chérifienne affiche son hostilité à la décision prise par Fayçal.

Les nationalistes libanais profitent de cette crise pour réunir le 22 mars 1920 un Conseil administratif à Baabda. Le conseil réunit des notables et des dignitaires chrétiens ainsi qu'un groupe de druzes. Ce conseil proclame l'indépendance du Liban.

Le 14 juillet 1920, le général Gouraud lance un ultimatum à Fayçal, l'invitant à se rendre aux conclusions du traité de Sèvres. Sachant que l'équilibre des forces n'est pas à son avantage[10], Fayçal décide de collaborer. Cependant, le jeune ministre de la guerre Youssef al-Azmeh refuse de déposer les armes et mène une ultime bataille contre les Français. La bataille de Maysaloun est gagnée en moins d'une journée par les Français sous le commandement du général Mariano Goybet, et Azmeh y trouve la mort avec la plupart des hommes qui avaient conduit la révolte arabe à Médine.

Le mandat français[modifier | modifier le code]

Rapport de la commission chargée par le Conseil de l'étude de la frontière entre la Syrie et l'Irak, 1932

Le général Mariano Goybet et les troupes françaises entrent à Damas le 24 juillet 1920. Au Liban, les hommes du général Gouraud ont été accueillis en libérateur par la communauté maronite, mais en Syrie, les Français se heurtent à une forte opposition[8]. Dans une déclaration publiée en 1920, le général Gouraud expose sans ambiguïté sa politique à l'égard de la Syrie,

« Vous n'ignorez pas, Syriens, que depuis six mois le Gouvernement de Damas, poussé par une minorité extrémiste, a dépassé toutes les bornes en poursuivant la politique la plus agressive contre les Français (…) Par un sentiment d'humanité commun à tous les Français, je n'ai pas l'intention d'employer les avions contre les populations sans armes, mais à la condition qu'aucun Français, aucun chrétien ne soit massacré. Des massacres, s'ils avaient lieu, seraient suivis de terribles représailles par la voie des airs[11]. »

Cependant, le reste du pays est encore hors de contrôle et, de 1920 à 1923, l'armée française combat les insurgés dans la région des Alaouites, des Druzes et d'Alep. Ce n'est qu'après trois ans de combat que les Français parviennent à vaincre les dernières résistances.

Le 1er septembre, le général Gouraud proclame la création de l'État du Grand Liban, en y annexant le Mont-Liban et les villes côtières conformément aux souhaits émis par les maronites et par la droite coloniale française[réf. nécessaire]. Par cette décision, la Syrie perd une importante zone côtière et en particulier la ville de Tripoli qui possédait l'un des plus grand port du Levant. Le pays ne compte alors plus que sur Lattaquié et sur son port qui devient le premier du pays[12]. Quant à Fayçal, il part en exil, il s'installe d'abord en Palestine puis en Italie, avant de prendre le trône d'Irak sur la proposition du Royaume-Uni.

Après avoir pris le contrôle du pays, les Français tentent de créer une structure administrative à plusieurs niveaux. La première décision a été de choisir quelle serait le siège du Haut-commissariat français. Les Français ont longuement hésité entre Beyrouth et Damas. Tandis que l'une était francophile, l'autre était hostile même au sein de la communauté chrétienne. Les Français choisissent une solution intermédiaire : installer l'administration du mandat dans la petite ville de Chtaura, située à égale distance entre Beyrouth et Damas. Cependant, le projet a vite été abandonné au profit de Beyrouth.

Pour le général Gouraud, la France doit faire taire les velléités nationalistes en divisant la région en petites unités administratives, ce qui est fait dès la fin de l'année 1920. Trois États sont créés faisant passer la taille de la Syrie d'un territoire de 300 000 km² à 185 000 km² [2],

  • l'État du Grand Liban : Le général Gouraud proclame la création de ce nouvel État le 30 août 1920, qui est rendu officiel par un arrêté du 31 août 1920[1], cet État est constitué du Mont-Liban qui comprend en majorité des chrétiens ainsi que de villes côtières conformément aux souhaits émis par les maronites. À partir de ce jour, le Liban séparé de la Syrie suivra sa propre évolution. L'indépendance du pays vis-à-vis de la Syrie est proclamée le 1er septembre 1920 par le général Gouraud[1].
  • l'État de Damas : Proclamé en septembre 1920, il repose principalement sur la ville de Damas et de sa région.

