Paeonia suffruticosa

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Fruit

La pivoine arbustive ou pivoine en arbre ou pivoine moutan (Paeonia suffruticosa) est un arbuste de la famille des Paeoniaceae, originaire du centre de la Chine. Elle est bien connue comme plante ornementale puisqu’elle est cultivée depuis environ 1500 ans en Chine et deux siècles en Europe mais sa forme sauvage est restée très énigmatique et l'objet de recherches intenses et incertaines jusqu’à aujourd’hui. Les Occidentaux n’ont d'abord pris connaissance de cette pivoine qu’à travers des cultivars importés de Chine au dix-huitième et dix-neuvième siècles.

Le terme « pivoine arbustive » (ou « pivoine arborescente » ) peut désigner soit une plante du complexe Paeonia suffruticosa soit, par opposition aux pivoines herbacées, une plante du sous-genre Moutan, comprenant 8 espèces (P. delavayi, P. jishanensis etc, voir Paeonia) et leurs hybrides.

Bref historique des dénominations[modifier | modifier le code]

Les Chinois désignent les pivoines arbustives au sens large par 牡丹 mǔdān. Ce terme apparaît la première fois dans un texte[1] interpolé à l’époque des Han (-206, +220), le Ji Ni Zi 計倪子. Ce n’est qu’à l’époque des Sui (581-618) que le terme de 牡丹 mǔdān a été fermement attaché à la pivoine arbustive et celui de 芍药 sháoyào à la pivoine herbacée. Suite aux descriptions botaniques modernes au XIXe siècle et XXe siècle sont apparues des spécifications de mǔdān propres à chaque binôme latin : par exemple 滇牡丹 diānmǔdān, pour Paeonia delavayi (avec滇 dian, une abréviation pour la province du Yunnan).

Les premières pivoines arborescentes arrivées en Europe furent envoyées de Canton, en 1787, par Alexander Duncan, un chirurgien de la East India Company, au naturaliste britannique, Sir Joseph Banks[2]. Un cultivar aux fleurs doubles, de couleur magenta, fut planté aux jardins de Kew (au sud-ouest de Londres) en 1789 et un autre cultivar, aux fleurs blanches, teintées de rose, fut installé dans les jardins de la famille Duncan près d’Arbroath (en Écosse) où il aurait demeuré jusqu’à une époque récente.

La première description scientifique d’une pivoine arborescente fut faite par Henry Charles Andrews en 1804 à partir de ces cultivars envoyés en Angleterre, sous le nom de Paeonia suffruticosa Andr. Mais aucune description du type sauvage ne fut donnée.

Ce n’est qu’au XXe siècle que la recherche de plants sauvages de P. suffruticosa fut entreprise en Chine. En 1910, William Purdom trouva dans le Shaanxi, une petite pivoine arborescente aux folioles trilobées et aux fleurs roses que Rehder considéra en 1920 comme la forme sauvage et décrivit en conséquence sous le nom de P. suffruticosa var spontanea.

À partir des années 1990, un groupe de chercheurs chinois entreprit de réviser la taxonomie des Paeoniaceae. En 1998, Hong Deyuan et Pan Kaiyu après de multiples études de terrain dans les régions d’origine du groupe des pivoines arbustives (Shanxi, Henan, Shaanxi, Hubei) considérèrent que la forme sauvage devait être fondée sur une plante trouvée accrochée à une falaise, dans les Monts Yinping, 银屏山, dans la province de l’Anhui et une autre trouvée dans le district de Song, au Henan. En conséquence de quoi, ils considérèrent avec leurs collaborateurs[3] que la forme sauvage de P. suffruticosa était P. suffruticosa subsp. yinpingmudan. Hong, Pan & Xie (银屏牡丹 yinping mudan). « Il est vraisemblable que la forme sauvage de P. suffruticosa (sous-espèce yinpingmudan) était plus fréquente dans les temps anciens dans les zones montagnardes et collinéennes de l’Anhui, du Henan et quelques autres provinces. Mais en raison de la disparition des habitats et des récoltes inconsidérées à des fins médicinales ou ornementales, elle devint de plus en plus rare, jusqu’au point où seuls quelques spécimens survivent sur des falaises »[4].

Mais en 2007, coup de théâtre : les auteurs reviennent sur leur classification[5]. Des séquençages d’ADN et de nouvelles observations morphologiques, leur font considérer maintenant que le spécimen de l’Anhui est une Paeonia ostii et que le spécimen de Songxian, province du Henan, est un nouveau taxon qui pourrait être une forme sauvage de la pivoine arborescente cultivée. Ainsi P. suffruticosa ssp yinpingmudan devient synonyme de P. ostii et le nouveau taxon est baptisé Paeonia cathayana.

Description[6][modifier | modifier le code]

Paeonia suffruticosa est un arbuste de 1 mètre 50 de hauteur aux tiges brun gris et à longue durée de vie (de 30 à 60 ans et en culture plus de 100 ans).

