Politique en Birmanie

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La Birmanie est membre de l'ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique) et aurait dû en prendre la présidence en 2006 si la pression de la communauté internationale n'avait réussi à éviter cette embarrassante situation.

Régime autoritaire, la Birmanie a été dirigée par une dictature militaire marxiste après le coup d'État de 1962[1]. Le régime a été dominé de 1962 à 1988 par Ne Win, qui a occupé les postes de premier ministre, chef de l'État, et chef du parti unique de l'époque, le Parti du programme socialiste birman. La démission de Ne Win lors des évènements de 1988 a été suivie par la prise de pouvoir par une junte militaire, le Conseil d'État pour la restauration de la loi et de l'ordre, qui a pris en 1997 le nom de Conseil d'État pour la Paix et le Développement. Le travail forcé est une pratique courante. Les organisations internationales des droits de l'homme classent la Birmanie parmi les pires pays du monde en matière de libertés publiques : la liberté de la presse et les droits de l'homme n'existent pas, le pouvoir judiciaire n'est pas indépendant de l'exécutif et les partis d'opposition sont interdits.

Après l'indépendance avec l'Angleterre, la Tatmadaw (l'armée nationale) était la seule institution assez forte pour imposer son autorité sur un pays divisé.

Dotée d'un budget représentant environ 50 % du PNB, l'armée, forte de 400 000 hommes, n'a pourtant pas d'ennemi extérieur déclaré, malgré des tensions récurrentes avec la Thaïlande, qui conduisirent à des escarmouches à la frontière entre les deux pays. En plus de la protection extérieure, son rôle est de contrôler la population et elle participe à des missions de maintien de l'ordre et de répression au même titre que la police.

Le parti d'opposition mené par Aung San Suu Kyi (la Ligue nationale pour la démocratie ou NLD) a remporté les élections législatives en mai 1990 avec plus de 80 % de voix en sa faveur, à la surprise de la junte militaire, qui espérait légitimer ainsi son pouvoir. Celle-ci a alors invalidé les élections. Le NLD lutte pour le retour de la démocratie dans le pays.

La junte a une position ambiguë envers l'opposante Aung San Suu Kyi, qui est très populaire dans le monde suite à son prix Nobel de la paix en 1991. Sa popularité et son statut de fille du héros national Aung San lui procurent une certaine protection, alors que la junte voudrait pouvoir se débarrasser de cette épine dans le pied. Face à ce dilemme, la junte l'a placée a plusieurs reprises en résidence surveillée. Le 4 mai 2009, un américain, John Yettaw, gagne sa résidence en traversant un lac à la nage. Il est hébergé pendant deux jours par Aung San Suu Kyi, entraînant leur arrestation et leur jugement. Aung San Suu Kyi est condamnée le 11 août 2009 à 18 mois d'assignation à résidence, suite à un décret de Than Shwe réduisant la peine initiale de moitié. Ce jugement très controversé, la rendait inéligible pour les élections de 2010. Le 13 novembre, quelques jours après celles-ci, elle a été finalement libérée.

La politique mise en place par les généraux occasionne des migrations massives de certaines minorités, comme les Karens par exemple, vers la Thaïlande.

Le 18 octobre 2004, le Premier ministre, le général Khin Nyunt, a été « autorisé à prendre sa retraite pour raisons de santé » et assigné à résidence. Il a été remplacé par Soe Win, un « dur » tenu pour responsable de l’embuscade contre le convoi d’Aung San Suu Kyi en mai 2003. Khin Nyunt premier ministre depuis août 2003, supervisait les services secrets birmans depuis plus de vingt ans et était considéré comme un modéré. Son opposant au sein de la junte, le général Maung Aye, réputé très dur, qui occupait jusqu'alors les fonctions de vice-président du Conseil d'État pour la paix et le développement, est également chef d'état-major. Il est en concurrence pour le pouvoir avec le général Than Shwe, président de la junte et commandant en chef des forces armées.

Les sanctions économiques prises contre le régime militaire birman par la communauté internationale, dont les États-Unis, la Malaisie et les pays de l'Union européenne (la France y compris), n'ont eu que peu d'effet, ceci étant dû en grande partie à l'inventivité des collaborateurs de la Junte, comme à la volonté de nombreux pays asiatiques soucieux de continuer à promouvoir les échanges économiques avec la Birmanie et notamment en vue des profits générés par les investissements dans l'extraction des ressources naturelles du pays. On peut cependant dire que ces sanctions ont eu pour effet de mettre au chômage plus de 100 000 personnes, du jour au lendemain, qui travaillaient auparavant dans les usines textiles qui commençaient à émerger dans le pays. Beaucoup des jeunes filles qui travaillaient dans ce secteur sont allées grossir les rangs des prostituées de la capitale. Les sanctions semblent donc plus contribuer à un appauvrissement de la population qu'à une démocratisation du pays.