Un territoire autonome alaouite est créé le 2 septembre 1920 et est directement placé sous autorité française[13]. L'État du Djebel druze est institué le 24 octobre 1922 avec Soueïda comme capitale[1].

En juin 1922, un premier regroupement a lieu avec la réunification des États de Damas, d'Alep et de Lattaquié en une Fédération syrienne. Avec la création de ce nouvel État, la France doit choisir la nouvelle capitale. Le choix se portait entre Alep au nord et Damas au sud, mais les Français choisissent finalement Homs. Homs bénéficiait d'une position stratégique, elle offrait un meilleur placement géographique et d'une meilleure situation commerciale. C'était enfin une ville provinciale qui était en dehors des luttes intestines entre familles et clans des deux autres villes.

En mars 1923, l'État du sandjak d'Alexandrette qui était peuplé d'une minorité de Turcs est créé[8]. Par l'arrêté du 5 décembre 1924, l'État des Alaouites avec les Sandjaks de Lattaquié et de Tartous est créé, avec Lattaquié comme capitale[1]. Le 1er janvier 1925, le général Gouraud crée – grâce à l'arrêté 2980 – l'État de Syrie, composé de ceux d'Alep, de Damas et des Alaouites (qui en sera séparé à partir de 1924)[8] avec Damas comme nouvelle capitale, mais c'est néanmoins de Beyrouth que le pouvoir mandataire prend ses décisions.

Insurrection contre le mandat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution syrienne.
Sultan al-Atrach, leader de la révolte

L'insurrection syrienne contre le nouveau pouvoir français naît pendant l'été 1925 dans l'État des Druzes. C'est là que les premières défaites sont infligées à l'armée française. Les Druzes se plaignaient des méthodes trop brutales des Français. Le mandat était d'ailleurs considéré comme trop colonial, trop militaire et trop dépendant des méthodes d'administrations importées d'Afrique du Nord. Cette insurrection menée par Sultan el-Atrach se propagera dans toute la Syrie en quelques mois et deviendra très vite une révolte nationale. Cette révolte voit le ralliement du Parti du peuple, parti politique crée en février 1925 par Abderrahman Chahbandar, Farès al-Khoury et Jamil Mardam Bey.

Les insurgés lutteront contre le pouvoir français jusqu'au printemps 1927. L'insurrection est défaite principalement à cause de mésententes sur l'objectif à atteindre et sur la façon de l'atteindre entre les différentes familles et communautés du pays.

Cette révolte eut comme effet principal une réorientation politique du mandat avec la séparation des pouvoirs entre civils et militaires.

Ce sont les civils (dont le premier était Henry de Jouvenel) qui ont administré le pays à partir de novembre 1925 en menant une politique plus libérale.

Période de libéralisation[modifier | modifier le code]

Modernisation du pays[modifier | modifier le code]

L'arrivée des civils au Haut-commissariat a accéléré le processus de modernisation du pays. Damas et d'autres grandes villes syriennes sont modernisées, d'abord sur le plan de l'aménagement urbain des frères René Danger (1872-1954) et Raymond Danger (1883-1958) et de l'architecte Michel Écochard, qui établit des plans pour la modernisation et l'urbanisation de Damas. Ils organisent des chantiers, des restaurations ainsi que des conservations de monuments historiques. En plus d'avoir construit des musées archéologiques, il travaille sur l'électrification et l'alimentation en eau des villes.

