Mesonychia

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Les Mesonychia constituent un ordre éteint de mammifères carnivores de taille moyenne à grande. Ils étaient étroitement liés aux artiodactyles (ongulés possédant un nombre pair de doigts) et aux cétacés (dauphins et baleines).

Origines[modifier | modifier le code]

Quelques experts rapprochent les Mesonychia des baleines pour former le clade "Cete". Ils sont apparus au paléocène inférieur, ont fortement décliné à la fin de l'éocène et ont entièrement disparu lorsque le dernier genre, Mongolestes, s'est éteint au cours de l'oligocène inférieur. Les mésonychidés venaient probablement d'Asie, où le plus primitif d'entre eux, Yangtanglestes, est connu depuis le paléocène inférieur. Ils étaient également très diversifiés en Asie, où on les retrouve dans toutes les grandes faunes du paléocène. Étant donné l'absence ou la rareté dans ces communautés animales d'autres carnivores comme les créodontes et les Condylarthra, il y a tout lieu de croire que les mésonychidés ont dominé dans la niche des grands prédateurs en Asie au cours du paléocène.

Un genre, Dissacus, a réussi à s'étendre en Europe et en Amérique du Nord au cours du Paléocène inférieur. Dissacus était un carnivore de la taille d'un chacal que l'on a trouvé dans tout l'hémisphère nord[1], mais le genre, Ankalagon, issu de lui, et qui a vécu du paléocène inférieur au paléocène moyen dans le Nouveau-Mexique, était beaucoup plus grand que lui, atteignant jusqu'à la taille d'un ours [2]. Pachyaena, une espèce de ce dernier genre, a pénétré en Amérique du Nord au cours de l'éocène inférieur, et y a évolué en espèces énormes, qui dépassaient même en taille Ankalagon. Les mésonychidés en Amérique du Nord ont été de loin les plus grands mammifères prédateurs du paléocène inférieur au milieu de l'éocène.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Crâne fossile de Harpagolestes immanis, un Mesonychidae.

La forte ressemblance des mesonychias avec les loups n'est que superficielle. Les premiers d'entre eux avaient à leurs pieds cinq doigts qui reposaient sans doute sur le sol pendant leur marche (locomotion plantigrade), mais les derniers n'en avaient plus que quatre, tous terminés par de petits sabots, et s'étaient de mieux en mieux adaptés à la course. Comme les autres ongulés artiodactyles bons coureurs, les mesonychias (Pachyaena, par exemple) marchaient sur leurs doigts (locomotion digitigrade).

Ces « loups à sabots » constituaient probablement un des groupes de prédateurs les plus importants (même s'il se peut qu'ils n'aient été que des charognards) dans les derniers écosystèmes de l'Éocène et du Paléocène en Europe (qui était à l'époque un archipel), en Asie (alors une île continent) et en Amérique du Nord. Leur dentition se composait de molaires modifiées pour opérer un cisaillement vertical, de molaires inférieures minces et semblables à des épées et de dents acérées évoquant des carnassières, mais sans vraies dents carnassières. Les molaires, comprimées sur le côté et souvent peu coupantes, servaient probablement à déchirer la viande ou broyer les os. On se demande si beaucoup d'espèces ne se nourrissaient pas de poissons et on considère que les plus grandes espèces étaient des charognards.

Phylogénie et relations dans le cadre de l'évolution[modifier | modifier le code]

Les mesonychiae ont été longtemps rangés parmi les Créodontes mais on les a maintenant retirés de cet ordre et placés à l'intérieur de trois familles (Mesonychidae, Hapalodectidae, Triisodontidae), dans l'ordre qui leur est propre des Mesonychiae (Acreodi dans la littérature la plus ancienne), ou dans l'ordre des condylarthres. Presque tous les mesonychidés sont, en général, plus grands que la plupart des créodontes et des carnivores miacoïdes du Paléocène et l'Eocène.

L'ordre est parfois désigné sous son ancien nom, acreodi. En langage technique, le terme « mesonychidé» se réfère spécifiquement aux seuls membres de la famille des mesonychidae, comme les espèces du genre Mesonyx. Toutefois, comme l'ordre est également rebaptisé en Mesonyx, on utilise maintenant le terme « mesonychidé » pour désigner les membres de l'ordre tout entier des mesonychiae et les espèces d'autres familles qui en font partie, comme Andrewsarchus, le mesonychidé triisodontide, qui est, tout à fait par hasard, probablement le plus célèbre membre de l'ordre tout entier. On se demande si Andrewsarchus n'était pas l'un des plus grands prédateurs connus parmi les mammifères terrestres, en raison de son crâne d'un mètre de long, qui est nettement plus grand que celle du plus grand prédateur mammifère terrestre vivant, l'ours kodiak.