Dans la même logique que les sanctions, de nombreuses voix se sont élevées contre les sociétés comme Total investissant dans le pays et contre les voyageurs qui font fonctionner l'industrie du tourisme. Selon les démocrates, l'entrée de devises étrangères aiderait le gouvernement actuel et contribuerait à la généralisation du travail forcé.

Déplacement de la capitale[modifier | modifier le code]

La capitale a été déplacée en 2005 de Rangoon, située dans le delta de l'Irrawaddy, à Naypyidaw, 300 km à l'intérieur des terres. Les spéculations abondent quant aux raisons de ce déménagement brusque du gouvernement vers une ville pratiquement construite à partir de rien dans une région complètement isolée.

Selon les explications officielles, l'ancienne capitale de Rangoon était devenue trop étriquée ; de plus, la nouvelle capitale occupe un emplacement plus central, ce qui permettrait des liaisons plus faciles avec les différents endroits du pays. Certains observateurs ont fait le rapprochement avec l'ancienne coutume qu'avaient les nouveaux rois de construire une nouvelle capitale (la Birmanie en a compté une quinzaine au cours de son histoire). Le déplacement exprimerait une volonté de la junte d'asseoir sa légitimité par ce geste symbolique, d'où le nom de la nouvelle capitale, Nay Pyi Daw, qui signifie « Siège des Rois ».

D'autres estiment que le déplacement reflète la volonté du gouvernement de se protéger à la fois d'une invasion de l'extérieur et de mouvements populaires intérieurs, qui avaient ébranlé le pouvoir en 1988. En particulier, un journaliste indien, Siddharth Varadarajan, décrit après une visite de Nay Pyi Daw la nouvelle capitale comme « l'assurance ultime contre le changement de régime, un chef-d'œuvre d'urbanisme dessiné pour contrer toute tentative de révolution colorée — non par les tanks et les canons à eau, mais par la géométrie et la cartographie[2]. » Le gouvernement semble en effet vouloir s'isoler, au point de limiter les moyens de communication[3].

Enfin, des raisons ésotériques semblent être rentrées en ligne de compte. Depuis toujours, l'astrologie et le pouvoir ont été liés en Birmanie. Le mécontentement de 1988 était notamment lié au fait que Ne Win, écoutant son astrologue, avait décidé de remplacer tous les billets de banque par d'autres dont les valeurs étaient des multiples de 9, son chiffre porte-bonheur. Le déménagement vers Nay Pyi Daw s'étant fait à une heure précise, déterminée par le calendrier lunaire, il est possible que la décision de changer de capitale ait été influencée par les astrologues de la junte.

Événements de 2007[modifier | modifier le code]

Un mouvement national de protestation a eu lieu en août et septembre 2007. Les manifestations ont commencé le 19 août 2007 à Rangoon pour dénoncer l'augmentation massive des prix des carburants et des transports en commun. Elles ont pris de l'ampleur à partir du 5 septembre 2007, où des moines bouddhistes ont été frappés par des miliciens de la junte, ce qui a suscité l'indignation générale. Des membres de la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi, des étudiants et d'autres personnes ont rejoint les manifestations pacifiques des moines dans toutes les grandes villes du pays. Le mouvement a été brutalement réprimé à partir du 26 septembre 2007.

Événements de 2008[modifier | modifier le code]

En février, les autorités militaires annoncent la tenue d'un référendum pour valider des réformes constitutionnelles[4].

D'après la Ligue nationale pour la démocratie, la nouvelle Constitution ne ferait que renforcer le pouvoir des autorités militaires[5]. Le gouvernement militaire affirme, pour sa part, que la nouvelle Constitution établirait « une démocratie où fleurit la discipline »[4].

Le 2 mai 2008, un cyclone de catégorie 4, Nargis, frappe très durement la Birmanie, en particulier la région de Rangoon. Le bilan officiel fait état de plus de 130 000 morts ou personnes portées disparues. Les ONG sur place parlent de 2,5 millions de sans abris. Dans le chaos le plus total, l'aide humanitaire peine à arriver sur place, les visas n'étant pas délivrés suffisamment vite par la junte au pouvoir, qui rechigne à accepter l'aide internationale. Quarante-huit heures avant le passage du cyclone, les services météo indiens ont informé les autorités de son arrivée mais l'information aurait été mal relayée dans le pays.

