Ottomanisme

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L’ottomanisme est une idéologie nationaliste, identitaire, unitaire et égalitaire de l’Empire ottoman corollaire d’une vague de réformes institutionnelles, économiques et sociales durant la période du Tanzimat[1]. Conscient du grave déclin de l’État, les autorités d’Istanbul souhaitent s’aligner sur les conceptions européennes de la politique nationale, et prônaient alors un État industrialisé, peuplé de citoyens égaux dotés d’un fort sentiment patriotique. Les sultans du XIXe siècle, ne jouissant plus d’une autorité charismatique liée à des conquêtes territoriales ou des victoires militaires, mettent en avant leur autorité religieuse. Le Sultan-Calife tente de créer un "oumma" islamique qui s’oppose au reste du monde, dans lequel les musulmans sont réunis dans une même Nation, tout en demeurant tolérants à l’égard des minorités.

L’ottomanisme est donc une copie originale des États-nations occidentaux.

Le contexte socio-historique[modifier | modifier le code]

Le déclin de l’autorité sultanique[modifier | modifier le code]

La symbolique du pouvoir sultanique était fondée sur la gloire militaire. Seulement, les défaites face aux espagnols à Lépante, face aux autrichiens devant Vienne et surtout face aux russes en Crimée altère la capacité du souverain d’Istanbul à mettre en avant un tel pouvoir belliciste. Sitôt après la déroute de 1774 face aux armées du Tsar, le Sultan Abdülhamid Ier se montre davantage comme champion de l’Islam.

Les évènements dans les Balkans confirme la tendance au déclin. Si le premier soulèvement serbe de 1804-1814 est vaincu, le Sultan-Calife Mahmud II octroie à Obrenovic un territoire suite à une seconde révolte en 1815. Dès 1821, la Grèce se soulève, déclare son indépendance en 1822, reçoit l’aide des philhellènes occidentaux suite aux massacre de Chios et de Missolonghi en 1824 et 1826, et parvient à repousser les ottomans grâce à l’aide militaire française et russe. La flotte égyptienne, au service d’Istanbul, a été écrasée à la bataille de Navarin, et dès l’indépendance grecque en 1830, le prince d’Égypte se révolte contre son Sultan. Il étend son territoire au Soudan et à l’Est jusqu’en Syrie, et n’est arrêté que par une coalition franco-russo-ottomane.

Le déclin du prestige sultanique[modifier | modifier le code]

Avec la colonisation puis l’indépendance américaine, le commerce méditerranéen subit un ralentissement. L’industrialisation de l’Angleterre, puis de la France, puis de la Russie, de l’Allemagne, des États-Unis et plus tard du Japon met l’Empire ottoman en marge du système capitaliste mondial.

Les minorités juives et arméniennes, qui avait jusqu’ici profités aux Sultans par leur artisanat développé et leur système éducatif avancé, sont concurrencées par les produits bon marché européens. Les minorités orthodoxes des Balkans intéressent la Russie qui se veut protectrice de la panorthodoxie puis du panslavisme. Les communautés chrétiennes se tournent quant à elles vers la France ou l’Italie pour se protéger. Ainsi, c’est tout le système ottoman, fondé sur la protection des minorités religieuses par le Sultan lui-même, qui s’effondre.

Des réformes difficiles[modifier | modifier le code]

Le Sultan réformateur se confronte tout d’abord aux Oulémas. C’est une classe religieuse, représentée auprès du souverain par le Grand Mufti, qui est la seule compétente pour interpréter la Charia. Cette disposition obligatoire et divine se confirme lorsque les Oulémas demandent aux janissaires d’exécuter le Sultan Selim III en 1807.

Ensuite, dans la société même, les autorités d’Istanbul veulent conserver la fidélité des millets. Ce sont des petites communautés non-musulmane autonomes, qui paient une taxe et organise eux-mêmes leur système judiciaire et scolaire. Près de 40 % de la société ottomane n’est pas de confession musulmane, et toute réforme trop brusque signifierait un profond déséquilibre social.

Les puissances européennes poussent voire exigent que l’Empire ottoman se modernise. La France et l’Angleterre voient d’un mauvais œil l’expansionnisme russe vers le Sud et entendent conserver l’équilibre des forces sur le continent.

Afin d’enclencher un processus efficace de réformes, les autorités d’Istanbul vont tenter d’englober le progrès industriel et technique dans un moule nationaliste et identitaire.

Le passage d’un État communautaire à un État égalitaire[modifier | modifier le code]

La structure de l’Empire avant les réformes[modifier | modifier le code]

L’Empire ottoman est caractérisé par une forte diversité religieuse. Le Sultan autorise et garantie la protection des millets, et tient en main les orthodoxes des Balkans et de Grèce par un patriarche installé à Istanbul. L’extrême tolérance des Sultans envers les minorités faisait le prestige de l’Empire avant l’ère industrielle, malgré l’exclusion des non-musulmans des charges militaires et de l’accès aux emplois publics. Seulement, la diffusion des idées nationalistes suite à la Révolution française et l’apparition du romantisme politique anglais et allemand changent la donne : les communautés vont accuser leur souverain d’illégitimité. Après les événements dans les Balkans et en Grèce, les cadres d’Istanbul prônent une égalisation sans précédent de la société.

Les tentatives d’égalisation des individus[modifier | modifier le code]

En 1839, le rescrit impérial de Gülkhâne proclame l’égalité des individus devant les biens et la protection des droits. La taxe imposée aux non-musulmans, la Ddjizia, est supprimée suite à l’édit d’Atih-Oumayun en 1856. L’égalité fiscale est accompagnée par une laïcisation de la justice : les tribunaux seront désormais mixtes, et seront compétent pour trancher les litiges des musulmans autant que des non-musulmans.

Les difficultés rencontrées[modifier | modifier le code]

Afin de ne pas perdre la fidélité des millets, Istanbul a conservé leurs avantages : ils exercent librement leur religion, organisent leur système institutionnel, leurs écoles, leurs collecte d’impôts. La conservation de système contrevient aux principes d’un État égalitaire, et ne fera que développer, en marge du processus d’ottomanisation, les particularismes et les désirs d’indépendance.

Enfin, les Turcs eux-mêmes refusent l’occidentalisation de leur société.

La patrie ottomane[modifier | modifier le code]

Le rôle de l’école[modifier | modifier le code]

Conformément au modèle français, l’Empire ottoman veut scolariser ses citoyens. Dès 1838 est fondé une première école de médecine. En 1839, les premières écoles secondaires voient le jour, avant d’être généralisées à tous les villages de plus de 500 âmes en 1869, sans être obligatoire. L’idée d’une méritocratie étendue à tout l’Empire se concrétise.

La contre-ottomanisation[modifier | modifier le code]

Une fois de plus, au lieu d’harmoniser les rapports entre les communautés, l’ottomanisation de la société développe les clivages religieux. Les millets se recentrent sur eux-mêmes et forgent leur propre identité nationale et culturelle. La patrie ottomane voit ainsi difficilement le jour.

Conclusion[modifier | modifier le code]

L’ottomanisme est un échec pour l’Empire. Il ne fera que développer une schizophrénie grandissante à l’intérieur de la société, et fera perdre à Istanbul son aura de grande tolérance dont elle jouissait depuis le Moyen Âge.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Odile Moreau L'Empire Ottoman à l'âge des réformes. L'auteur insiste notamment sur l'importance de la réforme identitaire.