Damas voit l'apparition de tramways et de calèches, et la recherche générale d'une plus grande hygiène. Un réseau de routes a été construit et des liaisons vers l'extérieur se sont développées. Des aides ont été accordées à l'agriculture ainsi qu'à l'industrie. L'éducation a été étendue à des milieux variés socialement, ainsi le nombre d'écoles a été multiplié par quatre en vingt ans[14],[2].

Le mandat a également consolidé et modernisé le jeune État syrien, consolidation qui s'est accompagnée d'une réforme de la justice et de sa pratique dans le pays. L'armée a également été modernisée, par la création de la base d'une armée nationale.

Une modernisation culturelle gagne aussi la région, la France qui représentait à l'époque un modèle de savoir-vivre est prise comme exemple par les peuples du Levant. Le mandat voit la création de grands hôtels, de restaurants, de cafés, de cinémas, de théâtres et de cabarets. Les femmes s'émancipent, elles accèdent au monde universitaire et à certains aspects de la vie politique et professionnelle. La tenue des Syriens évoluent, surtout dans les villes, suivant la mode occidentale. Si les hommes gardent toujours leur tarbouch sur la tête, les femmes adoptent la mode parisienne.

La création de partis politiques et de cercles littéraires est en augmentation ainsi que les activités sportives[2]. La création de journaux augmente également, passant de 50 pendant l'administration arabe à 180 pendant l'administration française[15].

Fin 1932, on peut lire ce commentaire du reporter Pierre La Mazière dans l’hebdomadaire Le Miroir du Monde :

« lorsque fut institué le mandat, l’ensemble des voies ferrées représentait une longueur de 707 kilomètres – elle est aujourd’hui de 1 663 kilomètres ; un seul port était équipé : Beyrouth. Aujourd’hui Tripoli, Lattaquieh, Alexandrette sont pourvus d’aménagements et d’un outillage qui leur permettent d’accueillir des bâtiments venant de l’Europe. Le port de Halifa qui pourra recevoir des navires de fort tonnage sera achevé avant le mois de juillet prochain.

La longueur du réseau routier d’intérêt général ne dépassait pas 650 kilomètres, dont 470 à peine étaient en état de viabilité. Elle est aujourd’hui de 1 868 kilomètres. Encore sied-il d’ajouter à ce chiffre 1 500 kilomètres de pistes destinés à assurer les communications à travers le désert.

Évaluées à 700 000 hectares cultivables en 1920, les surfaces cultivables dépassent les 1 600 000 hectares. C’est donc 900 000 hectares qui furent mis en valeur : région d’Alep, d’Antioche, plaine de l’Amour, oasis de la Goutha près de Damas. La récolte de blé et d’orge a doublé en dix ans ; celle du coton, du tabac, des fruits, de l’olive a subi une progression sensiblement égale.

Le cheptel race ovine et race caprine s’est considérablement accrû. On a pourvu à l’exploitation des gisements d’asphalte de la région de Lattaquieh et créé une importante fabrique de ciment utilisant les riches gisements calcaires de la région de Chekka. Pour demeurer sur le plan industriel, la puissance globale des entreprises d’énergie électrique qui était, en 1920, de 3 264 chevaux, est passée à 16 940 chevaux. De nouvelles usines fourniront un supplément de 22 000 chevaux.

Enfin, les études pour l’établissement d’un pipe-line à travers la Syrie, pour le transport des pétroles de Mossoul, sont maintenant achevés et les travaux préliminaires sont en voie de réalisation. On a commencé à poser la tuyauterie le mois dernier, conformément au programme tracé qui prévoit l’achèvement des travaux fin juillet 1934.