Les feuilles du bas sont biternées, avec des folioles longuement ovales ou ovales, aux deux faces glabres. Certaines folioles latérales sont 2- ou 3-lobées, la foliole terminale est, elle, profondément lobée avec des lobes à nouveau 2- ou 3-lobés.

Les fleurs sont solitaires et terminales, simples dans la forme sauvage, de 10 à 17 cm de large. Elles comprennent 5 bractées, longuement elliptiques, inégales, 5 sépales verts, inégaux, de 5 à 11 pétales (dans la forme sauvage) blancs, roses, rouges ou pourpres, obovés, à l’apex irrégulièrement incisé, de nombreuses étamines aux filets roses ou pourpres et un disque enveloppant complètement les carpelles à l’anthèse. La floraison se tient dans les mois d’avril-mai.

Le fruit est formé de 5 follicules, oblongs, densément tomenteux, jaune brun.

Écologie[modifier | modifier le code]

Cette pivoine est originaire du centre de la Chine (d’après la dernière révision de Hong et Pan, en 2007, la trace sauvage de P. suffruticosa est perdue puisqu’ils nomment leur nouveau taxon P. cathayana).

Elle pousse sur les falaises jusqu’à 300 m d’altitude.

Les deux milliers de cultivars connus sont largement cultivés dans toutes les régions tempérées du monde.

Utilisations[modifier | modifier le code]

1) En Chine, la pivoine arbustive est surtout appréciée comme ornementale alors que la pivoine herbacée (en chinois 芍药 sháoyào, Paeonia lactiflora) se voit préférer un usage médicinal. Il existe actuellement dans le monde 2000 cultivars de pivoine arbustive dont un millier en Chine[7]. Ceux-ci sont considérés comme ayant été obtenus à partir de cinq espèces sauvages Paeonia suffruticosa ou cathayana (DY Hong et KY Pan), P. jishanensis (T. Hong, WZ Zhao), P. ostii (T. Hong, JX Zhang), P. qiui (YL Pei, DY Hong) et P. rockii (S G Haw, L A Lauener). En occident (France, USA), les cultivars ont été développés à partir de P. delavayi Franch., P. ludlowi (Stern et Taylor) DY Hong × P. suffruticosa.

2) L’écorce des racines de Paeonia suffruticosa est une matière médicale en médecine traditionnelle chinoise[8]. Elle est connue sous le nom de 牡丹皮 mǔdānpí, Cortex Moutan Radicis. La racine est collectée en automne, séchée au soleil et utilisée crue ou torréfiée au four.

  • Ses fonctions traditionnelles sont d’éliminer la chaleur, rafraîchir et faire circuler le sang, enlever la stase de sang.
  • Les indications sont :
    • maladie accompagnée d’une forte fièvre avec épistaxis (saignement de nez) et crachats sanglants
    • fibromes, aménorrhée, dysménorrhée
    • appendicite, furoncles, abcès cutané

Aspects culturels et historiques[modifier | modifier le code]

La pivoine arbustive (牡丹 mǔdān en chinois), plante endémique de Chine, est connue des Chinois comme plante médicinale depuis la dynastie des Han. À cette époque (aux alentours du début de notre ère), la première pharmacopée chinoise, Shennong bencao jing, la décrit dans la notice suivante[9] :

Goût : âcre et amer, froid. Traite [les pathogénies] du chaud et du froid, les tics, spasmes, l'épilepsie, le mauvais Qi, pour se débarrasser des grosseurs, des stases sanguines de l'estomac. Apaise les cinq organes, guérit les ulcères. Autres noms : lujiu, shugu. Pousse dans les montagnes et les vallées.

Dans la province du Zhejiang, les gens ont commencé à partir du IVe siècle à transplanter les plants sauvages dans leur terrain[1],[10],[11]. Puis durant plus de 1500 ans, des centaines de cultivars furent sélectionnés. Les plus connus sont ceux conçus entre le Xe et le XIIIe siècle et le XVIIe et le XXe siècle.

Les premières descriptions de jardins en Chine concernent les parcs princiers. Un des plus célèbres date de l’époque de l’empereur Sui Yangdi (隋煬帝 Suí Yángdì 569-618) lorsque celui-ci décida la construction d’un grand jardin dans la banlieue ouest de sa capitale, Luoyang, consacré à la culture de la pivoine et de nombreuses autres fleurs. Ces jardins dits de l’Ouest devinrent célèbres au fil du temps et lorsqu’au printemps les pivoines étaient en fleurs, les gens venaient nombreux les admirer. Cette tradition se perpétua sous les Tang, avec l’empereur Xuanzong, (唐玄宗 Tang Xuanzong 685-762) qui faisait cultiver les plus belles pivoines dans le jardin impérial près de la capitale Chang'an. Les riches soieries produites à cette époque étaient décorées de pivoines et d’oiseaux. Les poètes utilisaient les pivoines pour symboliser l’amour et la fraicheur du printemps.