Les mésonychidés possèdent des molaires triangulaires inhabituelles qui ressemblent à celles des cétacés (baleines et dauphins), en particulier ceux des archaeocétidés, l'anatomie de leur crâne est similaires et ils possèdent en commun d'autres traits morphologiques. Pour cette raison, les scientifiques ont cru longtemps que les mésonychidés étaient les ancêtres directs des cétacés, mais la découverte de membres arrières bien conservés de cétacés archaïques, de même que des analyses phylogénétiques plus récentes[3],[4],[5], indiquent maintenant que les cétacés sont plus étroitement liée aux hippopotamidés et aux autres artiodactyles qu'ils ne le sont aux mésonychidés, et ce résultat concorde avec de nombreuses études moléculaires [6].

La plupart des paléontologues doutent maintenant de l'idée selon laquelle les baleines seraient les descendantes des mésonychidés, et suggèrent plutôt que les baleines descendent des anthracothères, les ancêtres semi-aquatiques des hippopotames, ou partagent un ancêtre commun avec eux. D'autres paléontologues maintiennent pourtant de façon catégorique que les mésonychidés sont les ancêtres des baleines et considèrent les baleines, les hippopotames et les anthracothères comme leurs descendants actuels. Actuellement, on estime que les mésonychidés descendent des Condylarthes (les premiers animaux à sabots) et font partie du superordre des Laurasiatheria.

Alors qu'on a également proposé d'autres ascendances pour les cétacés (les artiodactyles par exemple)[7], on a fait valoir que le passage des mésonychidés aux cétacés est facile à suivre à partir des preuves fossiles. Les mésonychidés étaient souvent des animaux qui habitaient des régions côtières et chassaient aussi bien sur la terre ferme que dans des zones peu profondes, si bien qu'il n'est pas difficile d'imaginer une créature vivant sur les rivages qui se serait spécialisée davantage et aurait fini par retourner à l'océan. Des formes intermédiaires de cétacés comme Ambulocetus et Pakicetus ressemblent d'une façon particulièrement étroite aux mésonychidés avec leurs jambes totalement fonctionnelles et une morphologie dentaire semblable. Pakicetus a par ses organes une allure similaire, mais sa tête ressemble davantage à celle des cétacés archaïques. Ambulocetus est par son allure semblable à Pakicetus, avec des pieds évoquant des nageoires, et très probablement il se déplaçait mieux dans l'eau que sur la terre, à la manière d'une loutre ou d'un phoque d'aujourd'hui. À partir d'Ambulocetus, il est facile de retracer la lignée qui conduit directement aux cétacés actuels[8]: Sinonyx (qui vivait sur la terre ferme) → Pakicetus (nageur occasionnel) → Natans Ambulocetus (qui vivait surtout en nageant) → Rodhocetus (pattes arrières réduites et adaptées à se mouvoir dans l'eau) → Basilosaurus (pattes arrières vestigiales) → Dorudon.

Cryptozoologie[modifier | modifier le code]

Les mésonychidés ont disparu depuis l'Oligocène inférieur, mais des prédateurs semblables à des chats ou des chiens qui auraient porté des sabots ont été aperçus quelquefois sans que cela ait pu être confirmé. Comme exemple de ce genre nous avons la Bête du Gévaudan, que certains témoins ont décrite comme un énorme loup avec des sabots plutôt que des pattes griffues[9].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jehle, Martin, « Carnivores, creodonts and carnivorous ungulates: Mammals become predators », Paleocene mammals of the world (online),‎ 2006 (lire en ligne)
  2. (en) O'Learya, Maureen A., Spencer G. Lucas, and Thomas E. Williamson, « A New Specimen of Ankalagon (Mammalia, Mesonychia) and Evidence of Sexual Dimorphism in Mesonychians », Journal of Vertebrate Paleontology, vol. 20, no 2,‎ 2000, p. 387–393 (lien [0387:ANSOAM2.0.CO;2 DOI]?)
  3. (en) Geisler, J.H. and Uhen, M.D., « Morphological support for a close relationship between hippos and whales », Journal of Vertebrate Paleontology, vol. 23,‎ 2003, p. 991–996 (lien DOI?)
  4. (en) Geisler, J.H. and Uhen, M.D., « Phylogenetic relationships of extinct cetartiodactyls: results of simultaneous analyses of molecular, morphological, and stratigraphic data », Journal of Mammalian Evolution, vol. 12, no 1 and 2,‎ 2005, p. 145–160 (lien DOI?)
  5. (en) Boisserie, J.−R., Lihoreau, F., and Brunet, M., « The position of Hippopotamidae within Cetartiodactyla », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 102,‎ 2005, p. 1537–1541 (liens PubMed? et DOI?)
  6. (en) Gatesy, J., Hayashi, C., Cronin, A., and Arctander, P., « Evidence from milk casein genes that cetaceans are close relatives of hippopotamid artiodactyls », Molecular Biology and Evolution, vol. 13,‎ 1996, p. 954–963
  7. Encyclopaedia Britannica: Cetaceans
  8. (en) Mesonychid Museum, « The Cetacean Connection », Bluelion.org: Extinct and Extant Wildlife, Bluelion.org in Association with Amazon.com,‎ 2004 (lire en ligne)
  9. Jamie Hall, « The Cryptid Zoo: Mesonychids in Cryptozoology », sur http://www.newanimal.org (consulté le 18 juillet 2011)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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