Le référendum a cependant eu lieu le 10 mai, avec un taux de participation officiellement supérieur à 98 %.

Le Conseil d'État pour la Paix et le Développement a été officiellement dissous le 30 mars 2011, lors de l'intronisation de Thein Sein comme président de la République[6].

Les élections de novembre 2010 et leurs conséquences[modifier | modifier le code]

Conformément à ce qu'avait annoncé la junte le 13 août 2010, des élections ont lieu le 7 novembre 2010 dans des conditions dénoncées comme une mascarade par les observateurs étrangers et l'opposition birmane[7]. Son principal représentant, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, refuse d'y participer. C'est donc sans surprise que Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP), créé par la junte pour la représenter lors de ce scrutin, obtient 76,5 % des sièges sur l'ensemble des trois parlements[8]. Le 4 février 2011, Thein Sein est élu président de la République par un comité composé de parlementaires et de militaires nommés par la junte. Celle-ci est dissoute le 30 mars 2011 et le généralissime Than Shwe prend sa retraite[6],[9].

Ce gouvernement civil, le premier depuis près de cinquante ans, mais qui comprend toujours des militaires, surprend par les signes d'ouverture et de libéralisation qu'il donne au long de l'année 2011[10]. Aung San Suu Kyi, libre de ses mouvements depuis le 13 novembre 2010, parcourt le pays en août ; son parti, le LND, redevient légal le 13 décembre 2011. La censure de la presse et l'accès à Internet sont assouplis, le droit de faire grève et de se syndiquer sont votés (13 octobre 2011)[11] ; une Commission nationale sur les droits de l'homme est créée. En octobre, 6359 prisonniers sont amnistiés pour "raisons humanitaires" dont, il est vrai, seulement 220 politiques, sur un total estimé à 2000. Par ailleurs, le 18 août, le président invite les groupes combattants des minorités ethniques à engager des pourparlers [12]. À la suite de ces avancées, Hillary Clinton se rend en Birmanie, où elle rencontre successivement le Chef de l'État et Aung San Suu Kyi, sans pour autant annoncer une levée de l'embargo qui pèse sur le pays depuis 1997. C'est la première visite d'un haut dirigeant américain depuis 1955 [13]. Cette évolution de la politique extérieure s'est manifestée aussi par la suspension de la construction du barrage de Myitsone, financée principalement par la Chine. Le 12 janvier 2012 un accord de cessez-le-feu, le premier depuis l'ouverture des hostilités en 1948, est signé à Hpa-An, capitale de l'état Karen entre une délégation gouvernementale et des représentants de l'Union Nationale Karen [14]. Le lendemain 651 prisonniers d'opinion sont libérés [15].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Suu Kyi's release spurs calls to free other prisoners - CNN
  2. (en) « Naypyitaw - Dictatorship by Cartography », Himal Southasian,‎ février 2007 (lire en ligne)
  3. (en) « Myanmar’s new capital offers small luxuries in total isolation », Agence France Presse,‎ 2007-02-23 (lire en ligne)
  4. a et b (en) "Burma's military issues warning before poll", ABC Radio Australia, 9 avril 2008
  5. (en) "Main Burmese Opposition Party Calls for Defeat of Draft Constitution", Voice of America, 2 avril 2008
  6. a et b La junte birmane a été dissoute, Le Monde, 30 mars 2011
  7. Democratic Voice of Burma 08.12.2010[1]
  8. Democratic Voice of Burma 11.12.2010[2]
  9. Libération : Birmanie : la junte dissoute, le généralissime Than Shwe devrait se retirer
  10. Chronologie des événements, sur CourrierInternational.com
  11. Le Monde.fr : La Birmanie reconnaît les droits de se syndiquer et de faire grève
  12. RFI :Birmanie: l'heure du dialogue avec les minorités ethniques[3]
  13. Le Monde 01-12-11 Hillary Clinton se rend en Birmanie encourager l'ouverture [4]
  14. http://www.liberation.fr/depeches/01012382890-birmanie-le-pouvoir-signe-un-cessez-le-feu-avec-le-principal-groupe-rebelle-karen
  15. Le Nouvel Observateur : la Birmanie libère des prisonniers politiques de premier plan[5]