Aux Xe et XIe siècles, les pivoines moutan de Luoyang devinrent très célèbres en raison de la sélection de plantes à fleurs doubles. Les variétés les plus recherchées atteignaient des prix considérables. Peu à peu la culture s’étendit à tout le pays mais Luoyang resta la capitale des pivoines arbustives.

Peu avant la chute de la dynastie Mandchoue, en 1903, la pivoine arbustive fut choisie comme emblème national (国花 guohua, ‘fleur nationale’) mais la république qui suivit lui préféra la fleur de prunus. En 1994, la pivoine fut proposée à nouveau comme « fleur nationale » après un sondage dans tout le pays, mais le Congrès National du Peuple ne ratifia pas ce choix. En 2003 et 2007, d'autres processus de sélection furent lancés toujours sans succès.

Actuellement, les pivoines arbustives sont cultivées dans les jardins publics partout au nord du fleuve Bleu Yangzi. Elles occupent une place importante dans la tradition picturale chinoise où elles sont porteuses des valeurs de prospérité et d'honneur (富贵花 fuguihua litt. fleur de richesse et honneur).

La ville de Heze (菏泽 pinyin : Hézé) dans le sud-ouest du Shandong s'est spécialisée dans la culture commerciale de la pivoine moutan. Les pépinières fournissent le marché chinois et exportent au Japon, aux États-Unis et en Russie.

Les pivoines moutan ont été introduites au Japon aux environs de 724 où elles ont connu immédiatement un grand succès, jamais démenti depuis. Les variétés japonaises comportent de grosses fleurs aux larges étamines.

Introduite en 1787-1789 en Angleterre et en 1804 en France, la pivoine arbustive n’a commencé à être hybridée en Europe que vers 1840. Les hybrideurs les plus remarquables de la fin du XIXe siècle furent Louis Henry, Maxime Cornu et Victor Lemoine qui surent révéler les splendeurs de cette fleur aux Européens qui avaient tendance à lui préférer les pivoines herbacées.

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. a et b (en) Joseph Needham, Tsuen-Hsuin Tsien, Gwei-Djen Lu, T. Tsuen-Hsuin, Hsing-Tsung Huang, Dieter Kuhn, Francesca Bray, Christian Daniels, Nicholas K Menzies, Christoph Harbsmeier, Nathan Sivin, Peter J Golas, Science and civilisation in China, Cambridge University Press,‎ 1986
  2. (en) S. G. Haw & L. A. Lauener, « A Review of the Infraspecific taxa of Paeonia suffruticosa Andrews », EDINB. J. BOT., vol. 47, no 3,‎ 1990, p. 273-281
  3. (en) HONG De-Yuan, PAN Kai-Yu & XIE Zhong-Wen, « The Wild Relative of the King of Flowers. Paeonia suffruticosa Andrews », Acta Phytotaxonomica Sinica, vol. 36, no 6,‎ 1998, p. 515-520 Hong
  4. (en) HONG Deyuan, PAN Kaiyu, « Notes on taxonomy of Paeonia sect. Moutan DC. (Paeoniaceae) », Acta Phytotaxonomica Sinica, vol. 43, no 2,‎ 2005, p. 169-177
  5. (en) HONG Deyuan, PAN Kaiyu, « Paeonia cathayana D. Y. Hong & K. Y. Pan, a new tree peony, with revision of P. suffruticosa ssp. yinpingmudan », Acta Phytotaxonomica Sinica, vol. 45, no 3,‎ 2007, p. 285-288
  6. Référence Flora of China : P. suffruticosa (en)
  7. (en) Jian-Xiu Wang, Tao Xia, Jin-Mei Zhang, Shi-Liang Zhou, « Isolation and characterization of fourteen microsatellites from a tree peony (Paeonia suffruticosa) », Conservation Genetics,‎ 2008 ([DOI 10.1007/s10592-008-9680-4 lire en ligne])
  8. Universités de Médecine Traditionnelle Chinoise de Nanjing et Shanghai, La pharmacopée chinoise. Les herbes médicinales usuelles. 中药学, Éditions You Feng,‎ 2008 (ISBN 978-2-84279-361-6)
    Traduit et augmenté par Dr You-wa Chen
  9. 本经
  10. (en) T. Hosoki, D. Kimura, R. Hasegawa, T. Nagasako, K. Nishimoto, K. Ohta, M. Sugiyama, K. Haruki, « Comparative study of Chinese tree peony cultivars by random amplified polymorphic DNA ( RAPD) analysis », Scientia Horticulturae, vol. 70,‎ 1997, p. 67-72 ([DOI 10.1007/s10592-008-9680-4 lire en ligne])
  11. (en) Martin Page, The Gardener’s Peony, Herbaceous and tree peonies, Timber Press,‎ 2005