Si l’on examine maintenant ce que fait la puissance mandataire pour développer l’enseignement, que voit-on ? 2 191 établissements officiels ou privés instruisant 180 000 élèves. Six lycées (Damas, Alep, Homs, Hamab, Antioche, Deir ez Zor) donnent l’enseignement secondaire. A Damas, centre principal de la culture musulmane, une université comprend, outre la faculté de médecine laissée par le régime ottoman, une faculté de droit, une école supérieure de lettres et une académie arabe qui a pour mission de fixer la langue arabe littéraire." (Source: Le Miroir du Monde - n°146 - 17 décembre 1932 collection Pierre Arrivetz)

Vers la fin du mandat[modifier | modifier le code]

Plaque en français et en arabe à Damas

Le 24 avril 1928, des élections à deux degrés sont convoquées pour former une assemblée constituante. Ces élections excluent les territoires druze et alaouite. Dans les campagnes, les résultats sont favorables aux modérés, dans les villes aux nationalistes. L'assemblée, constituée de 68 députés passent sous le contrôle des nationalistes alors que ceux-ci étaient minoritaires au sein du parlement. L'assemblée qui se situe dans la continuité du Congrès syrien de 1919 élabore un projet de constitution faisant de la Syrie une république parlementaire englobant « tous les territoires syriens détachés de l'Empire ottoman, sans égards aux divisions intervenues après la fin de la guerre mondiale. »

Devant les activités des parlementaires, le Haut-commissaire décide de dissoudre l'assemblée et promulgue unilatéralement une constitution[16],[17]. Et les élections suivantes portent Mohammed Ali Bay al-Abid au pouvoir[8].

Dans le pays, l'autorité réelle du territoire ne dépassait pas celle de la Syrie centrale, Damas, Homs, Hama, Alep et leurs campagnes avoisinantes. Les autres régions du pays sont dominées par des chefs nationalistes comme les Atassi, les Mardam Bey, les Ubeid, les Jabiri et les Barakat. Ceux-ci appelaient à des grèves générales, des manifestations, et à partir des mosquées appellent à la révolte contre l'occupant.

Les militaires français voient d'un mauvais œil la politique menée par les civils qui n'arrivent pas à gouverner le pays dans son ensemble. C'est pour cela que les militaires se concentraient dans les montagnes alaouites et druzes, ainsi que dans les steppes (Chamiyé et Djéziré). Le but officiel de cette présence était d'une part de protéger les minorités du pays, et d'autre part la garantie et la défense des frontières orientales. Devant un centre jugé trop remuant, les militaires maintiennent une présence stratégique dans la montagne libanaise à l'ouest, la montagne alaouite au nord, la montagne druze au sud et la zone de steppe à l'est.

Par ailleurs, les militaires encouragent l'émergence de mouvements régionalistes, voir séparatistes pour certains comme au Djézireh entre 1936 et 1939.

Cette politique provoque l’hostilité des Syriens contre le pouvoir centralisé de Damas. À Soueïda, Lattaquié ou Hassatché, le drapeau français était agité par les Syriens, les souks été fermés en signe de protestation au pouvoir central et les séquestrations ou expulsions des envoyés du gouvernement se multipliaient à la fin des années 1930.

La délégation du Bloc national syrien signant les accords Viénot en 1936.

En France, l'arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936 rend possible l'envoi à Paris d'une délégation nationaliste. Les négociations entre le gouvernement français et les nationalistes se concluent le 22 décembre sur un traité d'indépendance (accord Viénot) de la Syrie dans un délai de cinq ans en échange de divers avantages politiques, économiques et militaires[8].

Le traité a été ratifié par le parlement syrien à l'unanimité, mais ne passera pas devant le parlement français, le gouvernement prévoyait déjà un rejet du Sénat[8]. Le traité est définitivement enterré en 1938 devant l'imminence d'une guerre contre l'Allemagne.

En 1939, pour s'assurer de la neutralité de la Turquie dans cette guerre, les Français cèdent le Sandjak d'Alexandrette au gouvernement kémaliste.

Le 8 juin 1941, le général Catroux, chef des Forces françaises libres (FFL) en Orient proclament solennellement l'indépendance de la Syrie et du Liban, ainsi que la fin du mandat au Levant. Mais le pays reste encore dans les faits, sous domination française.

La Seconde Guerre mondiale a été catastrophique pour l'autorité de la France, non seulement par sa défaite contre l'Allemagne mais aussi par les combats qui opposaient les vichystes et gaullistes en Syrie même. Cette perte d'autorité est significative dans les bastions régionaux, pourtant réputés pro-français.

En juin 1941, les Britanniques et les Français libres entrent en Syrie et au Liban et, après une violente campagne militaire, concluent un armistice avec les troupes françaises. Cet armistice a été conclu entre le général Henri Dentz, délégué de Vichy au Levant et les autorités anglaises, en présence du général Catroux. Avec l'aide britannique, les deux territoires passent sous le contrôle des Forces françaises libres (FFL) et le Haut-commissariat devient par la même occasion la délégation générale de la France libre au Proche-Orient[1]. La même année, de Gaulle déclare : « La France a le devoir et la possibilité d'établir ces États dans leur indépendance. »[18]

Le 3 janvier 1944, la France reconnaît officiellement la souveraineté de la Syrie et du Liban. Néanmoins, l'affrontement entre Français et Syriens est proche. Le Baath a créé des équipes de "Jihad nationale" dont le rôle est de mobiliser les bases populaires contre l'autorité française. Le 29 mai 1945, après dix jours de manifestations ininterrompues, les Français, sous l'ordre du général Fernand Olive, dit Oliva-Roget[19] bombardent Damas pendant 36 heures d'affilée. Les morts et les blessés se comptent par centaines[20]. Une partie de la ville est détruite par ce bombardement dont le parlement syrien, et le quartier environnant qui est maintenant surnommé Hariqa, l'Incendie[21].

La Grande-Bretagne demande l'arrêt des combats et intervient le 1er juin pour faire cesser la répression. Durant le mois de juillet, le commandement de l'armée passe aux mains des Syriens, et neuf mois plus tard, le 17 avril 1946, le dernier soldat étranger quitte la Syrie[22].

Les archives du Haut-commissariat (cabinet politique, secrétaire général, bureau diplomatique, services de renseignements et de la presse, archives de souveraineté) ont toutes été rapatriées vers Paris. Mais les dossiers des délégations et des différents services administratifs (comme la justice, l'agriculture, les postes et télégraphes) ont été laissés sur place[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Mandat Syrie-Liban … 1920-1946 (consulté le 26 décembre 2006)
  2. a, b, c, d, e, f, g et h La Syrie et le mandat français (1920-1946) (consulté le 26 décembre 2006)
  3. (correspondance Hussein/Mac-Mahon, juillet 1915 - janvier 1916)
  4. a et b Les Relations franco-libanaises dans le cadre des relations Internationales(consulté le 16 décembre 2006)
  5. (déclaration Balfour de 1917)
  6. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.27
  7. Robert de Caix était un membre influent de la droite coloniale, c'était également le rédacteur en chef de la revue L'Asie française. Il deviendra par la suite secrétaire-général du Haut-commissariat français à Beyrouth
  8. a, b, c, d, e, f et g Mandat français au Proche-Orient (consulté le 26 décembre 2006)
  9. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.28 et 29
  10. 4000 hommes mal armés contre 100 000 bien équipés
  11. Le Liban, Pierre Pinta, p.94
  12. Le Liban, Pierre Pinta, p.25
  13. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.38
  14. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.49
  15. « Syrie – Rapport annuel 2005 » (consulté en 26 décembre 2006)
  16. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.39
  17. texte intégral de la constitution de 1930 (en français) in: A. Giannini, Le costituzioni degli stati del vicino oriente, Istituto per l’Oriente,‎ 1931 (lire en ligne)
  18. Chronique du XXe siècle, p.581
  19. Olive Fernand François Michel (1891 - 1949)
  20. Libérations à la française Le 29 mai 1945, le général de Gaulle ordonne aux avions de la France Libre de bombarder Damas et son Parlement, causant la mort d’environ 400 civils
  21. La politique arabe de la France, un conte
  22. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.48

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Damas, miroir brisé d'un orient arabe, Anne-Marie Bianquis, édition Autrement, 1983, ISBN 978-2-86260-394-0

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]